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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres diverses Ii, 1656‑1696· Lettres à divers

X. A M. Fouquet

EN LUI ENVOYANT L’ODE SUIVANTE SUR LE MARIAGE DE MONSIEUR, FRÈRE UNIQUE DU ROI, AVEC HENRIETTE-ANNE D’ANGLETERRE, EN MARS 1661

Jean de La Fontaine· alexandrins et octosyllabes, 116 vers

Quant à moi, sans être devin,J'ose gager que d'un DauphinNous verrons dans peu la naissance :Thérèse, accomplissant‖ le repos de la France,Y fera, je m'assure,‖ encor cette façon.Ce qui confirme mon soupçon,C'est la faveur des dieux,‖ qui sert notre monarqueComme il mérite,‖ et qui ne put jamaisLui refuser aucune marqueDu respect que le sort‖ a pour tous ses souhaits.La conjecture que je faisN'est pas, seigneur, fort difficile ;Car sans vous étaler‖ d'un discours inutileToutes les raisons que j'en ai,Nous avons un roi trop habilePour ne pas réussir‖ en tous ses coups d'essai.A peine il commença‖ ses premiers exercices,Qu'il se fit admirer‖ des héros de sa cour ;Puis, d'un cœur ennemi‖ de ces molles délicesQui loin du champ de Mars‖ ont choisi leur séjour,Il sortit des bras de l'Amour,Fit trembler cent cités,‖ porta partout la guerre ;Maint rempart fut ouvert,‖ maint escadron rompu :Les Flamands, s'ils eussent pu,Se fussent cachés sous terre.Tel on voit un jeune lionCourir à sa première proie.La Flandre alloit souffrir‖ plus de maux qu'Ilion :Ses peuples ignoroient‖ l'usage de la joie ;Louis eût renversé‖ le reste de leurs tours ;Si la fille du prince ibèreN'eût interposé les amours,Qui firent plus en quatre joursQ'aucun plénipotentiaire,Par son travail et ses discours,En quatre mois n'auroit su faire.

Que si notre monarque‖ aux tournois de BelloneSe fit dès l'abord renommer,N'a-t-il pas mieux fait que personneSon apprentissage d'aimer ?Pour l'objet qui l'a su charmerN'a-t-il pas cédé des conquêtes,Refusé des trésors,‖ méprisé des états,Et préféré Thérèse‖ aux palmes toutes prêtesQue le sort promettoit‖ aux efforts de son bras ?

Mais comment s'est-il pris‖ tout d'un coup aux affaires ?Quel roi mieux que le nôtre‖ entend le cabinet ?Peut-on développer‖ d'un jugement plus netTant de conseils si nécessaires ?Les soins de son état‖ ne le lassent jamais ;Et dans les travaux de la paixIl agit encore en Hercule.Un autre eût tout perdu‖ quand nous perdîmes Jule ;Mais de quel changement‖ est suivi son trépas ?Louis, ne l'ayant plus,‖ sait régir ses provinces :La machine de nos états,Qui sans l'effort de cet AtlasEût fait succomber d'autres princes,Ne pèse point au nôtre,‖ et non plus que les cieuxN'a besoin pour support‖ que du maître des dieux.

Tous ses commencements‖ ayant été si beaux,Celui de son hymen‖ nous promet des miracles :J'en attends un Dauphin,‖ dont les exploits nouveauxNe pourront rencontrer‖ d'assez puissants obstacles.La victoire en tout lieu‖ le doit accompagner.Sans qu'il se fasse craindre‖ on le verra régner :C'est bien le mieux, qui le sait faire.Les peuples les plus fiers‖ sous un joug volontaireSe verront d'eux-mêmes soumis.Aux dépens de ses ennemisSon état un jour doit s'accroître.Il aura les dieux pour amis,Il aura son père pour maître.

Thérèse, le portant‖ avec un soin si tendre,L'ornera de vertus‖ et de dons inouis :Jugez quel il doit être,‖ et ce qu'on peut attendreD'un chef-d'œuvre formé‖ par elle et par Louis.De sa mère il tiendra‖ la douceur et les charmes ;Et de son père, l'art‖ de dompter par les armesCeux qui résisteront‖ à toutes ses bontés.Il sera conquérant‖ en diverses manières ;Et son empire un jour‖ n'aura plus de frontières,Non pas même les cœurs‖ des plus fières beautés.Celle dont nous venons‖ de chanter l'hyménéeNe peut qu'elle ne rende‖ un tel œuvre accompli ;De bien moins de fleurons‖ sa tête est couronnée,Que son cœur de vertus‖ ne se montre rempli.Les graces, les beautés‖ qui reluisent en elleNe font que la moitié‖ d'un tout si précieux :Son esprit est divin,‖ son ame est toute belle :Thérèse est un chef-d'œuvre‖ achevé par les cieux.

Je me croyois sorti‖ d'une haute entreprise,Et mon chant me sembloit‖ ne pouvoir mieux finir :Anne, par ses bontés‖ dont mon ame est éprise,S'est encor présentée‖ à mon ressouvenir.Notre Dauphin en doit tenirLes mêmes dons,‖ mais d'une autre manière :La sagesse aux conseils,‖ l'esprit plein de lumière,La fermeté‖ que l'on trouve aux héros,Et la constance dans les maux.Mais, quoi ! de l'exercer‖ il n'est plus de matière.Vous dépeindre Anne tout entière,C'est pour ma muse‖ un trop hardi projet :Si vous regardez mon sujet,Que dirai-je d'assez sublime ?Que ne dirai-je point,‖ si je suis mon devoir ?Dieux ! qu'on est empêché‖ quand il faut qu'on exprimeCe qu'on ne sauroit concevoir !

Dispensez-moi de cette peine ;Vous savez, Monseigneur,‖ quelle est Anne et Louis.Vous voyez tous les jours‖ notre nouvelle reine :Si vos yeux n'en sont éblouis,Je les tiens bons ;‖ ils le sont, et personneN'en a douté jusques ici :Puissent-ils dans vingt ans‖ veiller pour la couronne ?Je ne vous plaindrai pas‖ d'avoir un tel souci.

Versification

Mètre
Alexandrins et octosyllabes (65 de 12, 44 de 8, 5 de 10, 2 de 7)· profil 7, 8, 4+6, 6+6
Mots à la rime
a devin / Dauphin masculine, classiqueb naissance / France féminine, classiquec façon / soupçon masculine, classiqued monarque / marque féminine, classiquee jamais / souhaits masculine, classiquef fais / ai / d'essai masculine, non classiqueg difficile / inutile / habile féminine, classiqueh exercices / délices féminine, classiquei cour / séjour / l'Amour masculine, classiquej guerre / terre féminine, classiquek rompu / pu masculine, classiquel lion / qu'Ilion masculine, classiquem proie / joie féminine, classiquen tours / amours masculine, classiqueo ibère / plénipotentiaire / faire féminine, classiquep jours / discours masculine, classiquea Bellone / personne féminine, classiqueb renommer / d'aimer / charmer masculine, classiquec conquêtes / prêtes féminine, classiqued états / bras masculine, classiquea affaires / nécessaires féminine, classiqueb cabinet / net masculine, classiquec jamais / paix masculine, classiqued Hercule / Jule féminine, classiquee trépas / états / Atlas masculine, classiquef provinces / princes féminine, classiqueg cieux / dieux masculine, classiquea beaux / nouveaux masculine, classiqueb miracles / obstacles féminine, classiquec accompagner / régner masculine, classiqued faire / volontaire féminine, classiquee soumis / ennemis / amis masculine, classiquef s'accroître / maître féminine, classiquea tendre / attendre féminine, classiqueb inouis / Louis masculine, classiquec charmes / armes féminine, classiqued bontés / beautés masculine, classiquee manières / frontières féminine, classiquef l'hyménée / couronnée féminine, classiqueg accompli / rempli masculine, classiqueh elle / belle féminine, classiquei précieux / cieux masculine, classiquea entreprise / éprise féminine, classiqueb finir / ressouvenir / tenir masculine, classiquec manière / lumière féminine, classiqued héros / maux masculine, classiquee matière / entière féminine, classiquef projet / sujet masculine, classiqueg sublime / exprime féminine, classiqueh devoir / concevoir masculine, classiquea peine / reine féminine, classiqueb Louis / éblouis masculine, classiquec personne / couronne féminine, classiqued ici / souci masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

116 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources