Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre Viii
XXV. Les deux chiens et l’âne mort
Les vertus devroient être sœurs,Ainsi que les vices sont frères.Dès que l'un de ceux-ci‖ s'empare de nos cœurs,Tous viennent à la file,‖ il ne s'en manque guères :J'entends de ceux‖ qui, n'étant pas contraires,Peuvent loger sous même toit.À l'égard des vertus,‖ rarement on les voitToutes en un sujet‖ éminemment placéesSe tenir par la main‖ sans être dispersées.L'un est vaillant, mais prompt ;‖ l'autre est prudent, mais froid.Parmi les animaux,‖ le chien se pique d'êtreSoigneux et fidèle à son maître ;Mais il est sot, il est gourmand.Témoin ces deux mâtins‖ qui, dans l'éloignement,Virent un âne mort‖ qui flottoit sur les ondes.Le vent de plus en plus‖ l'éloignoit de nos chiens.Ami, dit l'un, tes yeux‖ sont meilleurs que les miens :Porte un peu tes regards‖ sur ces plaines profondes :J'y crois voir quelque chose.‖ Est-ce un bœuf ? un cheval ?Eh ! qu'importe quel animal ?Dit l'un de ces mâtins ;‖ voilà toujours curée.Le point est de l'avoir :‖ car le trajet est grand ;Et de plus il nous faut‖ nager contre le vent.Buvons toute cette eau ;‖ notre gorge altéréeEn viendra bien à bout :‖ ce corps demeureraBientôt à sec ; et ce seraProvision pour la semaine.Voilà mes chiens à boire :‖ ils perdirent l'haleine,Et puis la vie ; ils firent tantQu'on les vit crever à l'instant.L'homme est ainsi bâti :‖ quand un sujet l'enflamme,L'impossibilité‖ disparoît à son âme.Combien fait-il de vœux,‖ combien perd-il de pas,S'outrant pour acquérir‖ des biens ou de la gloire !Si j'arrondissois mes États !Si je pouvois remplir‖ mes coffres de ducats !Si j'apprenois l'hébreu,‖ les sciences, l'histoire !Tout cela, c'est la mer à boire ;Mais rien à l'homme ne suffit.Pour fournir aux projets‖ que forme un seul esprit,Il faudroit quatre corps ;‖ encor, loin d'y suffire,À mi-chemin je crois‖ que tous demeureroient :Quatre Mathusalem‖ bout à bout ne pourroientMettre à fin ce qu'un seul désire.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 1[ababb] 1[aabba] 8[aa] 3[abba] 1[abaabb]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (29 de 12, 14 de 8, 1 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
- Mots à la rime
- a sœurs / cœurs masculine, classiqueb frères / guères / contraires féminine, classiquec toit / voit / froid masculine, classiqued placées / dispersées féminine, classiquee d'être / maître féminine, classiquef gourmand / l'éloignement masculine, classiqueg ondes / profondes féminine, classiqueh chiens / miens masculine, classiquei cheval / animal masculine, classiquej curée / altérée féminine, classiquek grand / vent masculine, classiquel demeurera / sera masculine, classiquem semaine / l'haleine féminine, classiquen tant / l'instant masculine, classiqueo l'enflamme / âme féminine, classiquep pas / États / ducats masculine, classiqueq gloire / l'histoire / boire féminine, classiquer suffit / esprit masculine, classiques suffire / désire féminine, classiquet demeureroient / pourroient masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources