Les Salaziennes, 1839
VIII. Amour
Amour présent du ciel,‖ félicité suprême,Que ne puis-je exhaler‖ sur la lyre que j'aime,Dans la chaste douceur‖ des plus tendres accents,L'ineffable délire‖ où tu ravis mes sens !Mais ma voix est débile,‖ et ma bouche glacéeNe peut trouver des mots‖ pour peindre ma pensée.Je le sens, et mes yeux‖ se remplissent de pleurs.Il faut pour t'exprimer‖ le langage des fleurs,Le souffle harmonieux‖ de l'amoureux zéphyre,Ou les accords plaintifs‖ de l'onde qui soupire.
Amour, qui fus toujours‖ mon rêve et mon bonheur,Amour, toi qu'en mon âme‖ un ange du SeigneurA mis, dans sa pitié,‖ pour m'aider sur la terreA porter mon fardeau‖ d'ennuis et de misère ;Adoucis chaque jour‖ ma peine et ma douleur,Épanche, o fleur du ciel,‖ tes parfums dans mon cœur.Ta présence ici-bas,‖ c'est la douce roséeQui répand la fraîcheur‖ sur la vie épuisée,Le seul éclair de joie‖ et la goutte de mielQui de nos jours amers‖ adoucissent le fiel.Jamais le malheureux‖ ne résiste à tes charmes ;Sous sa morne paupière‖ il sent tarir ses larmes,Quand, de ta douce main‖ caressant ses douleurs,Ta lèvre vient baiser‖ ses yeux mouillés de pleurs.La gloire, vain écho‖ que notre orgueil adore,L'ambition plus vaine‖ et plus frivole encore,Des biens et des honneurs‖ la triste vanité,Valent-ils un regard‖ de la jeune beauté ;Quand, semblable à la fleur‖ qui s'entr'ouvre au zéphyre,Sa lèvre épanouie‖ exhale son sourire ?Amour, céleste amour,‖ le seul bonheur c'est toi !Sois-donc mon seul désir,‖ règne à jamais sur moi !Enivre-moi toujours‖ des baisers de ta bouche,Que ton sein à mon front‖ serve à jamais de couche,Et, captivant mon âme‖ à la molle langueur,Que mon dernier soupir‖ s'exhale sur ton cœur !
Aux autres, des trésors‖ la splendide opulence !Mais à moi, dont le cœur,‖ s'ouvrant à l'espérance,Dans un désir plus doux‖ s'est toujours renfermé,L'angélique bonheur‖ d'aimer et d'être aimé !Du chêne au large faîte,‖ à l'orgueilleux feuillage,Je ne recherche pas‖ la fraîcheur et l'ombrage ;Sous l'humble citronnier,‖ sous le jeune arbrisseau,Sur la rive où serpente‖ un limpide ruisseau,Sur les bords gazonnés‖ où la fraîcheur repose,Oiseau faible et sans nom,‖ c'est là que je me posePour chanter mes amours,‖ belles comme les fleurs,Douces comme un parfum,‖ pures comme les pleurs,Qui brillent dans les yeux‖ de la naissante aurore.O Dieu ! Dieu trois fois bon,‖ toi que mon âme adore,Toi qui prêtes l'oreille‖ à nos faibles accents,Reçois du haut du ciel‖ mes vœux et mon encens !Ta bonté paternelle‖ ombrage la nature,Tu suspends à nos bois‖ leur luxe de verdure,Tu donnes à nos champs‖ et de l'ombre et des eaux,De la mousse et des nids‖ aux petits des oiseaux,Aux gazons altérés‖ des gouttes de rosée,La fraîcheur de la nuit‖ à la terre embrasée,Au matin jeune et frais‖ de brillantes couleurs,Des larmes aux remords‖ et des parfums aux fleurs ;Tu donnes au printemps‖ de suaves corbeilles,Des ailes à la brise‖ et du miel aux abeilles ;A mon cœur donne aussi‖ son beau songe d'amourCe doux et vague objet‖ qu'il rêve nuit et jour !Ah ! j'ai besoin d'aimer !‖ mon âme aimante et tendre,Dans une autre soi-même‖ aspire à se répandre !Toi qui vois mes secrets‖ et qui lis dans mes vœux,Toi qui connais, mon Dieu,‖ l'épouse que je veux,A mon cœur donne enfin‖ son rêve poétique,Cette idéalité‖ d'une grâce pudique,Cet être plus aimé,‖ plus tendre qu'une sœur,Cet ange de beauté,‖ d'amour et de douceur.Oui, souris, ô Dieu bon !‖ à ma jeune espérance,Et ma voix bénira‖ mon heureuse existence ;Et jusqu'à son déclin‖ j'en charmerai le cours,En vivant pour aimer‖ et chanter mes amours !
Versification
- Forme
- 3 distiquess (distiques)
- Rimes
- 38((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiquess
- Mots à la rime
- a suprême / j'aime féminine, classiqueb accents / sens masculine, classiquec glacée / pensée féminine, classiqued pleurs / fleurs masculine, classiquee zéphyre / soupire féminine, classiquea bonheur / Seigneur masculine, classiqueb terre / misère féminine, classiquec douleur / cœur masculine, classiqued rosée / épuisée féminine, classiquee miel / fiel masculine, classiquef charmes / larmes féminine, classiqueg douleurs / pleurs masculine, classiqueh adore / encore féminine, classiquei vanité / beauté masculine, classiquej zéphyre / sourire féminine, classiquek toi / moi masculine, classiquel bouche / couche féminine, classiquem langueur / cœur masculine, classiquea opulence / l'espérance féminine, classiqueb renfermé / aimé masculine, classiquec feuillage / l'ombrage féminine, classiqued arbrisseau / ruisseau masculine, classiquee repose / pose féminine, classiquef fleurs / pleurs masculine, classiqueg aurore / adore féminine, classiqueh accents / encens masculine, classiquei nature / verdure féminine, classiquej eaux / oiseaux masculine, classiquek rosée / embrasée féminine, classiquel couleurs / fleurs masculine, classiquem corbeilles / abeilles féminine, classiquen d'amour / jour masculine, classiqueo tendre / répandre féminine, classiquep vœux / veux masculine, classiqueq poétique / pudique féminine, classiquer sœur / douceur masculine, classiques espérance / existence féminine, classiquet cours / amours masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Salaziennes, Paris, J.-P. Aillaud, 1839· numérisation poesies.net· Sources