Œuvres diverses I, 1658‑1694· Fragments du songe de vaux 1671
FRAGMENT VII. « Les premiers traits du jour sortant du sein de l'onde »
Les premiers traits du jour‖ sortant du sein de l'ondeCommençoient d'émailler‖ les bords de notre monde ;Sur le sommet des monts‖ l'ombre s'éclaircissoit ;Aux portes du matin‖ la clarté paroissoit ;De sa robe d'hymen‖ l'Aurore étoit vêtue :Jamais telle à Céphale‖ elle n'est apparue.Je voyois sur son char‖ éclater les rubis,Sur son teint le cinabre,‖ et l'or sur ses habits :D'un vase de vermeil‖ elle épanchoit des roses.
Fontaines, jaillissez ;Herbe tendre, croissezLe long de ces rivages ;Venez, petits oiseaux,Accorder vos ramagesAu doux bruit de leurs eaux.
Vous vous levez trop tard ;L'Aurore est sur son char,Et s'en vient voir ma belle :Oiseaux, chantez pour moi ;Le dieu d'amour m'appelle,Je ne sais pas pourquoi.
Ces lèvres où les cieux‖ ont mis tant de merveillesAuroient pu m'excuser ;Et tout autre que moi,‖ les voyant si vermeilles,Eût voulu les baiser.
Pour voir de ce bel œil‖ briller toutes les armes,On l'auroit éveillé.Je n'ai point cru l'Amour,‖ le Sommeil et vos charmes,Qui me l'ont conseillé.
Pourquoi donc voulez-vous‖ m'ôter votre présence ?Attendez un moment ;Car enfin je prétends‖ mériter récompense,Et non pas châtiment.
Que je sache du moins‖ quelle heureuse aventureVous amène en ces lieux :L'art y brille partout ;‖ cependant la natureEst plus belle en vos yeux.
Flore, au prix des appas‖ de vos lèvres écloses,N'a rien que de commun :Telle n'est la beauté‖ ni la fraîcheur des roses,Ni même leur parfum.
Le soleil peint les fleurs,‖ en la saison nouvelle,De traits moins éclatants ;Et votre bouche, Aminte,‖ efface la plus belleDes filles du printemps.
Mais n'avez-vous point vu‖ dans Vaux une merveilleQui fait, ainsi que vous,‖ admirer son pouvoir ?Si vous ne l'avez vue,‖ Acanthe vous conseilleDe ne point partir sans la voir.
Acanthe, voulez-vous‖ que je verse des larmes,Et soupire à mon tour,Et, lasse d'être belle,‖ abandonne mes charmesAux tourments de l'Amour ?
Il détruit l'embonpoint,‖ et rend la couleur blême ;Il donne du souci.J'aime trop mes appas,‖ je m'aime trop moi-mêmePour vous aimer aussi
Versification
- Forme
- Quatrains
- Rimes
- 4((aa)) 2(aabcbc) 9(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (28 de 6, 28 de 12, 1 de 8)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 9 quatrains, 2 sizains, 1 distiques
- Mots à la rime
- a l'onde / monde féminine, classiqueb s'éclaircissoit / paroissoit masculine, classiquec vêtue / apparue féminine, classiqued rubis / habits masculine, classiquea jaillissez / croissez masculine, classiqueb rivages / ramages féminine, classiquec oiseaux / eaux masculine, classiquea tard / char masculine, non classiqueb belle / m'appelle féminine, classiquec moi / pourquoi masculine, classiquea merveilles / vermeilles féminine, classiqueb m'excuser / baiser masculine, classiquea armes / charmes féminine, classiqueb éveillé / conseillé masculine, classiquea présence / récompense féminine, classiqueb moment / châtiment masculine, classiquea aventure / nature féminine, classiqueb lieux / yeux masculine, classiquea écloses / roses féminine, classiqueb commun / parfum masculine, classiquea nouvelle / belle féminine, classiqueb éclatants / printemps masculine, classiquea merveille / conseille féminine, classiqueb pouvoir / voir masculine, classiquea larmes / charmes féminine, classiqueb tour / l'Amour masculine, classiquea blême / moi-même féminine, classiqueb souci / aussi masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
57 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources