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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre Viii

II. Le savetier et le financier

Jean de La Fontaine· strophe unique, alexandrins et octosyllabes, 49 vers

Un savetier chantoit‖ du matin jusqu'au soir ;C'étoit merveille de le voir,Merveille de l'ouïr ;‖ il faisoit des passages,Plus content qu'aucun des sept sages.Son voisin, au contraire,‖ étant tout cousu d'or,Chantoit peu, dormoit moins encor ;C'étoit un homme de finance.Si sur le point du jour‖ parfois il sommeilloit,Le savetier alors‖ en chantant l'éveilloit ;Et le financier se plaignoitQue les soins de la ProvidenceN'eussent pas au marché‖ fait vendre le dormir,Comme le manger et le boire.En son hôtel il fait venirLe chanteur, et lui dit :‖ Or çà, sire Grégoire,Que gagnez-vous par an ?‖ ‒ Par an ! ma foi, Monsieur,Dit avec un ton de rieurLe gaillard savetier,‖ ce n'est point ma manièreDe compter de la sorte ;‖ et je n'entasse guèreUn jour sur l'autre :‖ il suffit qu'à la finJ'attrape le bout de l'année ;Chaque jour amène son pain. ‒Eh bien ! que gagnez-vous,‖ dites-moi, par journée ? ‒Tantôt plus, tantôt moins ;‖ le mal est que toujours(Et sans cela nos gains‖ seroient assez honnêtes),Le mal est que dans l'an‖ s'entremêlent des joursQu'il faut chômer ;‖ on nous ruine en fêtes :L'une fait tort à l'autre ;‖ et monsieur le curéDe quelque nouveau saint‖ charge toujours son prône.Le financier, riant‖ de sa naïveté,Lui dit : Je veux vous mettre‖ aujourd'hui sur le trône.Prenez ces cent écus ;‖ gardez-les avec soin,Pour vous en servir au besoin.Le savetier crut voir‖ tout l'argent que la terreAvoit, depuis plus de cent ans,Produit pour l'usage des gens.Il retourne chez lui :‖ dans sa cave il enserreL'argent, et sa joie à la fois.Plus de chant : il perdit la voixDu moment qu'il gagna‖ ce qui cause nos peines.Le sommeil quitta son logis ;Il eut pour hôtes les soucis,Les soupçons, les alarmes vaines.Tout le jour il avoit‖ l'œil au guet ; et la nuit,Si quelque chat faisoit du bruit,Le chat prenoit l'argent.‖ À la fin le pauvre hommeS'en courut chez celui‖ qu'il ne réveilloit plus :Rendez-moi, lui dit-il,‖ mes chansons et mon somme,Et reprenez vos cent écus.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
8[aa] 1[abbba] 5[abab] 2[abba]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (26 de 12, 21 de 8, 2 de 10)· profil 8, 4+6, 6+6
Mots à la rime
a soir / voir masculine, classiqueb passages / sages féminine, classiquec d'or / encor masculine, classiqued finance / Providence féminine, classiquee sommeilloit / l'éveilloit / plaignoit masculine, classiquef dormir / venir masculine, classiqueg boire / Grégoire féminine, classiqueh Monsieur / rieur masculine, classiquei manière / guère féminine, classiquej fin / pain masculine, équivalentek l'année / journée féminine, classiquel toujours / jours masculine, classiquem honnêtes / fêtes féminine, classiquen curé / naïveté masculine, classiqueo prône / trône féminine, classiquep soin / besoin masculine, classiqueq terre / enserre féminine, classiquer ans / gens masculine, classiques fois / voix masculine, classiquet peines / vaines féminine, classiqueu logis / soucis masculine, classiquev nuit / bruit masculine, classiquew homme / somme féminine, classiquex plus / écus masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources