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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Épaves, 1876· Insania

XX. A Hermine

Auguste Lacaussade· 2 distiquess, alexandrins, 52 vers

Si quelque jour ce livre,‖ où ma pauvre âme en pleursA la Muse a conté‖ ses plus chères douleurs,Se trouvait sous vos mains,‖ ouvrez-le : sous le voileDu symbole, à vos yeux‖ se lèvera l'ÉtoileDont le culte en mon cœur,‖ culte unique et sacré,A grandi par l'épreuve‖ et par l'âge épuré.Bien des jours ont passé‖ depuis l'heure fataleEt bénie où mon rêve‖ en sa grâce idéaleSous vos traits m'apparut ;‖ où, troublé désormais,J'ai senti que mon cœur‖ se donnait à jamais !Depuis, j'ai vainement‖ lutté pour le reprendre :L'inaltérable feu‖ couve encor sous la cendreDe mes espoirs éteints‖ et des jours révolus…De ces jours d'autrefois‖ ne vous souvient-il plus ?Remontez-y sans crainte,‖ et, comme un lac dont l'ondeRéfléchit d'un ciel pur‖ la pureté profonde,D'un passé sans remords‖ que j'appris à bénirLaissez flotter en vous‖ le chaste souvenir.Il ne vous dira rien,‖ rien que ne doive entendreUne âme au seul devoir‖ s'immolant fière et tendre,Qui, sous la main du sort‖ se taisant pour souffrir,De sa douleur du moins‖ n'eut jamais à rougir ;Et qui pour soi gardant‖ sa peine et son mystère,Dans ses blancheurs de cygne‖ a traversé la terre.

Aujourd'hui que l'automne‖ aux pensives tiédeursA de l'âge en ma veine‖ assoupi les ardeurs,Que les rêves fiévreux‖ où la raison s'oublieOnt fait place en mon âme‖ à la mélancolieDes soleils déclinants,‖ des espoirs envolés ;Comme un long crépuscule‖ au front des bois voilés,Le souvenir lointain‖ de ma saison torrideVerse un jour pâle et doux‖ sur mon présent aride ;Et d'un regard plus calme‖ embrassant le passé,Je pèse en mon esprit,‖ de tant d'efforts lassé,Ce monde où j'ai connu‖ moins de fleurs que d'épines.Une voix, cependant,‖ du sein de mes ruinesMe dit : « Console-toi ;‖ du moins ton rêve purNe t'aura pas trompé ;‖ si ton ciel est obscur,Porte plus haut les yeux ;‖ l'Étoile inaccessible,Emblème immaculé‖ d'un amour impossible,Brille toujours et verse‖ à ton front attristéLes tranquilles splendeurs‖ de sa sérénité.Elle t'a tout donné,‖ te donnant sa lumière.D'une idéale ardeur‖ l'étincelle premièreTe vint dans son rayon‖ sur ton front descendu.A travers les erreurs‖ où ton pied s'est perdu,Elle a toujours, visible‖ au delà des orages,Vers le bien et le beau‖ ramené tes hommages.Symbole de l'amour,‖ non de la volupté,Son empire sur toi,‖ c'était sa pureté.Bénis donc l'être cher‖ qui, de ton culte digne,A traversé tes jours‖ dans ses blancheurs de cygne. »

Versification

Forme
2 distiquess (distiques)
Rimes
26((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
2 distiquess
Mots à la rime
a pleurs / douleurs masculine, classiqueb voile / l'Étoile féminine, classiquec sacré / épuré masculine, classiqued fatale / idéale féminine, classiquee désormais / jamais masculine, classiquef reprendre / cendre féminine, classiqueg révolus / plus masculine, classiqueh l'onde / profonde féminine, classiquei bénir / souvenir masculine, classiquej entendre / tendre féminine, classiquek souffrir / rougir masculine, classiquel mystère / terre féminine, classiquea tiédeurs / ardeurs masculine, classiqueb s'oublie / mélancolie féminine, classiquec envolés / voilés masculine, classiqued torride / aride féminine, classiquee passé / lassé masculine, classiquef d'épines / ruines féminine, classiqueg pur / obscur masculine, classiqueh inaccessible / impossible féminine, classiquei attristé / sérénité masculine, classiquej lumière / première féminine, classiquek descendu / perdu masculine, classiquel orages / hommages féminine, classiquem volupté / pureté masculine, classiquen digne / cygne féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poesies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation poesies.net· Sources