Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres diverses Ii, 1656‑1696· Lettres à divers

XI. A M. de Maucroix

RELATION D’UNE FÊTE DONNÉE A VAUX

Jean de La Fontaine· strophes variées, octosyllabes et alexandrins, 125 vers

Tous les sens furent enchantés ;Et le régal eut des beautésDignes du lieu, dignes du maître,Et dignes de leurs majestés,Si quelque chose pouvoit l'être.

Toutes entre elles de beautéContestèrent aussi‖ chacune à sa manière ;La reine avec ses fils‖ contesta de bonté ;Et Madame, d'éclat‖ avecque la lumière.

En cet endroit,‖ qui n'est pas le moins beauDe ceux qu'enferme‖ un lieu si délectable,Au pied de ces sapins‖ et sous la grille d'eau,Parmi la fraîcheur agréableDes fontaines, des bois,‖ de l'ombre et des zéphyrs,Furent préparés les plaisirsQue l'on goûta cette soirée.De feuillages touffus‖ la scène étoit parée,Et de cent flambeaux éclairée :Le ciel en fut jaloux.‖ Enfin figure-toiQue lorsqu'on eut tiré les toiles,Tout combattit à Vaux‖ pour le plaisir du roi :La musique, les eaux,‖ les lustres, les étoiles.

On vit des rocs s'ouvrir,‖ des termes se mouvoir,Et sur son piédestal‖ tourner mainte figure.Deux enchanteurs pleins de savoirFirent tant, par leur imposture,Qu'on crut qu'ils avoient le pouvoirDe commander à la nature.L'un de ces enchanteurs‖ est le sieur Torelli,Magicien expert,‖ et faiseur de miracles ;Et l'autre, c'est Le Brun,‖ par qui Vaux embelliPrésente aux regardants‖ mille rares spectacles :Le Brun dont on admire‖ et l'esprit et la main,Père d'inventions‖ agréables et belles,Rival des Raphaëls,‖ successeur des Apelles,Par qui notre climat‖ ne doit rien au romain.Par l'avis de ces deux‖ la chose fut réglée.D'abord aux yeux de l'assembléeParut un rocher si bien fait,Qu'on le crut rocher en effet ;Mais, insensiblement‖ se changeant en coquille,Il en sortit‖ une nymphe gentilleQui ressembloit à la Béjart,Nymphe excellente dans son art,Et que pas une ne surpasse.Aussi récita-t-elle‖ avec beaucoup de graceOn prologue, estimé‖ l'un des plus accomplisQu'en ce genre on pût écrire,Et plus beau que je ne dis,Ou bien que je n'ose dire ;Car il est de la façonDe notre ami Pellisson.Ainsi, bien que je l'admire,Je m'en tairai,‖ puisqu'il n'est pas permisDe louer ses amis.

C'est un ouvrage de Molière.Cet écrivain par sa manièreCharme à présent toute la cour.De la façon que son nom court,Il doit être par delà Rome :J'en suis ravi, car c'est mon homme.Te souvient-il bien qu'autrefois,Nous avons conclu d'une voixQu'il alloit ramener en FranceLe bon goût et l'air de Térence ?Plante n'est plus qu'un plat bouffon,Et jamais il ne fit si bonSe trouver à la comédie ;Car ne pense pas qu'on y rieDe maint trait jadis admiré,Et bon IN ILLO TEMPORE ;Nous avons changé de méthode ;Jodelet n'est plus à la mode,Et maintenant il ne faut pasQuitter la nature d'un pas.

Je voudrois bien t'écrire en versTous les artifices diversDe ce feu le plus beau du monde,Et son combat avecque l'onde,Et le plaisir des assistants.Figure-toi qu'en même tempsOn vit partir mille fusées,Qui par des routes embraséesSe firent toutes dans les airsUn chemin tout rempli d'éclairs,Chassant là nuit, brisant ses voiles.As-tu vu tomber des étoiles ?Tel est le sillon enflammé,Ou le trait qui lors est formé.Parmi ce spectacle si rare,Figure-toi le tintamare,Le fracas et les sifflementsQu'on entendoit à tous moments.De ces colonnes embraséesIl renaissoit d'autres fusées,Ou d'autres formes de pétard,Ou quelque autre effet de cet art ;Et l'on voyoit régner la guerreEntre ces enfants du tonnerre,L'un contre l'autre combattant.Voltigeant et pirouettant,Faisant un bruit épouvantable,C'est-à-dire un bruit agréable.Figure-toi que les échosN'ont pas un moment de repos,Et que le chœur des NéréidesS'enfuit sous ses grottes humides.De ce bruit Neptune étonnéEût craint de se voir détrôné,Si le monarque de la FranceN'eût rassuré, par sa présence,Ce dieu des moites tribunaux.Qui crut que les dieux infernauxVenoient donner des sérénadesA quelques unes des Naïades.Enfin, la peur l'ayant quitté,Il salua Sa Majesté :Je n'en vis rien, mais il n'importe.Le raconter de cette sorteEst toujours bon ; et quant à toi,Ne t'en fais pas un point de foi.

Ces chevaux qui jadis‖ un carrosse tirèrent,Et tirent maintenant‖ la barque de Caron,Dans les fossés de Vaux tombèrent,Et puis de là dans l'Achéron.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
41[aa] 1[ababcbc] 4[abab] 1[aaa] 1[ababab] 1[abba] 1[ababccb]
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (89 de 8, 25 de 12, 6 de 7, 4 de 10, 1 de 6)· profil 7, 8, 4+6, 6+6
Mots à la rime
a enchantés / beautés masculine, classiqueb maître / l'être féminine, classiquec majestés / beauté / bonté masculine, non classiqueb manière / lumière féminine, classiquea beau / d'eau masculine, classiqueb délectable / agréable féminine, classiquec zéphyrs / plaisirs masculine, classiqued soirée / parée / éclairée féminine, classiquee figure-toi / roi masculine, classiquef toiles / étoiles féminine, classiquea mouvoir / savoir / pouvoir masculine, classiqueb figure / imposture / nature féminine, classiquec Torelli / embelli masculine, classiqued miracles / spectacles féminine, classiquee main / romain masculine, classiquef belles / Apelles féminine, classiqueg réglée / l'assemblée féminine, classiqueh fait / effet masculine, classiquei coquille / gentille féminine, classiquej Béjart / art masculine, classiquek surpasse / grace féminine, classiquel accomplis / dis masculine, classiquem écrire / dire / l'admire féminine, classiquen façon / Pellisson masculine, classiqueo permis / amis masculine, classiquea Molière / manière féminine, classiqueb cour / court masculine, classiquec Rome / homme féminine, classiqued qu'autrefois / voix masculine, classiquee France / Térence féminine, classiquef bouffon / bon masculine, classiqueg comédie / rie féminine, non classiqueh admiré / TEMPORE masculine, classiquei méthode / mode féminine, classiquej pas masculine, classiquea vers / divers masculine, classiqueb monde / l'onde féminine, classiquec assistants / temps masculine, classiqued fusées / embrasées féminine, classiquee airs / d'éclairs masculine, classiquef voiles / étoiles féminine, classiqueg enflammé / formé masculine, classiqueh rare / tintamare féminine, classiquei sifflements / moments masculine, classiquej embrasées / fusées féminine, classiquek pétard / art masculine, classiquel guerre / tonnerre féminine, classiquem combattant / pirouettant masculine, classiquen épouvantable / agréable féminine, classiqueo échos / repos masculine, classiquep Néréides / humides féminine, classiqueq étonné / détrôné masculine, classiquer France / présence féminine, classiques tribunaux / infernaux masculine, classiquet sérénades / Naïades féminine, classiqueu quitté / Majesté masculine, classiquev n'importe / sorte féminine, classiquew toi / foi masculine, classiquea tirèrent / tombèrent féminine, classiqueb Caron / l'Achéron masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

125 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources