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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Fables, 1678‑1694· Fables choisies mises en vers Éditions Thierry et Barbin (1678-1679) et Barbin (1694)· Livre Viii

XIII. Tircis et amarante

Jean de La Fontaine· strophe unique, vers de 7, 12 et 8 syllabes, 63 vers

POUR MADEMOISELLE DE SILLERY

J'avois Ésope quitté,Pour être tout à Boccace ;Mais une divinitéVeut revoir sur le ParnasseDes fables de ma façon.Or, d'aller lui dire : Non,Sans quelque valable excuse,Ce n'est pas comme on en useAvec des divinités,Surtout quand ce sont de cellesQue la qualité de bellesFait reines des volontés.Car, afin que l'on le sache,C'est Sillery qui s'attacheÀ vouloir que de nouveauSire loup, sire corbeau,Chez moi se parlent en rime.Qui dit Sillery dit tout :Peu de gens en leur estimeLui refusent le haut bout :Comment le pourroit-on faire ?Pour venir à notre affaire,Mes contes, à son avis,Sont obscurs : les beaux espritsN'entendent pas toute chose.Faisons donc quelques récitsQu'elle déchiffre sans glose :Amenons des bergers,‖ et puis nous rimeronsCe que disent entre eux‖ les loups et les moutons.Tircis disoit un jour‖ à la jeune Amarante :Ah ! si vous connoissiez‖ comme moi certain malQui nous plaît et qui nous enchante,Il n'est bien sous le ciel‖ qui vous parût égal !Souffrez qu'on vous le communique ;Croyez-moi, n'ayez point de peur :Voudrois-je vous tromper,‖ vous, pour qui je me piqueDes plus doux sentiments‖ que puisse avoir un cœur ?Amarante aussitôt réplique :Comment l'appelez-vous,‖ ce mal ? quel est son nom ? ‒L'amour. ‒ Ce mot est beau :‖ dites-moi quelques marquesÀ quoi je le pourrai‖ connoître : que sent-on ? ‒Des peines près de qui‖ le plaisir des monarquesEst ennuyeux et fade :‖ on s'oublie, on se plaîtToute seule en une forêt.Se mire-t-on près d'un rivage,Ce n'est pas soi qu'on voit ;‖ on ne voit qu'une imageQui sans cesse revient,‖ et qui suit en tous lieux :Pour tout le reste on est sans yeux.Il est un berger du villageDont l'abord, dont la voix,‖ dont le nom fait rougir :On soupire à son souvenir ;On ne sait pas pourquoi,‖ cependant on soupire ;On a peur de le voir,‖ encor qu'on le désire.Amarante dit à l'instant :Oh ! oh ! c'est là ce mal‖ que vous me prêchez tant !Il ne m'est pas nouveau ;‖ je pense le connaître.Tircis à son but croyoit être,Quand la belle ajouta :‖ Voilà tout justementCe que je sens pour Clidamant.L'autre pensa mourir‖ de dépit et de honte.Il est force gens comme lui,Qui prétendent n'agir‖ que pour leur propre compte,Et qui font le marché d'autrui.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
5[abab] 12[aa] 1[abba] 1[aabab] 1[ababa] 1[aabba]
Mètre
Vers de 7, 12 et 8 syllabes (27 de 7, 22 de 12, 14 de 8)· profil 7, 8, 6+6
Mots à la rime
a quitté / divinité masculine, classiqueb Boccace / Parnasse féminine, classiquec façon / Non masculine, classiqued excuse / use féminine, classiquee divinités / volontés masculine, classiquef celles / belles féminine, classiqueg sache / s'attache féminine, classiqueh nouveau / corbeau masculine, classiquei rime / estime féminine, classiquej tout / bout masculine, classiquek faire / affaire féminine, classiquel avis / esprits / récits masculine, classiquem chose / glose féminine, classiquen rimerons / moutons masculine, classiqueo Amarante / enchante féminine, classiquep mal / égal masculine, classiqueq communique / pique / réplique féminine, classiquer peur / cœur masculine, classiques nom / sent-on masculine, classiquet marques / monarques féminine, classiqueu plaît / forêt masculine, classiquev rivage / image / village féminine, classiquew lieux / yeux masculine, classiquex rougir / souvenir masculine, classiquey soupire / désire féminine, classiquez l'instant / tant masculine, classiquea connaître / être féminine, classiqueb justement / Clidamant masculine, classiquec honte / compte féminine, classiqued lui / d'autrui masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

63 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fables, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1868· numérisation Project Gutenberg· Sources