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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Salaziennes, 1839

XXIX. A un ami

Auguste Lacaussade· alexandrins et octosyllabes, 412 vers

I

Mes vers les plus aimés‖ à toi je les adresse,A toi, dont l'amitié‖ captiva ma tendresse ;De l'absence parfois‖ pour charmer les douleursTes yeux les reliront‖ en se voilant de pleurs ;Car ces vers, où pour moi‖ le passé se reflète,S'ils ne sont pas l'accent‖ d'une lyre poète,Charles, sur leurs défauts‖ t'aveuglant à demi,Tu n'oublieras jamais‖ qu'ils sont de ton ami.

II

Hélas ! pourquoi le ciel‖ près de ton innocenceN'a-t-il pas mis les jours‖ de ma souffrance enfance ?Prodiguant tes clartés‖ à mon ciel nuageux,Tu m'aurais partagé‖ ta lumière et tes jeux ;Ta brise eût caressé‖ ma tige humble et mobile,Ton ombre eût abrité‖ mon front pâle et débile,Et la nuit, endormant‖ notre berceau pareil,Eût porté dans mon sein‖ la paix de ton sommeil ;Et l'aube, te baignant‖ des pleurs de sa rosée,En eût aussi versé‖ sur ma fleur épuisée ;Et, pour ton pauvre ami,‖ ta nourrice et ta sœurAuraient eu dans leurs yeux‖ un regard de douceur.Tout ce qui t'aime enfin :‖ l'arbre dont le feuillageTe donne avec amour‖ le frais de son ombrage,L'oiseau qui vient chanter‖ aux bords de ton chemin,Le bengali qui boit‖ dans le creux de ta main,Et la brise effeuillant‖ les fleurs à peine éclosesPour embaumer ton air‖ de la senteur des roses,Tout, voyant la bonté‖ de ton amour pour moi,Tout m'eût peut-être aimé‖ par amitié pour toi !…

III

Mais non ! j'ai dû grandir‖ souffrant et solitaire,Sans espoir, sans soutien,‖ sans ami sur la terre ;De l'heure où je naquis,‖ m'abreuvant de mes pleurs,J'ai fatigué les airs‖ du chant de mes douleurs.Sous les premiers rayons‖ de ma lointaine auroreLe spectacle du mal‖ devant moi vint éclore,Et, devinant le sort‖ qui m'était destiné,J'ai maudit avec Job‖ le jour où je suis né.Mon pays de mes maux‖ innocemment complice,Révoltait mon instinct‖ d'amour et de justice ;Car il n'offrait partout‖ à mes yeux alarmésQue de vils oppresseurs‖ et de vils opprimés !Ma lèvre dès ce jour‖ désapprit à sourire,A l'âge où l'on bénit,‖ je me pris à maudireCe pays dont l'orgueil‖ ravalait la fiertéD'un cœur fait pour la gloire‖ et pour la liberté !On borna mon chemin,‖ on limita ma course,A ma soif de savoir‖ on interdit la sourceD'où la science et l'art‖ coulent à larges flots.On riva ma jeunesse‖ à l'affront du repos !…O mânes révérés‖ de Virgile et d'Homère,Que la muse allaita‖ de son doux lait de mère,Toi Byron, dont l'accent‖ m'emplit d'un saint effroi,Ils ont placé leur ombre‖ entre votre astre et moi !De peur que vos rayons‖ fécondant ma poussière,Mon esprit ne brisât‖ son écorce grossière,Et de nobles pensers‖ fertilisant mon cœur,Je n'aspirasse au ciel‖ dans un élan vainqueur !Encor si j'avais eu‖ pour guider ma jeunesseD'un père qui n'est plus‖ la fervente tendresse ;Mais perdu dans sa route,‖ et mort à la raison,Son esprit s'éteignait‖ dans un vague horizon.Et moi, jeune orphelin,‖ sans père et dans défense,On condamna mon front‖ au joug de l'ignorance ;Dans mon sein altéré‖ de jour et de clartéLeurs mains faisaient pleuvoir‖ l'ombre et l'obscurité ;Et, m'enviant du ciel‖ les splendeurs éternelles,On me creva les yeux,‖ on me cassa les ailes !…

Mais le ciel à mon vol‖ prêta des ailes d'or,Et sur vous aujourd'hui‖ plane mon libre essor.Dites ! d'un œil levé‖ fixant mon vol agile,Dites ! suis-je pétri‖ de votre lâche argile ?Pensez-vous que Dieu fit‖ un front tel que le mienPour se plier au joug ?‖… Allez ! nous n'êtes rien !Et des hauteurs de l'âme‖ et des vertus augustesJe me vois au-dessus‖ de vos mépris injustes !Parmi le peuple ailé‖ de l'empire des airs,Il en est dont l'essor‖ peut ramper dans les fers ;Oiseaux dégénérés,‖ enfants des marécages,Qu'ils peuplent dans vos cours‖ et chantent dans vos cages ;Mais ravir la lumière‖ au noble oiseau des dieux !Mais refuser l'espace‖ à son vol glorieux,Lui, dont l'aire est la nue‖ et les cieux le domaine !Voilà ce qui survit‖ à toute grâce humaine !Et quand j'oublierais tout,‖ je n'oublierai jamaisCe forfait le plus grand‖ de vos plus grands forfaits !

IV

Oh ! oui ! j'ai dû grandir‖ souffrant et solitaire !D'un œil désespéré‖ ne voyant dans la terreQu'un déplorable empire‖ où régnait le méchant,J'arrachai de mon cœur‖ tout aimable penchant ;L'amour et l'amitié,‖ ces parfums que notre âmeExhale à son matin‖ pour l'homme et pour la femme,Je les ai crus trop purs‖ pour ce terrestre sol.Vers de plus hauts sommets‖ j'ai fait monter mon vol ;Et je vins reposer‖ ma sombre inquiétudeDans les déserts de l'âme‖ et dans la solitude.De là, jetant sur tout‖ un sourire moqueur,De doute et de dégoût‖ je nourrissais mon cœur ;Et du bien et du beau‖ méprisant la chimère,Je versais à ma soif‖ une rosée amère.

V

Heureux l'infortuné‖ qui peut loin des humainsD'une espérance encor‖ dorer ses lendemains,Et qui dans l'éternel‖ se consolant du monde,N'a pas fermé son âme‖ à la foi qui l'inonde ;Et, disant à la terre‖ un solennel adieu,Met son espoir au ciel‖ et se repose en Dieu !Pour lui la solitude‖ est un bonheur suprême ;Un esprit est partout‖ qui le protège et l'aime ;Le spectacle infini‖ des bienfaits du SeigneurD'une sainte espérance‖ a parfumé son cœur ;Et, détachant ses pas‖ des sentiers où nous sommes,Oubliant dans son Dieu‖ l'injustice des hommes,Il verse dans celui‖ qui voit tout d'un même œilLa tristesse et l'amour‖ de sa pauvre âme en deuil.

VI

Mais moi, j'ai dû grandir‖ souffrant et solitaire,Sans même avoir un Dieu‖ pour ami sur la terre !Eh ! qu'importait alors‖ à mon cœur révoltéPour des malheurs présents‖ sa future bonté ?Mes regards étonnés‖ sur la terrestre riveCherchaient, mais vainement,‖ sa justice tardive !La justice d'un Dieu‖ doit être de tous temps ;A toute heure, en tous lieux,‖ en signes éclatants,Et terrible à l'amie,‖ et favorable au juste,Elle doit témoigner‖ de sa présence auguste !Et pourtant je voyais‖ sous la main du puissantSe lamenter le faible‖ et gémir l'innocent ;La sainte liberté‖ râler son agonieSous le fer dont les rois‖ arment leur tyrannie ;Et la tendre colombe,‖ emblème de l'amour,Expirer dans son nid‖ sous le bec du vautour.Je voyais l'homme — O honte !‖ ô turpitude humaineQui me navrait le cœur‖ de mépris et de haine ! —Trafiquant de son frère‖ et vendant ses labeurs,S'engraisser de sa graisse‖ et boire ses sueurs !Et le ciel cependant‖ demeurait impassible !A nos maux, m'écriai-je,‖ es-tu donc insensible !O Dieu bon, Dieu puissant,‖ que veut dire ceci ?Nous devais-tu créer‖ pour t'en jouer ainsi ?Les méchants seraient-ils‖ les fils de tes caresses,Et pour l'homme aurais-tu‖ d'inégales tendresses ?Mais prêt à blasphémer,‖ une voix dans mon cœurM'a dit : « Tais-toi ! regarde‖ et bénis le Seigneur !« Ami zélé du faible‖ et défenseur du juste,« Contre l'arbre orgueilleux‖ il prend soin de l'arbuste ;« Sur le sommet des monts,‖ pour l'insecte et l'oiseau,« Dans le sein de la fleur‖ sa main verse un peu d'eau ;« Et de la blonde Aurore‖ à l'herbe des collines« Il répand la rosée‖ en perles cristallines.« Il donne aux flots leur calme‖ et leurs lits sablonneux,« Aux ramiers le duvet‖ de leurs nids cotonneux,« Et, déroulant des mers‖ les lames vagabondes,« Aux sables de leurs bords‖ le doux baiser des ondes.« Il dit à l'astre : — éclaire !‖ — à la terre : — produis !« A l'arbre : — donne au pauvre‖ et on ombre et tes fruits !« A l'aquilon calmé :‖ — que ton souffle caresse« De la rose d'un jour‖ la flexible mollesse ! —« A l'Océan ému :‖ — dans l'azur de tes flots« De l'alcyon plaintif‖ berce le doux repos ! —« A l'onde qui gazouille‖ et jaillit de sa source : —« Pour l'insecte altéré‖ coule ici dans la mousse ! —« C'est lui qui donne à l'heure‖ où nous sentons la mort,« Une espérance au bon,‖ au méchant un remord.« Sa voix sait consoler‖ tout ce qui souffre et pleure,« Il est du mendiant‖ le pain et la demeure,« Et du grand qu'on vénère‖ à l'humble humilié,« Dans sa tendresse immense‖ il n'a rien oublié ! »

VII

Et ma lèvre en suspens‖ n'a plus osé maudire,Et mon esprit roula‖ de délire en délire ;Car le bien et le mal‖ mêlés et confondus,S'offraient de toutes parts‖ à mes yeux éperdus !Inhabile à sonder‖ ce mélange adultère,Sans voix pour nier l'Être,‖ irrité de le taire,De l'ombre à la clarté‖ las de flotter ainsi,Au dieu qui m'obsédait‖ j'ai demandé merci.Ma raison s'inclina‖ devant le roi du monde ;Je refusai mon âme‖ au doute qui l'inonde,Et, cherchant tous les jours‖ sans jamais rien trouver,Fatigué de penser‖ je me pris à rêver…

VIII

Je suivais les torrents‖ dans leur chute pareille,J'aimais à leur prêter‖ une rêveuse oreille ;Ou je venais m'asseoir‖ à l'ombre des grands boisPour écouter longtemps‖ leur silence ou leur voix ;Et lorsqu'à l'horizon‖ la vague orientaleRéfléchissait du jour‖ la teinte rose et pâle,Que le matin humide‖ et riant sous ses pleurs,S'enivrait de parfum‖ sur les lèvres des fleurs ;J'aimais à contempler‖ la splendide natureDe l'ombre et de la nuit‖ sortir brillante et pure,Et, secouant dans l'air‖ les langueurs du sommeil,Montrer aux cieux ravis‖ son front calme et vermeil ;Ou telle qu'une femme‖ aux formes ravissantes,Du tissu vaporeux‖ des ombres blanchissantesVoilant à son réveil‖ sa grâce et sa pudeur,Sous les vapeurs du jour‖ dérober sa splendeur,Et, colorant son front‖ d'une rougeur aimable,Sourire à sa beauté‖ d'un sourire ineffable.

IX

La terre aux premiers feux‖ du roi pompeux du jour,Semblait s'épanouir‖ sous des regards d'amour ;Ses forêts agitaient‖ leurs vertes cheveluresEt remplissaient les airs‖ d'harmonieux murmures ;Et buvant du soleil‖ les naissantes chaleurs,Ses vallons s'embaumaient‖ d'accords et de senteurs.Mais elle, ardente et belle‖ et féconde en son âme,Pour s'approcher de l'astre‖ aux longs baisers de flamme,Dévoilant ses contours‖ dans le bleu firmament,Semblait bondir d'amour‖ vers son céleste amant.Et la mer, s'éveillant‖ au rayon qui l'anime,Donnant à chaque vague‖ un murmure sublime,Par les cent mille voix‖ de son orgue éternelSaluait du soleil‖ le retour solennel.Et mon âme, ivre aussi‖ de vie et de lumière,A l'hymne universel‖ a mêlé sa prière,Et pour mieux exhaler‖ sa voix et son encens,Aux doux luth du poète‖ emprunta ces accents :

X

« La vague s'élève et palpite« Sur le sein onduleux des mers,« Et l'oiseau que l'aurore invite« La célèbre dans ses concerts.« La brise odorante et nouvelle,« La blanche et tendre tourterelle,« La vierge rêveuse et plus belle,« Tout lève un front calme et riant ;« La rose à la lèvre vermeille,« Le zéphyr, la légère abeille,« Tout vit, tout renaît, tout s'éveille« A la lueur de l'orient.

« Vis, renais, éveille-toi, lyre,« Mêle ta jeune et faible voix« A celle du vent qui soupire« Sur les ondes et dans les bois !« Fais entendre tes chants débiles,« Bien que tes cordes soient fragiles,« Semblables aux tissus mobiles« Que l'insecte suspend aux fleurs ;« Qui redoutent la molle haleine« Des zéphyrs errant dans la plaine,« Et sur lesquels l'aube ose à peine« Semer les perles de ses pleurs.

« Du jour l'astre éclatant s'élance« Dans l'air ruisselant de clartés,« Pourquoi rester dans le silence« Quand tout s'anime à nos côtés ?« La vive et joyeuse alouette« Fait vibrer sa voix de poète ;« Pourquoi resterais-tu muette« Lyre aux transports mélodieux ?« Change-les en notes de joie,« Bénis ce jour que Dieu m'envoie« Et chante, ô mon âme, et déploie« Tes blanches ailes vers les cieux !

« L'éther limpide et diaphane« Reçoit l'humble oiseau de nos bois ;« Il monte, il se balance, il plane« Et remplit le ciel de sa voix.« Des ombres que le jour colore« Franchissant la vague sonore,« Il vole en chantant vers l'aurore ;« De l'aigle à l'œil fier et vermeil« Il n'a pas les puissantes ailes,« Et pourtant des sphères mortelles« Il monte aux voûtes éternelles« Et va chanter près du soleil.

« Montez-donc, plaintes de mon âme,« Vers l'oreille de l'éternel !« L'accent qui pleure et le réclame« Arrive à son cœur paternel.« Avec la brise matinale,« Avec l'aurore virginale,« Dans ce jour, ô mon cœur, exhale« Un hymne aussi vers ton auteur !« La fibre qui dans toi murmure« Est une corde, quoique obscure,« De la lyre que la nature« Fait vibrer pour son créateur ! »

XI

O muse de ma lyre,‖ ô sublime nature,Quand ta beauté s'assied‖ sur le trône du jour,Quel barde, quel mortel,‖ quelle humble créatureN'a tressailli pour toi‖ d'un filial amour ?Du jour ou de la nuit‖ portant le diadème,Dans les cent mille aspects‖ de ta beauté suprême,O fille du Très-Haut,‖ ô nature, je t'aime !Courbé sous le fardeau‖ des préjugés humains,Comme un autre Caïn,‖ vierge du sang d'un frère,Quand j'errais triste et seul,‖ tu m'accueillis en mère,Et, nourrissant mon âme‖ à ta mamelle austère,J'appris à mépriser‖ leurs injustes dédains.

Les sublimes pensers‖ qu'en moi tu fis éclore,Sous leurs rayons divins‖ ont fait grandir mon front ;Mes ennemis l'ont vu‖ croître et grandir encore,Marqué du noble sceau‖ d'un honorable affront.Je n'étais plus l'enfant‖ qu'on avait vu naguère !Je planais au-dessus‖ de leur tête vulgaireComme un nuage armé‖ de foudre et de colère !Mais mon juste courroux‖ s'est renfermé dans moi.Je ne suis pas de ceux‖ qu'impunément on foule !J'étais au milieu d'eux‖ sans être de leur foule,Et trop loin de leur voix‖ dont la clameur s'écoule,Je ne les voyais pas,‖ je ne voyais que toi !

Que toi seule, ô nature,‖ et remplis de ta gloireMes yeux se complaisaient‖ dans ta vaste beauté ;Sur l'homme et ses travaux‖ contemplant ta victoire,J'oubliais les humains‖ et leur fragilité.Avant le jour, hélas !‖ s'éteint notre prunelle ;Le temps accorde une heure‖ à notre œuvre charnelle,Mais le temps ne peut rien‖ sur ta grâce éternelle,Et d'un souffle sans fin‖ ton être est animé.Dans l'auguste concert‖ de tes voix unanimesApaisant de mes maux‖ les murmures intimes,Tu plongeais mon esprit‖ dans des rêves sublimesEt consolais l'enfant‖ que toi seule as aimé !

Ils ne m'ont point aimé !‖ sans pitié pour un frèreIls ont vendu Joseph‖ et l'ont chargé de fers.Mais tremblez ! car le ciel‖ touché de sa misère,Un jour peut le venger‖ des maux qu'il as soufferts !S'est-il levé pour moi‖ ce jour des représailles ?Dans mon sein, ô mon cœur,‖ d'où vient que tu tressailles ?C'est que je sens revivre‖ et mordre à mes entraillesLe souvenir brûlant‖ de mes maux d'autrefois ;C'est que, si dans ces jours‖ d'une existence amère,Un fils se surprenait‖ à rougir de sa mère,Légitime bâtard,‖ sans titre au nom d'un père,

C'est à vous, à vous seuls,‖ à vous que je le dois !A vous, fils de Jacob,‖ dont l'indigne puissanceD'un fratricide affreux‖ a commis le forfait !Brisé, pauvre, isolé,‖ sans état, sans naissance,Voilà quel avenir‖ vos préjugés m'ont fait !Et, barde au luth muet,‖ sans âme et sans mémoire,Quand la main du passé‖ d'une exécrable histoireDéroule sous mes yeux‖ la page la plus noire,Un chant mâle et sévère‖ et que l'âge a mûriNe s'élancera pas‖ des cordes de ma lyre !Il ne jaillira pas‖ de mon sein qui délire,Une voix qui proclame‖ et montre et donne à lireVos crimes burinés‖ au front d'un pilori !…

XII

Mais non !… mettons un frein‖ au courroux qui m'enflammeQue les chants de pardon‖ s'exhalent de mon âme ;Comme Joseph devant‖ ses frères malheureux,Oublions ! l'oubli sied‖ au mortel généreux !Qu'un cœur fait pour haïr‖ garde et couve sa haine,Moi, plus aimant, je cède‖ au penchant qui m'entraîne ;Dieu fit, dans sa bonté,‖ la fleur pour embaumer,Mes lèvres pour bénir‖ et mon cœur pour aimer.Parfois, comme la mer,‖ si ma colère écume,Comme un cratère en feu‖ si ma bouche s'allume,Tombant à flots pressés,‖ si mon rapide accentS'échappe de mon sein‖ terrible et menaçant ;C'est que des jours passés‖ le nuage et les ombresÉtendent sur mon ciel‖ leurs teintes les plus sombres.Mais qu'un souffle plus pur‖ lui rende la clarté,Il rentre dans son calme‖ et sa sérénité ;Et mon âme, semblable‖ au lac clair et sans ride,Réfléchissant l'azur‖ d'un ciel pur et limpide,N'exhale, humble et plaintive‖ et tendre tour à tour,Qu'un murmure embaumé‖ de tristesse et d'amour.Ah ! qu'il arrive à toi‖ ce triste et doux murmure,Ces vers, modestes fruits‖ d'un arbre sans culture,A toi, mon tendre ami,‖ mon frère par le cœur,Ce que j'ai vu jamais‖ de plus pur, de meilleur,Toi, la perle sans prix‖ et que recèle un mondeOù tant de fausseté,‖ tant d'égoïsme abonde ;Toi qui seul as voulu‖ me comprendre et m'aimer.Que je n'ai pas de noms‖ assez doux pour nommer !Mon Dieu, quels sentiments‖ peuplent le cœur d'un ange,Puisque l'on peut trouver,‖ sur ce globe de fange,Dans le sein des mortels‖ par ta grâce habité,Tant de douceur céleste‖ et tant de pureté !Ah ! garde-les toujours,‖ ces vertus que j'adore,Trésor saint et caché‖ que ta candeur ignore,Jeune homme, que le ciel‖ a comblé de ses dons !S'il est des cœurs méchants,‖ il en est de si bons,Que toute âme auprès d'eux‖ devient aimante et bonneEt dans l'amour d'un seul‖ se console et pardonne !Non ! je ne les hais plus !‖ tu me les fais aimerCes hommes par lesquels‖ je me vis opprimer !Car c'est au milieu d'eux‖ que ton amitié pure,Comme un calice éclos‖ et que la brise épure,Offrit au pauvre enfant‖ qu'on abreuvait de fielLes larmes du matin‖ et les parfums du ciel.

XIII

Oh ! que ce souvenir‖ que ma bouche proclame,Oh ! qu'il me fait de bien‖ en passant sur mon âme !Que Dieu te rende, ami,‖ le bien que tu m'as fait !Qu'il te compte les jours‖ par un nouveau bienfait !Que toujours de ton cœur‖ le désir s'accomplisse,Et qu'il soit de tes vœux‖ le paternel complice !A ta couche rêveuse‖ épargnant les ennuis,Qu'un songe aux ailes d'ange‖ embellisse tes nuits ;Et marchant avec toi‖ de la vie à la tombe,Qu'une amante aux yeux bleus,‖ sainte et chaste colombe,Parfumant tes sentiers‖ des plus molles senteurs,Effeuille sur tes pas‖ son amour et ses fleurs !Mais si jamais ton ciel,‖ se voilant d'un nuage,Faisait gronder sur toi‖ la tempête et l'orage ;Si jamais l'aquilon,‖ troublant la paix des airs,A ton flot calme et pur‖ mêlait des flots amers ;Songe alors à l'ami‖ qui te pleure et qui t'aime,Et répète avec lui‖ ces doux mots que toi-mêmeTu murmuras jadis‖ à mon cœur désolé,Que j'ai redits souvent‖ et qui m'ont consolé :

XIV

« La douleur, par le ciel‖ à la terre infligée,« Jeune encore, il est vrai,‖ t'a frappé sans pitié ;« Mais pourquoi gémir seule,‖ ô pauvre âme affligée ?« Viens épancher ta peine‖ au sein de l'amitié !« A partager tes pleurs‖ tu trouveras des charmes.« Moi, je n'ai rien, hélas !‖ à t'offrir que mon cœur,« Mais tu peux y verser‖ ta secrète douleur ;« Je mêlerai toujours‖ une larme à tes larmes !« Pour aider ta faiblesse‖ à remplir le chemin« Qui nous sépare encor‖ des lieux où tout succombe,« Comme deux voyageurs‖ cheminant vers la tombe,« Nous marcherons ensemble‖ en nous donnant la main.« Quand viendra l'heure, hélas !‖ qui tôt ou tard arrive,« Où la mort de nos jours‖ éteindra le flambeau ;« Après nous être aimés‖ sur la terrestre rive,« Nous dormirons unis‖ dans la nuit du tombeau ! »

Versification

Mètre
Alexandrins et octosyllabes (352 de 12, 60 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a adresse / tendresse féminine, classiqueb douleurs / pleurs masculine, classiquec reflète / poète féminine, classiqued demi / ami masculine, classiquea innocence / enfance féminine, classiqueb nuageux / jeux masculine, classiquec mobile / débile féminine, classiqued pareil / sommeil masculine, classiquee rosée / épuisée féminine, classiquef sœur / douceur masculine, classiqueg feuillage / ombrage féminine, classiqueh chemin / main masculine, classiquei écloses / roses féminine, classiquej moi / toi masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb pleurs / douleurs masculine, classiquec aurore / éclore féminine, classiqued destiné / né masculine, classiquee complice / justice féminine, classiquef alarmés / opprimés masculine, classiqueg sourire / maudire féminine, classiqueh fierté / liberté masculine, classiquei course / source féminine, classiquej flots / repos masculine, classiquek d'Homère / mère féminine, classiquel effroi / moi masculine, classiquem poussière / grossière féminine, classiquen cœur / vainqueur masculine, classiqueo jeunesse / tendresse féminine, classiquep raison / horizon masculine, classiqueq défense / l'ignorance féminine, classiquer clarté / l'obscurité masculine, classiques éternelles / ailes féminine, classiquea d'or / essor masculine, classiqueb agile / argile féminine, classiquec mien / rien masculine, classiqued augustes / injustes féminine, classiquee airs / fers masculine, classiquef marécages / cages féminine, classiqueg dieux / glorieux masculine, classiqueh domaine / humaine féminine, classiquei jamais / forfaits masculine, classiqueb méchant / penchant masculine, classiquec âme / femme féminine, classiqued sol / vol masculine, classiquee inquiétude / solitude féminine, classiquef moqueur / cœur masculine, classiqueg chimère / amère féminine, classiquea humains / lendemains masculine, classiqueb monde / l'inonde féminine, classiquec adieu / Dieu masculine, classiqued suprême / l'aime féminine, classiquee Seigneur / cœur masculine, classiquef sommes / hommes féminine, classiqueg œil / deuil masculine, classiqueb révolté / bonté masculine, classiquec rive / tardive féminine, classiqued temps / éclatants masculine, classiquee juste / auguste féminine, classiquef puissant / l'innocent masculine, classiqueg agonie / tyrannie féminine, classiqueh l'amour / vautour masculine, classiquei humaine / haine féminine, classiquej labeurs / sueurs masculine, classiquek impassible / insensible féminine, classiquel ceci / ainsi masculine, classiquem caresses / tendresses féminine, classiquen cœur / Seigneur masculine, classiqueo juste / l'arbuste féminine, classiquep l'oiseau / d'eau masculine, classiqueq collines / cristallines féminine, classiquer sablonneux / cotonneux masculine, classiques vagabondes / ondes féminine, classiquet produis / fruits masculine, classiqueu caresse / mollesse féminine, classiquew source / mousse féminine, assonantex mort / remord masculine, classiquey pleure / demeure féminine, classiquez humilié / oublié masculine, classiquea maudire / délire féminine, classiqueb confondus / éperdus masculine, classiquec adultère / taire féminine, classiqued ainsi / merci masculine, classiquef trouver / rêver masculine, classiquea pareille / oreille féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquec orientale / pâle féminine, classiqued pleurs / fleurs masculine, classiquee nature / pure féminine, classiquef sommeil / vermeil masculine, classiqueg ravissantes / blanchissantes féminine, classiqueh pudeur / splendeur masculine, classiquei aimable / ineffable féminine, classiquea jour / d'amour masculine, classiqueb chevelures / murmures féminine, classiquec chaleurs / senteurs masculine, classiqued âme / flamme féminine, classiquee firmament / amant masculine, classiquef l'anime / sublime féminine, classiqueg éternel / solennel masculine, classiqueh lumière / prière féminine, classiquei encens / accents masculine, classiquea palpite / invite féminine, classiqueb mers / concerts masculine, classiquec nouvelle / tourterelle / belle féminine, classiqued riant / l'orient masculine, classiquee vermeille / abeille / s'éveille féminine, classiquea lyre / soupire féminine, classiqueb voix / bois masculine, classiquec débiles / fragiles / mobiles féminine, classiqued fleurs / pleurs masculine, classiquee haleine / plaine / peine féminine, classiquea s'élance / silence féminine, classiqueb clartés / côtés masculine, classiquec alouette / poète / muette féminine, classiqued mélodieux / cieux masculine, classiquee joie / m'envoie / déploie féminine, classiquea diaphane / plane féminine, classiquec colore / sonore / l'aurore féminine, classiqued vermeil / soleil masculine, classiquee ailes / mortelles / éternelles féminine, classiquea âme / réclame féminine, classiqueb l'éternel / paternel masculine, classiquec matinale / virginale / exhale féminine, classiqued auteur / créateur masculine, classiquee murmure / obscure féminine, classiquef nature / créature féminine, classiqueb jour / amour masculine, classiquec diadème / suprême / t'aime féminine, classiqued humains / dédains masculine, classiquee frère / mère / austère féminine, classiquea éclore / encore féminine, classiqueb front / affront masculine, classiquec naguère / vulgaire / colère féminine, classiquee foule / s'écoule féminine, classiquea gloire / victoire féminine, classiqueb beauté / fragilité masculine, classiquec prunelle / charnelle / éternelle féminine, classiqued animé / aimé masculine, classiquee unanimes / intimes / sublimes féminine, classiquea frère / misère féminine, classiqueb fers / soufferts masculine, classiquec représailles / tressailles / entrailles féminine, classiqued d'autrefois / dois masculine, classiquee amère / mère / père féminine, classiqueb puissance / naissance féminine, classiquec forfait / fait masculine, classiqued mémoire / histoire / noire féminine, classiquee mûri / pilori masculine, classiquef lyre / délire / lire féminine, classiquea m'enflamme / âme féminine, classiqueb malheureux / généreux masculine, classiquec haine / m'entraîne féminine, classiqued embaumer / aimer masculine, classiquee écume / s'allume féminine, classiquef accent / menaçant masculine, classiqueg ombres / sombres féminine, classiqueh clarté / sérénité masculine, classiquei ride / limpide féminine, classiquej tour / d'amour masculine, classiquek murmure / culture féminine, classiquel cœur / meilleur masculine, classiquem monde / abonde féminine, classiquen m'aimer / nommer masculine, classiqueo ange / fange féminine, classiquep habité / pureté masculine, classiqueq j'adore / ignore féminine, classiquer dons / bons masculine, classiques bonne / pardonne féminine, classiquet aimer / opprimer masculine, classiqueu pure / épure féminine, classiquev fiel / ciel masculine, classiquea proclame / âme féminine, classiqueb fait / bienfait masculine, classiquec s'accomplisse / complice féminine, classiqued ennuis / nuits masculine, classiquee tombe / colombe féminine, classiquef senteurs / fleurs masculine, classiqueg nuage / l'orage féminine, classiqueh airs / amers masculine, classiquei t'aime / toi-même féminine, classiquej désolé / consolé masculine, classiquea infligée / affligée féminine, classiqueb pitié / l'amitié masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiqued cœur / douleur masculine, classiquef succombe / tombe féminine, classiqueg arrive / rive féminine, classiqueh flambeau / tombeau masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

412 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Salaziennes, Paris, J.-P. Aillaud, 1839· numérisation poesies.net· Sources