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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Jocelyn, 1836

Neuvième époque

Alphonse de Lamartine· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 1868 vers

Valneige, 12 octobre 1800.

O nid dans la montagne‖ où mon âme s'abrite !Me voici donc rentré‖ pour jamais dans mon gîte,Comme le passereau‖ sans ailes pour courirQui dans un trou du mur‖ s'abrite pour mourir ?Oh ! d'un peu de repos‖ que mon âme presséeY devançait de loin‖ mes pas par ma pensée !Que l'ombre des grands monts‖ se noyant dans les cieux,Quand je fus à leurs pieds,‖ fut amie à mes yeux !Comme je respirais,‖ en montant leurs collines,Les vents harmonieux‖ exhalés des ravines,Ces vents qui du mélèze‖ au rameau denteléSortent comme un soupir‖ à demi consolé !Que du premier sapin‖ l'écorce me fut douce !Que je m'étendis las‖ et triste sur la mousse !Que j'y collai ma bouche‖ en silence et longtemps !N'entendant que les coups‖ en ma tempe battans,Et l'assaut orageux‖ de mes mille penséesEn larmes plus qu'en mots‖ sur les herbes versées !Combien de fois je bus‖ dans le creux de ma mainUn peu d'eau du torrent‖ qui borde le chemin !Que souvent mon oreille‖ à ses flots attentiveCrut reconnaître un cri‖ dans ses bonds sur sa rive,Et d'un frisson glacé‖ me ridant tout entier,M'arrêta palpitant‖ sur le bord du sentier !Enfin, le soir, je vis‖ noircir entre les cimesDes arbres, mes murs gris‖ au revers des abîmes.Les villageois épars‖ sur leurs meules de foinDu geste et du regard‖ me saluaient de loin.L'œil fixé sur mon toit‖ sans bruit et sans fuméeJ'approchais, le cœur gros,‖ de ma porte fermée ;Là, quand mon pied poudreux‖ heurta mon pauvre seuil,Un tendre hurlement‖ fut mon unique accueil ;Hélas ! c'était mon chien‖ couché sous ma fenêtreQu'avait maigri trois mois‖ le souci de son maître.

Marthe filait assise‖ en haut sur le palier ;Son fuseau de sa main‖ roula sur l'escalier ;Elle leva sur moi‖ son regard sans mot dire ;Et comme si son œil‖ dans mon cœur eût pu lire,Elle m'ouvrit ma chambre‖ et ne me parla pas.Le chien seul en jappant‖ s'élança sur mes pas,Bondit autour de moi‖ de joie et de tendresse,Se roula sur mes pieds‖ enchaînés de caresse,Léchant mes mains, mordant‖ mon habit, mon soulier,Sautant du seuil au lit,‖ de la chaise au foyer,Fêtant toute la chambre,‖ et semblant aux murs même,Par ses bonds et ses cris,‖ annoncer ce qu'il aime,Puis sur mon sac poudreux‖ à mes pieds étenduMe couva d'un regard‖ dans le mien suspendu.Me pardonnerez-vous,‖ vous qui n'avez sur terrePas même cet ami‖ du pauvre solitaire ?Mais ce regard si doux,‖ si triste de mon chienFit monter de mon cœur‖ des larmes dans le mien.J'entourai de mes bras‖ son cou gonflé de joie ;Des gouttes de mes yeux‖ roulèrent sur sa soie ;O pauvre et seul ami,‖ viens, lui dis-je, aimons-nous !Car partout où Dieu mit‖ deux cœurs, s'aimer est doux !Hélas ! rentrer tout seul‖ dans sa maison déserteSans voir à votre approche‖ une fenêtre ouverte,Sans qu'en apercevant‖ son toit à l'horizonOn dise : Mon retour‖ réjouit ma maison ;Une sœur, des amis,‖ une femme, une mèreComptent de loin les pas‖ qui me restent à faire ;Et dans quelques momens,‖ émus de mon retour,Ces murs s'animeront‖ pour m'abriter d'amour !Rentrer seul, dans la cour‖ se glisser en silenceSans qu'au-devant du vôtre‖ un pas connu s'avance,Sans que de tant d'échos‖ qui parlaient autrefoisUn seul, un seul au moins‖ tressaille à votre voix !Sans que le sentiment‖ amer qui vous inondeDéborde hors de vous‖ dans un seul être au monde,Excepté dans le cœur‖ du vieux chien du foyerQue le bruit de vos pas‖ errans fait aboyer !N'avoir que ce seul cœur‖ à l'unisson du vôtreOù ce que vous sentez‖ se reflète en un autre,Que cet œil qui vous voit‖ partir ou demeurer,Qui sans savoir vos pleurs‖ vous regarde pleurer,Que cet œil sur la terre‖ où votre œil se repose,A qui, si vous manquiez,‖ manquerait quelque chose,Ah ! c'est affreux peut-être !‖ eh bien ! c'est encor doux !

O mon chien ! Dieu seul sait‖ la distance entre nous,Seul il sait quel degré‖ de l'échelle de l'êtreSépare ton instinct‖ de l'âme de ton maître ;Mais seul il sait aussi‖ par quel secret rapportTu vis de son regard‖ et tu meurs de sa mort,Et par quelle pitié‖ pour nos cœurs il te donnePour aimer encor ceux‖ que n'aime plus personne.Aussi, pauvre animal,‖ quoique à terre couché,Jamais d'un sot dédain‖ mon pied ne t'a touché,Jamais d'un mot brutal‖ contristant ta tendresseMon cœur n'a repoussé‖ ta touchante caresse.Mais toujours, ah ! toujours,‖ en toi j'ai respectéDe ton maître et du mien‖ l'ineffable bonté,Comme on doit respecter‖ sa moindre créature,Frère à quelque degré‖ qu'ait voulu la nature !Ah ! mon pauvre Fido,‖ quand, tes yeux sur les miens,Le silence comprend‖ nos muets entretiens ;Quand, au bord de mon lit,‖ épiant si je veille,Un seul souffle inégal‖ de mon sein te réveille ;Que lisant ma tristesse‖ en mes yeux obscurcisDans les plis de mon front‖ tu cherches mes soucis,Et que pour la distraire‖ attirant ma pensée,Tu mords plus tendrement‖ ma main vers toi baissée ;Que, comme un clair miroir,‖ ma joie ou mon chagrinRend ton œil fraternel‖ inquiet ou serein ;Que l'âme en toi se lève‖ avec tant d'évidence,Et que l'amour encor‖ passe l'intelligence ;Non tu n'es pas du cœur‖ là vaine illusion,Du sentiment humain‖ une dérision,Un corps organisé‖ qu'anime une caresse,Automate trompeur‖ de vie et de tendresse !Non ! quand ce sentiment‖ s'éteindra dans tes yeux,Il se ranimera‖ dans je ne sais quels cieux.De ce qui s'aima tant,‖ la tendre sympathie,Homme ou plante, jamais‖ ne meurt anéantie :Dieu la brise un instant,‖ mais pour la réunir ;Son sein est assez grand‖ pour nous tous contenir !Oui, nous nous aimerons‖ comme nous nous aimâmes.Qu'importe à ses regards‖ des instincts ou des âmes ?Partout où l'amitié‖ consacre un cœur aimant,Partout où la nature‖ allume un sentiment,Dieu n'éteindra pas plus‖ sa divine étincelle,Dans l'étoile des nuits‖ dont la splendeur ruisselle,Que dans l'humble regard‖ de ce tendre épagneulOn conduisait l'aveugle‖ et meurt sur son cercueil ! ! !

Oh ! viens, dernier ami‖ que mon pas réjouisse,Ne crains pas que de toi‖ devant Dieu je rougisse ;Lèche mes yeux mouillés !‖ mets ton cœur près du mien,Et, seuls à nous aimer,‖ aimons-nous, pauvre chien !

Valneige, 9 novembre 1800, un soir d’hiver.

Oh ! que l'année est lente‖ et que le jour s'ennuiePendant ces mois d'hiver‖ où la sonore pluie,Par l'ouragan fouettée‖ et battant les vitraux,Du verre ruisselant obscurcit les carreaux ;Que l'horizon voilé‖ par les brunies glacées,Ainsi que mes regards,‖ rétrécit mes pensées,Et que je n'entends rien‖ que le vent noir du nordSifflant par chaque fente‖ un gémissant accord,Des cascades d'hiver‖ la chute monotone,L'avalanche en lambeaux‖ qui bondit et qui tonne,Et quelques gloussemens‖ de poules dans la cour,Et Marthe à son rouet‖ qui file tout le jour.Alors ! ah ! c'est alors‖ que mon âme isolée,Par tous les élémens‖ dans mon sein refoulée,Comme un foyer sans air‖ se dévorant en moi,Veut se fuir elle-même‖ et cherche autour de soi,Et seul l'ennui de vivre‖ entrer par chaque pore,Et regarde bien loin‖ si quelqu'un l'aime encore,S'il est un seul vivant‖ qui, par quelque lien,M'adresse un souvenir‖ et se rattache au mien ;Et, ne voyant partout‖ qu'indifférence et tombe,Dans son vide sans bord‖ de tout son poids retombe.

Tel par la caravane‖ au désert oubliéL'homme cherche de l'œil‖ la trace d'un seul pié,Et regarde, aussi, loin‖ que peut porter sa vue,S'il voit à l'horizon‖ quelque point qui remue,Quelque tente qui fume,‖ ou quelque palmier vertQui rompe à son regard‖ la ligne du désert,Mais qui, n'apercevant‖ que des sables aridesDont le vent du simoun‖ a labouré les rides,Sans espoir qu'aucun pied‖ vienne le secourirFerme les yeux au jour‖ et s'assied pour mourir !

Puis comme un cœur brisé‖ qu'un mot touchant ranime,Et criant vers le ciel‖ du fond de mon abîme,Je jette à Dieu mon âme,‖ et je me dis : En luiJ'ai les eaux de ma soif,‖ la fin de mon ennui ;J'ai l'ami dont le cœur‖ de tout amour abonde,La famille immortelle‖ et l'invisible monde !Et je prie, et je pleure,‖ et j'espère, et je sensL'eau couler dans mon cœur‖ aride, et je descendsDans mon jardin trempé‖ par les froides ondéesVisiter un moment‖ mes plantes inondées ;Je regarde à mes pieds‖ si les bourgeons en pleursOnt de mes perce-neige‖ épanoui les fleurs,Je relève sous l'eau‖ les tiges abattues,Je secoue au soleil‖ les cœurs de mes laitues,J'appelle par leurs noms‖ mes arbres en chemin,Je touche avec amour‖ leurs branches de la main ;Comme de vieux amis‖ de cœur je les aborde,Car dans l'isolement‖ mon âme qui débordeDe ce besoin d'aimer,‖ sa vie et son tourment,Au monde végétal‖ s'unit par sentiment ;Et si Dieu réduisait‖ les plantes en poussière,J'embrasserais le sol‖ et j'aimerais la pierre !…

Je caresse, en rentrant,‖ sur la mur de ma courL'aile de mes pigeons‖ tout frissonnans d'amour,Ou je passe et repasse‖ une main sur la soieDe mon chien, dont le poil‖ se hérisse de joie ;Ou s'il vient un rayon‖ de blanc soleil, j'entendsGazouiller mes oiseaux‖ qui rêvent le printemps !Et, répandant ainsi‖ mon âme à ce qui m'aime,Sur mon isolement‖ je me trompe moi-même,Et l'abîme caché‖ de mon ennui profondSe comble à la surface,‖ et le vide est au fond !

8 décembre 1800.

Le pauvre colporteur‖ est mort la nuit dernière ;Nul ne voulait donner‖ des planches pour sa bière ;Le forgeron lui-même‖ a refusé son clou :« C'est un Juif, disait-il,‖ venu je ne sais d'où,« Un ennemi du Dieu‖ que notre terre adore,« Et qui, s'il revenait,‖ l'outragerait encore ;« Son corps infecterait‖ un cadavre chrétien.« Aux crevasses du roc‖ traînons-le comme un chien.« La croix ne doit point d'ombre‖ à celui qui la nie,« Et ce n'est qu'à nos os‖ que la terre est bénie. »Et la femme du juif‖ et ses petits enfansImploraient vainement‖ la pitié des passans,Et disputant le corps‖ au dégoût populaireRetenaient par les pieds‖ le mort sous le suaire.Du scandale inhumain‖ averti par hasard,J'accourus, j'écartai‖ la foule du regard ;Je tendis mes deux mais‖ aux enfans, à la femme ;Je fis honte aux chrétiens‖ de leur dureté d'âme,Et, rougissant pour eux,‖ pour qu'on l'ensevelît :« Allez, dis-je, et prenez‖ les planches de mon lit ! »

Puis pour leur enseigner‖ un peu de tolérance,La première vertu‖ de l'humaine ignorance,Et comment le soleil‖ et Dieu luisent pour tous,Et comment ses bienfaits‖ s'épanchent malgré nous,Je leur ai raconté‖ la simple et courte histoireQui dans mon cœur alors‖ tomba de ma mémoire.

Au temps où les humains‖ se cherchaient un séjour,Des hommes près du Nil‖ s'établirent un jour ;Amoureux et jaloux‖ du cours qui les abreuve,Ces hommes ignorans‖ firent un dieu du fleuve.Il donnera la vie‖ à ceux qui le boiront,Dirent-ils ; et c'est nous !‖ et les autres mourront !Et lorsque par hasard‖ d'errantes caravanesVoulaient en puiser l'eau‖ dans leurs outres profanes,Ils les chassaient du bord‖ avec un bras jaloux,Et se disaient entre eux :‖ L'eau du ciel n'est qu'à nous !On ne vit qu'en nos champs,‖ on ne boit qu'où nous sommes :Ceux-là ne boivent pas,‖ et ne sont pas des hommes.Or, l'ange du Seigneur,‖ entendant ces discours,Disait : Que les pensers‖ de ces hommes sont courts !Et pour leur enseigner‖ à leurs dépens que l'ondeDu ciel qui la répand‖ coule pour tout le monde,Il amena de loin‖ un peuple et ses chameauxQui voulaient, en passant‖ le Nil, boire à ses eaux ;Et pendant que du dieu‖ les défenseurs stupidesInterdisaient son onde‖ à leurs rivaux avides,L'ange, du ciel fermé‖ rouvrant le réservoir,Sur l'une et l'autre armée‖ à torrens fit pleuvoir ;Et le peuple étranger‖ but au lac des tempêtes,Et l'ange dit à l'autre :‖ Insensés que vous êtes,La nue abreuve au loin‖ ceux que vous refusez,Et sa source est plus haut‖ que celle où vous puisez.Allez voir l'univers :‖ chaque race a son fleuve,Qui descend de ses bois,‖ la féconde et l'abreuve ;Et ces mille torrens‖ viennent du même lieu,Et toute onde se puise‖ à la grâce de Dieu !Il la verse à son heure‖ et selon sa mesure,En fleuves, en ruisseaux,‖ plus bourbeuse ou plus pure.Si les vôtres, mortels,‖ sont plus clairs et plus doux,Gardez-vous d'être fiers,‖ et moins encor jaloux ;Sachez que vous avez‖ des frères sur la terre ;Que celui qui n'a pas‖ ce qui vous désaltèreA la pluie en hiver,‖ la rosée en été,Que Dieu lui-même puise‖ au lac de sa bonté,Et qu'il donne ici-bas‖ sa goutte à tout le monde,Car tout peuple est son peuple‖ et toute onde est son onde.Cette religion‖ qui nous enorgueillit,C'est ce fleuve fait dieu‖ dont on venge le lit ;Vous croyez posséder‖ seul les clartés divines,Vous croyez qu'il fait nuit‖ derrière vos collines,Qu'à votre jour celui‖ qui ne s'éclaire pasMarche aveugle et sans ciel‖ dans l'ombre du trépas !Or, sachez que Dieu seul,‖ source de la lumière,La répand sur toute âme‖ et sur toute paupière ;Que chaque homme a son jour,‖ chaque âge sa clarté,Chaque rayon d'en haut‖ sa part de vérité,Et que lui seul il sait‖ combien de jour ou d'ombreContient pour ses enfans‖ ce rayon toujours sombre !Le vôtre est plus limpide‖ et plus tiède à vos yeux ;Marchez à sa lueur‖ en rendant grâce aux cieux !Mais n'interposez pas‖ entre l'astre et vos frèresL'ombre de vos orgueils,‖ la main de vos colères ;Pour faire à leurs regards‖ luire la vérité,Réfléchissez son jour‖ dans votre charité :Car l'ange qui de Dieu‖ viendra faire l'épreuveJuge le culte au cœur‖ comme à l'onde le fleuve !L'arc-en-ciel que Dieu peint‖ est de toute couleur,Mais l'éclat du rayon‖ se juge à sa chaleur !Cette morale en drame‖ a retourné leur âme,Et l'on se disputait‖ les enfans et la femme.

(Ici manquaient plusieurs feuilles du manuscrit.)

Les laboureurs.

Au hameau de Valneige, 16 mai 1801.

Quelquefois dès l'aurore,‖ après le sacrifice,Ma bible sous mon bras,‖ quand le ciel est propice,Je quitte mon église‖ et mes murs jusqu'au soir,Et je vais par les champs‖ m'égarer ou m'asseoir,Sans guide, sans chemin,‖ marchant à l'aventure,Comme un livre au hasard‖ feuilletant la nature ;Mais partout recueilli ;‖ car j'y trouve en tout lieuQuelque fragment écrit‖ du vaste nom de Dieu.Oh ! qui peut lire ainsi‖ les pages du grand livreNe doit ni se lasser‖ ni se plaindre de vivre !

La tiède attraction‖ des rayons d'un ciel chaudSur les monts ce matin‖ m'avait mené plus haut,J'atteignis le sommet‖ d'une rude collineQu'un lac baigne à sa base‖ et qu'un glacier domine,Et dont les flancs boisés‖ aux penchans adoucisSont tachés de sapins‖ par des prés éclaircis.Tout en haut seulement‖ des bouquets circulairesDe châtaigniers croulans,‖ de chênes séculaires,Découpant sur le ciel‖ leurs dômes dentelés,Imitent les vieux mûrs‖ des donjons crénelés,Rendent le ciel plus beau‖ par leur contraste sombre,Et couvrent à leurs pieds‖ quelques champs de leur ombre.On voit en se penchant‖ luire entre leurs rameauxLe lac dont les rayons‖ font scintiller les eaux,Et glisser sous le vent‖ la barque à l'aile blanche,Comme une aile d'oiseau‖ passant de branche en branche ;Mais plus près, leurs longs bras‖ sur l'abîme penchés,Et de l'humide nuit‖ goutte à goutte étanchés,Laissaient pendre leur feuille‖ et pleuvoir leur roséeSur une étroite enceinte‖ au levant exposée,Et que d'autres troncs noirs‖ enfermaient dans leur sein,Comme un lac de culture‖ en son étroit bassin ;J'y pouvais, adossé‖ le coude a leurs racines,Tout voir, sans être vu,‖ jusqu'au fond des ravines.

Déjà tout près de moi‖ j'entendais par momensMonter des pas, des voix‖ et des mugissemens :C'était le paysan‖ de la haute chaumineQui venait labourer‖ son morceau de colline,Avec son soc plaintif‖ traîné par ses bœufs blancs,Et son mulet portant‖ sa femme et ses enfans ;Et je pus, en lisant‖ ma bible ou la nature,Voir tout le jour la scène‖ et l'écrire à mesure ;Sous mon crayon distrait‖ le feuillet devint noir.Oh ! nature, on t'adore‖ encor dans ton miroir.

Laissant souffler ses bœufs,‖ le jeune homme s'appuieDebout, au tronc d'un chêne,‖ et de sa main essuieLa sueur du sentier‖ sur son front mâle et doux ;La femme et les enfans‖ tout petits, à genouxDevant les bœufs privés‖ baissant leur corne à terre,Leur cassent des rejets‖ de frêne et de fougère,Et jettent devant eux‖ en verdoyans monceauxLes feuilles que leurs mains‖ émondent des rameaux ;Ils ruminent en paix‖ pendant que l'ombre obscure,Sous le soleil montant,‖ se replie à mesure,Et laissant de la glèbe‖ attiédir la froideur,Vient mourir et border‖ les pieds du laboureur.Il rattache le joug,‖ sous la forte courroie,Aux cornes qu'en pesant‖ sa main robuste ploie ;Les enfans vont cueillir‖ des rameaux découpés,Des gouttes de rosée‖ encore tout trempés ;Au joug avec la feuille‖ en verts festons les nouent,Que sur leurs fronts voilés‖ les fiers taureaux secouent,Pour que leur flanc qui bat‖ et leur poitrail poudreuxPortent sous le soleil‖ un peu d'ombre avec eux ;Au joug de bois poli‖ le limon s'équilibre,Sous l'essieu gémissant‖ le soc se dresse et vibre,L'homme saisit le manche,‖ et sous le coin tranchantPour ouvrir le sillon‖ le guide au bout du champ.

O travail, sainte loi du monde,Ton mystère va s'accomplir ;Pour rendre la glèbe féconde,De sueur il faut l'amollir !L'homme, enfant et fruit de la terre,Ouvre les flancs de cette mèreQui germe les fruits et les fleurs ;Comme l'enfant mord la mamellePour que le lait monte et ruisselleDu sein de sa nourrice en pleurs !

La terre, qui se fend‖ sous le soc qu'elle aiguise,En tronçons palpitans‖ s'amoncelle et se brise ;Et tout en s'entr'ouvrant‖ fume comme une chairQui se fend et palpite‖ et fume sous le fer.En deux monceaux poudreux‖ les ailes la renversent.Ses racines à nu,‖ ses herbes se dispersent ;Ses reptiles, ses vers,‖ par le soc déterrés,Se tordent sur son sein‖ en tronçons torturés ;L'homme les foule aux pieds,‖ et, secouant le manche,Enfonce plus avant‖ le glaive qui les tranche ;Le timon plonge et tremble,‖ et déchire ses doigts ;La femme parle aux bœufs‖ du geste et de la voix ;Les animaux, courbés‖ sur leur jarret qui plie,Pèsent de tout leur front‖ sur le joug qui les lie ;Comme un cœur généreux‖ leurs flancs battent d'ardeur ;Ils font bondir le sol‖ jusqu'en sa profondeur.L'homme presse ses pas,‖ la femme suit à peine ;Tous au bout du sillon‖ arrivent hors d'haleine,Es s'arrêtent ; le bœuf‖ rumine, et les enfansChassent avec la main‖ les mouches de leurs flancs.

Il est ouvert, il fume encoreSur le sol, ce profond dessin !O terre ! tu vis tout écloreDu premier sillon dé ton sein ;Il fut un Éden sans culture,Mais il semble que la nature,Cherchant à l'homme un aiguillon,Ait enfoui pour lui sous terreSa destinée et son mystèreCachés dans son premier sillon !

Oh ! le premier jour où la plaineS'entr'ouvrant sous sa forte main,But la sainte sueur humaineEt reçut en dépôt le grain ;Pour voir la noble créatureAider Dieu, servir la nature,Le ciel ouvert roula son pli,Les fibres du sol palpitèrent,Et les anges surpris chantèrentLe second prodige accompli !

Et les hommes ravis lièrentAu timon les bœufs accouplés,Et les coteaux multiplièrentLes grands peuples comme les blés,Et les villes, ruches trop pleines,Débordèrent au sein des plaines,Et les vaisseaux, grands alcyons,Comme à leurs nids les hirondelles,Portèrent sur leurs larges ailesLeur nourriture aux nations !

Et pour consacrer l'héritageDu champ labouré par leurs mains,Les bornes firent le partageDe la terre entre les humains,Et l'homme, à tous les droits propice,Trouva dans son cœur la justiceEt grava son code en tout lieu,Et pour consacrer ses lois même,S'élevant à la loi suprême,Chercha le juge et trouva Dieu !

Et la famille, enraciné eSur le coteau qu'elle a planté,Refleurit d'année en année,Collective immortalité !Et sous sa tutèle chérieNaquit l'amour de la patrie,Gland de peuple au soleil germéSemence de force et de gloireQui n'est que la sainte mémoireDu champ par ses pères semé !

Et les temples de l'invisibleSortirent des flancs du rocher,Et par une échelle insensible,L'homme de Dieu put s'approcher ;Et les prières qui soupirent,Et les vertus qu'elles inspirent,Coulèrent du cœur des mortels.Dieu dans l'homme admira sa gloire,Et pour en garder la mémoireReçut l'épi sur ses autels !

Un moment suspendu,‖ les voilà qui reprennentUn sillon parallèle,‖ et sans fin vont et viennentD'un bout du champ à l'autre,‖ ainsi qu'un tisserand,Dont la main tout le jour‖ sur son métier courant,Jette et retire à soi‖ le lin qui se dévideEt joint le fil au fil‖ sur sa trame rapide.La sonore vallée‖ est pleine de leurs voix ;Le merle bleu s'enfuit‖ en sifflant dans les bois,Et du chêne à ce bruit‖ les feuilles ébranléesLaissent tomber sur eux‖ les gouttes distillées.

Cependant le soleil‖ darde à nu, le grillonSemble crier de feu‖ sur le dos du sillon.Je vois flotter, courir‖ sur la glèbe embraséeL'atmosphère palpable‖ où nage la roséeQui rejaillit du sol‖ et qui bout dans le jour,Comme une haleine en feu‖ de la gueule d'un four ;Des bœufs vers le sillon‖ le joug plus lourd s'affaisse ;L'homme passe la main‖ sur son front, sa voix baisse ;Le soc glissant vacille‖ entre ses doigts nerveux ;La sueur, de la femme‖ imbibe les cheveux ;Ils arrêtent le char‖ à moitié de sa course ;Sur les flancs d'une roche‖ ils vont lécher la source,Et, la lèvre collée‖ au granit humecté,Savourent sa fraîcheur‖ et son humidité.

Oh ! qu'ils boivent dans cette goutteL'oubli des pas qu'il faut marcher ;Seigneur, que chacun sur sa routeTrouve son eau dans le rocher ;Que ta grâce les désaltère ;Tous ceux qui marchent sur la terreOnt soif à quelque heure du jour ;Fais à leur lèvre desséchéeJaillir de ta source cachéeLa goutte de paix et d'amour !

Ah ! tous ont cette eau de leur âme :Aux uns c'est un sort triomphant ;A ceux-ci le cœur d'une femme ;A ceux-là le front d'un enfant !A d'autres l'amitié secrète,Ou les extases du poëte ;Chaque ruche d'homme a son miel.Ah ! livre à leur soif assouvieCette eau des sources de la vie !Mais ma source à moi n'est qu'au ciel.

L'eau d'ici-bas n'a qu'amertumeAux lèvres qui burent l'amour,Et de la soif qui me consumeL'onde n'est pas dans ce séjour ;Elle n'est que dans ma penséeVers mon Dieu sans cesse élancée,Dans quelques sanglots de ma voix,Dans ma douceur à la souffrance ;Et ma goutte à moi d'espéranceC'est dans mes pleurs que je la bois !

Mais le milieu du jour‖ au repas les rappelle ;Ils couchent sur le sol‖ le fer ; l'homme dételleDu joug tiède et fumant‖ les bœufs, qui vont en paixSe coucher loin du soc‖ sous un feuillage épais ;La mère et les enfans,‖ qu'un peu d'ombre rassemble,Sur l'herbe, autour du père,‖ assis, rompent ensembleEt se passent entre eux‖ de la main à la mainLes fruits, les œufs durcis,‖ le laitage et le pain ;Et le chien, regardant‖ le visage du père,Suit d'un œil confiant‖ les miettes qu'il espère.Le repas achevé,‖ la mère, du berceauQui repose couché‖ dans un sillon nouveau,Tire un bel enfant nu‖ qui tend ses mains vers elle,L'enlève et, suspendu,‖ l'emporte à sa mamelle,L'endort en le berçant‖ du sein sur ses genoux,Et s'endort elle-même‖ un bras sur son époux.Et sous le poids du jour‖ la famille sommeilleSur la couche de terre,‖ et le chien seul les veille ;Et les anges de Dieu‖ d'en haut peuvent les voir,Et les songes du ciel‖ sur leurs têtes pleuvoir !

Oh ! dormez sous le vert nuageDe feuilles qui couvrent ce nid,Homme, femme, enfans leur image,Que la loi d'amour réunit !O famille, abrégé du monde,Instinct qui charme et qui fécondeLes fils de l'homme en ce bas lieu,N'est-ce pas toi qui nous rappelleCette parenté fraternelleDes enfans dont le père est Dieu !

Foyer d'amour où cette flammeQui circule dans l'universJoint le cœur au cœur, l'âme à l'âme,Enchaîne les sexes divers,Tu resserres et tu reliesLes générations, les viesDans ton mystérieux lien ;Et l'amour qui du ciel émane,Des voluptés culte profane,Devient vertu s'il est le tien !

Dieu te garde et te sanctifie :L'homme te confie à la loi,Et la nature purifieCe qui serait impur sans toi !Sous le toit saint qui te rassembleLes regards, les sommeils ensemble,Ne souillent plus ta chasteté,Et sans qu'aucun limon s'y mêle,Là source humaine renouvelleLes torrens de l'humanité.

Ils ont quitté leur arbre‖ et repris leur journée ;Du matin au couchant‖ l'ombre déjà tournéeS'allonge au pied du chêne‖ et sur eux va pleuvoir ;Le lac, moins éclatant,‖ se ride au vent du soir ;De l'autre bord du champ‖ le sillon se rapproche ;Mais quel son a vibré‖ dans les feuilles ? la cloche,Comme un soupir des eaux‖ qui s'élève du bord,Répand dans l'air ému‖ l'imperceptible accord,Et par des mains d'enfans‖ au hameau balancéeVient donner de si loin‖ son coup à la pensée ;C'est l'angélus qui tinte‖ et rappelle en tout lieuQue le matin des jours‖ et le soir sont à Dieu.A ce pieux appel‖ le laboureur s'arrête,Il se tourne au clocher,‖ il découvre sa tête,Joint ses robustes mains‖ d'où tombe l'aiguillon,Élève un peu son âme‖ au-dessus du sillon,Tandis que les enfans,‖ à genoux sur la terre,Joignent leurs petits doigts‖ dans les mains de leur mère.

Prière ! ô voix surnaturelleQui nous précipite à genoux,Instinct du ciel qui nous rappelleQue la patrie est loin de nous,Vent qui souffle sur l'âme humaineEt de la paupière trop pleineFait déborder l'eau de ses pleurs,Comme un vent qui par intervallesFait pleuvoir les eaux virginalesDu calice incliné des fleurs !

Sans toi que serait cette fange ?Un monceau d'un impur limonOù l'homme après la brute mangeLes herbes qu'il tond du sillon !Mais par toi son aile casséeSoulève encore sa penséePour respirer au vrai séjour,La désaltérer dans sa courseEt lui faire boire à sa sourceL'eau de la vie et de l'amour !

Le cœur des mères te soupire,L'air sonore roule ta voix,La lèvre d'enfant te respire,L'oiseau t'écoute aux bords des bois ;Tu sors de toute la natureComme un mystérieux murmureDont les anges savent le sens ;Et ce qui souffre, et ce qui crie,Et ce qui chante, et ce qui prie,N'est qu'un cantique aux mille accens.

O saint murmure des prières,Fais aussi dans mon cœur trop plein,Comme des ondes sur dès pierres,Chanter mes peines dans mon sein !Que le faible bruit de ma vieEn extase intime ravieS'élève en aspirations,Et fais que ce cœur que tu brises,Instrument dès célestes brises,Éclate en bénédictions.

Un travail est fini,‖ l'autre aussitôt commence :Voilà partout la terre‖ ouverte à la semence ;Aux corbeilles de jonc‖ puisant à pleine mainEn nuage poudreux‖ la femme épand le grain ;Les enfans, enfonçant‖ les pas dans son ornière,Sur sa trace, en jouant,‖ ramassent là poussièreQue de leur main étroite‖ ils laissent retomberEt que les passereaux‖ viennent leur dérober.Le froment répandu,‖ l'homme attelle la herse,Le sillon raboteux‖ la cahote et la berce ;En groupe sur ce char‖ les enfans réunisEffacent sous leur poids‖ les sillons aplanis ;Le jour tombe, et le soir‖ sur les herbes s'essuie ;Et les vents chauds d'automne‖ amèneront la pluie,Et les neiges d'hiver‖ sous leur tiède tapisCouvriront d'un manteau‖ de duvet les épis ;Et les soleils dorés‖ en jauniront les herbes,Et les filles des champs‖ viendront nouer les gerbes,Et tressant sur leurs fronts‖ les bluets, les pavots,Iront danser en chœur‖ autour des tas nouveaux ;Et la meule broîra‖ le froment sous les pierres ;Et choisissant la fleur,‖ la femme des chaumières,Levée avant le jour‖ pour battre le levain,De ses petits enfans‖ aura pétri le pain ;Et les oiseaux du ciel,‖ le chien, le misérable,Ramasseront en paix‖ les miettes de la table,Et tous béniront Dieu‖ dont les fécondes mainsAu festin de la terre‖ appellent les humains !

C'est ainsi que ta providenceSème et cueille l'humanité,Seigneur, cette noble semenceQui germe pour l'éternité.Ah ! sur les sillons de la vieQue ce pur froment fructifie !Dans les vallons de ses douleurs.O Dieu, verse-lui ta rosée ;Que l'argile fertiliséeGerme des hommes et des fleurs !

(Ici plusieurs dates perdues.)

Valneige, juillet 1801.

Deux frères aujourd'hui‖ se disputaient un champDont la borne s'était‖ déplacée en bêchant ;Ils ont remis tous deux‖ leur cause à ma parole,Et je les ai jugés‖ dans cette parabole.Au premier temps du monde,‖ où tout était commun,Deux frères, comme vous,‖ avaient deux champs en un.Comme l'un prenait moins‖ et l'autre davantage,Ils vinrent un matin‖ borner leur héritage ;Un seul arbre planté‖ vers le sommet du champ,Dominait les sillons‖ du côté du couchant ;Un frère à l'autre dit :‖ L'extrémité de l'ombreDe nos sillons égaux‖ coupe juste le nombre,Que l'ombre nous partage !‖ Ainsi fut convenu.Or l'ombre s'allongea‖ quand le soir fut venu,Et jusqu'au bout du champ,‖ en rampant descendue,Fit un seul possesseur‖ de toute l'étendue.Vite il alla chercher‖ les témoins de la loi,Et leur dit : Regardez,‖ toute l'ombre est à moi ;Et les juges humains,‖ en hommes, le jugèrent,Et le champ tout entier‖ au seul frère adjugèrent,Et l'autre, par le ciel‖ dépouillé de son bien,Accusa le soleil‖ et s'en fut avec rien.L'hiver vint, l'ouragan‖ que la saison déchaîneS'engouffrant une nuit‖ dans les branches du chêne,Et le combattant, seul,‖ sans frère et sans appui,Le balaya de terre‖ et son ombre avec lui.Le frère dépouillé‖ voyant l'autre sans titre,Descendant à son tour,‖ alla chercher l'arbitre,Et dit : Voyez… plus d'ombre !‖ ainsi tout est à moi !Et le juge, prenant‖ la lettre de la loi,Jugea comme le vent,‖ et le soleil et l'ombre ;Et des sillons du champ‖ sans égaler le nombre,Lui donna l'héritage‖ avec tout son contour,Et tous deux eurent trop‖ ou trop peu tour à tour ;Et descendant du champ‖ où la borne ainsi glisse,Ils disaient dans leur cœur :‖ Où donc est la justice ?Or un sage, passant‖ par là, les entendit,Écouta leurs raisons‖ en souriant, et dit :On vous a mal jugés ;‖ mais jugez-vous vous-même.Votre borne flottante‖ est de vos lois l'emblème :La borne des mortels‖ n'est jamais au milieu ;Mesurez la colline‖ à la toise de Dieu.Elle n'est, mes amis,‖ dans l'arbre ni la haie,Ni dans l'ombre que l'heure‖ ou prolonge ou balaie,Ni dans la pierre droite‖ avec ses deux garans,Que renverse le soc‖ ou roulent les torrens,Ni dans l'œil des témoins,‖ ni dans la table écrite,Ni dans le doigt levé‖ du juge qui limite :La justice est en vous,‖ que cherchez-vous ailleurs ?La borne de vos champs !‖ plantez-la dans vos cœurs,Rien ne déplacera‖ la sienne ni la vôtre ;Chacun de vous aura‖ sa part dans l'œil de l'autre.Les deux frères, du sage‖ écoutant le conseil,Ne divisèrent plus‖ par l'ombre ou le soleil ;Mais, dans leur équité‖ plaçant leur confiance,Partagèrent leur champ‖ avec leur conscience,Et devant l'invisible‖ et fidèle témoinNul ne fit son sillon‖ ni trop près ni trop loin.

Valneige, août 1801.

Quelquefois le passant‖ insulte encor le prêtre ;J'accepte en bénissant‖ comme mon divin maître,Et ce soir, pardonnant‖ au sarcasme moqueur,J'essayais dans ces vers‖ de soulager mon cœur.

Peut-être il était beau‖ quand Rome reine et mère,De l'empire du monde‖ évoquant la chimère,Posait son pied d'airain‖ sur la nuque des rois,Lançait du Capitole‖ une foudre bénie,Et tentait d'allonger‖ sa double tyrannieJusqu'où va l'ombre de la croix ;

Quand ces pontifes-rois,‖ distributeurs du monde,Marquaient du doigt les parts‖ sur une mappemonde,Donnaient ou retiraient‖ les royaumes donnés,Citaient les fils d'Hapsbourg‖ au ban du Janicule,Et tendaient à baiser‖ la poudre de leur muleA leurs esclaves couronnés ;

Quand ces pêcheurs, quittant‖ la barque évangélique,Tendaient sur l'univers‖ leur filet politique,Au lieu d'âmes péchant‖ des domaines de rois ;Et, pour combler le fisc‖ d'une oisive opulence,Jetaient l'or ou le fer‖ dans la sainte balanceOù Jésus avait mis ses poids ;

Lorsque dans leurs palais,‖ regorgeant de délices,Tout l'or des nations‖ coulait avec leurs vices ;Que le Tibre, souillé‖ de profanations,S'étonnait de revoir‖ des mains sacerdotalesMener le grand triomphe‖ ou d'autres saturnalesSur les tombeaux des Scipions ;

Il était beau peut-être,‖ avec Pétrarque ou Dante,D'allumer son courroux‖ comme une lampe ardente,De jeter sur l'autel‖ sa sinistre lueur,Et du temple avili‖ déchirant les saints voiles,De montrer sa souillure‖ au soleil, aux étoiles,Et de crier sur lui : Malheur !

Lorsque du cavalier‖ la main rude et faroucheTourmente un mors d'acier‖ et fait saigner sa bouche,L'obéissant coursier‖ peut parfois tressaillir ;Quand on souffle longtemps‖ le charbon sous le vase,L'eau dormante à la fin,‖ comme un cœur qui s'embrase,Peut se soulever et bouillir.

Alors quelque péril‖ honorait quelque audace ;Alors le fer sacré,‖ plus prompt que la menace,Cimentait dans le sang‖ le dogme universel,Ou l'interdit vengeur,‖ ce Dieu tonnant de Rome,Grondait sur le blasphème,‖ arrachait l'homme à l'homme,Maudissait le pain et le sel !…

Mais aujourd'hui, grand Dieu !‖ que la ville éternelleVoit ses mornes déserts‖ s'élargir autour d'elle,Qu'en pleurs elle s'asseoit,‖ veuve, entre deux tombeaux,Que le vent seul, hélas !‖ soulève sa poussière,Et que le Tibre nu‖ voit tomber pierre à pierreSa ville morte dans ses eaux !

Quand les martyrs du Christ,‖ se levant de leurs tombes,Ont ramené deux fois‖ son peuple aux catacombes,Et retrempé ses mains‖ dans son sang répandu ;Quand l'ire du Seigneur,‖ rude mais salutaire,A courbé du genou‖ sa tête jusqu'à terrePour redresser l'arc détendu !

Quand deux fois en dix ans‖ les Gaulois, dans la poudre,Ont par leurs cheveux blancs‖ traîné ces dieux sans foudre,Et mis le temple à nud‖ et l'autel à l'encan,Et que de ces vieillards,‖ qu'outrage encor la haine,L'un mourut sans tombeau,‖ l'autre possède à peineL'ombre courte du Vatican !

Quand le monde affranchi‖ nage en paix dans son doute,Que la croix du Clocher‖ redescend sous la voûte,Et que si nous venons‖ pour prier au saint lieuOn ferme à deux battans‖ les portes de l'église,De peur que des soupirs‖ l'écho ne scandaliseCeux qui craignent l'ombre d'un Dieu !

De l'insulte à nos fronts‖ lancer l'écume amère,Ah ! c'est noyer l'agneau‖ dans le lait de sa mère,C'est fouetter l'innocent‖ de son crime expié ;La malédiction‖ revient sur le prophète,Et le trait que l'injure‖ a lancé sur sa têteRetombe et lui perce le pié !

Viens voir, jeune étranger,‖ viens voir dans ma cabaneSi mon luxe sacré‖ brille d'un or profane ;Tu n'y trouveras rien,‖ dans son triste abandon,Qu'un bâton, un pain noir‖ que le pauvre partage,Un livre que j'épelle‖ aux enfans d'un village,Un Christ qui m'apprend le pardon !

Si pour vos soifs sans eau,‖ l'esprit de l'ÉvangileEst un baume enfermé‖ dans un vase d'argile,Homme ! sans le briser,‖ transvasez la liqueur ;Collez pieusement‖ la lèvre à l'orifice,Et recueillez les eaux‖ de ce divin caliceGoutte à goutte dans votre cœur :

Un mendiant trouva‖ des médailles en terre ;Dans une langue obscure‖ on y lisait : Mystère !Méprisant l'effigie,‖ il jeta son trésor ;Insensé, lui dit-on,‖ quelle erreur est la tienne !Qu'importe l'effigie‖ ou profane ou chrétienne ?O mendiant, c'était de l'or !

Valneige, 8 août 1801.

Et j'instruis les enfans‖ du village, et les heuresQue je passe avec eux‖ sont pour moi les meilleures ;Elles ouvrent le jour‖ et terminent le soir.Oh ! par un ciel d'été‖ qui n'aimerait à voirCette école en plein champ‖ où leur troupe est assise ?Il est deux vieux noyers‖ aux portes de l'égliseAvec ses fondemens‖ en terre enracinés,Qui penchent leur feuillage‖ et leurs troncs inclinésSur un creux vert de mousse‖ où dans le cailloutageS'échappe en bouillonnant‖ la source du village.De gros blocs de granit,‖ que son onde polit,Blanchis par son écume,‖ interrompent son lit.Sur ce tertre, glissant‖ de colline en colline,L'œil embrasse au matin‖ l'horizon qu'il domine ;Et regarde, à travers‖ les branches de noyer,Les lacs lointains bleuir‖ et la plaine ondoyer.C'est là qu'aux jours sereins,‖ rassemblés tous, leur troupeSelon l'âge et le sexe‖ en désordre se groupe.Les uns au tronc de l'arbre‖ adossés deux ou trois ;Les autres garnissant‖ les marches de la croix ;Ceux-là sur les rameaux,‖ ceux-ci sur les racinesDu noyer qui serpente‖ au niveau des ravines ;Quelques-uns sur la tombe‖ et sur les tertres vertsDont les morts du printemps‖ sont déjà recouverts,Comme des blés nouveaux‖ reverdissant sur l'aireOù des épis battus‖ ont germé dans la terre.Cependant au milieu‖ de ces fils du hameau,Ma voix grave se mêle‖ au murmure de l'eau,Pendant que leurs brebis‖ broutent l'herbe nouvelleSur la couche des morts ;‖ que l'agile hirondelleRase les bords de l'onde,‖ attrapant dans son volL'insecte qui se joue‖ au rayon sur le sol,Et que les passereaux,‖ instruits par l'habitude,Enhardis par leur calme‖ et par leur attitude,Entourent les enfans‖ et viennent sous leur mainS'abattre et s'attrouper‖ pour émietter leur pain.

Je me pénètre bien‖ de ce sublime rôleQue sur ces cœurs d'enfans‖ exerce ma parole ;Je me dis que je vais‖ donner à leur espritL'immortel aliment‖ dont l'ange se nourrit,La vérité, de l'homme‖ incomplet héritage,Qui descend jusqu'à nous‖ de nuage en nuage,Flambeau d'un jour plus pur,‖ que les traditionsPassent de mains en mains‖ aux générations ;Que je suis un rayon‖ de cette âme éternelleQui réchauffe la terre‖ et qui la renouvelle,L'étincelle de Dieu‖ qui, brillant à son tour,Dans la nuit de ces cœurs‖ doit allumer son jour.Et, la main sur leurs fronts‖ baissés, je lui demandeDe préparer mon cœur‖ pour qu'un Verbe y descende !D'élever mon esprit‖ à la simplicitéDe ces esprits d'enfans,‖ aube de vérité !De mettre assez de jour‖ pour eux dans mes paroles,Et de me révéler‖ ces claires parabolesOù le maître, abaissé‖ jusqu'au sens des humains,Faisait toucher le ciel‖ aux plus petites mains !Puis je pense tout haut‖ pour eux ; le cercle écoute,Et mon cœur dans leurs cœurs‖ se verse goutte à goutte.

Je ne surcharge pas‖ leur sens et leur espritDu stérile savoir‖ dont l'orgueil se nourrit ;Bien plus que leur raison‖ j'instruis leur conscience :La nature et leurs yeux ;‖ c'est toute ma science !Je leur ouvre ce livre,‖ et leur montre en tout lieuL'espérance de l'homme‖ et la bonté de Dieu.Pour leur enseigner Dieu,‖ son culte et ses prodiges,Je ne leur conte pas‖ ces vulgaires prestigesQui, confondant l'erreur‖ avec la vérité,Font d'une foi céleste‖ une crédulité,Honte au Dieu trois fois saint‖ prouvé par l'imposture !Son témoin éternel,‖ à nous, c'est sa nature !Son prophète éternel,‖ à nous, c'est sa raison !Ses cieux sont assez clairs‖ pour y lire son nom !

Avec eux chaque jour‖ je déchiffre et j'épelleDe ce nom infini‖ quelque lettre nouvelle,Je leur montre ce Dieu,‖ tantôt dans sa bontéMûrissant pour l'oiseau‖ le grain qu'il a compté ;Tantôt, dans sa sagesse‖ et dans sa providence,Gouvernant sa nature‖ avec tant d'évidence !Tantôt… Mais aujourd'hui‖ c'était dans sa grandeur :La nuit tombait ; des cieux‖ la sombre profondeurLaissait plonger les yeux‖ dans l'espace sans voilesEt dans l'air constellé‖ compter les lits d'étoilesComme à l'ombre du bord‖ on voit sous des flots clairsLa perle et le corail‖ briller au fond des mers.Celles-ci, leur disais-je,‖ avec le ciel sont nées :Leur rayon vient à nous‖ sur des millions d'années !Des mondes, que peut seul‖ peser l'esprit de Dieu,Elles sont les soleils,‖ les centrés, le milieu ;L'océan de l'Éther‖ les absorbe en ses ondesComme des grains de sable,‖ et chacun de ces mondesEst lui-même un milieu‖ pour des mondes pareils,Ayant ainsi que nous‖ leur lune et leurs soleils,Et voyant comme nous‖ des firmamens sans termeS'élargir devant Dieu‖ sans que rien le renferme !…Celles-là, décrivant‖ des cercles sans compas,Passèrent une nuit,‖ ne repasseront pas.Du firmament entier‖ la page intarissableNe renfermerait pas‖ le chiffre incalculableDes siècles qui seront‖ écoulés jusqu'au jourOù leur orbite immense‖ aura fermé son tour.Elles suivent la courbe‖ où Dieu les a lancées ;L'homme, de son néant,‖ les suit par ses pensées !…Et ceci, mes enfans,‖ suffit pour vous prouverQue l'homme est un esprit,‖ puisqu'il peut s'éleverDe ce point de poussière,‖ et des ombres humaines,Jusqu'à ces cieux sans fond‖ et ces grands phénomènes ;Car voyez, mesurez,‖ interrogez vos corps !Pour monter à ces feux‖ faites tous vos efforts !Vos pieds ne peuvent pas‖ vous porter sur ces ondes ;Votre main ne peut pas‖ toucher, peser ces mondes ;Dans les replis des cieux‖ quand ils sont disparus,Derrière leur rideau‖ votre œil ne les voit plus ;Nulle oreille n'entend‖ sur la mer infinieDe leurs vagues d'Éther‖ l'orageuse harmonie ;Le souffle de leur vol‖ ne vient pas jusqu'à vous ;Sous le dais de la nuit‖ ils vous semblent des clous ;Et l'homme cependant‖ arpente cette voûte ;D'avance, à l'avenir,‖ nous écrivons leur route ;Nous disons à celui‖ qui n'est pas encor néQuel jour au point du ciel‖ tel astre ramenéViendra de sa lueur‖ éclairer l'étendue,Et rendre au firmament‖ son étoile perdue.Et qu'est-ce qui le sait ?‖ et qu'est-ce qui l'écrit ?Ce ne sont pas vos sens,‖ enfans ! c'est donc l'esprit ;C'est donc cette âme immense,‖ infinie, immortelle,Qui voit plus que l'étoile‖ et qui vivra plus qu'elle !…

Ces sphères, dont l'Éther‖ est le bouillonnement,Ont emprunté de Dieu‖ leur premier mouvement !Avez-vous calculé‖ parfois dans vos penséesLa force de ce bras‖ qui les a balancées ?Vous ramassez souvent‖ dans la fronde ou la mainLa noix du vieux noyer,‖ le caillou du chemin,Imprimant votre effort‖ au poignet qui les lance ;Vous mesurez, enfans,‖ la force à la distance :L'une tombe à vos pieds,‖ l'autre vole à cent pas,Et vous dites : Ce bras‖ est plus fort que mon bras.Eh bien ! si par leurs jets‖ vous comparez vos frondes,Qu'est-ce donc que la main‖ qui lançant tous ces mondes,Ces mondes dont l'esprit‖ ne peut porter le poidsComme le jardinier‖ qui sème aux champs ses pois,Les fait fendre le vide‖ et tourner sur eux-mêmePar l'élan primitif‖ sorti du bras suprême,Aller et revenir,‖ descendre et remonterPendant des temps sans fin‖ que lui seul sait compter,De l'espace et du poids,‖ et des siècles se joue,Et fait qu'au firmament‖ ces mille chars sans roueSont portés sans ornière‖ et tournent sans essieu ?Courbons-nous, mes enfans !‖ c'est la force de Dieu !…Maintenant cherchez-vous‖ quelle est l'intelligenceQui croise tous les fils‖ de cette trame immense,Et les fait l'un vers l'autre‖ à jamais graviterSans que dans leur orbite‖ ils aillent se heurter ?Enfans, quand vous allez‖ paître au loin vos génissesAux flancs de la montagne,‖ aux bords des précipices.Et qu'assis sur un roc‖ vous avez sous vos pasCe lac bleu comme un ciel‖ qui se déploie en bas,Vous voyez quelquefois‖ l'essaim des blanches voilesDisséminé sur l'eau‖ comme au ciel les étoiles,De tous les points du lac‖ se détacher des bords,Sortir des golfes verts‖ ou rentrer dans les ports,Ou, se groupant en cercle,‖ avec la proue écrireDes évolutions‖ que le regard admire ;Et vous ne craignez pas,‖ mes amis, cependant,Que ces frêles esquifs,‖ l'un l'autre s'abordant,Se submergent sous l'onde,‖ ou que leurs blanches ailes,Se froissant dans leur vol,‖ se déchirent entre elles ;Car quoique sous la voile‖ on ne distingue rienDans cet éloignement,‖ pourtant vous savez bienQue de chaque nacelle‖ un pêcheur tient la rame,Que chacun des bateaux‖ a son œil et son âme,Qui gouverne à son gré‖ sa course de la mainEt lui fait discerner‖ et choisir son chemin.Eh bien ! pour diriger‖ sur l'eau cette famille,S'il faut une pensée‖ à la frêle coquille,Ces mondes que de Dieu‖ l'effort seul peut briderN'en auraient-ils pas une‖ aussi pour se guider ?Ils en ont, mes enfans !‖ Dieu même est leur pilote !C'est lui qui dans son ciel‖ a fait cingler leur flotte ;Chacun de ces soleils,‖ éclairé par son œil,Sait sur ces océans‖ son port ou son écueil ;Tous ont reçu de lui‖ le signal et la route,Pour paraître à son heure,‖ à leur point de sa voûte.L'œuvre de chaque globe‖ à son appel montéEst de glorifier‖ sa sainte volonté,De suivre avec amour‖ le sentier qu'il lui trace,Et de refléter Dieu‖ dans le temps et l'espace !Et tous obéissans,‖ de rayon en rayon,Se transmettent son ordre‖ et font luire son nom,Et sa gloire en jaillit‖ de système en système,Et tout ce qu'il a fait‖ lui rend gloire de même,Et sans acception‖ son œil monte et descendDe l'orbe des soleils‖ aux cheveux de l'enfant !Et jusqu'au battement‖ de l'insensible artèreDe l'insecte qui rampe‖ à vos pieds sur la terre !…Et ne vous troublez pas‖ devant cette grandeur,Ne craignez pas jamais‖ que dans la profondeurDes êtres, dont la foule‖ obscurcit sa paupière,L'ombre de ces grands corps‖ vous cache sa lumière !Ne dites pas, enfans,‖ comme d'autres ont dit :Dieu ne me connaît pas,‖ car je suis trop petit ;Dans sa création‖ ma faiblesse me noie ;Il voit trop d'univers‖ pour que son œil me voie.

L'aigle de la montagne‖ un jour dit au soleil :Pourquoi luire plus bas‖ que ce sommet vermeil ?A quoi sert d'éclairer‖ ces prés, ces gorges sombres,De salir tes rayons‖ sur l'herbe dans ces ombres ?La mousse imperceptible‖ est indigne de toi !…— Oiseau, dit le soleil,‖ viens et monte avec moi !…L'aigle, avec le rayon‖ s'élevant dans la nue,Vit la montagne fondre‖ et baisser à sa vue,Et quand il eut atteint‖ son horizon nouveau,A son œil confondu‖ tout parut de niveau.— Eh bien ! dit le soleil,‖ tu vois, oiseau superbe,Si pour moi la montagne‖ est plus haute que l'herbe.Rien n'est grand ni petit‖ devant mes yeux géans :La goutte d'eau me peint‖ comme les océans ;De tout ce qui me voit‖ je suis l'astre et la vie,Comme le cèdre altier‖ l'herbe me glorifie ;J'y chauffe la fourmi,‖ des nuits j'y bois les pleurs,Mon rayon s'y parfume‖ en traînant sur les fleurs !Et c'est ainsi que Dieu,‖ qui seul est sa mesure,D'un œil pour tous égal‖ voit toute sa nature !…Chers enfans, bénissez,‖ si votre cœur comprend,Cet œil qui voit l'insecte‖ et pour qui tout est grand !

(Plusieurs dates manquent ici.)

21 octobre 1802.

Je suis le seul pasteur‖ de ce pays sauvage ;Pauvre troupeau sans guide !‖ Un homme tout en nageEst monté jusqu'ici‖ d'un village lointain ;Il a marché toujours‖ depuis le grand matin ;Dans un petit hameau‖ du chemin d'Italie,Une femme malade‖ est, dit-il, recueillie ;Jeune, belle et mourante,‖ à ses derniers instansElle demande un prêtre :‖ arriverai-je à temps ?

A Maltaverne, sur la roule d’Italie, 22 octobre 1802.

Une lampe éclairait‖ seule la chambre obscure.Et l'ombre des rideaux‖ me cachait la figure ;Je ne distinguais rien‖ dans cette obscuritéQu'un front pâle et mourant‖ sur l'oreiller jeté,Et de longs cheveux blonds‖ répandus en désordreQue sur un sein, deux mains‖ d'albâtre semblaient tordre,Et qui, lorsque ses mains‖ les laissaient s'épancher,Roulaient des bords du lit‖ jusque sur le plancher.« Mon père, » murmura‖ tout bas la voix de femme…L'accent de cette voix‖ alla jusqu'à mon âmeJe ne sais d'une voix‖ quel vague souvenirY vibrait ; je ne pus‖ qu'à demi retenirUn cri que le respect‖ refoula dans ma bouche,Et je m'assis tremblant‖ au chevet de la couche.« Mon père, pardonnez,‖ reprit la même voix ;« Les chemins sont mauvais,‖ les j ours courts, les temps froids !« Je vous ai fait venir‖ de loin, bien loin peut-être ;« Mais vous vous souvenez‖ que votre divin maître,« Sans craindre de souiller‖ ses pieds ni ses habits,« Rapportait sur son cou‖ la moindre des brebis !« Hélas ! de sa bonté‖ nulle ne fut moins digne :« Pourtant je fus marquée‖ autrefois de son signe,« Et je veux, en quittant‖ ce vallon de douleur,« Revenir et mourir‖ aux pieds du bon pasteur !« J'ai tant perdu sa voie‖ et rejeté ses grâces« Qu'il a depuis longtemps‖ abandonné mes traces !« Mais avant de juger‖ mes fautes dans la foi,« Comme homme, comme ami,‖ mon père, écoutez-moi !« Vous connaîtrez bientôt‖ celles dont je m'accuse :« Plus mes péchés sont grands,‖ plus j'ai besoin d'excuse !

« Ma mère, qui mourut‖ en me donnant le jour,« Me retira trop tôt‖ l'ombre de son amour ;« Mon père, qui m'aimait‖ avec trop de tendresse,« Ne m'a jusqu'à quinze ans‖ nourri que de caresse ;« J'étais libre avec lui‖ comme l'oiseau des champs,« Et toutes mes vertus‖ n'étaient que mes penchans.« L'âme va comme l'onde‖ où sa pente l'incline :« Je ne savais qu'aimer.‖ A quinze ans orpheline,« Dirai-je mon bonheur ?‖ ou mon malheur ? hélas !« Fit descendre du ciel‖ un ami sur mes pas.« Un jeune homme au front d'ange,‖ et tel qu'un cœur de femme« En rapporte en naissant‖ l'image dans son âme,« Tel que plus tard, hélas !‖ son cœur en rêve en vain !« Fier, tendre, à l'œil de flamme,‖ au sourire divin,« Météore qui donne‖ à l'âme un jour céleste,« Et de la vie après‖ décolore le reste !« En un désert deux ans‖ le sort nous enferma :« Je l'aimai sans penser‖ que j'aimais ; il m'aima« Sans distinguer l'amour‖ d'une amitié plus pure,« Car des habits trompeurs‖ déguisaient ma figure ;« Et notre grotte vit‖ les amours innocens« De ce ciel où l'amour‖ n'a pas besoin des sens.« Il m'aima ! pardonnez,‖ ô mon père, à mes larmes !« Pour ma bouche expirante,‖ oui, ce mot a des charmes !« Il m'aima ! lui ? moi ?… lui !‖… ce mot fait mon orgueil !« Il résonne encor doux‖ au bord de mon cercueil !« Quels que soient les remords‖ dont ma vie est semée,« Dieu me regardera‖ puisque j'en fus aimée !… »

Son accent s'élevait,‖ mais je n'entendais plus.Laurence !… c'était elle !‖ un bruit sourd et confusTintait dans mon oreille‖ et grondait dans ma tête ;Mon front, mon cœur, mon sang‖ n'étaient qu'une tempête ;Les objets s'effaçaient‖ sous mon regard errant ;Mes pensers dans mon front‖ roulaient comme un torrent,Et mon esprit flottant‖ sur toutes, sur aucune,En vain comme un éclair‖ voulait en saisir une ;Chacune tour à tour‖ fuyait et m'entraînait ;Dans mon chaos d'esprit‖ tout croulait, tout tournait ;Si je parlais, ma voix‖ me ferait reconnaître ;Avant le saint pardon‖ je la tûrais peut-être !Indiscret confident,‖ si je n'osais parlerSes douloureux secrets‖ allaient se révéler ;Coupable de parler,‖ coupable de me taire,J'allais trahir sa vie‖ ou mon saint ministère !Pouvais-je, homme de Dieu,‖ me récuser ? oh non !Oh ! qui lui donnerait‖ mieux le divin pardon ?De quel cœur plus ami‖ la brûlante prièreAppellerait la paix‖ de Dieu sur sa paupière ?Quels pleurs s'uniraient plus‖ à ses pleurs ? quelle mainDu festin de la mort‖ lui romprait mieux le pain ?Et quel adieu plus tendre,‖ à ce départ suprême,L'accompagnerait mieux‖ que cette voix qu'elle aime ?Oh ! sans doute c'était‖ Dieu qui me l'envoyait,Et qui par ce seul jour‖ en une heure payaitDe mon amour vaincu‖ le si long sacrifice :Il m'avait réservé‖ ce jour dans sa justice !Me rapportant Laurence‖ à son dernier moment.Sa grâce du pardon‖ me faisait l'instrument !J'allais donner le ciel‖ dans l'auguste mystèreA celle à qui j'aurais‖ voulu donner la terre !Et j'allais envoyer‖ m'attendre dans les cieuxLe souffle de mon sein,‖ le rayon de mes yeux !Dans la confusion‖ de ce doute terrible,J'étais sans mouvement‖ comme un bloc insensible.Le trouble de mes sens‖ enfin s'atténua ;Sa voix reprit son timbre ;‖ elle continua :

« Hélas ! de lui, mon père,‖ à peine séparée,« Le monde sait jusqu'où‖ je me suis égarée ;« L'époux à qui mon sort‖ sans mon cœur fut uni,« Du crime de m'aimer‖ par mon cœur fut puni ;« Mon dégoût lui rendait‖ en horreur ses tendresses,« Et voyait un opprobre‖ en ses moindres caresses :« Il mourut d'amertume,‖ hélas ! en m'adorant ;« Je ne lui pardonnai‖ de m'aimer qu'en mourant !…

« Veuve et libre à vingt ans,‖ et déjà renommée« Pour ma beauté partout‖ avec mon nom semée,« Des flots d'adorateurs‖ roulèrent sur mes pas ;« Je les laissai m'aimer,‖ mais moi, je n'aimai pas :« L'ombre de mon ami,‖ m'entourant d'un nuage,« Toujours entre eux et moi‖ jetait sa chère image ;« Et d'un œil attendri‖ quand je leur souriais,« Hélas ! les insensés !‖ c'est lui que je voyais !« Tant d'un éclat trop pur‖ l'âme jeune éblouie« Ternit toute autre chose‖ ensuite dans la vie !« Ah ! malheur à qui voit‖ devant ses yeux passer« Une apparition‖ qui ne peut s'effacer !« Le reste de ses jours‖ est bruni par une ombre :« Après un jour divin,‖ mon père, tout est sombre !…

« Pourtant lasse du vide‖ où mon cœur se perdait,« Ivre du souvenir‖ brûlant qui débordait,« J'essayai quelquefois‖ de me tromper moi-même.« De regarder un front‖ et de dire : Je l'aime !« J'écoutais comme si‖ mon coeur avait aimé ;« Mais froide au sein du feu‖ que j'avais allumé,« Je sentais tout à coup‖ défaillir ma pensée,« Transir mon cœur brûlant‖ sous une main glacée ;« Je repoussais l'objet‖ indigne loin de moi,« Je disais en courroux :‖ Va-t'en ! ce n'est pas toi !…« Et cherchant au hasard‖ parmi ce qui m'adore« Une autre illusion,‖ je la chassais encore !« D'un angélique amour‖ l'ineffaçable odeur,« Au moment de tomber,‖ me remontait au cœur ;« Et la goutte du ciel,‖ sur mes lèvres restée,« Rendait toute autre coupe‖ amère et détestée ;« Aussi, bien que tant d'ombre‖ ait terni ma beauté,« Bien qu'un monde, témoin‖ de ma légèreté,« Sur mes goûts fugitifs‖ mesurant mes faiblesses,« M'ait mise au rang honteux‖ des grandes pécheresses ;« Bien que j'eusse voulu,‖ du mal faisant mon bien,« Venger sur d'autres cœurs‖ les tortures du mien,« Ou payer de ma vie‖ ou de ma renommée« La puissance d'aimer‖ comme j'étais aimée ;« Quoique ne regardant‖ que d'un cœur ennemi« Le Dieu qui m'arrachait‖ mon frère et mon ami,« Je le dis devant vous,‖ devant ce Dieu lui-même,« Devant la vérité‖ qui luit au jour suprême,« Devant le cher fantôme‖ et le saint souvenir« De celui qu'en mentant‖ je craindrais de ternir,« Non par ma force, hélas !‖ mais par mon impuissance,« Par mépris, par dégoût,‖ plus que par innocence,« Mon cœur est resté vierge‖ et pur jusqu'à ce jour !« Oui, mon âme est encor‖ vierge à force d'amour,« Et rapporte au tombeau,‖ sans l'avoir altérée,« L'image de celui‖ qui l'avait consacrée !

« Et cependant mes jours,‖ brûlés par la douleur,« S'en allaient desséchés‖ et pâlis dans leur fleur ;« Et je sentais ma vie,‖ à sa source blessée,« Mourir, toujours mourir‖ aux coups d'une pensée !« Comme un arbre au printemps‖ que le ver pique au cœur,« Mon front jeune cachait‖ ma mortelle langueur,« Mais je voyais la mort,‖ là tout près, sur ma voie,« Et j'en avais dans l'âme‖ une féroce joie !« C'était le seul remède‖ à mon mal sans espoir ;« Pourtant avant la mort‖ je voulus encor voir« Le lieu de notre exil,‖ ces monts, ce point de terre« Qui fut de mon bonheur‖ deux ans le sanctuaire,« Et retrouver, en songe‖ au moins, dans ce séjour,« Ma première innocence‖ et mon céleste amour ;« Je revis le désert‖ et la roche escarpée,« Et là du dernier coup‖ mon âme fut frappée.« Tout mon bonheur passé‖ se leva sous mes pas ;« Je pressai mille fois‖ son ombre dans mes bras ;« Chaque pan de rocher,‖ du lac, des précipices,« Ramenèrent pour moi‖ des heures de délices ;« Ce cœur qui les cherchait‖ n'a pu les soutenir :« Comme on meurt de douleur,‖ il meurt de souvenir !« Et l'on me rapporta‖ de la grotte, éperdue,« Et mourant d'une mort‖ que j'ai trop attendue ! »

Elle se tut ; ses dents‖ grinçaient ; puis reprenant :« Vous savez qui je fus,‖ jugez-moi maintenant ! »Sur sa couche incliné,‖ l'œil au ciel, les mains hautes,Je la bénis du cœur‖ et j'entendis ses fautes !Quand elle eut achevé,‖ je lui ; dis quelques mots,Tout étouffés de pleurs,‖ tout brisés de sanglots,Où l'accent altéré‖ de ma voix trop émue,A son oreille encor‖ la laissait inconnue.Je cherchais — dans mon cœur‖ ces trésors de pardonDont pour la dernière heure‖ un Dieu nous a fait don ;Puis avant de verser‖ l'innocence à son âme :« Vous en repentez-vous‖ de ces péchés, madame ?« Je tiens sur votre front‖ l'indulgence en suspens ;« Dieu n'attend que ce mot !‖ » — « Oh ! oui, je me repens« De tout ce que mon cœur‖ reproche à ma pensée,« De mes jours prodigués,‖ de ma vie insensée,« D'avoir tant soupiré‖ pour ramener ailleurs« Ce que Dieu n'alluma‖ qu'une fois dans deux cœurs,« De cet oubli du ciel‖ dont je fus prévenue« Par cette grâce même,‖ hélas ! qui m'a perdue !« De ce temps en soupirs‖ pour du vent consumé !« Je me repens de tout,‖ hors de l'avoir aimé !« Et si devant ce Dieu‖ mon amour est coupable,« Que dans l'éternité‖ sa vengeance m'accable !« Je ne puis m'arracher‖ du cœur, même aujourd'hui,« Le seul être ici-bas‖ qui m'ait fait croire en lui !« Et dans mes yeux mourans‖ son image est si belle,« Que je ne comprends pas‖ le ciel même sans elle !« Oh ! s'il était là, lui !‖ si Dieu me le rendait !« Même à travers la mort,‖ oh ! s'il me regardait !« Si cette heure à ma vie‖ eût été réservée !« Si j'entendais sa voix,‖ je me croirais sauvée !« Sa voix m'adoucirait‖ jusqu'au lit du tombeau ! »

« Laurence ! entendez-la !‖ » criai-je. Le flambeauJeta comme un éclair‖ du ciel dans l'ombre obscure ;Elle se souleva‖ pour fixer ma figure :« Dieu ! c'est bien lui, » dit-elle.‖ « Oui, Laurence ! oui, c'est moi !« Ton frère, ton ami,‖ là, vivant devant toi !« C'est moi que le Seigneur‖ au jour de grâce envoie« Pour te rendre la main‖ et t'aplanir la voie,« Pour laver plus que toi‖ tes péchés dans mes pleurs !« Tes fautes, mon enfant,‖ ne sont que tes malheurs ;« C'est moi seul qui jetai‖ le trouble dans ta vie ;« Tes péchés sont les miens,‖ et je t'en justifie !« Peines, crimes, remords,‖ sont communs entre nous ;« Je les prends tous sur moi‖ pour les expier tous ;« J'ai du temps, j'ai des pleurs,‖ et Dieu, pour innocence,« Va te compter là-haut‖ ma dure pénitence !« Ah ! reçois de ce cœur‖ au tien prédestiné« Le plus tendre pardon‖ qu'il ait jamais donné !« Reçois de cette main,‖ que Dieu seul t'a ravie,« Ta précoce couronne‖ et l'éternelle vie !« Réunis à l'entrée,‖ au terme du chemin,« Tous les dons du Seigneur‖ t'attendaient dans ma main.« Aime-la pour ces dons‖ de Dieu ! crois, aime, espère !« Laurence, cette main‖ t'absout au nom du Père ! »Et comme j'achevais‖ le signe de la croix,Et que les mots sacrés‖ expiraient dans ma voix,Je sentis ses doigts froids‖ saisir ma main contrainte,L'attirer sur sa bouche‖ en une ardente étreinte ;Et quand à ce transport‖ je voulus m'opposer,Son âme avait passé‖ dans ce dernier baiser !Et ma main que serrait‖ encor sa main raidie,Resta toute la nuit‖ dans sa main refroidie ;Jusqu'à ce que le ciel‖ commençant à pâlir,Les femmes du hameau‖ vinrent l'ensevelir !…

Au hameau de Maltaverne, 24 octobre 1802.

Ouvert le testament.‖ C'est à moi qu'elle donneTous ses biens ; qu'en ferais-je ?‖ Elle prie, elle ordonneQu'au tombeau paternel‖ son corps soit rapportéLa nuit, par un seul prêtre,‖ à la fosse, escorté,Pour que son cœur mortel‖ s'endorme et ressusciteAu seul lieu d'ici-bas‖ que sa pensée habite !

Ah ! Laurence ! ah ! c'est moi,‖ moi qui t'y coucherai ;Dans ta tombe, ô ma sœur,‖ c'est moi qui t'étendrai !De cette voix jadis‖ si chère à ton oreille,Oh ! que ce soit aussi‖ moi seul qui l'y réveille !Ce corps je le reçois,‖ mais ces biens je les rends,Ce n'est que dans le ciel‖ que nous sommes parens !Mon nom, dans cet écrit,‖ que le feu le dévore :Dieu le sait, il suffit ;‖ que le monde l'ignore !

26 octobre 1802, de la Grotte des Aigles.

O mon Dieu ! congédie‖ enfin ton serviteur,Il tombe, il a fini‖ son œuvre de douleur !

27 octobre.

Quatre hommes des chalets,‖ sur des branches de saules,Étaient venus chercher‖ le corps sur leurs épaules ;Nous partîmes la nuit,‖ eux, un vieux guide et moi.Je marchais le dernier,‖ un peu loin du convoi,De peur que le sanglot,‖ que j'étouffais à peine,Ne trahît dans le prêtre‖ une douleur humaine,Et que sur mon visage‖ en pleurs, on ne pût voirLutter la foi divine‖ avec le désespoir.C'était une des nuits‖ sauvages de novembreDont la rigueur saisit‖ l'homme par chaque membre,Où sur le sol qui meurt‖ d'âpres sensations,Tout frissonne ou gémit‖ dans des convulsions.Les sentiers creux, glissans,‖ sous une fine pluie,Buvaient les brouillards froids‖ que la montagne essuie ;Les nuages rasaient‖ les arbres dans leur vol,La feuille en tourbillon‖ ondoyait sur le sol ;Les vents lourds de l'hiver,‖ qui soufflaient par rafales,Échappés des ravins,‖ hurlaient par intervalles,Secouaient le cercueil‖ dans les bras des porteurs,Et détachant du drap‖ la couronne de fleursQu'avaient mise au linceul‖ les femmes du village,M'en jetaient en sifflant‖ les feuilles au visage :Symbole affreux du sort,‖ qui jette avec méprisAu front de l'homme heureux‖ son bonheur en débris !La lune, qui courait‖ entre les pâles nues,Tantôt illuminait‖ les pins des avenues,Et tantôt, retirant‖ dans le ciel sa clarté,Nous laissait à tâtons‖ percer l'obscurité ;Et moi, pour accomplir‖ mon cruel ministère,Sous mon front mort et froid‖ renfermant mon mystère,J'essayais de chanter,‖ dans un saignant effort,Quelques notes des chants‖ consacrés à la mort ;Et ma voix chaque fois,‖ dans mon sein repoussée,Se brisait en tronquant‖ l'antienne commencée,Et mes pleurs dans mes chants‖ ravalés à grands flots,Sortant avec mes cris,‖ les changeaient en sanglots.O chant de paix des morts‖ que démentait mon âme !Chœur funèbre chanté‖ pendant l'horreur du drame !Ah ! vous n'êtes jamais‖ sorti des voix d'un chœur,En faisant éclater‖ plus de fibres du cœur !Et cependant, mon Dieu !‖ faut-il que je l'avoue ?Un éclair quelquefois‖ souriait sur ma joue,Une amère douceur‖ venait me soulager,Comme un homme qui sent‖ son fardeau plus léger.Je me disais de l'âme,‖ en m'excitant moi-même :Allons, je n'ai donc plus‖ qu'à suivre ce que j'aime !Plus rien derrière moi‖ sur ce bord du tombeau !Plus rien dans cet exil‖ à regretter de beau !Tout ce qu'aima mon œil‖ a déserté la terre !J'y suis encor, Seigneur,‖ mais j'y suis solitaire,Et je n'ai plus ici‖ qu'à m'asseoir un instant.Et qu'à tendre les mains‖ vers ces mains qu'on me tend !

De temps en temps, lassés‖ de leur funèbre charge,Les porteurs s'arrêtaient,‖ et sur la verte margeDes sentiers parcourus‖ déposant leur fardeau,S'éloignaient altérés‖ pour chercher un peu d'eau ;Seul alors, je restais‖ un moment en prière,A genoux, et le front‖ sur le front de la bière,Et laissant sur le bois‖ mes lèvres se poser,De l'éternel amour‖ chaste et secret baiser !Puis je me relevais‖ et reprenais ma course,Comme si j'avais bu‖ moi-même à quelque source !

Déjà le crépuscule‖ et son pâle rayonDévoilait par degrés‖ à mes yeux l'horizon.Comme un homme qui rêve‖ à demi dans un rêveUn fantôme adoré‖ qui de l'ombre se lève.Chaque place parlait‖ de Laurence à mes yeux :C'était la roche creuse‖ où le berger pieuxVenait cacher pour nous‖ le pain de nos délices ;C'était l'onde écumante‖ au fond des précipices,L'arche où le premier jour‖ je l'avais aperçu,La rive où sur mon cœur‖ mes bras l'avaient reçu,La neige où je croyais‖ voir encor goutte à goutteLe sang d'un père, hélas !‖ qui nous traçait la route ;Puis le vallon rempli‖ pour nous de tant de joursD'innocente amitié,‖ de célestes amours ;Le lac ridant ses eaux‖ comme un tissu de soie,Dont les vagues, pour nous,‖ semblaient bondir de joie ;Les cinq chênes, sur l'herbe‖ étendant leurs bras noirs,Ces lieux de nos bonheurs‖ et de nos désespoirs,Où le drame divin‖ de tout notre jeune âgeAvait à chaque site‖ attaché son image !Et nous la déposions‖ quelquefois, par hasard,A la place, au soleil,‖ sur l'herbe, où mon regardSe souvenait soudain‖ de l'avoir vue assiseAvec moi sur les fleurs,‖ fleurs que son cercueil brise !Et son rire et ses dents,‖ ses yeux, son front, sa voix,Me rentraient dans le cœur‖ comme un coin dans le bois !Et je me détournais‖ un peu vers le rivagePour que le vent du lac‖ me séchât le visage !…

Enfin près du sépulcre‖ à son père creusé,Pour la dernière fois‖ le corps fut déposé ;Le front dans mes deux mains,‖ je m'assis près de l'onde,Pendant que l'on ouvrait‖ dans la terre profondeLe lit de son sommeil‖ où j'allais la coucher ;Chaque coup dans le sol‖ que j'entendais bêcherFaisait évanouir‖ une de ces imagesQui me montaient au cœur‖ à l'aspect de ces plages,Les brisait tour à tour‖ comme un flot sur l'écueil,Et toutes les menait‖ s'abîmer au cercueil !Quand il fut préparé,‖ dans le sillon suprêmeJe voulus sur mes bras‖ la recevoir moi-même,Afin que ce beau corps‖ sous ma main endormi,S'appuyât, même là,‖ contre ce cœur ami !La pressant sur mon sein‖ comme une pauvre mèreQui pose en son berceau‖ son fruit dormant, à terre,Sur le sol aplani,‖ muet, je l'étendis ;Et tirant doucement‖ le sable, j'entendisLa terre sous mes pieds,‖ par le pâtre jetée,Tomber et retentir‖ à sourde pelletée,Jusqu'à ce que la tombe‖ exhaussant son niveauMe rendît au grand jour‖ les pieds sur son tombeau !

Alors pour passer seul‖ tout ce jour de mystère,Feignant d'avoir encor‖ quelque saint ministère,Je dis négligemment‖ aux hommes du convoiDe descendre à pas lents‖ la montagne sans moi ;Et je demeurai seul‖ pour pleurer en silenceL'heure, l'heure sans fin‖ de l'éternelle absence !Oh ! ce qui se passa‖ dans ces veilles de deuilEntre cette âme et moi‖ couché sur ce cercueil,Ce qui se souleva‖ d'amour et d'espéranceDu fond de cette fosse‖ où m'appelait Laurence,Si ma main le pouvait,‖ je ne l'écrirais pas !Il est des entretiens‖ de la vie au trépas,Il est des mots sacrés‖ que l'âme peut entendre,Que nulle langue humaine‖ en accens ne peut rendre,Qui brûleraient la main‖ qui les aurait écrits,Et qu'il faut, même à soi,‖ mourir sans avoir dits !

Quand j'eus seul devant Dieu‖ pleuré toutes mes larmes,Je voulus sur ces lieux‖ si pleins de tristes charmes,Attacher un regard‖ avant que de mourir,Et je passai le soir‖ à les tous parcourir.Oh ! qu'en peu de saisons‖ les étés et les glacesAvaient fait du vallon‖ évanouir nos traces !Et que sur ces sentiers‖ si connus de mes piés,La terre en peu de jours‖ nous avait oubliés !La végétation,‖ comme une mer de plantes,Avait tout recouvert‖ de ses vagues grimpantes.La liane et la ronce‖ entravaient chaque pas ;L'herbe que je foulais‖ ne me connaissait pas ;Le lac, déjà souillé‖ par les feuilles tombées,Les rejetait partout‖ de ses vagues plombées ;Rien ne se reflétait‖ dans son miroir terni,Et son écume morte‖ aux bords avait jauni ;Des chênes qui couvraient‖ l'antre de leurs racines,Deux, hélas ! n'étaient plus‖ que de mornes ruines,Leurs troncs couchés A terre‖ étaient noirs et pourris ;Les lézards de leurs cœurs‖ s'étaient déjà nourris ;Un seul encor debout,‖ mais tronqué par l'orage,Étendait vers la grotte‖ un long bras sans feuillage,Comme ces noirs poteaux‖ qu'on plante avec la mainPour surmonter la neige‖ et marquer un chemin ;Ah ! je connaissais trop‖ cette fatale route ;Mes genoux fléchissant‖ m'entraînaient vers la voûte ;J'y marchais pas à pas‖ sur des monceaux mouvansDe feuillages d'automne‖ entassés par les vents ;En foulant ces débris‖ que le temps décompose,J'entendis résonner‖ et craquer quelque choseSous mon pied ; vers le sol‖ jauni je me baissai ;C'étaient des ossemens,‖ et je les ramassai ;Je reconnus, aux pieds,‖ notre pauvre compagne,Notre biche oubliée‖ en quittant la montagne,Et qui, morte sans doute‖ ou de faim ou de deuil,Avait laissé ses os‖ blanchis sur notre seuil !J'entrai sans respirer‖ dans la grotte déserte,Comme un mort, dont les siens‖ ont oublié la perte,Rentrerait inconnu‖ dans sa propre maisonDont les murs qu'il bâtit‖ ne savent plus son nom !Mon regard d'un coup d'œil‖ en parcourut l'enceinte,Et retomba glacé‖ comme une lampe éteinte ;O temple d'un bonheur‖ sur la terre inconnu,Hélas ! en peu de temps‖ qu'étiez-vous devenu ?Le sable et le limon,‖ qui comblaient la poterne,Ne laissaient plus entrer‖ qu'un jour blafard et terne ;Le lierre, épaississant‖ ses ténébreux réseaux,Interceptait la brise‖ et le reflet des eaux ;La vase, amoncelée‖ au canal de la source,Dans le creux de la roche‖ avait changé sa course ;Et la coupe de pierre,‖ aux éternels accords,N'avait plus qu'une mousse‖ aride sur ses bords ;Nul oiseau n'y buvait‖ ou n'y lavait ses ailes ;Les nids de nos pigeons‖ et de nos hirondelles,Par la dent des renards‖ détachés et mordus,Flottaient contre la voûte‖ à leurs fils suspendus,Avec leurs blancs duvets,‖ leurs plumes, leurs écailles,Qui jonchaient le terrain‖ ou souillaient les murailles ;Dans ce séjour de paix,‖ d'amour, d'affection,Tout n'était que ruine‖ et profanation ;A la place où Laurence‖ avait dormi naguèreSes doux sommeils d'enfant‖ sur son lit de fougère,La bête fauve avait‖ dans l'ombre amonceléSon repaire d'épine‖ aux broussailles mêlé ;Et des os décharnés,‖ des carcasses livides,Débris demi rongés‖ par ses petits avides,Avec des poils sanglans‖ répandus à l'entour,Souillaient ce seuil sacré‖ d'innocence et d'amour.Je reculai d'horreur !‖ O vil monceau de boue,O terre qui produis‖ tes fleurs et qui t'en joue !Oh ! voilà donc aussi‖ ce que tu fais de nous !Nos pas sur tes vallons,‖ tu les laboures tous !Tu ne nous permets pas‖ d'imprimer sur ta faceMême de nos regrets‖ la fugitive trace ;Nous retrouvons la joie‖ où nous avons pleuré,La brute souille l'antre‖ où l'ange a demeuré !L'ombre de nos amours,‖ au ciel évanouie,Ne plane pas deux jours‖ sur notre point de vie ;Nos cercueils, dans ton sein,‖ ne gardent même pasCe peu de cendre aimée‖ où nous traînent nos pas.Nos pleurs, cette eau du ciel‖ que versent nos paupières,En lavant les tombeaux‖ se trompent de poussières ;Le sol boit au hasard‖ la moelle de nos yeux.Va, terre, tu n'es rien !‖ ne pensons plus qu'aux cieux

Je me relevai fort‖ de ce cri de colère.Quand je sortis de l'antre‖ et retrouvai la terre,L'avalanche, d'en haut,‖ au lac avait roulé,Un blanc tapis de neige‖ avait tout nivelé,La tombe n'était plus‖ qu'un léger monticulePareil au blanc monceau‖ qu'un enfant accumule ;L'ouragan balayait‖ ces ondoyans sillons,Et luttant au-dessus‖ contre ses tourbillons,(Ah ! je les reconnus‖), deux pauvres tourterelles,Dont la poudre glacée‖ embarrassait les ailes,Cherchant à s'échapper‖ de ce tombeau mouvant,Tournoyaient, s'abattaient‖ ensemble sous le vent ;J'appelai par leurs noms‖ ces oiseaux, nos symboles,Mais l'ouragan de glace‖ emportait mes paroles,Puis, sans penser ni voir,‖ je descendis en bas,Et comme si du plomb‖ eût entraîné mes pas !

Écrit sur une page de l’imitation de jésus-christ.

Valneige, novembre 1802.

Quand celui qui voulut‖ tout souffrir pour ses frères,Dans sa coupe sanglante‖ eut vidé nos misères,Il laissa dans le vase‖ une âpre volupté ;Et cette mort du cœur‖ qui jouit d'elle-même,Cet avant-goût du ciel‖ dans la douleur suprême,O mon Dieu ! c'est ta volonté !

J'ai trouvé comme lui‖ dans l'entier sacrifice,Cette perle cachée‖ au fond de mon calice,Celle voix qui bénit‖ à tout prix, en tout lieu !Quand l'homme n'a plus rien‖ en soi qui s'appartienne,Quand de la volonté‖ ta grâce a fait la sienne !Le corps est homme, et l'âme est Dieu !

Valneige, 19 mai 1803.

Hélas ! depuis six mois‖ j'avais cessé d'écrire ;Mon âme chaque jour‖ de mille morts expire.Depuis que la misère‖ et les contagionsMontent pour décimer‖ ces hautes régions,Qu'importait à mes yeux‖ ce miroir de ma vie !Mes yeux sont tout trempés‖ des larmes que j'essuie ;Le loisir du matin‖ ne va pas jusqu'au soir,Je n'ai ni le désir,‖ ni l'heure de m'asseoir ;Le chevet des mourans‖ est ma place assidue :A leur longue agonie‖ un peu de paix rendue,Le signe de la croix‖ tenu devant leurs yeux,Un serrement de main,‖ un geste vers les cieux,Les saints honneurs rendus‖ à leur pauvre suaire,C'est le seul bien, hélas !‖ que je puisse leur faire.Grâce à moi, sous leur chaume‖ ils ne meurent pas seuls,L'un après l'autre ils ont‖ tous mes draps pour linceuls,Et le sol, que mes mains‖ ont creusé pour leur bière,Ouvre à chacun son lit‖ d'argile au cimetière.Depuis deux ou trois jours‖ cependant le fléauCommence à s'amortir‖ dans mon pauvre hameau.Hélas ! il était temps !‖ que de toits sans fumées !Que de champs sans semence‖ et de portes fermées !A la ville, au contraire,‖ il s'accroît tous les jours.Les pauvres qu'il choisit‖ y meurent sans secours,Les hôpitaux sont pleins‖ d'infirmes qu'il entasse,Et les morts aux mourans‖ ne font pas assez place ;Les temples trop étroits‖ sont encombrés ; leur seuilDes cadavres pressés‖ repousse le cercueil ;Le bras des fossoyeurs‖ à bêcher se fatigue ;Une place au sépulcre‖ est un don que l'on brigue ;Les morts vont au tombeau‖ par immenses convois,Où pour mille cercueils‖ ne marche qu'une croix.La population‖ se jette aux gémonies,Les prêtres décimés‖ manquent aux agonies,Leur pied fraie aux mourans‖ les sentiers du tombeau,Et, comme le pasteur‖ marche après le troupeau,Les y mènent le soir,‖ le lendemain les suivent :A peine jusqu'ici‖ trois ou quatre survivent,Et pour les assister‖ dans leur pieux devoir,Je descends chaque jour‖ et reviens chaque soir.Oh ! que mon pied court vite‖ au chemin de la tombe !Quelle grâce d'en haut,‖ mon Dieu, si je succombe !Si moi qui donnerais‖ pour rien mes jours flétris,Pour mes frères sauvés‖ vous leur donniez un prix !Oh ! pour rendre, Seigneur,‖ un époux à la femme,Une mère à l'enfant,‖ prenez âme pour âme !

Valneige, 16 décembre 1803.

Ce soir je remontais‖ pour descendre demain,Le cœur saignant, les pieds‖ tout meurtris du chemin,L'esprit anéanti‖ du poids de leur misère,Comme Jésus montant‖ sous la croix son Calvaire ;Je récitais tout bas‖ les psaumes consacrésPour les âmes de ceux‖ que j'avais enterrés.La nuit enveloppait‖ les muettes campagnes ;Seulement, en montant,‖ les crêtes des montagnes,Que la lune tardive‖ allait bientôt franchir,D'une écume de jour‖ commençaient à blanchir.Elle parut enfin‖ comme un charbon de braiseQu'on tire, avant le jour,‖ du creux de la fournaise,Et glissant sur la pente‖ en ruisseau de clarté,M'éclaira mon sentier‖ de tout autre écarté :Dur sentier suspendu‖ sur le bord des abîmes,S'enfonçant dans la gorge‖ et remontant les cimes ;Puis enfin, contournant‖ la pente du rocher,Allant avec mes yeux‖ aboutir au clocher.

J'avais monté longtemps ;‖ mon front à large goutteDécoulait de sueur‖ dont je lavais ma route.Quand je fus à peu près‖ à moitié du chemin,Au pas où, le sentier‖ coupé par le ravin,L'arche du petit pont,‖ où le torrent dégorge,Joint une rive à l'autre‖ au creux noir de la gorge,Sur le pied de la croix‖ qui s'élève au milieuJe m'assis un moment‖ pour respirer un peu,Un silence complet‖ endormait la nature ;Le torrent desséché‖ s'étendait sans murmure ;Je comptais les rochers‖ de son lit peu profond,Par la lune baignés,‖ blanchissans jusqu'au fond ;Et dans l'air de la nuit,‖ sans haleine et sans voiles,On aurait entendu‖ palpiter les étoiles.Je fus tiré du sein‖ de ma réflexionPar un étrange bruit‖ de respiration ;J'écoutai : c'était bien‖ une pénible haleineQui sortait sous le pont‖ d'une poitrine humaine,Et qu'au fond du ravin,‖ de moment en moment,Entrecoupait un faible‖ et sourd gémissement.Je refuse un instant‖ le souffle à ma poitrine ;Au bas du parapet, l’œil tendu, je m’incline ;Je regarde, j'appelle,‖ et rien ne me répond.Par le lit du torrent‖ je descends sous le pont.La lune en inondait‖ l'arche basse et profonde,Où ses rayons tremblaient‖ sur le sable au lieu d'onde,Et, répandant assez‖ de jour pour l'éclairer,Laissaient l'œil et les pas‖ libres d'y pénétrer.De ronces et de joncs‖ écartant quelque tige,J'entrai d'un pas tremblant‖ sous cette arche : que vis-je !Un jeune homme, le corps‖ sur le sable étendu,Le frisson de la mort‖ sur sa peau répandu,Sans regard et sans voix,‖ le bras sur quelque choseDe long, d'étroit, de blanc,‖ qui près de lui repose,Et que dans son instinct,‖ sa main ouverte encor,Semblait contre son cœur‖ presser comme un trésor.Je recule d'un pas,‖ la pitié me rapproche ;Recueillant un peu d'eau‖ dans le creux d'une roche,J'en baigne avec la main‖ son front évanoui ;Il rouvre un œil mourant,‖ par la lune ébloui,Jette un regard confus‖ sur mon habit, regardeSi rien n'a déplacé‖ le long fardeau qu'il garde,Cherche en vain dans sa voix‖ un mot pour me bénir,Se met sur son séant,‖ et ne peut s'y tenir…Je lui fis, avec peine,‖ avaler une goutteD'un flacon de vin vieux‖ que j'avais pour ma route,Et quand il eut repris‖ ses forces à demi :« Que faites-vous ici,‖ lui dis-je, mon ami,« Sous cette arche, à cette heure ?‖ Êtes-vous un coupable« Que son crime poursuit,‖ ou quelque misérable« Qui, n'ayant plus de toit‖ pour abriter son front,« Pendant les nuits d'hiver‖ se cache sous le pont ?« Coupable ou malheureux,‖ vous n'avez rien à taire :« Pardonner, soulager,‖ c'est tout mon ministère ;« Je suis l'œil et la main‖ et l'oreille de Dieu,« Sa providence à tous,‖ le curé de ce lieu ! »Un éclair, à ce nom,‖ parcourut son visage ;Il joignit ses deux mains :‖ « Le curé du village ?« Vous ! vous ! s'écria-t-il,‖ ne me trompez-vous pas ?« Ah ! c'est Dieu qui nous a‖ jetés là sous vos pas ;« O bon Samaritain,‖ c'est lui qui vous envoie !« Arriver jusqu'à vous,‖ puis mourir avec joie ! » —« Qu'attendez-vous de moi ?‖ lui dis-je. » — « Hélas ! voyez,« Voyez ce qu'en tombant‖ je dépose à vos piés ! »Et retirant son corps‖ qui projetait une ombreSur le côté de l'arche‖ et du fardeau plus sombre,Je vis sur la poussière‖ un grand coffre de bois :Un lambeau de lin blanc‖ en couvrait les parois ;Une croix de drap noir,‖ petite, inaperçue,Du côté le plus large‖ au lin était cousue ;Une image de sainte,‖ au bas, avec des lis,Comme le pauvre peuple‖ en suspend à ses lits ;Un rameau de buis sec,‖ plus haut une couronneDe ces fleurs de papier‖ qu'aux fiançailles l'on donne,Que tresse un fil de cuivre‖ aux oripeaux d'argent,Pauvre luxe fané‖ de l'amour indigent !A ces signes, hélas !‖ si présens à mon âme,Je reconnus soudain‖ le cercueil d'une femme !« Malheureux ! m'écriai-je‖ en un premier transport,« Parlez, que faisiez-vous ?‖ profaniez-vous la mort ?« Vouliez-vous dérober‖ au tombeau son mystère ?« Osiez-vous disputer‖ sa dépouille à la terre ? »Son front à ce soupçon‖ se redressa d'effroi,Il joignit ses deux mains‖ sur le cercueil : « Ah ! moi !« Moi profaner la mort‖ et dépouiller la tombe !« Ah ! si depuis deux jours‖ sous ce poids je succombe,« C'est pour n'avoir pas pu‖ des vivans obtenir« Une main de l'autel‖ qui voulût la bénir,« Une prière à part,‖ hélas ! pour sa pauvre âme !« Cette bière est à moi,‖ cette morte est ma femme ! »— « Expliquez-vous, lui dis-je,‖ et sur ce cher linceul,« S'il est vrai, mon enfant,‖ vous ne prîrez pas seul ;« Mes larmes tomberont‖ du cœur avec les vôtres,« Je n'en ai plus pour moi,‖ mais j'en ai pour les autres. »Je m'assis près du corps,‖ dans le lit du torrent.« J'étais, monsieur, dit-il,‖ un pauvre tisserand.« A celle que j'aimais‖ marié de bonne heure,« De travail et d'espoir‖ dans notre humble demeure« Nous vivions ; nos amours‖ avaient été bénis« D'un enfant de trois ans‖ vienne la Saint-Denis.« Que nous étions heureux‖ tous trois, toujours ensemble,« Autour de ce métier‖ où la tâche rassemble !« Que de chants, de regards,‖ de sourires d'amour,« Sur la trame, entre nous,‖ s'échangeaient tout le jour !« Ma femme, à mes côtés,‖ travaillant à l'aiguille,« Me passant la navette,‖ et la petite fille« De mon métier déjà‖ comprenant les outils,« Garnissant les fuseaux,‖ ou dévidant les fils ;« Et le soir, quand le lin‖ reposait sur la trame,« Quel plaisir de nous voir,‖ assis avec ma femme,« Auprès de là fenêtre,‖ où quelques pots de fleurs,« D'iris, de réséda,‖ nous soufflaient les odeurs ;« Regarder en repos‖ le soleil, qui se couche,« De ses longs rayons d'or‖ jouant sur notre couche ;« Manger sur nos genoux‖ nos fruits et notre pain,« Nous agacer du coude‖ ou nous prendre la main,« Pendant que l'un de nous,‖ de son pied qu'il soulève,« Berçait dans son berceau‖ l'enfant riant d'un rêve !« Ah ! monsieur, il me semble‖ encor que je les vois !« Celte image me tue‖ et me coupe la voix !« Le travail allait bien‖ alors ; chaque semaine,« Le travail assidu‖ suffisait à la peine ;« La toile ne manquait‖ jamais sur le métier,« Et nous pouvions manger‖ notre pain tout entier :« Nous n'avions au bon Dieu‖ que des grâces à rendre !« Combien l'amour heureux‖ rend la prière tendre !« Et combien dans nos yeux‖ de larmes de bonheur,« De ses dons tous les soirs‖ rendaient grâce au Seigneur !« Hélas ! ce temps fut court ;‖ Dieu du fond de l'abîme« Fit souffler dans les airs‖ le mal qui nous décime ;« Nos voisins tour à tour‖ succombaient à ses coups,« Et d'étage en étage‖ il monta jusqu'à nous.« Respirant la première‖ une fièvre brûlante,« Comme un tendre bourgeon‖ qui gèle avant la plante,« Notre enfant entre nous‖ mourut en un clin d'œil.« Je vendis sa croix d'or‖ pour avoir un cercueil ;« Sa mère de ses mains‖ lui mit sa robe blanche,« La para pour la mort‖ comme pour un dimanche,« Et, la couvrant cent fois‖ de baisers et de pleurs,« Jonchant ses beaux pieds joints‖ des débris de nos fleurs,« De son dernier bijou‖ lui fit le sacrifice,« Pour qu'avec les grands morts‖ on lui fît un service ;« Moi-même, dépouillant‖ mon unique trésor,« Arrachant de mon doigt,‖ hélas ! mon anneau d'or,« J'achetai du gardien‖ de la funèbre enceinte« La fosse de trois pieds‖ creusée en terre sainte !…

« Le mal dans la maison‖ une fois introduit,« Ma femme entre mes bras‖ mourut la même nuit ;« Sans or, sans médecin,‖ sans prêtre, sans remède,« Je ne pus qu'appeler‖ tous les saints à son aide,« Réchauffer ses pieds froids,‖ de mon corps, dans mes bras ;« La disputer longtemps,‖ souffle à souffle, au trépas.« Souvent, dans cette nuit‖ de l'angoisse mortelle,« En me serrant la main :‖ Promets-moi, me dit-elle,« Que tu ne laisseras‖ jamais jeter mon corps« Sans bière et sans tombeau‖ dans le fossé des morts ;« Mais que tu feras faire‖ un service à l'église,« Pour que plus vite au ciel‖ notre ange nous conduise,« Et que plus près de Dieu,‖ pour toi priant là-haut,« Nous puissions à nous deux‖ te rappeler plus tôt !« Je lui promis, mon père,‖ et sur cette promesse« Son âme s'en alla‖ tout heureuse en caresse.« Hélas ! je promettais ;‖ je croyais obtenir« Plus qu'en ces jours si durs‖ je ne pouvais tenir !« Par la longue misère‖ ou par la maladie,« La charité publique‖ était tout attiédie.« Je cherchai vainement‖ parmi nos froids amis« De quoi faire accomplir‖ ce que j'avais promis :« Des planches, un linceul‖ et des clous pour la bière,« Une messe à son âme,‖ un coin au cimetière !…

« Je revins morne et seul‖ près d'un cierge m'asseoir,« Le regardant brûler‖ d'un œil de désespoir.« Quand il fut consumé,‖ dans un transport féroce,« Je lui fis un linceul‖ de sa robe de noce ;« J'arrachai, je clouai‖ les planches de son lit,« Dans ce cercueil d'amour‖ ma main l'ensevelit ;« Puis, attendant cette heure‖ où dans la matinée« Au service des morts‖ la messe est destinée,« Et chargeant sur mon dos‖ ce cher et sacré poids,« J'allai prendre mon rang,‖ seul, au bout des convois.« Mais, de tous les quartiers‖ éloignés de la ville,« Les tombereaux venaient‖ s'encombrer à la file,« Hélas ! et dans leur mort,‖ comme de leur vivant,« Les plus riches, monsieur,‖ passaient encor devant.« Repoussé le dernier,‖ toujours de bière en bière,« Courbé sous mon fardeau,‖ je me traînais derrière ;« L'église était déjà‖ remplie, et le cercueil,« Sans cortège et sans pleurs,‖ fut repoussé du seuil !

« Deux jours entiers, monsieur,‖ d'églises en églises,« Je tentai d'obtenir‖ les prières promises,« Ou de surprendre au moins,‖ saintement importun,« La bénédiction‖ que l'on donne en commun ;« Et deux jours, mendiant‖ en vain la sépulture,« Dans la chambre sans lit,‖ sans feu, sans nourriture,« Je rapportai plus lourd‖ mon fardeau de douleur…« Enfin, Dieu me fit naître‖ une pensée au cœur.« Allons, dis-je en moi-même,‖ à la montagne ; un prêtre« Là-haut par charité‖ la recevra peut-être,« Et, prenant en pitié‖ ma misère et mon vœu,« Lui bénira gratis‖ sa place au champ de Dieu.

« Je repris sur mon dos‖ ma charge raffermie ;« Je sortis dans la nuit‖ de la ville endormie,« Comme un voleur furtif,‖ tremblant au moindre bruit,« Par l'ange de ma femme‖ à mon insu conduit ;« M'enfonçant au hasard‖ dans la gorge inconnue,« Me guidant sur le son‖ des cloches dans la nue,« Sous le poids de mon âme‖ et de trois jours de mort« Pliant à chaque pas,‖ succombant sous,l'effort,« Me relevant un peu,‖ me traînant sous la bière,« Les genoux et les mains‖ déchirés par la pierre.« Enfin, sentant mon cœur‖ me défaillir ici,« Et craignant qu'avant l'heure‖ où l'air est éclairci,« Le pied du voyageur‖ nous heurtât dans sa marche,« J'ai tiré mon fardeau‖ sous l'abri de cette arche.« Déjà mort, à vos soins‖ mon regard s'est rouvert ;« La grâce du Seigneur‖ à vous m'a découvert !… »

« O mon frère, lui dis-je,‖ ô modèle de l'homme !…« De quelque nom obscur‖ que la terre vous nomme,« Oh ! quelle charité‖ ne rougit devant vous ?« Ah ! sous tant de fléaux‖ qui s'acharnent sur nous,« Quand l'homme que l'on jette‖ et traîne sur la claie« N'est plus qu'un vil fumier‖ qu'un fossoyeur balaie,« A qui la terre même‖ a fermé le tombeau,« Pour le cœur contristé,‖ qu'il est doux, qu'il est beau« De voir l'humanité‖ dans une classe obscure,« Par de semblables traits‖ révéler sa nature,« Conserver à la mort‖ tant de fidélité,« Ne voir dans le cercueil‖ que l'immortalité !« Et combien on est fier,‖ dans ce poids de misère,« D'être homme avec cet homme‖ et de le nommer frère !« Ah ! venez avec moi,‖ courage ! levez-vous !« L'ange de vos amours‖ marchera devant nous ;« A la terre de Dieu‖ je porterai moi-même« Ce corps, dont l'âme au ciel‖ vous regarde et vous aime ;« Je creuserai sa fosse‖ à l'ombre du Seigneur,« Je ferai pour ses os‖ comme pour une sœur.« Mais, ô mon cher enfant !‖ consolez-vous ; son âme« N'a pas besoin là-haut‖ que ma voix la réclame ;« Aux regards de celui‖ qu'un soupir satisfait,« Quelle prière vaut‖ ce que vous avez fait ?« Quel office, ô mon fils,‖ que cette nuit mortelle,« Cette route, ce sang,‖ cette sueur pour elle !« Ah ! dans son saint trésor‖ Dieu n'a jamais compté« De tribut qui vers lui‖ plus suave ait monté !« Venez, nous n'avons plus‖ qu'à la rendre à la terre ;« La nuit baisse, et le jour…‖ cachons-lui ce mystère. »Et prenant un côté‖ du cercueil sous mon bras,Le jeune homme prit l'autre,‖ et, mesurant nos pas,Par ces rudes sentiers‖ lentement nous montâmes ;Nos membres fléchissans‖ s'appuyaient sur nos âmes ;Nos deux fronts inondaient‖ le cercueil de sueur ;Et le matin jetait‖ sa première lueur,Quand sur le seuil désert‖ de l'église ferméeJe remis le mourant‖ et sa dépouille aimée.J'ornai secrètement‖ l'autel, sans réveillerMarthe, l'enfant de chœur,‖ ni le vieux marguillier ;Je célébrai du jour‖ le solennel service ;Des morts dans le Seigneur,‖ seul je chantai l'office,Et la voix de l'époux,‖ du seuil du saint enclos,Aux psaumes de la mort‖ répondait en sanglots ;Puis creusant de mes mains‖ la fosse au cimetière,J'y descendis, pleurant,‖ pour y coucher la bière ;J'y jetai le premier‖ la terre ; et puis l'époux ;Ma pelle referma‖ la couche en peu de coups,Et la croix surmonta‖ le lit du dernier somme.Quand tout fut accompli,‖ l'infortuné jeune homme,Triomphant dans ses pleurs,‖ s'assit sur le tombeau,Comme un homme arrivé‖ s'asseoit sur son fardeau.

Valneige, 27 décembre 1803.

Il est mort ce matin.‖ O paix à sa pauvre âme !Je rouvrirai pour lui‖ la couche où dort sa femme !

28 décembre, de son lit.

Au lit mystérieux‖ que referme la mort,Heureux l'œil qui se clôt‖ et le front qui s'endortSur l'oreiller divin‖ d'une sainte espérance !O sommeil ! ô réveil !‖ ô ma mère ! ô Laurence !Le moment tant prié‖ serait-il donc venu ?

Je me sens un besoin‖ de repos inconnu,Un voile sur mes yeux,‖ des ombres dans ma chambre,Des ailes dans le cœur,‖ du plomb dans chaque membre ;D'un air plus attendri‖ mon chien lèche ma main,Prévoirait-il ma mort ?‖… ah ! si c'était demain !…

(Le journal, interrompu par une maladie longue et douloureuse, ne fut jamais repris.)

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
828[aa] 18[abab] 35[abba]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (1671 de 12, 197 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a s'abrite / gîte féminine, classiqueb courir / mourir masculine, classiquec pressée / pensée féminine, classiqued cieux / yeux masculine, classiquee collines / ravines féminine, classiquef dentelé / consolé masculine, classiqueg douce / mousse féminine, classiqueh longtemps / battans masculine, classiquei pensées / versées féminine, classiquej main / chemin masculine, classiquek attentive / rive féminine, classiquel entier / sentier masculine, classiquem cimes / abîmes féminine, classiquen foin / loin masculine, classiqueo fumée / fermée féminine, classiquep seuil / accueil masculine, classiqueq fenêtre / maître féminine, classiquea palier / l'escalier masculine, classiqueb dire / lire féminine, classiquec pas masculine, classiqued tendresse / caresse féminine, classiquee soulier / foyer masculine, classiquef même / aime féminine, classiqueg étendu / suspendu masculine, classiqueh terre / solitaire féminine, classiquei chien / mien masculine, classiquej joie / soie féminine, classiquek aimons-nous / doux masculine, classiquel déserte / ouverte féminine, classiquem l'horizon / maison masculine, classiquen mère / faire féminine, classiqueo retour / d'amour masculine, classiquep silence / s'avance féminine, classiqueq autrefois / voix masculine, classiquer inonde / monde féminine, classiques foyer / aboyer masculine, classiquet vôtre / autre féminine, classiqueu demeurer / pleurer masculine, classiquev repose / chose féminine, classiquew doux / nous masculine, classiqueb l'être / maître féminine, classiquec rapport / mort masculine, classiqued donne / personne féminine, classiquee couché / touché masculine, classiqueg respecté / bonté masculine, classiqueh créature / nature féminine, classiquei miens / entretiens masculine, classiquej veille / réveille féminine, classiquek obscurcis / soucis masculine, classiquel pensée / baissée féminine, classiquem chagrin / serein masculine, classiquen d'évidence / l'intelligence féminine, classiqueo illusion / dérision masculine, classiquep caresse / tendresse féminine, classiqueq yeux / cieux masculine, classiquer sympathie / anéantie féminine, classiques réunir / contenir masculine, classiquet aimâmes / âmes féminine, classiqueu aimant / sentiment masculine, classiquev étincelle / ruisselle féminine, classiquew épagneul / cercueil masculine, classiquea réjouisse / rougisse féminine, classiqueb mien / chien masculine, classiquea s'ennuie / pluie féminine, classiqueb vitraux / carreaux masculine, classiquec glacées / pensées féminine, classiqued nord / accord masculine, classiquee monotone / tonne féminine, classiquef cour / jour masculine, classiqueg isolée / refoulée féminine, classiqueh moi / soi masculine, classiquei pore / encore féminine, classiquej lien / mien masculine, classiquek tombe / retombe féminine, classiquea oublié / pié masculine, classiqueb vue / remue féminine, classiquec vert / désert masculine, classiqued arides / rides féminine, classiquee secourir / mourir masculine, classiquea ranime / abîme féminine, classiqueb lui / ennui masculine, classiquec abonde / monde féminine, classiqued sens / descends masculine, classiquee ondées / inondées féminine, classiquef pleurs / fleurs masculine, classiqueg abattues / laitues féminine, classiqueh chemin / main masculine, classiquei aborde / déborde féminine, classiquej tourment / sentiment masculine, classiquek poussière / pierre féminine, classiquea cour / d'amour masculine, classiqueb soie / joie féminine, classiquec j'entends / printemps masculine, classiqued m'aime / moi-même féminine, classiquee profond / fond masculine, classiquea dernière / bière féminine, classiqueb clou / d'où masculine, classiquec adore / encore féminine, classiqued chrétien / chien masculine, classiquee nie / bénie féminine, classiquef enfans / passans masculine, classiqueg populaire / suaire féminine, classiqueh hasard / regard masculine, classiquei femme / d'âme féminine, classiquej l'ensevelît / lit masculine, classiquea tolérance / ignorance féminine, classiqueb tous / nous masculine, classiquec histoire / mémoire féminine, classiquea séjour / jour masculine, classiqueb abreuve / fleuve féminine, classiquec boiront / mourront masculine, classiqued caravanes / profanes féminine, classiquee jaloux / nous masculine, classiquef sommes / hommes féminine, classiqueg discours / courts masculine, classiqueh l'onde / monde féminine, classiquei chameaux / eaux masculine, classiquej stupides / avides féminine, classiquek réservoir / pleuvoir masculine, classiquel tempêtes / êtes féminine, classiquem refusez / puisez masculine, classiquen fleuve / l'abreuve féminine, classiqueo lieu / Dieu masculine, classiquep mesure / pure féminine, classiqueq doux / jaloux masculine, classiquer terre / désaltère féminine, classiques été / bonté masculine, classiquet monde / onde féminine, classiqueu enorgueillit / lit masculine, classiquev divines / collines féminine, classiquew pas / trépas masculine, classiquex lumière / paupière féminine, classiquey clarté / vérité masculine, classiquez d'ombre / sombre féminine, classiqueb frères / colères féminine, classiquec vérité / charité masculine, classiqued l'épreuve / fleuve féminine, classiquee couleur / chaleur masculine, classiquef âme / femme féminine, classiquea sacrifice / propice féminine, classiqueb soir / m'asseoir masculine, classiquec l'aventure / nature féminine, classiquee livre / vivre féminine, classiquea chaud / haut masculine, classiqueb colline / domine féminine, classiquec adoucis / éclaircis masculine, classiqued circulaires / séculaires féminine, classiquee dentelés / crénelés masculine, classiquef sombre / ombre féminine, classiqueg rameaux / eaux masculine, classiqueh blanche / branche féminine, classiquei penchés / étanchés masculine, classiquej rosée / exposée féminine, classiquek sein / bassin masculine, classiquel racines / ravines féminine, classiquea momens / mugissemens masculine, classiqueb chaumine / colline féminine, classiquec blancs / enfans masculine, classiqued nature / mesure féminine, classiquee noir / miroir masculine, classiquea s'appuie / essuie féminine, classiqueb doux / genoux masculine, classiquec terre / fougère féminine, classiqued monceaux / rameaux masculine, classiquee obscure / mesure féminine, classiquef froideur / laboureur masculine, classiqueg courroie / ploie féminine, classiqueh découpés / trempés masculine, classiquei nouent / secouent féminine, classiquej poudreux / eux masculine, classiquek s'équilibre / vibre féminine, classiquel tranchant / champ masculine, non classiquea monde / féconde féminine, classiqueb s'accomplir / l'amollir masculine, classiquec terre / mère féminine, classiqued fleurs / pleurs masculine, classiquee mamelle / ruisselle féminine, classiquea aiguise / brise féminine, classiqueb chair / fer masculine, classiquec renversent / dispersent féminine, classiqued déterrés / torturés masculine, classiquee manche / tranche féminine, classiquef doigts / voix masculine, classiqueg plie / lie féminine, classiqueh d'ardeur / profondeur masculine, classiquei peine / d'haleine féminine, classiquej enfans / flancs masculine, classiquea encore / éclore féminine, classiqueb dessin / sein masculine, classiquec culture / nature féminine, classiqued aiguillon / sillon masculine, classiquee terre / mystère féminine, classiquea plaine / humaine féminine, classiqueb main / grain masculine, classiqued pli / accompli masculine, classiquee palpitèrent / chantèrent féminine, classiquea lièrent / multiplièrent féminine, classiqueb accouplés / blés masculine, classiquec pleines / plaines féminine, classiqued alcyons / nations masculine, classiquee hirondelles / ailes féminine, classiquea l'héritage / partage féminine, classiqueb mains / humains masculine, classiquec propice / justice féminine, classiquee même / suprême féminine, classiquea e / année féminine, classiqueb planté / immortalité masculine, classiquec chérie / patrie féminine, classiqued germé / semé masculine, classiquee gloire / mémoire féminine, classiquea l'invisible / insensible féminine, classiqueb rocher / s'approcher masculine, classiquec soupirent / inspirent féminine, classiqued mortels / autels masculine, classiquea reprennent / viennent féminine, classiqueb tisserand / courant masculine, classiquec dévide / rapide féminine, classiqued voix / bois masculine, classiquee ébranlées / distillées féminine, classiquea grillon / sillon masculine, classiqueb embrasée / rosée féminine, classiquec jour / four masculine, classiqued s'affaisse / baisse féminine, classiquee nerveux / cheveux masculine, classiquef course / source féminine, classiqueg humecté / humidité masculine, classiquea goutte / route féminine, classiqueb marcher / rocher masculine, classiquec désaltère / terre féminine, classiqued jour / d'amour masculine, classiquee desséchée / cachée féminine, classiqueb triomphant / enfant masculine, classiquec secrète / poëte féminine, classiqued miel / ciel masculine, classiquee assouvie / vie féminine, classiquea qu'amertume / consume féminine, classiqueb l'amour / séjour masculine, classiquec pensée / élancée féminine, classiquee souffrance / d'espérance féminine, classiquea rappelle / dételle féminine, classiqueb paix / épais masculine, classiquec rassemble / ensemble féminine, classiqued main / pain masculine, classiquee père / espère féminine, classiquef berceau / nouveau masculine, classiqueg elle / mamelle féminine, classiqueh genoux / époux masculine, classiquei sommeille / veille féminine, classiquej voir / pleuvoir masculine, classiquea nuage / image féminine, classiqueb nid / réunit masculine, classiquee rappelle / fraternelle féminine, classiquea flamme / l'âme féminine, classiqueb l'univers / divers masculine, classiquec relies / vies féminine, classiqued lien / tien masculine, classiquee émane / profane féminine, classiquea sanctifie / purifie féminine, classiqueb loi / toi masculine, classiqued chasteté / l'humanité masculine, classiquee mêle / renouvelle féminine, classiquea journée / tournée féminine, classiqueb pleuvoir / soir masculine, classiquec rapproche / cloche féminine, classiqued bord / accord masculine, classiquee balancée / pensée féminine, classiqueg s'arrête / tête féminine, classiqueh l'aiguillon / sillon masculine, classiquea surnaturelle / rappelle féminine, classiqueb genoux / nous masculine, classiquec humaine / pleine féminine, classiquee intervalles / virginales féminine, classiquea fange / mange féminine, classiqueb limon / sillon masculine, classiquec cassée / pensée féminine, classiqued séjour / l'amour masculine, classiquea soupire / respire féminine, classiquec nature / murmure féminine, classiqued sens / accens masculine, classiquee crie / prie féminine, classiquea prières / pierres féminine, classiqueb plein / sein masculine, classiquec vie / ravie féminine, classiqued aspirations / bénédictions masculine, classiquee brises féminine, classiquea commence / semence féminine, classiquec ornière / poussière féminine, classiqued retomber / dérober masculine, classiquee herse / berce féminine, classiquef réunis / aplanis masculine, classiqueg s'essuie / pluie féminine, classiqueh tapis / épis masculine, classiquei herbes / gerbes féminine, classiquej pavots / nouveaux masculine, classiquek pierres / chaumières féminine, classiquel levain / pain masculine, classiquem misérable / table féminine, classiquea providence / semence féminine, classiqueb l'humanité / l'éternité masculine, classiquec vie / fructifie féminine, classiqued douleurs / fleurs masculine, classiquee rosée / fertilisée féminine, classiquea champ / bêchant masculine, non classiqueb parole / parabole féminine, classiquec commun / un masculine, classiqued davantage / héritage féminine, classiquee champ / couchant masculine, non classiquef l'ombre / nombre féminine, classiqueg convenu / venu masculine, classiqueh descendue / l'étendue féminine, classiquei loi / moi masculine, classiquej jugèrent / adjugèrent féminine, classiquek bien / rien masculine, classiquel déchaîne / chêne féminine, classiquem appui / lui masculine, classiquen titre / l'arbitre féminine, classiqueo moi / loi masculine, classiqueq contour / tour masculine, classiquer glisse / justice féminine, classiques entendit / dit masculine, classiquet vous-même / l'emblème féminine, classiqueu milieu / Dieu masculine, classiquev haie / balaie féminine, classiquew garans / torrens masculine, classiquex écrite / limite féminine, classiquey ailleurs / cœurs masculine, classiquez vôtre / l'autre féminine, classiquea conseil / soleil masculine, classiqueb confiance / conscience féminine, classiquec témoin / loin masculine, classiquea prêtre / maître féminine, classiqueb moqueur / cœur masculine, classiquea mère / chimère féminine, classiqueb rois / croix masculine, classiquec bénie / tyrannie féminine, classiquea monde / mappemonde féminine, classiqueb donnés / couronnés masculine, classiquec Janicule / mule féminine, classiquea évangélique / politique féminine, classiqueb rois / poids masculine, classiquec opulence / balance féminine, classiquea délices / vices féminine, classiqueb profanations / Scipions masculine, classiquec sacerdotales / saturnales féminine, classiquea Dante / ardente féminine, classiqueb lueur / Malheur masculine, classiquec voiles / étoiles féminine, classiquea farouche / bouche féminine, classiqueb tressaillir / bouillir masculine, classiquec vase / s'embrase féminine, classiquea audace / menace féminine, classiqueb universel / sel masculine, classiquec Rome / l'homme féminine, classiquea éternelle / d'elle féminine, classiqueb tombeaux / eaux masculine, classiquea tombes / catacombes féminine, classiqueb répandu / détendu masculine, classiquec salutaire / terre féminine, classiquea poudre / foudre féminine, classiqueb l'encan / Vatican masculine, classiquec haine / peine féminine, classiquea doute / voûte féminine, classiquec l'église / scandalise féminine, classiquea amère / mère féminine, classiqueb expié / pié masculine, classiquec prophète / tête féminine, classiquea cabane / profane féminine, classiqueb abandon / pardon masculine, classiquec partage / village féminine, classiquea l'Évangile / d'argile féminine, classiqueb liqueur / cœur masculine, classiquec l'orifice / calice féminine, classiquea terre / Mystère féminine, classiqueb trésor / l'or masculine, classiquec tienne / chrétienne féminine, classiquea heures / meilleures féminine, classiqueb soir / voir masculine, classiquec assise / l'église féminine, classiqued enracinés / inclinés masculine, classiquee cailloutage / village féminine, classiquef polit / lit masculine, classiqueh noyer / ondoyer masculine, classiquei troupe / groupe féminine, classiquej trois / croix masculine, classiquel verts / recouverts masculine, classiquem l'aire / terre féminine, classiquen hameau / l'eau masculine, classiqueo nouvelle / hirondelle féminine, classiquep vol / sol masculine, classiqueq l'habitude / attitude féminine, classiquea rôle / parole féminine, classiqueb esprit / nourrit masculine, équivalentec héritage / nuage féminine, classiqued traditions / générations masculine, classiquee éternelle / renouvelle féminine, classiquef tour / jour masculine, classiqueg demande / descende féminine, classiqueh simplicité / vérité masculine, classiquei paroles / paraboles féminine, classiquej humains / mains masculine, classiquek écoute / goutte féminine, classiqueb conscience / science féminine, classiqued prodiges / prestiges féminine, classiquee vérité / crédulité masculine, classiquef l'imposture / nature féminine, classiqueg raison / nom masculine, classiquea j'épelle / nouvelle féminine, classiqueb bonté / compté masculine, classiquec providence / d'évidence féminine, classiqued grandeur / profondeur masculine, classiquee voiles / d'étoiles féminine, classiquef clairs / mers masculine, classiqueg nées / d'années féminine, classiqueh Dieu / milieu masculine, classiquei ondes / mondes féminine, classiquej pareils / soleils masculine, classiquek terme / renferme féminine, classiquel compas / pas masculine, classiquem intarissable / incalculable féminine, classiquen jour / tour masculine, classiqueo lancées / pensées féminine, classiquep prouver / s'élever masculine, classiqueq humaines / phénomènes féminine, classiquer corps / efforts masculine, classiquet disparus / plus masculine, classiqueu infinie / harmonie féminine, classiquev vous / clous masculine, classiquew voûte / route féminine, classiquex né / ramené masculine, classiquey l'étendue / perdue féminine, classiquez l'écrit / l'esprit masculine, classiquea immortelle / qu'elle féminine, classiquea bouillonnement / mouvement masculine, classiqueb pensées / balancées féminine, classiqued lance / distance féminine, classiquee pas / bras masculine, classiquef frondes / mondes féminine, classiqueg poids / pois masculine, classiqueh eux-même / suprême féminine, classiquei remonter / compter masculine, classiquej joue / roue féminine, classiquek essieu / Dieu masculine, classiquel l'intelligence / immense féminine, classiquem graviter / heurter masculine, classiquen génisses / précipices féminine, classiqueo pas / bas masculine, classiqueq bords / ports masculine, classiquer écrire / admire féminine, classiques cependant / s'abordant masculine, classiquet ailes / elles féminine, classiqueu rien / bien masculine, classiquev rame / âme féminine, classiquex famille / coquille féminine, classiquey brider / guider masculine, classiquez pilote / flotte féminine, classiquea œil / écueil masculine, classiqueb route / voûte féminine, classiquec monté / volonté masculine, classiqued trace / l'espace féminine, classiquee rayon / nom masculine, classiquef système / même féminine, classiqueg descend / l'enfant masculine, classiqueh artère / terre féminine, classiquej paupière / lumière féminine, classiquek dit / petit masculine, classiquel noie / voie féminine, classiquea soleil / vermeil masculine, classiqueb sombres / ombres féminine, classiquec toi / moi masculine, classiqued nue / vue féminine, classiquee nouveau / niveau masculine, classiquef superbe / l'herbe féminine, classiqueg géans / océans masculine, classiqueh vie / glorifie féminine, classiquej mesure / nature féminine, classiquek comprend / grand masculine, classiquea sauvage / nage féminine, classiqueb lointain / matin masculine, classiquec d'Italie / recueillie féminine, classiqued instans / temps masculine, classiquea obscure / figure féminine, classiqueb obscurité / jeté masculine, classiquec désordre / tordre féminine, classiqued s'épancher / plancher masculine, classiquee femme / âme féminine, classiquef souvenir / retenir masculine, classiqueg bouche / couche féminine, classiqueh voix / froids masculine, classiquei peut-être / maître féminine, classiquej habits / brebis masculine, classiquek digne / signe féminine, classiquel douleur / pasteur masculine, classiquem grâces / traces féminine, classiquen foi / écoutez-moi masculine, classiqueo m'accuse / d'excuse féminine, classiquea jour / amour masculine, classiquec champs / penchans masculine, classiqued l'incline / orpheline féminine, classiquee hélas / pas masculine, classiqueg vain / divin masculine, classiqueh céleste / reste féminine, classiquei enferma / m'aima masculine, classiquej pure / figure féminine, classiquek innocens / sens masculine, classiquel larmes / charmes féminine, classiquem orgueil / cercueil masculine, classiquen semée / aimée féminine, classiquea plus / confus masculine, classiqueb tête / tempête féminine, classiquec errant / torrent masculine, classiqued aucune / une féminine, classiquee m'entraînait / tournait masculine, classiquef reconnaître / peut-être féminine, classiqueg parler / révéler masculine, classiqueh taire / ministère féminine, classiquei non / pardon masculine, classiquej prière / paupière féminine, classiquel suprême / aime féminine, classiquem l'envoyait / payait masculine, classiquen sacrifice / justice féminine, classiqueo moment / l'instrument masculine, classiquep mystère / terre féminine, classiquer terrible / insensible féminine, classiques s'atténua / continua masculine, classiquea séparée / égarée féminine, classiqueb uni / puni masculine, classiquec tendresses / caresses féminine, classiqued m'adorant / mourant masculine, classiquea renommée / semée féminine, classiqued souriais / voyais masculine, classiquee éblouie / vie féminine, classiquef passer / s'effacer masculine, classiqueg ombre / sombre féminine, classiquea perdait / débordait masculine, classiqueb moi-même / l'aime féminine, classiquec aimé / allumé masculine, classiqued pensée / glacée féminine, classiquee moi / toi masculine, classiquef m'adore / encore féminine, classiqueg odeur / cœur masculine, classiqueh restée / détestée féminine, classiquei beauté / légèreté masculine, classiquej faiblesses / pécheresses féminine, classiquek bien / mien masculine, classiquel renommée / aimée féminine, classiquem ennemi / ami masculine, classiquen lui-même / suprême féminine, classiqueo souvenir / ternir masculine, classiquep impuissance / innocence féminine, classiquer altérée / consacrée féminine, classiquea douleur / fleur masculine, classiqueb blessée / pensée féminine, classiquec cœur / langueur masculine, classiqued voie / joie féminine, classiquee espoir / voir masculine, classiquef terre / sanctuaire féminine, classiqueg séjour / amour masculine, classiqueh escarpée / frappée féminine, classiquej précipices / délices féminine, classiquek soutenir / souvenir masculine, classiquel éperdue / attendue féminine, classiquea reprenant / maintenant masculine, classiqueb hautes / fautes féminine, classiquec mots / sanglots masculine, classiqued émue / inconnue féminine, classiquee pardon / don masculine, classiquef âme / madame féminine, classiqueg suspens / repens masculine, classiqueh pensée / insensée féminine, classiquej prévenue / perdue féminine, classiquek consumé / aimé masculine, classiquel coupable / m'accable féminine, classiquem aujourd'hui / lui masculine, classiquen belle / elle féminine, classiqueo rendait / regardait masculine, classiquep réservée / sauvée féminine, classiqueq tombeau / flambeau masculine, classiqued envoie / voie féminine, classiquee pleurs / malheurs masculine, classiquef vie / justifie féminine, classiqueg nous / tous masculine, classiqueh innocence / pénitence féminine, classiquei prédestiné / donné masculine, classiquej ravie / vie féminine, classiquel espère / Père féminine, classiquem croix / voix masculine, classiquen contrainte / étreinte féminine, classiqueo m'opposer / baiser masculine, classiquep raidie / refroidie féminine, classiqueq pâlir / l'ensevelir masculine, classiquea donne / ordonne féminine, classiqueb rapporté / escorté masculine, classiquec ressuscite / habite féminine, classiquea coucherai / t'étendrai masculine, classiqueb oreille / réveille féminine, classiquec rends / parens masculine, classiqued dévore / l'ignore féminine, classiquea serviteur / douleur masculine, classiquea saules / épaules féminine, classiqueb moi / convoi masculine, classiquec peine / humaine féminine, classiqued voir / désespoir masculine, classiquee novembre / membre féminine, classiquef sensations / convulsions masculine, classiqueg pluie / essuie féminine, classiquei rafales / intervalles féminine, classiquej porteurs / fleurs masculine, classiquek village / visage féminine, classiquel mépris / débris masculine, classiquem nues / avenues féminine, classiquen clarté / l'obscurité masculine, classiqueo ministère / mystère féminine, classiquep effort / mort masculine, classiqueq repoussée / commencée féminine, classiquer flots / sanglots masculine, classiques âme / drame féminine, classiquet chœur / cœur masculine, classiqueu l'avoue / joue féminine, classiquev soulager / léger masculine, classiquew moi-même / j'aime féminine, classiquex tombeau / beau masculine, classiquez instant / tend masculine, classiquea charge / marge féminine, classiqueb fardeau / d'eau masculine, classiquec prière / bière féminine, classiqued poser / baiser masculine, classiquea rayon / l'horizon masculine, classiqueb rêve / lève féminine, classiquec yeux / pieux masculine, classiqued délices / précipices féminine, classiquee aperçu / reçu masculine, classiqueg jours / amours masculine, classiquei noirs / désespoirs masculine, classiquej âge / image féminine, classiquel assise / brise féminine, classiquen rivage / visage féminine, classiquea creusé / déposé masculine, classiqueb l'onde / profonde féminine, classiquec coucher / bêcher masculine, classiqued images / plages féminine, classiquee l'écueil / cercueil masculine, classiquef suprême / moi-même féminine, classiqueg endormi / ami masculine, classiqueh mère / terre féminine, classiquei l'étendis / j'entendis masculine, classiquej jetée / pelletée féminine, classiquek niveau / tombeau masculine, classiquea mystère / ministère féminine, classiqueb convoi / moi masculine, classiquec silence / absence féminine, classiqued deuil / cercueil masculine, classiquee d'espérance / Laurence féminine, classiqueg entendre / rendre féminine, classiqueh écrits / dits masculine, classiqueb mourir / parcourir masculine, classiquec glaces / traces féminine, classiqued piés / oubliés masculine, classiquee plantes / grimpantes féminine, classiqueg tombées / plombées féminine, classiqueh terni / jauni masculine, classiquei racines / ruines féminine, classiquej pourris / nourris masculine, classiquek l'orage / feuillage féminine, classiquen mouvans / vents masculine, classiqueo décompose / chose féminine, classiquep baissai / ramassai masculine, classiqueq compagne / montagne féminine, classiquer deuil / seuil masculine, classiques déserte / perte féminine, classiquet maison / nom masculine, classiqueu l'enceinte / éteinte féminine, classiquev inconnu / devenu masculine, classiquew poterne / terne féminine, classiquex réseaux / eaux masculine, classiquey source / course féminine, classiquez accords / bords masculine, classiquea ailes / hirondelles féminine, classiqueb mordus / suspendus masculine, classiquec écailles / murailles féminine, classiqued d'affection / profanation masculine, classiquee naguère / fougère féminine, classiquef amoncelé / mêlé masculine, classiqueg livides / avides féminine, classiqueh l'entour / d'amour masculine, classiquei boue / joue féminine, classiquek face / trace féminine, classiquel pleuré / demeuré masculine, classiquem évanouie / vie féminine, classiqueo paupières / poussières féminine, classiquea colère / terre féminine, classiqueb roulé / nivelé masculine, classiquec monticule / accumule féminine, classiqued sillons / tourbillons masculine, classiquee tourterelles / ailes féminine, classiquef mouvant / vent masculine, classiqueg symboles / paroles féminine, classiqueh bas / pas masculine, classiquea frères / misères féminine, classiqueb volupté / volonté masculine, classiquec d'elle-même / suprême féminine, classiquea sacrifice / calice féminine, classiquec s'appartienne / sienne féminine, classiquea d'écrire / expire féminine, classiqueb contagions / régions masculine, classiquec vie / j'essuie féminine, classiquee assidue / rendue féminine, classiqueg suaire / faire féminine, classiqueh seuls / linceuls masculine, classiquei bière / cimetière féminine, classiquej fléau / hameau masculine, classiquek fumées / fermées féminine, classiquel jours / secours masculine, classiquem entasse / place féminine, classiquen seuil / cercueil masculine, classiqueo fatigue / brigue féminine, classiquep convois / croix masculine, classiqueq gémonies / agonies féminine, classiquer tombeau / troupeau masculine, classiques suivent / survivent féminine, classiquet devoir / soir masculine, classiqueu tombe / succombe féminine, classiquev flétris / prix masculine, classiquea demain / chemin masculine, classiqueb misère / Calvaire féminine, classiquec consacrés / enterrés masculine, classiqued campagnes / montagnes féminine, classiquee franchir / blanchir masculine, classiquef braise / fournaise féminine, classiqueg clarté / écarté masculine, classiqueh abîmes / cimes féminine, classiquei rocher / clocher masculine, classiqueb chemin / ravin masculine, classiquec dégorge / gorge féminine, classiqued milieu / peu masculine, classiqueh réflexion / respiration masculine, classiquei haleine / humaine féminine, classiquej moment / gémissement masculine, classiquek poitrine / m’incline féminine, classiquel répond / pont masculine, classiquem profonde / d'onde féminine, classiquen l'éclairer / pénétrer masculine, classiqueo tige / vis-je féminine, classiquep étendu / répandu masculine, classiqueq chose / repose féminine, classiquer encor / trésor masculine, classiques rapproche / roche féminine, classiquet évanoui / ébloui masculine, classiqueu regarde / garde féminine, classiquev bénir / tenir masculine, classiquex demi / ami masculine, classiquey coupable / misérable féminine, classiquez front / pont masculine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquec visage / village féminine, classiquee envoie / joie féminine, classiquef voyez / piés masculine, classiqueh bois / parois masculine, classiquei inaperçue / cousue féminine, classiquej lis / lits masculine, classiquek couronne / donne féminine, classiquel d'argent / indigent masculine, classiquen transport / mort masculine, classiquep d'effroi / moi masculine, classiquer obtenir / bénir masculine, classiquet linceul / seul masculine, classiqueu vôtres / autres féminine, classiquev torrent / tisserand masculine, classiquew heure / demeure féminine, classiquex bénis / Saint-Denis masculine, classiquey ensemble / rassemble féminine, classiquez d'amour / jour masculine, classiquea l'aiguille / fille féminine, classiqueb outils / fils masculine, classiquec trame / femme féminine, classiqued fleurs / odeurs masculine, classiquee couche féminine, classiquef pain / main masculine, classiqueg soulève / rêve féminine, classiqueh vois / voix masculine, classiquei semaine / peine féminine, classiquej métier / entier masculine, classiquek rendre / tendre féminine, classiquel bonheur / Seigneur masculine, classiquem l'abîme / décime féminine, classiquen coups / nous masculine, classiqueo brûlante / plante féminine, classiquep d'œil / cercueil masculine, classiqueq blanche / dimanche féminine, classiques sacrifice / service féminine, classiquet trésor / d'or masculine, classiqueu enceinte / sainte féminine, classiquea introduit / nuit masculine, classiqueb remède / aide féminine, classiquec bras / trépas masculine, classiqued mortelle / dit-elle féminine, classiquee corps / morts masculine, classiquef l'église / conduise féminine, classiqueg là-haut / tôt masculine, classiqueh promesse / caresse féminine, classiquei obtenir / tenir masculine, classiquej maladie / attiédie féminine, classiquek amis / promis masculine, classiquea m'asseoir / désespoir masculine, classiqueb féroce / noce féminine, classiquec lit / l'ensevelit masculine, classiqued matinée / destinée féminine, classiquee poids / convois masculine, classiquef ville / file féminine, classiqueg vivant / devant masculine, classiqueh bière / derrière féminine, classiquei cercueil / seuil masculine, classiquea églises / promises féminine, classiqueb importun / commun masculine, classiquec sépulture / nourriture féminine, classiqued douleur / cœur masculine, classiquee prêtre / peut-être féminine, classiquef vœu / Dieu masculine, classiquea raffermie / endormie féminine, classiqueb bruit / conduit masculine, classiquec inconnue / nue féminine, classiqued mort / l'effort masculine, classiquee bière / pierre féminine, classiquef ici / éclairci masculine, classiqueg marche / arche féminine, classiqueh rouvert / découvert masculine, classiquea l'homme / nomme féminine, classiqueb vous / nous masculine, classiquec claie / balaie féminine, classiquee obscure / nature féminine, classiquef fidélité / l'immortalité masculine, classiqueg misère / frère féminine, classiqueh levez-vous / nous masculine, classiquei moi-même / aime féminine, classiquej Seigneur / sœur masculine, classiquek âme / réclame féminine, classiquel satisfait / fait masculine, classiquem mortelle / elle féminine, classiquen compté / monté masculine, classiquep bras / pas masculine, classiqueq montâmes / âmes féminine, classiquer sueur / lueur masculine, classiques fermée / aimée féminine, classiquet réveiller / marguillier masculine, classiqueu service / l'office féminine, classiquev enclos / sanglots masculine, classiquew cimetière / bière féminine, classiquex l'époux / coups masculine, classiquey somme / homme féminine, classiquez tombeau / fardeau masculine, classiquea mort / s'endort masculine, classiqueb espérance / Laurence féminine, classiquec venu / inconnu masculine, classiqueb chambre / membre féminine, classiquec main / demain masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

1868 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes de M. A. de Lamartine, PARIS, 21, quai Malaquais, CHARLES GOSSELIN, FURNE ET Cie, PAGNERRE, DUFOUR ET MULAT, 1851· numérisation gallica.bnf.fr· Sources