Les Salaziennes, 1839
IX. Orage à Salazie
The sky is changed !BYRON.
Mais le ciel change !‖ et la nuit de ses ombresA sur les monts‖ grandi l'obscurité ;Du firmament‖ sous ses voiles plus sombresElle a voilé‖ la tremblante clarté.Dans le lointain‖ la tempête s'avance :De tous côtés‖ règne un morne silence ;Et l'on dirait,‖ muette en sa terreur,Que la nature,‖ à travers les nuages,Entend venir‖ le bruit sourd des orages,Et contemple la nuit‖ dans sa sublime horreur.
L'air est pesant.‖ Une chaleur fétideDu sein du sol‖ se répand dans les airs ;Et par moments‖ une clarté livideDe l'horizon‖ sillonne les déserts.Oh ! quelle nuit !‖ le ciel dans sa colèreVa se donner‖ en spectacle à la terre !Et, déchirant‖ ses voiles ténébreux,Dans son ivresse‖ et sa fougue effrénée,Va révéler‖ à mon âme étonnéeQuelque chose de grand,‖ d'imposant et d'affreux !
Dans son courroux,‖ le mortel qu'on outrage,Courbant un front‖ sombre et silencieux,Reste muet‖ de délire et de rage :L'éclair s'allume‖ et jaillit de ses yeux,Son regard fixe‖ étincelle de flamme,Et tous ses traits‖ ont réfléchi son âme.Sous sa paupière‖ on ne voit pas les pleurs,Mais sa prunelle‖ a brillé de vengeance ;Et, tout à coup,‖ sortant de son silence,En paroles de flamme‖ il répand ses fureurs.
Telle est la nuit.‖ Nuit sombre et glorieuse,Tu ne fus pas‖ destinée au repos !Dans ses transports‖ mon âme audacieuseVeut se mêler‖ à ton vaste chaos.La pluie encor‖ n'a pas versé son onde ;Vers ces pitons‖ la foudre approche et grondeEt dans les cieux‖ roule avec majesté ;Sa grande voix‖ comme un mont qui s'écroule,Ou sur ses bords‖ la mer qui se déroule,D'une clameur profonde‖ emplit l'immensité.
Mais écoutons !‖ La voix de la tempêteMonte et s'accroît‖ et grandit dans les airs ;Le firmament‖ s'enflamme sur ma têteAux feux sanglants‖ des rapides éclairs ;Le ciel s'émeut,‖ les aquilons mugissent,D'un bruit affreux‖ les échos retentissent,Sur les rochers,‖ dans le sein des forêts,Brille et s'éteint‖ une flamme écarlate ;Et le tonnerre‖ avec fracas éclate,Et bondit en grondant‖ de sommets en sommets.
C'est à ton tour ! réveille-toi, terre,Sors des langueurs‖ d'un auguste sommeil !De ton repos,‖ profanant le mystère,La foudre vient‖ de hâter ton réveil.Réveille-toi !‖ De tes superbes cimes,De tes forêts,‖ de tes profonds abîmes,Fais résonner‖ les échos les plus forts ;Réponds ta voix‖ à la voix des nuages ;Aux mille éclats‖ des vents et des oragesA leurs transports tonnants‖ réponds par tes transports !
Et le tonnerre,‖ avec un bruit horrible,Ouvre la nue‖ et vomit ses fureurs ;Et des rochers‖ la voix forte et terribleSemble lutter‖ de désordre et d'horreurs.O vents d'orage,‖ ô foudres, ô tempêtes,Emportez — moi‖ dans les lieux où vous êtes,Entourez-moi‖ de votre majesté !Et, sur mon front déchaînant vos ravagesDe vos plaisirs‖ et de vos jeux sauvagesLaissez-moi partager‖ la mâle volupté !
Oh ! que ne puis-je‖ ainsi que le tonnerre,Dans mon délire‖ étonner les mortels !Que n'ai-je aussi‖ les cent voix de la terrePour révéler‖ mes pensers solennels !Mais sous mes doigts,‖ de ma lyre impuissanteJe presse en vain‖ la corde obéissante ;Ma voix est frêle‖ et mes sons languissants.Terre, cieux, nuit,‖ foudre aux ailes de flamme,Oh ! prêtez-moi,‖ pour exhaler mon âme,Prêtez-moi votre voix !‖ prêtez-moi vos accents !
Versification
- Forme
- 8 dizains (dizains)
- Rimes
- 8(ababccdeed)
- Mètre
- Décasyllabes et alexandrins (71 de 10, 8 de 12, 1 de 9)· profil 9i, 4+6, 6+6
- Strophes
- 8 dizains
- Mots à la rime
- a ombres / sombres féminine, classiqueb l'obscurité / clarté masculine, classiquec s'avance / silence féminine, classiqued terreur / horreur masculine, classiquee nuages / orages féminine, classiquea fétide / livide féminine, classiqueb airs / déserts masculine, classiquec colère / terre féminine, classiqued ténébreux / d'affreux masculine, classiquee effrénée / étonnée féminine, classiquea outrage / rage féminine, classiqueb silencieux / yeux masculine, classiquec flamme / âme féminine, classiqued pleurs / fureurs masculine, classiquee vengeance / silence féminine, classiquea glorieuse / audacieuse féminine, classiqueb repos / chaos masculine, classiquec onde / gronde féminine, classiqued majesté / l'immensité masculine, classiquee s'écroule / déroule féminine, classiquea tempête / tête féminine, classiqueb airs / éclairs masculine, classiquec mugissent / retentissent féminine, classiqued forêts / sommets masculine, classiquee écarlate / éclate féminine, classiquea terre / mystère féminine, classiqueb sommeil / réveil masculine, classiquec cimes / abîmes féminine, classiqued forts / transports masculine, classiquea horrible / terrible féminine, classiqueb fureurs / d'horreurs masculine, classiquec tempêtes / êtes féminine, classiqued majesté / volupté masculine, classiquee ravages / sauvages féminine, classiquea tonnerre / terre féminine, classiqueb mortels / solennels masculine, classiquec impuissante / obéissante féminine, classiqued languissants / accents masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Salaziennes, Paris, J.-P. Aillaud, 1839· numérisation poesies.net· Sources