Les Salaziennes, 1839
VI. A toi, toujours à toi
En vain sur la terre étrangère,Le souffle d'un sort rigoureuxA poussé la barque légère,Qui porte l'objet de tes vœux.Son cœur que la vague incertaineN'a jamais séparé de toi,Rêvant à la rive lointaineOù ton souvenir le ramène,Revole à toi, toujours à toi !
Aux lieux, où sa voix importuneDu ciel implore les faveurs,Il est allé de la fortuneCueillir pour ton front quelques fleurs ;Et s'il gémit sur le veuvageDes instants passés loin de toi,Il espère un jour sans nuage ;Et pour ranimer son courageIl pense à toi, toujours à toi !
Quand la nuit a ramené l'heure,Où l'amour, aux jours d'autrefois,Le conduisait vers la demeureOù l'appelait ta douce voix ;Son front pensif se décolore,Il pleure… il est si loin de toi !Et quand revient briller l'aurore,Les larmes qu'il répand encoreCoulent pour toi, toujours pour toi !
D'une jeune et chaste tendresseSon cœur t'a donné tout le miel,Il n'a qu'un regard de tristessePour les vierges d'un autre ciel.Quand il voit la beauté sourire,Douce et pensive ainsi que toi ;Un nom sur ses lèvres expire :Il se trouble et sa voix soupire :Mais c'est pour toi, toujours pour toi !
Sur les bords gazonnés des rivesRêveur il vient s'asseoir souvent ;Il plaint les feuilles fugitivesQu'emporte la force du vent.Son œil suit la nue inconstanteQui semble s'envoler vers toi ;Et si dans sa tristesse il chanteUne plainte vague et touchante ;Elle est pour toi, toujours pour toi !
De la muse qui le console,Les accents lui sont toujours chers ;Souvent avec elle il s'isoleSur l'écueil baigné par les mers.Dans la mousse la vague expire :Il la contemple… il songe à toi.Et ses doigts effleurent sa lyre,Dont la triste voix qui soupireParle de toi, toujours de toi !
L'oiseau qu'un ciel sévère exileDu nid qui cacha ses amours,Revole à son secret asileAvec le soleil des beaux jours.Celui qui te pleure en silenceAinsi retournera vers toi.Pour se consoler de l'absence,C'est dans cette douce espéranceQu'il pense à toi, toujours à toi !
Versification
- Forme
- 7 neuvains (neuvains)
- Rimes
- 7(ababcdccd)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 7 neuvains
- Mots à la rime
- a étrangère / légère féminine, classiqueb rigoureux / vœux masculine, classiquec incertaine / lointaine / ramène féminine, classiqued toi masculine, classiquea importune / fortune féminine, classiqueb faveurs / fleurs masculine, classiquec veuvage / nuage / courage féminine, classiquea l'heure / demeure féminine, classiqueb d'autrefois / voix masculine, classiquec décolore / l'aurore / encore féminine, classiquea tendresse / tristesse féminine, classiqueb miel / ciel masculine, classiquec sourire / expire / soupire féminine, classiquea rives / fugitives féminine, classiqueb souvent / vent masculine, classiquec inconstante / chante / touchante féminine, classiquea console / s'isole féminine, classiqueb chers / mers masculine, classiquec expire / lyre / soupire féminine, classiquea exile / asile féminine, classiqueb amours / jours masculine, classiquec silence / l'absence / espérance féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
63 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Salaziennes, Paris, J.-P. Aillaud, 1839· numérisation poesies.net· Sources