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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Complaintes, 1885

Complainte des pianos qu’on entend dans les quartiers aisés

Jules Laforgue· quatrains, vers de 8, 12, 4 et 7 syllabes, 60 vers

Menez l'âme que les‖ Lettres ont bien nourrie,Les pianos, les pianos,‖ dans les quartiers aisés !Premiers soirs, sans pardessus, chaste‖ flânerie,Aux complaintes des nerfs‖ incompris ou brisés.

Ces enfants, à quoi rêvent-elles,Dans les ennuis des ritournelles ?

‒ « Préaux des soirs,Christs des dortoirs ! »

« Tu t'en vas et tu nous laisses,Tu nous laiss's et tu t'en vas,Défaire et refaire ses tresses,Broder d'éternels canevas. »

Jolie ou vague ? Triste‖ ou sage ? Encore pure ?Ô jours, tout m'est égal ?‖ Ou, monde, moi je veux ?Et si vierge, du moins,‖ de la bonne blessure,Sachant quels gras couchants‖ ont les plus blancs aveux ?

Mon dieu, à quoi donc rêvent-elles ?À des Roland, à des dentelles ?

‒ « Cœurs en prison,Lentes saisons !

« Tu t'en vas et tu nous quittes,Tu nous quitt's et tu t'en vas !Couvents gris, chœurs de Sulamites,Sur nos seins nuls croisons nos bras. »

Fatales clés de l'être‖ un beau jour apparues ;Psitt ! Aux hérédités‖ en ponctuels ferments,Dans le bal incessant‖ de nos étranges rues ;Ah ! Pensionnats, théâtres, journaux, romans !

Allez, stériles ritournelles,La vie est vraie et criminelle.

‒ « Rideaux tirés,Peut-on entrer ?

« Tu t'en vas et tu nous laisses,Tu nous laiss's et tu t'en vas,La source des frais rosiers baisse,Vraiment ! Et lui qui ne vient pas… »

Il viendra ! Vous serez‖ les pauvres cœurs en faute,Fiancés au remords‖ comme aux essais sans fond,Et les suffisants cœurs‖ cossus, n'ayant d'autre hôteQu'un train-train pavoisé‖ d'estime et de chiffons.

Mourir ? Peut-être brodent-elles,Pour un oncle à dot, des bretelles ?

‒ « Jamais ! Jamais !Si tu savais !

« Tu t'en vas et tu nous quittes,Tu nous quitt's et tu t'en vas,Mais tu nous reviendras bien viteGuérir mon beau mal, n'est-ce pas ? »

Et c'est vrai ! L'Idéal‖ les faits divaguer toutes,Vigne bohême, même‖ en ces quartiers aisés.La vie est là ; le pur‖ flacon des vives gouttesSera, comme il convient,‖ d'eau propre baptisé.

Aussi, bientôt, se joueront-ellesDe plus exactes ritournelles.

« ‒ Seul oreiller !Mur familier !

« Tu t'en vas et tu nous laisses,Tu nous laiss's et tu t'en vas.Que ne suis-je morte à la messe !Ô mois, ô linges, ô repas ! »

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
5{1(abab) 2(aa) 1(abab)}
Mètre
Vers de 8, 12, 4 et 7 syllabes (20 de 8, 20 de 12, 10 de 4, 10 de 7)· profil 4, 7, 8, 6÷6
Strophes
10 quatrains, 10 distiques
Mots à la rime
a nourrie / flânerie féminine, classiqueb aisés / brisés masculine, classiquea rêvent-elles / ritournelles féminine, classiquea soirs / dortoirs masculine, classiquea laisses / tresses féminine, classiqueb vas / canevas masculine, classiquea pure / blessure féminine, classiqueb veux / aveux masculine, classiquea rêvent-elles / dentelles féminine, classiquea prison / saisons masculine, non classiquea quittes / Sulamites féminine, classiqueb vas / bras masculine, classiquea apparues / rues féminine, classiqueb ferments / romans masculine, classiquea ritournelles / criminelle féminine, non classiquea tirés / entrer masculine, non classiquea laisses / baisse féminine, non classiqueb vas / pas masculine, classiquea faute / hôte féminine, classiqueb fond / chiffons masculine, non classiquea brodent-elles / bretelles féminine, classiquea Jamais / savais masculine, classiquea quittes / vite féminine, non classiquea toutes / gouttes féminine, classiqueb aisés / baptisé masculine, non classiquea joueront-elles / ritournelles féminine, classiquea oreiller / familier masculine, classiquea laisses / messe féminine, non classiqueb vas / repas masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 1.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Complaintes, Paris, Léon Vanier, Libraire-Éditeur, 1885· numérisation poesies.net· Sources