Œuvres diverses Ii, 1656‑1696· Lettres à divers
XXXI. « On dormoit ici quand le roi »
A S. A. S. Mgr LE PRINCE DE CONTI
[Novembre 1689]
On dormoit ici quand le roi,Ayant ses raisons, et très-sages,Parmi les gens d'un haut emploiA fait un vrai remu-ménage,Et mis Harlay premièrementA la tête du parlement.Il en est digne, et j'ose direQue Thémis en tout son empireTrouveroit à peine aujourd'huiUn oracle approchant de lui.Ne plaidez qu'ayant bonne cause ;C'est maintenant la seule choseQui peut faire au gain du procès.Vous contestez avec succèsPardevant le dieu des alarmes,Appuyé du seul droit des armes :Harlay règle d'autres débats,Où, je crois, vous n'excellez pas.Ni la grandeur ni la vaillanceNe font incliner sa balance.Son éloge entier iroit loin :J'aime mieux garder avec soinLa loi que l'on se doit prescrireD'être court, et ne pas tout dire.Pour éviter donc la longueurQui met les choses en langueur,Pontchartrain règle les finances.Si jamais j'ai des ordonnances,Ce qui n'est pas près d'arriver, »Il saura du moins me sauverLe chagrin d'une longue attente,Et lira d'abord ma patente.Homme n'est plus expéditif,Mieux instruit, ni plus inventif,Talents aujourd'hui nécessaires.La Briffe est chargé des affairesDu public et du souverain.Au gré de tous il sut enfinDébrouiller ce chaos de dettesQu'un maudit compteur avoit faites.Ce n'est pas là le seul essaiQui le rend successeur d'Harlay.Ce poste, avec celui qu'il quitte,Demandoit un ample mériteAu sujet qu'on a placé là.Hardi quiconque le suivra !Non que Louis, par sa sagesse,Ne puisse en conserver l'espèce ;Tout le bien que j'ai dit d'autruiRetombe à juste droit sur lui.Il doit ce nouvel ornementA son mérite seulement.Ses soins, dignes que la fortuneAvec eux veuille concourir,Sauront bientôt partout offrirL'abondance en ces lieux commune ;Sur les deux mers nos matelots,Quelque inconstants que soient les flots,Sauront ménager pour nos voilesL'aide des vents et des étoiles.Ne doutez point qu'en son emploiRedoublant ses soins et son zèle,Sous la conduite de son roiLe nouveau ministre n'excelle.N'avons-nous pas vu de nos bordsUne double flotte réduiteEt se renfermer dans ses ports,Mettant son salut dans sa fuite ?Le travail y croît, j'en conviens ;Mais tels maux en cour sont des biens,Et Seignelay peut y suffire.On le voit sur-le-champ écrireTouchant des points très-importants,Mieux que moi, seigneur, c'est peu dire :Mieux qu'aucun écrivain du temps.
Pour passer à d'autres matières,Vous saurez qu'on m'a dit naguèresQue cet hiver-ci l'opéraA Rome se rétablira.Cela me semble un bon augureEn la présente conjoncture,Et commence à sentir la paix :Je ne pense pas qu'elle échappeAux premiers soins du nouveau pape.Si le Saint-Esprit mit jamaisQuelqu'un au trône de saint PierrePour qui le démon de la guerreEut de la crainte et du respect,C'est Alexandre ; car, sans direQu'à nul état il n'est suspect,Il a tout ce que l'on désire,Expérience, fermeté,Justice et sagesse profonde.L'Olympe interpose au traitéLa première tête du mondeEn bon sens comme en dignité.Dès à présent sa saintetéS'en va cet ouvrage entreprendre.O Paix ! ne te fais point attendre.Veux-tu que pour toi l'universSoupire encore deux hivers ?Fille du ciel et d'Alexandre,Car je te garde tous ces noms,Renvoie au Nord les aquilons ;Fais qu'avec eux Mars se retire,Faisant place à Flore, à Zéphyre.Citer ces dieux, me va-t-on dire,En parlant du pape, est-il bien ?Non ; mais l'art des poëtes n'est rien,Leurs discours n'ont beauté ni grâce,Sans ce langage du Parnasse.Qu’Apollon s’exprime en païen,Trouve-t-on cela fort étrange ?Pour bannir pourtant ce mélange,Et parler du pape en chrétien,Souhaitons que Dieu l'illumine,Et que la paix, par son moyen,Vers les fidèles s'achemineAvec l'assistance divineQu'un jubilé procurera.Dès que le poëte lui verraRéunir la chose publique,D'ici sans peine il partira,Et les vers il entonneraDe Siméon dans son cantique ;Mais il veut vivre jusque-là.
Versification
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a roi / emploi masculine, classiqueb très-sages / remu-ménage féminine, non classiquec premièrement / parlement masculine, classiqued dire / empire féminine, classiquee aujourd'hui / lui masculine, classiquef cause / chose féminine, classiqueg procès / succès masculine, classiqueh alarmes / armes féminine, classiquei débats / pas masculine, classiquej vaillance / balance féminine, classiquek loin / soin masculine, classiquel prescrire / dire féminine, classiquem longueur / langueur masculine, classiquen finances / ordonnances féminine, classiqueo d'arriver / sauver masculine, classiquep attente / patente féminine, classiqueq expéditif / inventif masculine, classiquer nécessaires / affaires féminine, classiques souverain / enfin masculine, classiquet dettes / faites féminine, classiqueu essai / d'Harlay masculine, classiquev quitte / mérite féminine, classiquew là / suivra masculine, classiquex sagesse / l'espèce féminine, classiquey d'autrui / lui masculine, classiquez ornement / seulement masculine, classiquea fortune / commune féminine, classiqueb concourir / offrir masculine, classiquec matelots / flots masculine, classiqued voiles / étoiles féminine, classiquee emploi / roi masculine, classiquef zèle / n'excelle féminine, classiqueg bords / ports masculine, classiqueh réduite / fuite féminine, classiquei conviens / biens masculine, classiquej suffire / écrire / dire féminine, classiquek très-importants / temps masculine, classiquea matières / naguères féminine, classiqueb l'opéra / rétablira masculine, classiquec augure / conjoncture féminine, classiqued paix / jamais masculine, classiquee échappe / pape féminine, classiquef Pierre / guerre féminine, classiqueg respect / suspect masculine, classiqueh dire / désire féminine, classiquei fermeté / traité masculine, classiquej profonde / monde féminine, classiquek dignité / sainteté masculine, classiquel entreprendre / attendre / d'Alexandre féminine, classiquem l'univers / hivers masculine, classiquen noms / aquilons masculine, classiqueo retire / Zéphyre / dire féminine, classiquep bien / rien masculine, classiqueq grâce / Parnasse féminine, classiquer païen / chrétien / moyen masculine, classiques étrange / mélange féminine, classiquet l'illumine / s'achemine / divine féminine, classiqueu procurera / verra masculine, classiquev publique / cantique féminine, classiquew partira / entonnera / jusque-là masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.1
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
126 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources