Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre Vi

XXI. La jeune veuve

Jean de La Fontaine· strophe unique, octosyllabes et alexandrins, 48 vers

La perte d'un époux‖ ne va point sans soupirs :On fait beaucoup de bruit,‖ et puis on se console.Sur les ailes du Temps‖ la tristesse s'envole :Le Temps ramène les plaisirs.Entre la veuve d'une annéeEt la veuve d'une journéeLa différence est grande :‖ on ne croiroit jamaisQue ce fût la même personne ;L'une fait fuir les gens,‖ et l'autre a mille attraits ;Aux soupirs vrais ou faux‖ celle-là s'abandonne ;C'est toujours même note‖ et pareil entretien.On dit qu'on est inconsolable :On le dit ; mais il n'en est rien,Comme on verra par cette fable,Ou plutôt par la vérité.L'époux d'une jeune beautéPartoit pour l'autre monde.‖ À ses côtés sa femmeLui crioit : Attends-moi,‖ je te suis ; et mon âme,Aussi bien que la tienne,‖ est prête à s'envoler.Le mari fait seul le voyage.La belle avoit un père,‖ homme prudent et sage ;Il laissa le torrent couler.À la fin, pour la consoler :Ma fille, lui dit-il,‖ c'est trop verser de larmes ;Qu'a besoin le défunt‖ que vous noyiez vos charmes ?Puisqu'il est des vivants,‖ ne songez plus aux morts.Je ne dis pas que tout à l'heureUne condition meilleureChange en des noces ces transports ;Mais après certain temps‖ souffrez qu'on vous proposeUn époux, beau, bien fait,‖ jeune, et tout autre choseQue le défunt.‖ ‒ Ah ! dit-elle aussitôt,Un cloître est l'époux qu'il me faut.Le père lui laissa‖ digérer sa disgrâce.Un mois de la sorte se passe ;L'autre mois on l'emploie‖ à changer tous les joursQuelque chose à l'habit,‖ au linge, à la coiffure :Le deuil enfin sert de parure,En attendant d'autres atours.Toute la bande des AmoursRevient au colombier ;‖ les jeux, les ris, la danse,Ont aussi leur tour à la fin :On se plonge soir et matinDans la fontaine de Jouvence.Le père ne craint plus‖ ce défunt tant chéri ;Mais comme il ne parloit‖ de rien à notre belle :Où donc est le jeune mariQue vous m'avez promis ? dit-elle.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
3[abba] 7[aa] 3[abab] 2[abbaa]
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (25 de 8, 22 de 12, 1 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
Mots à la rime
a soupirs / plaisirs masculine, classiqueb console / s'envole féminine, classiquec année / journée féminine, classiqued jamais / attraits masculine, classiquee personne / s'abandonne féminine, classiquef entretien / rien masculine, classiqueg inconsolable / fable féminine, classiqueh vérité / beauté masculine, classiquei femme / âme féminine, classiquej s'envoler / couler / consoler masculine, classiquek voyage / sage féminine, classiquel larmes / charmes féminine, classiquem morts / transports masculine, classiquen l'heure / meilleure féminine, classiqueo propose / chose féminine, classiquep aussitôt / faut masculine, classiqueq disgrâce / passe féminine, classiquer jours / atours / Amours masculine, classiques coiffure / parure féminine, classiquet danse / Jouvence féminine, classiqueu fin / matin masculine, classiquev chéri / mari masculine, classiquew belle / dit-elle féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources