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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres diverses Ii, 1656‑1696· Lettres à divers

XXX. « Prince vaillant, humain et sage »

A SON ALTESSE Mgr LE DUC DE VENDÔME

Jean de La Fontaine· strophes variées, octosyllabes, 137 vers

[Septembre] 1689

Prince vaillant, humain et sage,Avouez-nous que l'assemblageDe ces trois bonnes qualitésVaut mieux que trois principautés.Force grands pensent d'autre sorte :S'ils ont raison, je m'en rapporte ;Mais je soutiens encore un point,C'est que souvent ils ne l'ont point.Sans traiter ici cette affaire,Comment, seigneur, pouvez-vous faire ?Vous plaignez les peuples du Rhin.D'autre côté, le souverainEt l'intérêt de votre gloireVous font courir à la victoire.Vous n'aimez que guerre et combats,Même au sang trouvez des appas.Rarement voit-on, ce me semble,Guerre et pitié loger ensemble.Aurions-nous, des hôtes plus doux,Si l'Allemagne entroit chez nous ?J'aime mieux les Turcs en campagneQue de voir nos vins de ChampagneProfanés par des Allemands.Ces gens ont des hanaps trop grands ;Notre nectar veut d'autres verres.En un mot, gardez qu'en nos terresLe chemin ne leur soit ouvert :Ils nous pourroient prendre sans vert.Prendre sans vert notre monarque !Les conducteurs de cette barqueY perdroient bientôt leur latin.Lorraine eut le nez bien plus fin.Il faut se lever plus matinQue ne font beaucoup de ces princes,Pour pénétrer dans nos provincesJe vois ces héros retournésChez eux avec un pied de nez,Et le protecteur des rebellesLe cul à terre entre deux selles ;Et tout le parti protestantDu saint-père en vain très-content.J'ai là-dessus un conte à faire ;L'autre jour, touchant cette affaire,Le chevalier de Sillery,En parlant de ce pape-ci,Souhaitoit, pour la paix publique,Qu'il se fût rendu catholique,Et le roi Jacques huguenot.Je trouve assez bon ce bon mot.

Louis a banni de la FranceL'hérétique et très-sotte engeance.Il tenta sans beaucoup d'effortUn si grand dessein dans l'abord ;Les esprits étoient plus dociles.Notre roi voyant quelques villesSans peine à la foi se rangeant,L'appétit lui vint en mangeant.Les quolibets que je hasardeSentent un peu le corps de garde.Ce style est bon en temps et lieu.Une autre fois, moyennant Dieu,Votre altesse me verra mettreDu françois plus fin dans ma lettre.

Cependant d'un soin obligeantL'abbé m'a promis quelque argent.Amen ! et le. ciel le conserve !Apollon, ses chants, et sa verve,Bacchus, et peut-être l'Amour,L'occupent souvent tour à tour,Sans compter l'hydre créancière.Quelque jour ce sera matièrePour lui donner, avec raison,Autant de têtes qu'à Typhon.Il veut accroître ma chevance.Sur cet espoir, j'ai par avanceQuelques louis au vent jetés,Dont je rends grâce à vos bontés.Le reste ira sans point de faute(Ou bien je compte sans mon hôte :Le paillard m'a dit aujourd'huiQu'il faut que je compte avec lui,Aimez-vous cette parenthèse ?),Le reste ira, ne vous déplaise,EN bas-relief ET CÆTERA.Ce mot-ci s'interpréteraDes Jeannetons, car les ClymènesAux vieilles gens sont inhumaines.Je ne vous réponds pas qu'encorJe n'emploie un peu de votre orA payer la brune et la blonde ;Car tout peut aimer en ce monde.Non que j'assemble tous les joursBarbe fleurie et les Amours.Même dans peu votre financeAu sacrement de pénitenceA mon égard échappera.

Pour nouvelles de par-deçà,Nous faisons au Temple merveilles.L'autre jour on but vingt bouteilles ;Régnier en fut l'architriclin.La nuit étant sur son déclin,Lorsque j'eus vidé mainte coupe,Langeamet, aussi de la troupe,Me ramena dans mon manoir.Je lui donnai, non le bonsoir,Mais le bonjour : la blonde Aurore,En quittant le rivage maure,Nous avoit à table trouvés,Nos verres nets et bien lavés,Mais nos yeux étant un peu troubles,Sans pourtant voir les objets doubles.Jusqu'au point du jour on chanta,On but, on rit, on disputa,On raisonna sur les nouvelles ;Chacun en dit, et des plus belles.Le grand prieur eut plus d'espritQu'aucun de nous sans contredit.J'admirai son sens ; il fit rage ;Mais, malgré tout son beau langageQu'on étoit ravi d'écouter,Nul ne s'abstint de contester.Je dois tout respect aux Vendômes ;Mais j'irois en d'autres royaumes,S'il leur falloit en ce momentCéder un ciron seulement.

Je finis ; et je vous souhaiteUne victoire très-complète,Chance à tous jeux, de la santé,Non pas pour une éternité :Je suis en mes vœux plus modeste ;Pourvu que la bonté céleste,A vous, au grand prieur, à moi,Donne cent ans de bon aloi,Je serai content du partage.Vous en méritez davantage ;Mais la raison d'un si beau lotNe se dit pas toute en un mot.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
67[aa] 1[aaa]
Mètre
Octosyllabes
Mots à la rime
a sage / l'assemblage féminine, classiqueb qualités / principautés masculine, classiquec sorte / rapporte féminine, classiqued point masculine, classiquee affaire / faire féminine, classiquef Rhin / souverain masculine, classiqueg gloire / victoire féminine, classiqueh combats / appas masculine, classiquei semble / ensemble féminine, classiquej doux / nous masculine, classiquek campagne / Champagne féminine, classiquel Allemands / grands masculine, classiquem verres / terres féminine, classiquen ouvert / vert masculine, classiqueo monarque / barque féminine, classiquep latin / fin / matin masculine, classiqueq princes / provinces féminine, classiquer retournés / nez masculine, classiques rebelles / selles féminine, classiquet protestant / très-content masculine, classiqueu faire / affaire féminine, classiquev Sillery / pape-ci masculine, classiquew publique / catholique féminine, classiquex huguenot / mot masculine, classiquea France / engeance féminine, classiqueb d'effort / l'abord masculine, classiquec dociles / villes féminine, classiqued rangeant / mangeant masculine, classiquee hasarde / garde féminine, classiquef lieu / Dieu masculine, classiqueg mettre / lettre féminine, classiquea obligeant / argent masculine, classiqueb conserve / verve féminine, classiquec l'Amour / tour masculine, classiqued créancière / matière féminine, classiquee raison / Typhon masculine, classiquef chevance / avance féminine, classiqueg jetés / bontés masculine, classiqueh faute / hôte féminine, classiquei aujourd'hui / lui masculine, classiquej parenthèse / déplaise féminine, classiquek CÆTERA / s'interprétera masculine, classiquel Clymènes / inhumaines féminine, classiquem qu'encor / or masculine, classiquen blonde / monde féminine, classiqueo jours / Amours masculine, classiquep finance / pénitence féminine, classiqueq échappera / par-deçà masculine, classiqueb merveilles / bouteilles féminine, classiquec l'architriclin / déclin masculine, classiqued coupe / troupe féminine, classiquee manoir / bonsoir masculine, classiquef Aurore / maure féminine, classiqueg trouvés / lavés masculine, classiqueh troubles / doubles féminine, équivalentei chanta / disputa masculine, classiquej nouvelles / belles féminine, classiquek d'esprit / contredit masculine, classiquel rage / langage féminine, classiquem d'écouter / contester masculine, classiquen Vendômes / royaumes féminine, classiqueo moment / seulement masculine, classiquea souhaite / très-complète féminine, classiqueb santé / éternité masculine, classiquec modeste / céleste féminine, classiqued moi / aloi masculine, classiquee partage / davantage féminine, classiquef lot / mot masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

137 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources