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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Harmonies poétiques et religieuses, 1830· Livre troisième

HARMONIE XI. Cantate pour les enfants d’une maison de charité

Alphonse de Lamartine· RÉCITATIF· strophes variées, octosyllabes et alexandrins, 168 vers

Le temple de Sion‖ était dans le silence !Les saints hymnes dormaient‖ sur les harpes de Dieu .Les foyers odorants‖ que l'encensoir balanceS'éteignaient ; et l'encens,‖ comme un nuage immense,S'élevait en rampant‖ sur les murs du saint lieu.

Les docteurs de la loi,‖ les chefs de la prière.Étaient assis dans leur orgueil,Sous leurs sourcils pensifs‖ ils cachaient leur paupière.Ou lançaient sur la foule‖ un superbe coup d'œil ;Leur voix interrogeait‖ la timide jeunesse,Les rides de leurs fronts‖ témoignaient leur sagesse ;Respirant du Sina‖ l'antique majesté,De leurs cheveux blanchis,‖ de leur barbe touffue,On croyait voir glisser‖ sur leur poitrine nueLa lumière et la charité,Comme des neiges des montagnesDescendent, ô Sâron,‖ sur tes humbles campagnesLe jour et la fertilité !

Un enfant devant eux‖ s'avança, plein de grâce ;La foule, en l'admirant,‖ devant ses pas s'ouvrait,Puis se refermait sur sa trace ;Il semblait éclairer l'espaceD'un jour surnaturel‖ que lui seul ignorait !

Des ombres de sa chevelureSon front sortait, comme un rayonÉchappé de la nue obscureÉclaire un sévère horizon.

Ce front pur et mélancoliqueS'avançait sur l'œil inspiré.Tel qu'un majestueux portiqueS'avance sur un seuil sacré !

L'éclair céleste de son âmeS'adoucissait dans son œil pur,Comme une étoile dont la flammeSort plus douce des flots d'azur.

Il parla : les sages doutèrentDe leur orgueilleuse raison,Et les colonnes l'écoutèrent,Les colonnes de Salomon !

O merveilleuse histoire !‖ ô prodiges étrangesQue la mère à ses fils‖ se plaît à raconter !

Que disait cet enfant ?

Interrogez les angesEux seuls pourraient le répéter !

D’où sortait ce Joas ?

De l’ombre de la vie,De l'exil, du silence‖ et de la pauvreté !

Comment disparut-il‖ de la foule ravie ?

Il rentra dans l'obscurité ;Dans les humbles travaux‖ d'une vie inconnue,Comme l'aurore sous la nue,Il se cacha vingt ans‖ dans son humilité ;On ne le revit plus‖ qu'à la fin du mystère,Enseignant le ciel à la terre.Sur le sable ou sur l'eau‖ semant la vérité,Puis, traînant son supplice‖ au sommet du Calvaire,De l'homme qu'il aimait‖ victime volontaire,Revêtir l'iniquité,Arroser de son sang‖ sa semence prospèreEt payer à son pèreLe monde racheté !

Du sage et de l'enfant‖ c'est le maître sublime,C'est le flambeau qui nous luit,C'est l'âme qui nous anime,Le chemin qui nous conduit !

Il disait à celui‖ dont la main nous repousse :Laissez-les venir à moi !

Et voilà qu'une main‖ mystérieuse et douceTout petits jusqu'à lui‖ nous mène par la foi !

Il disait : Faites-vous‖ des trésors que la rouilleNe puisse pas ronger‖ sous d'impuissants verrous !

Et voilà que des mains,‖ que ce seul mot dépouille.S'ouvrent devant lui seul‖ et s'épanchent sur nous !

Il disait : Espérez !‖ et fiez-vous au Père !L'hirondelle n'a point‖ de palais sur la terre,Elle trouve au sommet‖ de la tour solitaireUne tuile pour ses petits !Le passereau n'a pas‖ semé la graine amère,Mais de tous ses enfants‖ la Providence est mère.L'une a le toit du riche,‖ et l'autre a ses épis !

Nous sommes l'hirondelle‖ errante et sans asile,Le toit de l'étranger‖ nous prête ses abris ;Le passereau de l'Évangile,Nous ne moissonnons pas,‖ et nous sommes nourris !

Que disait-il encor ?

Voyez sur la verdureÉclater le lis du vallon !

Pour se composer sa parureIl n'a filé de lin,‖ ni tissu de toison.Et pourtant sa tunique‖ est plus riche et plus pureQue les robes de Salomon !

Nous sommes les lis des vallées,Les tièdes laines des brebisPar nous n'ont point été filées,Et la main invisible‖ a tissé nos habits !

Et nous, enfants, que peut‖ notre reconnaissance ?Nos toits sont sans trésor,‖ et notre âge impuissant !Nous n'avons que nos mains‖ à lever en silenceVers cette ProvidenceD'où vient la récompense.D'où le bienfait descend !

Et que pourraient de plus‖ les rois et leur puissance ?Pour nos modestes bienfaiteursPriez donc, élevez‖ la voix de l'innocence ;La prière s'épure‖ en passant par vos cœurs !

Heureux l'homme pour qui‖ la prière attendrieS'élève des lèvres d'autrui !Il obtient par la voix‖ de l'orphelin qui priePlus qu'il n'a fait pour lui.

La prière est le don‖ sans tache et sans souillureQue devant l'autel du Très-HautL'homme doit présenter‖ dans une argile pureEt dans des vases sans défaut ;Comment offrir ce don‖ dans ce métal profaneQue sa sainteté nous défend ?Du cristal ou de l'or‖ que notre encens émane,Le vase le plus pur‖ est le cœur d'un enfant !

Le vœu souvent perdu‖ de nos cœurs s'évapore ;Mais ce vœu de nos cœurs‖ par d'autres présenté,Est comme un faible son‖ dans un temple sonore,Qui d'échos en échos,‖ croissant et répété,S'élève et retentit‖ jusqu'à l'éternité !

Prions donc ! élevons‖ la voix de l'innocence,La prière s'épure‖ en passant par nos cœurs !Les anges porteront‖ à la Toute-PuissanceNos bénédictions‖ et l'encens de nos pleurs !Prions donc ! élevons‖ la voix de l'innocence,La prière s'épure‖ en passant par nos cœurs !

O toi dont l'oreille s'inclineAu nid du pauvre passereau.Au brin d'herbe de la collineQui soupire après un peu d'eau !

Providence qui les console,Toi qui sais de quelle humble mainS'échappe la secrète oboleDont le pauvre achète son pain !

Toi qui tiens dans ta main diverseL'abondance et la nudité,Afin que de leur doux commerce,Naissent justice et charité !

Charge-toi seule, ô Providence,De connaître nos bienfaiteurs,Et de puiser leur récompenseDans les trésors de tes faveurs !

Noire cœur, qui pour eux t'implore,A l'ignorance est condamné ;Car toujours leur main gauche ignoreCe que leur main droite a donné !

Mais que le bienfait qui se cacheSous l'humble manteau de la foi,A leurs mains pieuses s'attacheEt les trahisse devant toi !

Qu'un vœu qui dans leur cœur commence,Que leurs soupirs les plus voilésSoient exaucés dans ta clémenceAvant de t'être révélés !

Que leurs mères dans leur vieillesseNe meurent qu'après des jours pleins !Et que les fils de leur jeunesseNe restent jamais orphelins !

Mais que leur race se succède,Comme les chênes de Membré,Dont aux ans le vieux tronc ne cèdeQue quand le jeune a prospéré !

Ou comme ces eaux toujours pleines,Dans les sources de Siloé,Où nul flot ne sort des fontainesQu'après que d'autres ont coulé !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
3[abaab] 26[abab] 4[aa] 1[abbacca] 2[abba] 2[ababab] 1[abaccb] 1[ababb]
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (79 de 8, 78 de 12, 6 de 6, 5 de 7)· profil 6, 7, 8, 6+6
Mots à la rime
a silence / balance / immense féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquea prière / paupière féminine, classiqueb orgueil / d'œil masculine, classiquec jeunesse / sagesse féminine, classiqued majesté / charité / fertilité masculine, classiquee touffue / nue féminine, classiquef montagnes / campagnes féminine, classiquea grâce / trace / l'espace féminine, classiqueb s'ouvrait / ignorait masculine, classiquea chevelure / obscure féminine, classiqueb rayon / horizon masculine, classiquea mélancolique / portique féminine, classiqueb inspiré / sacré masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb pur / d'azur masculine, classiquea doutèrent / l'écoutèrent féminine, classiqueb raison / Salomon masculine, classiquea étranges / enfant / anges féminine, classiqueb raconter / répéter masculine, classiquea Joas / vie / ravie féminine, classiqueb pauvreté / l'obscurité masculine, classiqueb inconnue / nue féminine, classiquec humilité / vérité masculine, classiqued mystère / terre féminine, classiquee Calvaire / volontaire féminine, classiquef l'iniquité / racheté masculine, classiqueg prospère / père féminine, classiquea sublime / anime féminine, classiqueb luit / conduit masculine, classiquea repousse / douce féminine, classiqueb moi / foi masculine, classiquea rouille / dépouille féminine, classiqueb verrous / nous masculine, classiquea Père / terre féminine, classiqueb solitaire / amère / mère féminine, classiquec petits / épis masculine, classiquea asile / l'Évangile féminine, classiqueb abris / nourris masculine, classiquea encor / verdure / parure / pure féminine, classiqueb vallon / toison / Salomon masculine, classiquea vallées / filées féminine, classiqueb brebis / habits masculine, classiquea reconnaissance / silence féminine, classiqueb impuissant / descend masculine, classiquec Providence / récompense féminine, classiquea puissance / l'innocence féminine, classiqueb bienfaiteurs / cœurs masculine, classiquea attendrie / prie féminine, classiqueb d'autrui / lui masculine, classiquea souillure / pure féminine, classiqueb Très-Haut / défaut masculine, classiquec profane / émane féminine, classiqued défend / enfant masculine, classiquea s'évapore / sonore féminine, classiqueb présenté / répété / l'éternité masculine, classiquea l'innocence / Toute-Puissance féminine, classiqueb cœurs / pleurs masculine, classiquea s'incline / colline féminine, classiqueb passereau / d'eau masculine, classiquea console / obole féminine, classiqueb main / pain masculine, classiquea diverse / commerce féminine, classiqueb nudité / charité masculine, classiqueb bienfaiteurs / faveurs masculine, classiquea t'implore / ignore féminine, classiqueb condamné / donné masculine, classiquea cache / s'attache féminine, classiqueb foi / toi masculine, classiquea commence / clémence féminine, classiqueb voilés / révélés masculine, classiquea vieillesse / jeunesse féminine, classiqueb pleins / orphelins masculine, classiquea succède / cède féminine, classiqueb Membré / prospéré masculine, classiquea pleines / fontaines féminine, classiqueb Siloé / coulé masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

168 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Harmonies poétiques et religieuses, BRUXELLES, SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE, ETC. HAUMAN ET COMPAGNIE, 1838· numérisation archive.org· Sources