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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre Viii

XXVI. Démocrite et les Abdéritains

Jean de La Fontaine· strophe unique, alexandrins et octosyllabes, 49 vers

Que j'ai toujours haï‖ les pensers du vulgaire !Qu'il me semble profane,‖ injuste et téméraire,Mettant de faux milieux‖ entre la chose et lui,Et mesurant par soi‖ ce qu'il voit en autrui !Le maître d'Épicure‖ en fit l'apprentissage.Son pays le crut fou.‖ Petits esprits ! Mais quoi !Aucun n'est prophète chez soi.Ces gens étoient les fous ;‖ Démocrite, le sage.L'erreur alla si loin‖ qu'Abdère députaVers Hippocrate, et l'invita,Par lettres et par ambassade,À venir rétablir‖ la raison du malade.Notre concitoyen,‖ disoient-ils en pleurant,Perd l'esprit : la lecture‖ a gâté Démocrite.Nous l'estimerions plus‖ s'il étoit ignorant.Aucun nombre, dit-il,‖ les mondes ne limite :Peut-être même ils sont remplisDe Démocrites infinis.Non content de ce songe,‖ il y joint les atomes,Enfants d'un cerveau creux,‖ invisibles fantômes ;Et, mesurant les cieux‖ sans bouger d'ici-bas,Il connoît l'univers,‖ et ne se connoît pas.Un temps fut qu'il savoit‖ accorder les débats :Maintenant il parle à lui-même.Venez, divin mortel,‖ sa folie est extrême.Hippocrate n'eut pas‖ trop de foi pour ces gens ;Cependant il partit.‖ Et voyez, je vous prie,Quelles rencontres dans la vieLe sort cause. Hippocrate‖ arriva dans le tempsQue celui qu'on disoit‖ n'avoir raison ni sensCherchoit, dans l'homme et dans la bête,Quel siége a la raison,‖ soit le cœur, soit la tête.Sous un ombrage épais,‖ assis près d'un ruisseau,Les labyrinthes d'un cerveauL'occupoient. Il avoit‖ à ses pieds maint volume,Et ne vit presque pas‖ son ami s'avancer,Attaché selon sa coutume.Leur compliment fut court,‖ ainsi qu'on peut penser :Le sage est ménager‖ du temps et des paroles.Ayant donc mis à part‖ les entretiens frivoles,Et beaucoup raisonné‖ sur l'homme et sur l'esprit,Ils tombèrent sur la morale.Il n'est pas besoin que j'étaleTout ce que l'un et l'autre dit.Le récit précédent suffitPour montrer que le peuple‖ est juge récusable.En quel sens est donc véritableCe que j'ai lu dans certain lieu,Que sa voix est la voix de Dieu ?

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
12[aa] 1[abba] 2[abab] 1[aaa] 2[abbaa]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 17 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a vulgaire / téméraire féminine, classiqueb lui / autrui masculine, classiquec l'apprentissage / sage féminine, classiqued quoi / soi masculine, classiquee députa / l'invita masculine, classiquef ambassade / malade féminine, classiqueg pleurant / ignorant masculine, classiqueh Démocrite / limite féminine, classiquei remplis / infinis masculine, classiquej atomes / fantômes féminine, classiquek d'ici-bas / pas / débats masculine, classiquel lui-même / extrême féminine, classiquem gens / temps / sens masculine, classiquen prie / vie féminine, classiqueo bête / tête féminine, classiquep ruisseau / cerveau masculine, classiqueq volume / coutume féminine, classiquer s'avancer / penser masculine, classiques paroles / frivoles féminine, classiquet l'esprit / dit / suffit masculine, classiqueu morale / j'étale féminine, classiquev récusable / véritable féminine, classiquew lieu / Dieu masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources