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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Harmonies poétiques et religieuses, 1830· Livre quatrième

HARMONIE VIII. Le solitaire

Alphonse de Lamartine· HYMNE· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 58 vers

L'aube sur le rocher‖ lance un trait de lumière,L'oiseau chante avant moi :‖ Béni soit le Seigneur !Ce nom est plus tôt dans mon cœurQue le jour n'est dans ma paupière !

Je disais autrefois :‖ Que ferai-je aujourd'hui ?Et la gloire, et l'amour,‖ et mes vaines penséesDisputaient au réveil‖ mes heures insensées ;Mais le cœur me disait :‖ Tous les jours sont à lui !

Tous mes jours maintenant‖ sont à lui dès l'aurore.Ils sont à lui jusqu'au sommeil.Celui dans qui mon cœur‖ se lève à mon réveil,Mon cœur en s'endormant,‖ en lui se couche encore !

Je ne me souviens plus‖ quel sens avaient ces mots :Amour qu'use le temps,‖ gloire qu'un jour efface,Espoir qui nous trahit,‖ volupté qui nous lasse,Ils n'ont pas dans mon âme‖ imprimé plus de trace

Que le nuage sur les flots !Ils sont à mon oreille‖ une langue étrangèreQu'on entend résonner‖ et qu'on ne comprend pas ;Et j'ai même oublié‖ l'impression légèreQu'ils faisaient sur mon cœur‖ quand j'étais d'ici-bas !

Ah ! qu'une seule idée‖ à sa source élancéeFait franchir de distance‖ à l'âme qui la suit !Qu'un seul rayon d'en haut‖ éclaire de pensée !Le jour diffère moins‖ des ombres de la nuit,Et le couchant, Seigneur,‖ est moins loin de l'aurore,Que l'âme qui t'adoreDe l'âme qui te fuit !

Depuis que des mortels‖ abandonnant la scène,J'ai rejeté le pain‖ dont leurs cœurs sont nourris.Mes cheveux ont blanchi‖ comme le tronc du chêne,En rides sur mon front‖ mes jours se sont écrits !Et les ans, lourds anneaux‖ ajoutés à ma chaîne,Ont courbé sous leur poids‖ mes membres amaigris.Mais je n'ai pas compté‖ combien de fois la terreA respiré d'en haut‖ le souffle du printemps !Combien de fois‖ sur mon roc solitaireL'aigle a changé sa plume‖ et le chêne ses glands !A mon âme, ô mon Dieu,‖ de toi seul possédée,Que sert un temps écrit ?‖ que sert un jour compté ?Tous les temps n'ont qu'un jour‖ à qui n'a qu'une idée,Celui qui vit en toi‖ date en éternité !

Le silence et la solitudeDe leur rouille ont usé mes sens,Mon oreille des sons‖ a perdu l'habitude.Ma bouche pour parler‖ cherche en vain des accents ;Mon corps courbé par la prière,Insensible au soleil,‖ aux hivers endurci,Est aussi rude que la pierreQue mes pieds nus foulent ici !

Mais le sens qui t'adore‖ a grandi dans mon âme,C'est le seul désormais‖ dont ma vie ait besoin ;Il voit, il sent, il touche,‖ il entend, il proclameLes choses de plus haut‖ et son Dieu de plus loin !Pour s'élever à toi‖ mon aile est plus rapide,Mon esprit plus muet‖ en toi s'anéantit !Ainsi plus le temple est vide.Plus l'écho sacré retentit !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
3[abba] 1[abbba] 8[abab] 1[aa] 1[ababcbc]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (44 de 12, 10 de 8, 2 de 6, 1 de 7, 1 de 10)· profil 6, 8, 4+6, 6+6
Mots à la rime
a lumière / paupière féminine, classiqueb Seigneur / cœur masculine, classiquea aujourd'hui / lui masculine, classiqueb pensées / insensées féminine, classiquea l'aurore / encore féminine, classiqueb sommeil / réveil masculine, classiquea mots / flots masculine, classiqueb efface / lasse / trace féminine, classiqueb étrangère / légère féminine, classiquec pas / d'ici-bas masculine, classiquea élancée / pensée féminine, classiqueb suit / nuit masculine, classiquec l'aurore / t'adore féminine, classiqued fuit / nourris masculine, classiquea scène / chêne / chaîne féminine, non classiquec écrits / amaigris masculine, classiqued terre / solitaire féminine, classiquee printemps / glands masculine, classiquef possédée / idée féminine, classiqueg compté / éternité masculine, classiquea solitude / l'habitude féminine, classiqueb sens / accents masculine, classiquec prière / pierre féminine, classiqued endurci / ici masculine, classiquea âme / proclame féminine, classiqueb besoin / loin masculine, classiquec rapide / vide féminine, classiqued s'anéantit / retentit masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

58 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Harmonies poétiques et religieuses, BRUXELLES, SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE, ETC. HAUMAN ET COMPAGNIE, 1838· numérisation archive.org· Sources