Œuvres diverses Ii, 1656‑1696· Lettres à divers
XVIII. « Votre Phidias et le mien »
A M. SIMON DE TROYES
Février 1686
Votre Phidias et le mien,Et celai de toute la terre,Girardon, notre ami,‖ l'honneur du nom troyen,M'oblige à vous mander,‖ non la paix ou la guerre,Dont, sur ma foi, je ne sais rien ;Non la ligue d'Augsbourg,‖ que je sais moins encore ;Non, dans un bel écrit‖ plein de moralité,Des sottises du temps‖ le nombre que j'ignore(Eh, sauroit-il être compté ?),Mais la défaite d'un pâté.L'esprit s'échauffe à table,‖ et, d'un propos à l'autre,Bacchus nous inspira‖ comme eût fait Apollon.Rien n'altéra ses dons ;‖ l'eau du sacré vallonAuroit profané même‖ un vin tel que le nôtre :Pur et sans mélange on le but.Votre pâté, dès qu'il parut,Ramena les santés,‖ et fit naître l'envieDe boire à Chloris, à Sylvie,A ce qu'on aime enfin :‖ bonne et louable loi.De la maîtresse on vint au roi ;Du roi l'on vint à la statue ;De la statue on prit sujetD'examiner la place,‖ et cet autre projetOù l'image du prince‖ est encore attendue.Il faut du temps ; le temps a partA tous les chefs-d'œuvre de l'art.La reine des cités,‖ dans sa vaste étendue,N'aura rien qui ne cède‖ à ce double ornement.L'équestre en est encore‖ à son commencement ;La pédestre, à la fin‖ le monarque l'a vue.Desjardins, il faut l'avouer,Mérite par cette œuvre‖ une éternelle gloire.Nous en louâmes tout,‖ car tout est à louer,Et le vainqueur, et la victoire,Et les captifs. Vous pouvez croireQue du maréchal-duc‖ on s'entretint aussi :Son monument a réussi.Où d'autres échoueraient‖ il se rend tout facile.Quand on eut admiré‖ ce qu'il fit en Sicile,Parlé de son adresse‖ et de sa fermeté,Et de l'honneur qu'au Râb‖ il avoit remporté,Nous avouâmes tous‖ que pour sa majestéIl n'épargne aucuns soins,‖ ne le cède à nul homme,Ne dort ni ne permet‖ qu'on dorme d'un long somme.La France entière n'auroit puSeule occuper deux La Feuillades,Ainsi que la Grèce n'eût suContenir deux Alcibiades.Nous revînmes au roi ;‖ l'on y revient toujours :Quelque entretien qu'on se propose,Sur Louis aussitôt‖ retombe le discours :La déesse aux cent voix‖ ne parle d'autre chose.Girardon, dîmes-nous,‖ se saura surpasserExprimant ce héros‖ qu'il commence à tracer.L'exprimer ! c'est beaucoup ;‖ et si le seul LysippeFut digne de mouler‖ l'héritier de Philippe,Si nul autre sculpteur‖ ne le tailla que lui,Peu de mains doivent entreprendreD'employer leur art aujourd'hui,Pour un roi mieux fait qu'Alexandre.Notre prince a l'air grand,‖ il a l'air du dieu Mars.
Je m'écarte un peu trop,‖ rentrons dans nos limites ;Les lois que cet écrit‖ dès l'abord s'est prescritesM'empêchent de m'étendre‖ ainsi de toutes parts :On s'en va me nommer‖ l'avocat des trois chèvres :Le fait étoit d'un vol,‖ il citoit des Césars.Pour un pâté de trois canardsLes grands mots comme à lui‖ me naissent sur les lèvres.Aux journaux de Hollande‖ il nous fallut passer.Je ne sais plus sur quoi,‖ mais on fit leur critique.Bayle est, dit-on, fort vif ;‖ et, s'il peut embrasserL'occasion d'un trait‖ piquant et satirique,Il la saisit, Dieu sait,‖ en homme adroit et fin :Il trancheroit sur tout,‖ comme enfant de Calvin,S'il osoit ; car il a‖ le goût avec l'étude.Le Clerc pour la satire‖ a bien moins d'habitude ;Il paraît circonspect,‖ mais attendons la fin.Tout faiseur de journaux‖ doit tribut au malin.Le Clerc prétend du sien‖ tirer d'autres usages ;Il est savant, exact,‖ il voit clair aux ouvrages ;Bayle aussi. Je fais cas‖ de l'une et l'autre main ;Tous deux ont un bon style‖ et le langage sain.Le jugement en gros‖ sur ces deux personnages.Et ce fut de moi qu'il partit,C'est que l'un cherche à plaire aux sages,L'autre veut plaire aux gens d'esprit.Il leur plaît. Vous aurez‖ peut-être peine à croireQu'on ait dans un repas‖ de tels discours tenus :On tint ces discours ; on fit plus,On fut au sermon après boire.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 1[ababa] 2[ababb] 6[abba] 14[aa] 1[aaa] 5[abab]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (59 de 12, 31 de 8)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a mien / troyen / rien masculine, classiqueb terre / guerre féminine, classiquec encore / j'ignore féminine, classiqued moralité / compté / pâté masculine, classiquee l'autre / nôtre féminine, classiquef Apollon / vallon masculine, classiqueg but / parut masculine, classiqueh l'envie / Sylvie féminine, classiquei loi / roi masculine, classiquej statue / attendue féminine, classiquek sujet / projet masculine, classiquel part / l'art masculine, classiquem étendue / vue féminine, classiquen ornement / commencement masculine, classiqueo l'avouer / louer masculine, classiquep gloire / victoire / croire féminine, classiqueq aussi / réussi masculine, classiquer facile / Sicile féminine, classiques fermeté / remporté / majesté masculine, classiquet homme / somme féminine, classiqueu pu / su masculine, classiquev Feuillades / Alcibiades féminine, classiquew toujours / discours masculine, classiquex propose / chose féminine, classiquey surpasser / tracer masculine, classiquez Lysippe / Philippe féminine, classiquea lui / aujourd'hui masculine, classiqueb entreprendre / qu'Alexandre féminine, classiquec Mars / parts masculine, classiquea limites / prescrites féminine, classiquec chèvres / lèvres féminine, classiqued Césars / canards masculine, classiquee passer / embrasser masculine, classiquef critique / satirique féminine, classiqueg fin / Calvin masculine, classiqueh l'étude / d'habitude féminine, classiquei fin / malin masculine, classiquej usages / ouvrages féminine, classiquek main / sain masculine, classiquel personnages / sages féminine, classiquem partit / d'esprit masculine, classiquen croire / boire féminine, classiqueo tenus / plus masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
90 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources