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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres diverses Ii, 1656‑1696· Lettres de la fontaine à sa femme

III. A la même

SUITE DU MÊME VOYAGE

Jean de La Fontaine· strophes variées, vers de 8, 12 et 10 syllabes, 101 vers

Je lui trouvai‖ la mine d'un matois :Aussi l'étoit‖ ce prince, dont la vieDoit rarement‖ servir d'exemple aux rois,Et pourroit être‖ en quelques points suivie.

La Beauce avoit jadis‖ des monts en abondance,Comme le reste de la France :De quoi la ville d'Orléans,Pleine de gens heureux,‖ délicats, fainéants,Qui vouloient marcher à leur aise,Se plaignit, et fit la mauvaise ;Et messieurs les OrléanoisDirent au Sort, tous d'une voix,Une fois, deux fois et trois fois,Qu'il eût à leur ôter la peineDe monter, de descendre,‖ et remonter encor.Quoi ! toujours mont, et jamais plaine !Faites-nous avoir triple haleine,Jambes de fer, naturel fort,Ou nous donnez une campagneQui n'ait plus ni mont ni montagne.Oh ! oh ! leur repartit le Sort,Vous faites les mutins !‖ et dans toutes les GaulesJe ne vois que vous seuls‖ qui des monts vous plaigniez !Puisqu'ils vous nuisent à vos pieds,Vous les aurez sur vos épaules.Lors la Beauce de s'aplanir,De s'égaler, de devenirUn terroir uni comme glace ;lit bossus de naître en la place,Et monts de déloger des champs.Tout ne put tenir sur les gens :Si bien que la troupe céleste,Ne sachant que faire du reste,S'en alloit les placer‖ dans le terroir voisin,Lorsque Jupiter dit :‖ Épargnons la TouraineEt le Blésois ; car ce domaineDoit être un jour à mon cousin :Mettons-les dans le Limousin.

Que dirons-nous que fut la LoireAvant que d'être ce qu'elle est ?Car vous savez qu'en son histoireNotre bon Ovide s'en tait.Fut-ce quelque aimable personne,Quelque reine, quelque amazone,Quelque nymphe au cœur de rocher,Qu'aucun amant ne sut toucher ?Ces origines sont communes ;C'est pourquoi n'allons point chercherLes Jupiters et les Neptunes,Ou les dieux Pans qui poursuivoientToutes les belles qu'ils trouvoient.Laissons là ces métamorphoses,Et disons ici, s'il vous plaît,Que la Loire étoit ce qu'elle estDès le commencement des choses.

La Loire est donc une rivièreArrosant un pays‖ favorisé des cieux,Douce, quand il lui plaît,‖ quand il lui plaît, si fièreQu'à peine arrête-t-on‖ son cours impérieux.Elle ravageroit‖ mille moissons fertiles,Engloutiroit des bourgs,‖ feroit flotter des villes,Détruiroit tout en une nuit :Il ne faudroit qu'une journéePour lui voir entraîner le fruitDe tout le labeur d'une année,Si le long de ses bords‖ n'étoit une levéeQu'on entretient soigneusement.Dès lors qu'un endroit se dément,On le rétablit tout à l'heure ;La moindre brèche n'y demeureSans qu'on y touche incessamment :Et pour cet entretènement,Unique obstacle à tels ravages,Chacun a son département,Communautés, bourgs et villages.Vous croyez bien‖ qu'étant sur ses rivages,Nos gens et moi‖ nous ne manquâmes pasDe promener‖ à l'entour notre vue :J'y rencontrai‖ de si charmants appasQue j'en ai l'âme‖ encore tout émue.Coteaux riants‖ y sont des deux côtés :Coteaux non pas‖ si voisins de la nueQu'en Limousin,‖ mais coteaux enchantés,Belles maisons,‖ beaux parcs et bien plantés,Prés verdoyants‖ dont ce pays abonde,Vignes et bois,‖ tant de diversités,Qu'on croit d'abord‖ être en un autre monde.

Mais le plus bel objet,‖ c'est la Loire sans doute :On la voit rarement‖ s'écarter de sa route ;Elle a peu de replis‖ dans son cours mesuré :Ce n'est pas un ruisseau‖ qui serpente en un pré ;C'est la fille d'Amphitrite ;C'est elle dont le mérite,Le nom, la gloire et les bords,Sont dignes de ces provincesQu'entre tous leurs plus grands trésorsOnt toujours placé nos princes.Elle répand son cristalAvec magnificence ;Et le jardin de la FranceMéritait un tel canal.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
5[abab] 15[aa] 1[aaa] 1[abaabccb] 3[abba] 1[abbaa] 1[aabab] 1[ababb] 1[aababb] 1[ababcbc]
Mètre
Vers de 8, 12 et 10 syllabes (59 de 8, 17 de 12, 16 de 10, 8 de 7, 1 de 6)· profil 7, 8, 4+6, 6+6
Mots à la rime
a matois / rois masculine, classiqueb vie / suivie féminine, classiquea abondance / France féminine, classiqueb d'Orléans / fainéants masculine, classiquec aise / mauvaise féminine, classiqued Orléanois / voix / fois masculine, classiquee peine / plaine / haleine féminine, classiquef encor / fort / Sort masculine, classiqueg campagne / montagne féminine, non classiqueh Gaules / épaules féminine, classiquei plaigniez / pieds masculine, classiquej s'aplanir / devenir masculine, classiquek glace / place féminine, classiquel champs / gens masculine, classiquem céleste / reste féminine, classiquen voisin / cousin / Limousin masculine, classiqueo Touraine / domaine féminine, classiquea Loire / histoire féminine, classiqueb est / tait masculine, classiquec personne / amazone féminine, classiqued rocher / toucher / chercher masculine, classiquee communes / Neptunes féminine, classiquef poursuivoient / trouvoient masculine, classiqueg métamorphoses / choses féminine, classiqueh plaît / est masculine, équivalentea rivière / fière féminine, classiqueb cieux / impérieux masculine, classiquec fertiles / villes féminine, classiqued nuit / fruit masculine, classiquee journée / année / levée féminine, classiquef soigneusement / dément masculine, classiqueg l'heure / demeure féminine, classiqueh incessamment / entretènement / département masculine, classiquei ravages / villages / rivages féminine, classiquej pas / appas masculine, classiquek vue / émue / nue féminine, classiquel côtés / enchantés masculine, classiquem plantés / diversités masculine, classiquen abonde / monde féminine, classiquea doute / route féminine, classiqueb mesuré / pré masculine, classiquec d'Amphitrite / mérite féminine, classiqued bords / trésors masculine, classiquee provinces / princes féminine, classiquef cristal / canal masculine, classiqueg magnificence / France féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

101 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources