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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Complaintes, 1885

Complainte d’un certain dimanche

Jules Laforgue· 4 dizains, alexandrins et octosyllabes, 40 vers

Elle ne concevait pas qu’aimer fut l’ennemi d’aimer.Sainte-Beuve, Volupté.

L'homme n'est pas méchant,‖ ni la femme éphémère.Ah ! Fous dont au casino battent‖ les talons,Tout homme pleure un jour‖ et toute femme est mère,Nous sommes tous filials, allons !Mais quoi ! Les Destins ont‖ des partis pris si tristes,Qui font que, les uns loin‖ des autres, l'on s'exile,Qu'on se traite à tort et‖ à travers d'égoïstes,Et qu'on s'use à trouver‖ quelque unique Évangile.Ah ! Jusqu'à ce que la‖ nature soit bien bonne,Moi je veux vivre monotone.

Dans ce village‖ en falaises, loin, vers les cloches.Je redescends‖ dévisagé par les enfantsQui s'en vont faire‖ bénir de tièdes brioches ;Et rentré,‖ mon sacré-cœur se fend !Les moineaux des vieux toits‖ pépient à ma fenêtre.Ils me regardent‖ dîner, sans faim, à la carte ;Des âmes d'amis morts‖ les habitent peut-être ?Je leur jette du pain :‖ comme blessés, ils partent !Ah ! Jusqu'à ce que la‖ nature soit bien bonne,Moi je veux vivre monotone.

Elle est partie hier.‖ Suis-je pas triste d'elle ?Mais c'est vrai ! Voilà donc‖ le fond de mon chagrin !Oh ! Ma vie est aux plis‖ de ta jupe fidèle !Son mouchoir‖ me flottait sur le Rhin…Seul. ‒ Le Couchant retient‖ un moment son QuadrigeEn rayons où‖ le ballet des moucherons danse,Puis, vers les toits fumants‖ de la soupe, il s'afflige…Et c'est le Soir,‖ l'insaisissable confidence…Ah ! Jusqu'à ce que la‖ nature soit bien bonne,Faudra-t-il vivre monotone ?

Que d'yeux, en éventail,‖ en ogive, ou d'inceste,Depuis que l'Être espère,‖ ont réclamé leurs droits !Ô ciels, les yeux‖ pourrissent-ils comme le reste ?Oh ! Qu'il fait seul ! Oh ! Fait-il froid !Oh ! Que d'après-midi‖ d'automne à vivre encore !Le Spleen, eunuque à froid,‖ sur nos rêves se vautre.Or, ne pouvant‖ redevenir des madrépores,Ô mes humains,‖ consolons-nous les uns les autres.Et jusqu'à ce que la‖ nature soit bien bonne,Tâchons de vivre monotone.

Versification

Forme
4 dizains (dizains)
Rimes
4(ababcdcdee)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 6 de 8, 2 de 9)· profil 8, 3+6, 6=6
Strophes
4 dizains
Mots à la rime
a éphémère / mère féminine, classiqueb talons / allons masculine, classiquec tristes / d'égoïstes féminine, classiqued s'exile / Évangile féminine, classiquee bonne / monotone féminine, classiquea cloches / brioches féminine, classiqueb enfants / fend masculine, non classiquec fenêtre / peut-être féminine, classiqued carte / partent féminine, non classiquea d'elle / fidèle féminine, classiqueb chagrin / Rhin masculine, classiquec Quadrige / s'afflige féminine, classiqued danse / confidence féminine, classiquea d'inceste / reste féminine, classiqueb droits / froid masculine, non classiquec encore / madrépores féminine, non classiqued vautre / autres féminine, non classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 1.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Complaintes, Paris, Léon Vanier, Libraire-Éditeur, 1885· numérisation poesies.net· Sources