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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Harmonies poétiques et religieuses, 1830· Livre deuxième

HARMONIE XIII. Désir

Alphonse de Lamartine· 15 sizains, heptasyllabes, 90 vers

Ah ! si j'avais des paroles,Des images, des symboles.Pour peindre ce que je sens !Si ma langue embarrasséePour révéler ma pensée.Pouvait créer des accents !

Loi sainte et mystérieuse !Une âme mélodieuseAnime tout l'univers ;Chaque être a son harmonie,Chaque étoile son génie.Chaque élément ses concerts.

Ils n'ont qu'une voix, mais pure,Forte comme la nature.Sublime comme son Dieu,Et quoique toujours la même.Seigneur ! cette voix suprêmeSe fait entendre en tout lieu.

Quand les vents sifflent sur l'onde,Quand la mer gémit ou gronde,Quand la foudre retentit,Tout ignorants que nous sommes.Qui de nous, enfants des hommes,Demande ce qu'ils ont dit ?

L'un a dit : Magnificence !L'autre : Immensité ! Puissance !L'autre : Terreur et Courroux !L'un a fui devant sa face,L'autre a dit : Son ombre passe :Cieux et terre, taisez-vous !

Mais l'homme, la créature,Lui qui comprend la nature,Pour parler n'a que des mots.Des mots sans vie et sans aile.De sa pensée immortelleTrop périssables échos !

Son âme est comme l'orageQui gronde dans le nuageEt qui ne peut éclater.Comme la vague captiveQui bat et blanchit sa riveEt ne peut la surmonter.

Elle s'use et se consume,Comme un aiglon dont la plumeN'aurait pas encor grandi,Dont l'œil aspire à sa sphère,Et qui rampe sur la terreComme un reptile engourdi.

Ah ! ce qu'aux anges j'envieN'est pas l'éternelle vie,Ni leur glorieux destin.C'est la lyre ! c'est l'organePar qui même un cœur profanePeut chanter l'hymne sans fin.

Quelque chose en moi soupire,Aussi doux que le zéphyreQue la nuit laisse exhaler.Aussi sublime que l'onde,Ou que la foudre qui gronde ;Et mon cœur ne peut parler !

Océan, qui sur tes rivesÉpands tes vagues plaintives,Rameaux murmurants des bois.Foudre dont la nue est pleine,Ruisseaux à la molle haleine,Ah ! si j'avais votre voix !

Si seulement, ô mon âme !Ce Dieu dont l'amour t'enflamme,Comme le feu, l'aquilon,Au zèle ardent qui t'embraseAccordait, dans une extase,Un mot pour dire son nom !

Son nom, tel que la natureSans paroles le murmure,Tel que le savent les cieux ;Ce nom que l'aurore voile,Et dont l'étoile à l'étoileEst l'écho mélodieux.

Les ouragans, le tonnerre,Les mers, les feux et la terre,Se tairaient pour l'écouter ;Les airs ravis de l'entendreS'arrêteraient pour l'apprendre.Les cieux pour le répéter.

Ce nom seul, redit sans cesse,Soulèverait ma tristesseDans ce vallon de douleurs.Et je dirais sans me plaindre :Mon dernier jour peut s'éteindre,J'ai dit sa gloire, et je meurs !

Versification

Forme
15 sizains (sizains)
Rimes
15(aabccb)
Mètre
Heptasyllabes
Strophes
15 sizains
Mots à la rime
a paroles / symboles féminine, classiqueb sens / accents masculine, classiquec embarrassée / pensée féminine, classiquea mystérieuse / mélodieuse féminine, classiqueb l'univers / concerts masculine, classiquec harmonie / génie féminine, classiquea pure / nature féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquec même / suprême féminine, classiquea l'onde / gronde féminine, classiqueb retentit / dit masculine, classiquec sommes / hommes féminine, classiquea Magnificence / Puissance féminine, classiqueb Courroux / taisez-vous masculine, classiquec face / passe féminine, classiquea créature / nature féminine, classiqueb mots / échos masculine, classiquec aile / immortelle féminine, classiquea l'orage / nuage féminine, classiqueb éclater / surmonter masculine, classiquec captive / rive féminine, classiquea consume / plume féminine, classiqueb grandi / engourdi masculine, classiquec sphère / terre féminine, classiquea j'envie / vie féminine, classiqueb destin / fin masculine, classiquec l'organe / profane féminine, classiquea soupire / zéphyre féminine, classiqueb exhaler / parler masculine, classiquea rives / plaintives féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquec pleine / haleine féminine, classiquea âme / t'enflamme féminine, classiqueb l'aquilon / nom masculine, classiquec t'embrase / extase féminine, classiquea nature / murmure féminine, classiqueb cieux / mélodieux masculine, classiquec voile / l'étoile féminine, classiquea tonnerre / terre féminine, classiqueb l'écouter / répéter masculine, classiquec l'entendre / l'apprendre féminine, classiquea cesse / tristesse féminine, classiqueb douleurs / meurs masculine, classiquec plaindre / s'éteindre féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

90 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Harmonies poétiques et religieuses, BRUXELLES, SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE, ETC. HAUMAN ET COMPAGNIE, 1838· numérisation archive.org· Sources