Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre Viii
XXII. Le chat et le rat
Quatre animaux divers,‖ le chat grippe-fromage,Triste oiseau le hibou,‖ ronge-maille le rat,Dame belette au long corsage,Toutes gens d'esprit scélérat,Hantoient le tronc pourri‖ d'un pin vieux et sauvage.Tant y furent, qu'un soir‖ à l'entour de ce pinL'homme tendit ses rets.‖ Le chat, de grand matin,Sort pour aller chercher sa proie.Les derniers traits de l'ombre‖ empêchent qu'il ne voieLe filet : il y tombe‖ en danger de mourir ;Et mon chat de crier,‖ et le rat d'accourir :L'un plein de désespoir,‖ et l'autre plein de joie ;Il voyoit dans les lacs‖ son mortel ennemi.Le pauvre chat dit : Cher ami,Les marques de ta bienveillanceSont communes en mon endroit.Viens m'aider à sortir‖ du piége où l'ignoranceM'a fait tomber. C'est à bon droitQue seul entre les tiens,‖ par amour singulière,Je t'ai toujours choyé,‖ t'aimant comme mes yeux.Je n'en ai point regret,‖ et j'en rends grâce aux dieux.J'allois leur faire ma prière,Comme tout dévot chat‖ en use les matins ;Ce réseau me retient :‖ ma vie est en tes mains ;Viens dissoudre ces nœuds.‖ Et quelle récompenseEn aurai-je ? reprit le rat.Je jure éternelle allianceAvec toi, repartit le chat.Dispose de ma griffe,‖ et sois en assurance :Envers et contre tous‖ je te protégerai,Et la belette mangeraiAvec l'époux de la chouette :Ils t'en veulent tous deux.‖ Le rat dit : Idiot !Moi ton libérateur !‖ je ne suis pas si sot.Puis il s'en va vers sa retraite.La belette étoit près du trou.Le rat grimpe plus haut ;‖ il y voit le hibou.Dangers de toutes parts,‖ le plus pressant l'emporte.Ronge-maille retourne‖ au chat, et fait en sorteQu'il détache un chaînon,‖ puis un autre, et puis tantQu'il dégage enfin l'hypocrite.L'homme paroît en cet instant ;Les nouveaux alliés‖ prennent tous deux la fuite.À quelque temps de là,‖ notre chat vit de loinSon rat, qui se tenoit‖ alerte et sur ses gardes :Ah ! mon frère, dit-il,‖ viens m'embrasser : ton soinMe fait injure ; tu regardesComme ennemi ton allié.Penses-tu que j'aie oubliéQu'après Dieu je te dois la vie ?Et moi, reprit le rat,‖ penses-tu que j'oublieTon naturel ? Aucun traitéPeut-il forcer un chat‖ à la reconnoissance ?S'assure-t-on sur l'allianceQu'a faite la nécessité ?
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 2[ababa] 8[aa] 1[aabba] 3[abab] 3[abba]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (31 de 12, 24 de 8)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a grippe-fromage / corsage / sauvage féminine, classiqueb rat / scélérat masculine, classiquec pin / matin masculine, classiqued proie / voie / joie féminine, classiquee mourir / d'accourir masculine, classiquef ennemi / ami masculine, classiqueg bienveillance / l'ignorance féminine, classiqueh endroit / droit masculine, classiquei singulière / prière féminine, classiquej yeux / dieux masculine, classiquek matins / mains masculine, classiquel récompense / alliance / assurance féminine, classiquem rat / chat masculine, classiquen protégerai / mangerai masculine, classiqueo chouette / retraite féminine, classiquep Idiot / sot masculine, classiqueq trou / hibou masculine, classiquer l'emporte / sorte féminine, classiques tant / instant masculine, classiquet l'hypocrite / fuite féminine, classiqueu loin / soin masculine, classiquev gardes / regardes féminine, classiquew allié / oublié masculine, classiquex vie / j'oublie féminine, classiquey traité / nécessité masculine, classiquez reconnoissance / l'alliance féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
55 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources