Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres diverses Ii, 1656‑1696· Épitres

III. À M. Fouquet

Jean de La Fontaine· distiques, octosyllabes, 136 vers

[1659]

Dussé-je une fois vous déplaire,Seigneur, je ne me saurais taire.Celui qui, plein d'affection,Vous promet une pensionBien payable et bien assignéeÀ tous les quartiers de l'année ;Qui, pour tenir ce qu'il promet,Va souvent au sacré sommet,Et, n'épargnant aucune peine,Y dort après tout d'une haleineHuit ou dix heures règlement,Pour l'amour de vous seulement,J'entends à la bonne mesure,Et de cela je vous assure ;Celui-là, dis-je, a contre vousUn juste sujet de courroux.

L'autre jour, étant en affaire,Et le jugeant peu nécessaire,Vous ne daignâtes recevoirLe tribut qu'il croit vous devoirD'une profonde révérence.Il fallut prendre patience,Attendre une heure, et puis partir.J'eus le cœur gros, sans vous mentir,Un demi-jour, pas davantage ;Car enfin ce seroit dommageQue, prenant trop mon intérêt,Vous en crussiez plus qu'il n'en est.Comme on ne doit tromper personne,Et que votre âme est tendre et bonne,Vous m'iriez plaindre un peu trop fort,Si, vous mandant mon déconfort,Je ne contois au vrai l'histoire ;Peut-être même iriez-vous croireQue je souhaite le trépasCent fois le jour, ce qui n'est pas.

Je me console, et vous excuse :Car après tout on en abuse ;On se bat à qui vous aura.Je crois qu'il vous arriveraChoses dont aux courts jours se plaignentMoines d'Orbais, et surtout craignent,C'est qu'à la fin vous n'aurez pasLoisir de prendre vos repas.Le roi, l'état ; votre patrie,Partagent toute votre vie ;Rien n'est pour vous, tout est pour eux.Bon Dieu ! que l'on est malheureuxQuand on est si grand personnage !Seigneur, vous êtes bon et sage,Et je serais trop familierSi je faisois le conseiller.À jouir pourtant de vous-mêmeVous auriez un plaisir extrême :Renvoyez donc en certains tempsTous les traités, tous les traitants,Les requêtes, les ordonnances,Le parlement et les finances,Le vain murmure des frondeurs,Mais plus que tous, les demandeurs,La cour, la paix, le mariage,Et la dépense du voyage,Qui rend nos coffres épuisés,Et nos guerriers les bras croisés.Renvoyez, dis-je, cette troupe,Qu'on ne vit jamais sur la croupeDu mont où les savantes sœursTiennent boutique de douceurs.Mais que pour les amants des MusesVotre Suisse n'ait point d'excuses,Et moins pour moi que pour pas un.Je ne serai pas importun :Je prendrai votre heure et la mienne.Si je vois qu'on vous entretienne,J'attendrai fort paisiblementEn ce superbe appartementOù l'on a fait d'étrange terre,Depuis peu, venir à grand erre(Non sans travail et quelques frais)Des rois Céphrim et KiopèsLe cercueil, la tombe ou la bière :Pour les rois, ils sont en poussière.C'est là que j'en voulois venir.Il me fallut entretenirAvec ces monuments antiques,Pendant qu'aux affaires publiquesVous donniez tout votre loisir.Certes j'y pris un grand plaisir.Vous semble-t-il pas que l'imageD'un assez galant personnageSert à ces tombeaux d'ornement ?Pour vous en parler franchement,Je ne puis m'empêcher d'en rire.Messire Orus, me mis-je à dire,Vous nous rendez tous ébahis :Les enfants de votre paysOnt, ce me semble, des bavettesQue je trouve plaisamment faites.On m'eût expliqué tout cela ;Mais il fallut partir de làSans entendre l'allégorie.

Je quittai donc la galerie,Fort content, parmi mon chagrin,De Kiopès et de Céphrim,D'Orus et de tout son lignage,Et de maint autre personnage ;Puissent ceux d'Égypte en ces lieux,Fussent-ils rois, fussent-ils dieux,Sans violence et sans contrainte,Se reposer dessus leur plintheJusques au bout du genre humain !Ils ont fait assez de cheminPour des personnes de leur taille.

Et vous, seigneur, pour qui travailleLe temps qui peut tout consumer,Vous, que s'efforce de charmerL'antiquité qu'on idolâtre,Pour qui le dieu de Cléopâtre,Sous nos murs enfin abordé,Vient de Memphis à Saint-Mandé,Puissiez-vous voir ces belles chosesPendant mille moissons de roses !Mille moissons, c'est un peu trop ;Car nos ans s'en vont au galop,Jamais à petites journées.Hélas ! les belles destinéesNe devraient aller que le pas.Mais quoi ! le ciel ne le veut pas.Toute âme illustre s'en console,Et, pendant que l'âge s'envole,Tâche d'acquérir un renomQui fait encor vivre le nomQuand le héros n'est plus que cendre :Témoin celui qu'eut AlexandreEt celui du fils d'Osiris,Qui va revivre dans Paris.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
68((aa))
Mètre
Octosyllabes
Mots à la rime
a déplaire / taire féminine, classiqueb d'affection / pension masculine, classiquec assignée / l'année féminine, classiqued promet / sommet masculine, classiquee peine / haleine féminine, classiquef règlement / seulement masculine, classiqueg mesure / assure féminine, classiqueh vous / courroux masculine, classiquea affaire / nécessaire féminine, classiqueb recevoir / devoir masculine, classiquec révérence / patience féminine, classiqued partir / mentir masculine, classiquee davantage / dommage féminine, classiquef intérêt / est masculine, classiqueg personne / bonne féminine, classiqueh fort / déconfort masculine, classiquei l'histoire / croire féminine, classiquej trépas / pas masculine, classiquea excuse / abuse féminine, classiqueb aura / arrivera masculine, classiquec plaignent / craignent féminine, classiqued pas / repas masculine, classiquee patrie / vie féminine, classiquef eux / malheureux masculine, classiqueg personnage / sage féminine, classiqueh familier / conseiller masculine, classiquei vous-même / extrême féminine, classiquej temps / traitants masculine, classiquek ordonnances / finances féminine, classiquel frondeurs / demandeurs masculine, classiquem mariage / voyage féminine, classiquen épuisés / croisés masculine, classiqueo troupe / croupe féminine, classiquep sœurs / douceurs masculine, classiqueq Muses / d'excuses féminine, classiquer un / importun masculine, classiques mienne / entretienne féminine, classiquet paisiblement / appartement masculine, classiqueu terre / erre féminine, classiquev frais / Kiopès masculine, classiquew bière / poussière féminine, classiquex venir / entretenir masculine, classiquey antiques / publiques féminine, classiquez loisir / plaisir masculine, classiquea l'image / personnage féminine, classiqueb d'ornement / franchement masculine, classiquec rire / dire féminine, classiqued ébahis / pays masculine, classiquee bavettes / faites féminine, classiquef cela / là masculine, classiqueg l'allégorie / galerie féminine, classiqueb chagrin / Céphrim masculine, classiquec lignage / personnage féminine, classiqued lieux / dieux masculine, classiquee contrainte / plinthe féminine, classiquef humain / chemin masculine, classiqueg taille / travaille féminine, classiqueb consumer / charmer masculine, classiquec idolâtre / Cléopâtre féminine, classiqued abordé / Saint-Mandé masculine, classiquee choses / roses féminine, classiquef trop / galop masculine, classiqueg journées / destinées féminine, classiqueh pas masculine, classiquei console / s'envole féminine, classiquej renom / nom masculine, classiquek cendre / Alexandre féminine, classiquel d'Osiris / Paris masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

136 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources