Les Salaziennes, 1839
IV. La Nacelle
Glissant sous sa voilure blanche,Comme un cygne qui fend les airs,Mon esquif léger qui se penche,Ride l'azur mouvant des mers.
Sa voile s'élève et s'abaisseAu souffle naissant des zéphirsComme un sein ému qui s'affaisseSous de voluptueux soupirs.
Que j'aime à regarder cette ondeQui passe auprès de mon bateau,A voir dans la vague profondeMon image courir sur l'eau !
De l'onde ou du vent qui soupireSentant le souffle inspirateur,J'écoute alors chanter ma lyreQui prélude ainsi sur mon cœur :
« Peut-être une beauté rêveuse« De son regard doux et pensif,« Suit dans sa course aventureuse« Mon rapide et fragile esquif.
« Peut-être elle croit du rivage« Découvrir un oiseau des mers,« Qui mollement se berce et nage« Sur le roulis des flots amers.
« Mais cet oiseau, c'est ma nacelle« A moi, pauvre et jeune orphelin,« Qui n'ai que l'ombre de son aile« Pour abriter mon front chagrin.
« Veux-tu beauté douce et pensive,« Partager mon léger bateau,« Et dans ma barque fugitive,« Avec moi demeurer sur l'eau !
« Je t'aimerai dans le délire« De ma jeune et pudique ardeur,« Comme aime l’amoureux zéphire« Le sein parfumé de la fleur.
« Je t'aimerai comme la rive« Aime le flot, qui sur ses bords« Murmure d'une voix plaintive« De mélancoliques accords.
« Pour toi, d'un amour sans mélanges« Exhalant les chastes douceurs,« Je t'aimerai, comme les anges« Au ciel doivent aimer leurs sœurs.
« Je prierai la vague calmée,« De nous bercer plus mollement,« Quand ton front, ô ma bien-aimée,« Reposera sur ton amant.
« Je prierai la brise marine,« Quand l'ombre succède au soleil,« D'effleurer ta tête enfantine« Et de caresser ton sommeil.
« Et lorsque l'astre du mystère« Sur nous versera ses rayons« Dans notre barque solitaire,« Comme deux jeunes alcyons,
« Nous dormirons en paix sur l'onde ;« Ou muets d'amour tous les deux,« Dans notre course vagabonde,« Nous rêverons sur les flots bleus.
« Et bercés au branle des lames,« Comme les anges dans les cieux« Doucement nous fondrons nos âmes« Dans nos baisers silencieux.
« Oh ! viens, beauté douce et rêveuse« Partager mon léger bateau,« Viens, dans ma barque aventureuse,« Avec moi demeurer sur l'eau ! »
Versification
- Forme
- 17 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 17(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 17 quatrains
- Mots à la rime
- a blanche / penche féminine, classiqueb airs / mers masculine, classiquea s'abaisse / s'affaisse féminine, classiqueb zéphirs / soupirs masculine, classiquea onde / profonde féminine, classiqueb bateau / l'eau masculine, classiquea soupire / lyre féminine, classiqueb inspirateur / cœur masculine, classiquea rêveuse / aventureuse féminine, classiqueb pensif / esquif masculine, classiquea rivage / nage féminine, classiqueb mers / amers masculine, classiquea nacelle / aile féminine, classiqueb orphelin / chagrin masculine, classiquea pensive / fugitive féminine, classiquea délire / zéphire mixte, classiqueb ardeur / fleur masculine, mixtea rive / plaintive féminine, classiqueb bords / accords masculine, classiquea mélanges / anges féminine, classiqueb douceurs / sœurs masculine, classiquea calmée / bien-aimée féminine, classiqueb mollement / amant masculine, classiquea marine / enfantine féminine, classiqueb soleil / sommeil masculine, classiquea mystère / solitaire féminine, classiqueb rayons / alcyons masculine, classiquea l'onde / vagabonde féminine, classiqueb deux / bleus masculine, classiquea lames / âmes féminine, classiqueb cieux / silencieux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Salaziennes, Paris, J.-P. Aillaud, 1839· numérisation poesies.net· Sources