La chute d’un ange, 1838
Quatrième vision
Depuis le jour maudit‖ de la fatale épreuve,Les jours avaient coulé‖ comme les flots du fleuve ;Insensibles et purs,‖ et rapides pour tous,Au désert, excepté‖ pour l’épouse et l’époux.Cédant avec douleur‖ à Selma qui le brave,Et pour sauver du moins‖ les jours de son esclave,Le vieux chef, vainement‖ regrettant son trésor,Avait livré Cédar‖ pour esclave à Zebdor :Zebdor, le plus puissant‖ des enfants de sa race,Qui convoitait sa mort‖ pour régner à sa place.Pour arracher ce trait‖ du cœur de Daïdha,Sous ses yeux vigilants‖ le vieillard la garda ;Il sépara Cédar‖ de la tribu jalouse,L’éloigna pour jamais‖ de l’ombre de l’épouse ;Pour paître sur les monts‖ les plus maigres troupeaux,On le relégua seul‖ sur de mornes coteauxDévorés du soleil,‖ et séparés du mondePar des rocs escarpés‖ et par le lit de l’onde ;Et de peur que l’esclave‖ en ces lieux oubliéNe rompît les trois jougs‖ dont il était lié,Et, de son dur exil‖ franchissant la limite,Ne s’approchât des bords‖ que son tyran habite,Zebdor et ses trois fils‖ arrachèrent du solUn vieux tronc de palmier‖ ouvert en parasol,Et, comme on lie un bloc‖ au coursier qu’on entrave,Attachèrent ce poids‖ aux jambes de l’esclave ;De sorte qu’en traînant‖ avec effort ses pas,L’arbre suivait sa trace‖ et ne le quittait pas,Ou que, pour traverser‖ l’onde ou le précipice,Il devait soulever‖ l’instrument du supplice,Et, pressant dans ses bras‖ le palmier oppresseur,Écrasé sous ce poids‖ marcher à sa sueur.
Ainsi languissait-il‖ de longs jours, seul au monde.Mais la nuit de l’amour‖ avait été féconde :L’épouse d’un instant,‖ que la honte et le deuilRenfermaient dans son antre‖ ainsi qu’en son cercueil,Se couvrant de pudeur‖ comme d’un triple voile,Ne laissait voir ses yeux‖ qu’aux rayons de l’étoile.Ne montrant qu’à la nuit‖ sa touchante pâleur,Comme un lis dont la lune‖ épanouit la fleur,Daïdha, du proscrit‖ mystérieuse femme,D’un ange dans son souffle‖ avait aspiré l’âme :Elle avait, de la mère‖ éprouvant les langueurs,Dans son sein étonné‖ senti battre deux cœurs,Et compris, à la fois‖ affligée et ravie,Qu’au fond de sa douleur‖ germait une autre vie.Au neuvième croissant‖ de la lune d’été,Sans témoin sur la mousse‖ elle avait enfanté ;Ainsi que la fleur double,‖ en ces temps de prodige,De deux fruits à la fois‖ chargeait la même tige,Deux jumeaux souriants,‖ gages d’un même amour,Au même cri de joie‖ avaient reçu le jour,Et de la vie offerte‖ à leur lèvre jumelleSucé la double goutte‖ à sa double mamelle.L’un était une fille,‖ et l’autre était un fils :Quand les premiers baisers‖ sur leurs lèvres cueillisEurent rassasié‖ son regard de leurs charmes,Que ses yeux à son lait‖ eurent mêlé leurs larmes,Qu’elle les eut nommés‖ de deux noms dans son cœur,L’un Sadir, l’autre Hella,‖ disant joie et douleur ;Pour dérober leur vie,‖ à l’ombre du mystère,Au gouffre où l’on jetait‖ les fruits de l’adultère,Elle passa le fleuve‖ à la nage deux fois,Chaque fois de l’un d’eux‖ son cou portant le poids,Comme deux lionceaux‖ que la lionne abreuveSont portés par leur mère‖ à l’autre bord d’un fleuve ;Puis les pressant, trempés‖ et criants, dans ses bras,Les réchauffant du cœur‖ et marchant à grands pas,Se guidant, pour trouver‖ Cédar aux sommets sombres,Sur les mugissements‖ des troupeaux dans les ombres,Aux pieds de son époux‖ elle avait déposéCe fruit tombé du cœur‖ et de pleurs arrosé.« Tiens, avait-elle dit,‖ cache-les ; l’heure presse :La mort les cueillerait‖ jusque sous ma caresse ;Pour leurs lèvres déjà‖ tout mon sang blanc coulait,Mais il faut que le roc‖ s’arrose de mon lait,Et que de ton troupeau‖ la plus douce gazelle,Écartant son petit,‖ leur laisse sa mamelle.Ô Cédar ! couve-les‖ la nuit sur tes genoux,Abrite-les du cœur,‖ car ils sont nés de nous ;Aime-toi dans leurs yeux,‖ car ils sont ton image ;Revois-moi sur leurs fronts,‖ car ils ont mon visage ;Dérobe-les à l’œil‖ de leurs persécuteurs !Je fuis, le jour m’épie,‖ et s’il me voit, je meurs.Que de ma vie encore‖ ils boivent une goutte !Ah ! que ne, peuvent-ils‖ d’un trait l’épuiser toute !Cédar, dieu de mon cœur,‖ ils sont beaux comme toi !Pour qu’ils m’aiment aussi,‖ dis ! parle-leur de moi !Chaque brise des nuits‖ qui souffle de la plaineVous portera l’amour‖ dont ma tristesse est pleine ! »Et les posant à terre,‖ et revenant dix fois,Elle reprit enfin‖ sa course dans les bois,En couvrant de ses mains‖ ses oreilles fermées,De peur d’entendre un cri‖ de ces voix trop aimées,Et de ne pouvoir plus‖ s’arracher à l’amour.Avant que le vallon‖ se colorât du jour,Elle rentra furtive‖ au seuil de ses alarmes,Et la grotte trois jours‖ but son lait et ses larmes.Cédar, le cœur tremblant,‖ et demeuré sans voix,Regardait ces enfants‖ sur la feuille des bois,Et, cherchant dans leurs yeux‖ l’image de leur mère,Pleurait et souriait‖ dans une ivresse amère,Osant de ses mains d’homme‖ à peine les toucher,Comme un lion surpris‖ que l’agneau vient lécher.Leurs cris, leurs petits bras‖ qui cherchaient la mamelle,Lui remuaient le cœur ;‖ il chercha la gazelle,Qui, dans la même nuit,‖ sur l’herbe avait mis bas,Éleva tour à tour‖ les jumeaux sur son bras ;Au pis gonflé de lait‖ il suspendit leur lèvre,Comme un berger qui tient‖ par la corne sa chèvre,Pendant qu’entre ses pieds‖ les chevreaux nouveau-nésPressent les mamelons‖ vers leur bouche inclinés.Quand ils eurent trompé‖ cet instinct de la mère,Ensemble il les coucha‖ sur la molle fougère,Et, berçant du genou‖ leur doux et court sommeil,Rappela chaque fois‖ leur nourrice au réveil.
Déjà, de son petit‖ par Cédar séparée,La gazelle accourait‖ à leur voix altérée,Et, pendant qu’à flots blancs‖ sa mamelle coulait,De sa langue essuyait‖ leurs mentons teints de lait.Ainsi, grâce à l’instinct‖ de la douce nature,Les fruits tombés du nid‖ trouvaient leur nourriture ;Et l’esclave, nourrice‖ et mère tour à tour,Leur refaisait un nid‖ couvé par son amour.Or, c’était la saison‖ où, l’herbe étant fanée,Les familles comptaient‖ les troupeaux de l’année.Zebdor dit à ses fils :‖ « Voici le jour ! montons,Pour voir si nos chameaux,‖ nos brebis, nos moutons,Ce rebut des troupeaux‖ que le géant fait paître,Se sont multipliés‖ loin du bâton du maître ;Et pour demander compte‖ à l’esclave frappéDe l’agneau mort de soif,‖ ou du bouc échappé. »Et les fils, irrités‖ d’avance, le suivirent.Aux sommets parvenus,‖ avec surprise ils virentLes maigres animaux‖ à Cédar confiésBrouter autour de lui‖ gras et multipliés.Zebdor s’assit à l’ombre,‖ aux marges des fontaines,Admirant ses chameaux‖ qu’il comptait par centaines ;Il fit signe à Cédar,‖ debout et sans appui,De les faire descendre‖ et boire devant lui,Afin qu’il pût de près‖ les voir et les connaître.Cédar tremblant d’effroi‖ comprend l’ordre du maître ;De sa lèvre renflée‖ il approche à l’instantUne corne qu’un buffle‖ a brisée en luttant ;Il y souffle le vent‖ de sa bruyante haleine,Que l’écho fait vibrer‖ sur les monts et la plaine ;Les troupeaux altérés‖ comprennent cette voix,Sortent de tous côtés‖ des profondeurs des bois ;Au bord de la fontaine‖ ils viennent à la file.Zebdor suit, en comptant,‖ leur ligne qui défile ;Pendant que l’agneau broute‖ ou que l’onagre boit,Il les nomme à ses fils‖ et les montre du doigt ;Il flatte des regards‖ les chevreaux qui bondissent,Il mesure en espoir‖ les petits qui grandissent :Son regard, satisfait,‖ pour Cédar s’adoucit.Mais déjà des troupeaux‖ la foule s’éclaircit ;L’éléphant, dont la trompe‖ en jouant brise l’arbre,Vient le dernier, levant,‖ comme un pilier de marbre,Ses pieds dont chaque trace‖ au sol s’approfondit ;L’élan, dont le sabot‖ de roc en roc bondit ;La biche vagabonde,‖ ou l’errante gazelle,Qui n’entend que d’en haut‖ la corne qui l’appelle,Viennent, de loin en loin,‖ du bassin écoulé,Sous l’ombre de Zebdor,‖ boire le fond troublé.
À la fin du troupeau‖ dont le compte s’achève,Du malheureux Cédar‖ la terreur se soulève.Lorsque sur la montagne‖ en entendant marcher,Il avait aperçu‖ ses tyrans s’approcher,Redoutant, mais trop tard,‖ leur visite imprévue,Pour sauver les jumeaux‖ dérobés à leur vue,À peine, près de lui,‖ les avait-il cachésSous de larges rameaux‖ au boab arrachés,Tremblant qu’un pied distrait‖ ne tombât sur leur coucheOu qu’un cri de leur soif‖ ne sortit de leur bouche.Mais les enfants dormaient‖ au verdoyant berceau,Sans même en soulever‖ de leur souffle l’arceau ;Et Zebdor se levait‖ déjà pour redescendre,Quand derrière la branche‖ un bruit se fait entendre :Des gazelles c’était‖ le bondissant troupeau,Qui descendait des monts‖ et venait humer l’eau.Leur groupe gracieux‖ lèche l’onde qui coule :Une seule en flairant‖ s’écarte de la foule ;Inquiète et rétive,‖ elle semble chercherSes petits qu’elle rêve‖ et qu’elle veut lécher.Cédar, pâle et tremblant,‖ vainement la rappelle :Sourde aux cris du pasteur,‖ la rapide gazelle,Fouillant l’herbe profonde‖ avec son long museau,Découvre les enfants‖ dans leur nid de roseau ;Le couple vagissant‖ à demi se réveille ;Les pasteurs confondus‖ contemplent la merveille,Et Cédar, fléchissant‖ au trouble de son cœur,Tombe comme frappé‖ d’un coup intérieur.
Cependant les bergers,‖ longtemps penchés à terre,Lèvent leurs mains au ciel,‖ parlent avec mystère.Doutant si ces enfants‖ sont des êtres humains,Ils les tournent sur l’herbe‖ avec leurs rudes mains ;De l’horreur au respect‖ leur œil longtemps hésite,Comme près d’un serpent‖ dont le tronçon palpite.Mais Zebdor, à l’œil dur,‖ au cœur plus affermi,Dans ses bras, à la fin,‖ prend le couple endormi,Et levant à la fois‖ le nid avec la branche,Dans les feuilles couchés,‖ les porte sur sa hanche.Tous le suivent, laissant‖ à terre au fond des boisL’esclave évanoui,‖ sans regard et sans voix.
Pour répandre avant eux‖ l’étonnante nouvelle,On dirait que le vent‖ leur a prêté son aile.À peine de l’Oronte‖ ont-ils touché le bord,Que toute la tribu‖ de ses demeures sort ;On vole au-devant d’eux,‖ on les suit, on les presse ;Sur ses pieds, pour les voir,‖ l’enfant même se dresse ;D’un cercle palpitant‖ les ondulationsLes lassent à la fois‖ d’interrogations.Les mères à l’envi,‖ de leurs mains curieuses,Lèvent furtivement‖ l’acanthe et les yeuses.Sur la grève du fleuve,‖ aux bords vaseux de l’eau,On dépose à leurs pieds‖ le délicat fardeau.Jusque dans le flot bleu,‖ dont l’écume le mouille,Des femmes, des enfants,‖ la foule s’agenouille.Pour ce couple innocent‖ qui palpite à leurs piésLeurs surprises bientôt‖ se changent en pitiés ;Elles tendent les bras‖ à ces mains qu’ils leur tendent,Aux mamelles déjà‖ des mères les suspendent,Et s’enviant des yeux‖ les jumeaux à nourrir,Les disputent au sein‖ qu’ils sont prêts à tarir.Mais Zebdor, arrachant‖ les enfants à ces mères,Et les apostrophant‖ d’invectives amères :« Créatures de lait‖ et de pleurs ! leur dit-il,Qu’un enfant de deux nuits‖ mènerait par un fil ;Lâches qui n’avez rien‖ dans la tête, à toute heure,Que de l’eau pour pleurer‖ avec tout ce qui pleure !Laissez vos maîtres seuls‖ décider de leur sort,Et, s’ils doivent mourir,‖ n’allaitez pas la mort !Savez-vous quel forfait‖ ou quel monstre peut-êtreLes a conçus dans l’ombre‖ et leur a donné l’être ?Aveugles ! savez-vous‖ si vous ne donnez pasLe lait sacré de l’homme‖ aux scorpions sous vos pas ?Si ces serpents cachés‖ sous des formes humainesN’empoisonneront pas‖ votre sein de leurs haines ?Et si vous n’allez pas‖ réchauffer d’un baiserLa tête du géant‖ qui doit vous écraser ? »Puis, les chassant du geste,‖ et s’adressant aux hommes :« Dieux, parlez-nous, dit-il,‖ dans le doute où nous sommes !Des brutes du désert,‖ ces, enfants, vil rebut,Sont-ils pour notre perte‖ ou pour notre salut ?Où les ai-je trouvés ?‖ Sous les pieds de l’esclave,D’un ennemi captif‖ qui nous hait, qui nous brave !D’où les a-t-il reçus ?‖ des démons ? ou des dieux ?Pourquoi les cachait-il‖ sous l’herbe à tous les yeux ?Pourquoi nourrissait-il‖ leur venimeuse engeance ?Est-ce pour notre perte,‖ ou bien pour sa vengeance ?N’est-ce pas des géants‖ quelque germe conçu,Qui devait sous ses yeux‖ grandir à notre insu,Pour égorger un jour‖ la tribu tout entière ?Non ! qu’ils meurent avant,‖ écrasés sur la pierre ;Que l’Oronte pour lait‖ leur prodigue son eau !Noyons nos ennemis‖ jusque dans leur berceau !— Oui, qu’ils meurent ! criait‖ d’un même instinct la foule.— Que tout mal loin de nous‖ avec leurs corps s’écoule !Des femmes sur nos fronts‖ retombe la pitié ! »Et Zebdor, à ces cris,‖ poussant avec le piéLe berceau, les enfants‖ dans le courant de l’onde,Comme on balaye au fleuve‖ un nid de bête immonde,De la vague à l’instant‖ l’acanthe se remplit,Et le couple dormant‖ s’enfonça dans son lit.On n’entendit qu’un cri‖ de mille voix émuesÉclater de la foule‖ et voler jusqu’aux nues.On voyait mille bras‖ tendus suivre du doigtLe berceau disparu‖ dans le fatal endroit,Quand, plus prompte que l’œil‖ qui suit une pensée,Du sommet d’un rocher‖ une femme élancéeDans le courant profond‖ plonge deux fois soudain,Et revient chaque fois‖ un enfant à la main.« Daïdha ! ! ! » s’écria‖ la foule… C’était elle,Qui, sous l’horrible poids‖ d’une angoisse mortelle,Au bruit de ce forfait,‖ par son cœur entendu,Était sortie au jour‖ à ses pas défendu,Et non loin de Zebdor,‖ par un arbre cachée,À chaque mot de lui‖ l’âme au corps arrachée,L’avait vu repousser‖ ses enfants dans le flot,Et s’était dans le gouffre‖ élancée aussitôt.
Elle en sortit soudain,‖ par le peuple escortée,Sur la rive où de l’eau‖ le cours l’avait portée ;Et couvrant de baisers,‖ à genoux, sur le bord,Ses enfants, du regard‖ disputés à la mort,Elle leur réchauffait‖ le corps de son haleine,Comme une brebis chauffe‖ un agneau sous sa laine ;Et les faisant sourire‖ elle leur souriait,Et de ses longs cheveux‖ elle les essuyait.Puis voyant tout à coup‖ la foule rassemblée,Et comme du néant‖ au monde rappelée,Elle jeta du cœur‖ un si terrible cri,Que chaque cœur de mère‖ en fut tout attendri ;Et levant ses jumeaux‖ au-dessus de sa tête,Comme on élève un signe‖ au peuple qui s’arrête,Ou comme on montre au ciel‖ un sang qui fume encor,En adjurant la foule,‖ au-devant de ZebdorElle courut, semblable‖ à la biche forcéeQui revient au chasseur‖ dont le coup l’a blessée ;Et debout devant lui :‖ « Peuple, dit-elle, et toi,Lâche égorgeur d’agneaux,‖ ces enfants sont à moi !Frappez ce sein coupable,‖ et laissez-leur la vie !Est-ce sur l’innocent‖ que le crime s’expie ?Peuple, c’est votre sang‖ qui coule dans le leur ;Remontez à sa source…‖ ils l’ont pris dans mon cœur !Vengez-vous ! j’ai trompé‖ votre haine jalouse ;Ils sont fils de Cédar !‖… et je suis… son épouse !… »Par cent cris à la fois‖ un cri multipliéEn exécration‖ transforme la pitié.De surprise et d’horreur‖ Zebdor a fait un geste ;On détourne les yeux‖ comme d’un lieu funeste ;Daïdha, qui les voit‖ pas à pas s’écarter,S’efforce de les joindre‖ et de les arrêter ;Et pressant les jumeaux‖ d’un bras sur sa mamelle,Comme pour les rentrer‖ et les cacher en elle,Déchirant aux cailloux‖ ses genoux et ses flancs,Les cheveux de poussière‖ et d’onde ruisselantsCollés contre son corps‖ comme un voile qu’on trempe,S’appuyant d’une main‖ sur le sol elle rampe,De sa lèvre de marbre‖ elle cherche à presserChaque pied tour à tour‖ prompt à la repousser.Devant elle partout‖ la foule se disperse,Sur son cou suppliant‖ sa tête se renverse ;Elle fond en sanglots,‖ elle joint ses deux mains,Adjure par leurs noms‖ ses frères inhumains,De sa mère à ses sœurs‖ sur ses genoux se traîne :« N’est-il donc parmi vous‖ aucune qui les prenne ?Femmes, vos seins remplis‖ laisseront-ils mourirCes bouches que l’hyène‖ aurait voulu nourrir ?Oh ! prenez-moi, frappez !‖… qu’à vos seins je les voie,Mères ! du lait pour eux…‖ et je meurs avec joie ! »Mais les mères fuyaient‖ et détournaient les yeuxDe ces fils de l’esclave‖ à leur race odieux.Femmes, vierges, enfants‖ et Selma la première,Lui jetaient sur le front‖ l’opprobre et la poussière.Tous les mots qu’en passant‖ leurs bouches lui disaientComme d’autant de coups‖ de pierre l’écrasaient,Et du supplice affreux‖ que leur fureur devanceAvec ses fils maudits‖ la lapidaient d’avance.Enfin à quelques pas‖ le cercle se forma,Et le conseil jugea‖ la fille de Selma :À mourir pour sa honte‖ elle fut condamnéeAvec l’indigne époux‖ qui l’avait profanée,Et les coupables fruits‖ de leur infâme amour,Dont l’existence impie‖ offenserait le jour.Seulement, en faveur‖ de ce vieux roi, son père,On changea le supplice‖ et non pas la colère ;Et, de peur que son sang‖ ne tachât quelque main,Elle fut dévouée‖ à la tour de la faim.
C’était une prison,‖ une tombe vivante,Que l’on formait de boue‖ et de pierre mouvante,Et que l’on élevait‖ comme une large tour,Sans toit et sans fenêtre,‖ et sans issue autour,De sorte qu’enfermé‖ dans cette ombre profonde,Ce haut mur séparait‖ le coupable du monde,Et que les dieux du ciel,‖ qui seuls voyaient son sort,Ne pouvaient accuser‖ personne de sa mort.On condamna Cédar‖ à périr dans l’OronteDe la mort la plus vile‖ et surtout la plus prompte ;Et les tendres jumeaux,‖ du fleuve préservés,Aux lions du désert‖ restèrent réservés.
À peine a retenti‖ la fatale sentence,Qu’à la mort de Cédar‖ le peuple entier s’élance.Sur le sol, sans haleine,‖ on le trouve étendu,Comme frappé d’un coup‖ de plus haut descendu.La foule, qui le voit‖ sans couleur et sans vie,Croit que les dieux vengeurs‖ ont foudroyé l’impie ;Elle insulte du pied‖ ce corps sans mouvement ;Puis, le traînant au bord‖ de l’Oronte écumant,Près d’un gouffre où le fleuve,‖ au fond d’une vallée,Gonflait en tourbillons‖ son onde amoncelée,Sans même détacher‖ le tronc d’arbre du corps,Dans l’abîme de l’onde‖ on le pousse des bords ;Mille imprécations‖ suivent l’homme qui tombe,Et le voile d’écume‖ a recouvert sa tombe !
Comme un tigre qu’un meurtre‖ altère encor de sang,Par ce crime animé‖ le peuple redescend :On arrache du sein‖ de la mourante mèreLes fruits de son amour‖ que son étreinte serre ;Tout le peuple, au travail‖ à grands cris s’excitant,Trace l’affreuse tour,‖ qu’il bâtit à l’instant ;On vide de cailloux‖ le lit de la rivière,À la maison de mort‖ chacun roule sa pierre ;Chacun veut à l’envi‖ que le chef inhumainDans l’expiation‖ reconnaisse sa main.
Autour de Daïdha,‖ dans son sépulcre assise,Déjà les blocs montaient‖ assise sur assise ;Son âme, à demi morte,‖ entendait retentirLes pierres du tombeau‖ qui devait l’engloutir ;Ainsi que la victime‖ au couteau s’abandonne,Ses yeux, fixés au sol,‖ n’imploraient plus personne ;Son front lourd sur son sein‖ tombait de tout son poids ;Son visage glacé‖ se cachait dans ses doigts,Et l’ondulation‖ des cheveux sur la mousseDe son cœur qui battait‖ marquait chaque secousse.Elle semblait avoir‖ accepté son cercueil ;Mais quand, baissant les mains,‖ elle vit d’un coup d’œilL’enceinte du rocher‖ montant pour sa tortureDe ses frères bientôt‖ dépasser la ceinture,Comme un homme endormi‖ qu’une vipère mord,Elle bondit de terre‖ avec un cri de mort,Elle tendit ses bras‖ tout chargés de prièresAux femmes des tribus,‖ assises près des pierres :« Oh ! dit-elle, arrêtez,‖ arrêtez un momentAvant de refermer‖ ce fatal monument !Ô ma mère ! ô mes sœurs !‖ ô frères de ma race !À mes derniers soupirs‖ accordez une grâce :Laissez une fenêtre‖ étroite à cette tour,Non pour que dans ma nuit‖ il entre un peu de jour,J’ai honte du soleil‖ et je hais la lumière !Mais pour que, si ma mort‖ ne vient pas la première,Je puisse voir encore‖ et du sein allaiterCes deux bouches d’enfant‖ qui cherchent à téter,Afin que de leur mort‖ mon lait retarde l’heure,Et qu’ils vivent du moins‖ jusqu’à ce que je meure !Oh ! ne les sevrez pas‖ du moins avant ma mort !Oh ! pendant que leur coupe‖ est pleine jusqu’au bord,Laissez-moi jusqu’au fond‖ la leur répandre toute !Qu’ils ne tombent de soif‖ qu’à la dernière goutte !… »Elle se tut, ses mains‖ palpitaient : à ce cri,Des mères de Phayr‖ le cœur fut attendri ;Le fruit qu’elles portaient‖ s’émut dans leurs entrailles ;Elles firent laisser‖ une fente aux murailles,Promirent d’apporter‖ les enfants ; et la tourMonta de pierre en pierre‖ et rétrécit le jour.La foule, en s’éloignant‖ de la prison mortelle,En malédictions‖ se répandit sur elle,Et Daïdha bientôt‖ n’entendit d’autre bruitQue le courant du fleuve‖ et le vent de la nuit.
Semblable, en son instinct,‖ à la biche sauvage,Qui, les jours et les nuits,‖ fait le tour de sa cage,Flairant si les barreaux‖ qui captivent ses pasSous le poil de ses flancs‖ ne s’élargiront pas,Elle tourna longtemps‖ autour de l’édifice,Cherchant avec les mains‖ aux murs un interstice,Se meurtrissant le sein‖ aux angles du rocher,Et de ses doigts saignants‖ cherchant à s’accrocher ;Mais les murs à ses mains‖ ne donnaient point de prise,Ils ne laissaient filtrer‖ dedans ni jour ni brise ;Et, comme ensevelie‖ au bas d’un puits profond,Chaque effort pour monter‖ la replongeait au fond.Lasse de tant d’efforts,‖ sa force enfin succombe.La paix du désespoir‖ descendit dans sa tombe ;Elle s’assit à terre,‖ appuyée à sa tour :« Mourir, dit-elle, ainsi !‖ pour une heure d’amour !Oh ! oui, mourir cent fois !‖ Cédar ! œil de mon âme !Mourir cent fois ainsi,‖ puisque je meurs ta femme !Que mille tours de faim‖ montent, croulent sur moi,Avant que Daïdha‖ rougisse d’être à toi !Avant que ma douleur‖ se repente, ô ma vie !De ce crime d’amour‖ que leur haine m’envie !Qu’ils exècrent ton nom,‖ je l’adore au cercueil !Mon supplice est ma foi,‖ ma honte est mon orgueil !Aujourd’hui sous mes pieds‖ que ma tombe se creuse !Cédar, mourir pour toi,‖ c’est plus que vivre heureuse !Ô mort, que tardes-tu ?‖ Viens, viens nous réunir !Comme des pas d’amant,‖ je t’écoute venir. »Et puis, tout attentive,‖ elle écoutait en elleSi la soif de sa lèvre‖ était bientôt mortelle ;Ou bien si de la faim‖ la dernière langueurNe se trahissait pas‖ aux battements du cœur.Mais, dans ces premiers temps‖ d’une forte nature,Notre vigueur longtemps‖ vivait sans nourriture ;Et la jeune victime,‖ interrogeant en vain,Ne ressentait encor‖ ni la soif ni la faim ;Mais, les sens soutenus‖ de tendresse et d’alarmes,Pour prolonger sa vie,‖ elle buvait ses larmes.Les étoiles du soir,‖ qui passaient tour à tourDans le pan bleu du ciel‖ que laissait voir la tour,La virent de là-haut,‖ en traversant l’espace,Dans la même attitude‖ et dans la même place,Aux pierres de la tour‖ les membres appuyés,Les mains jointes tombant‖ sur ses genoux pliés.Quand sur le blanc du ciel‖ le jour revint éclore,L’alouette en montant‖ lui gazouilla l’aurore ;Une noire hirondelle‖ au plumage d’azurParut et se percha‖ sur le faîte du mur ;Aux blocs, en tournoyant,‖ elle froissa son aile,Et sur un plat rebord‖ se posa tout près d’elle.Daïdha soupira :‖ « Compatissant oiseau,Qui descends, pour me voir,‖ dans mon morne tombeau,Ne les as-tu pas vus,‖ dis-moi, couchés par terre,Comme des œufs brisés,‖ mes deux petits sans mère ?Riaient-ils ? pleuraient-ils ?‖ me tendaient-ils les bras ?Ne vas-tu pas les voir‖ quand tu remonteras ?N’as-tu pas vu, dis-moi,‖ du bord où tu t’abreuves,Le beau corps de Cédar‖ roulé dans l’eau des fleuves ?Oh ! dis-lui que je vais‖ le rejoindre bientôt !L’amour ne va-t-il pas‖ plus vite que le flot ?Que tiens-tu dans ton bec,‖ oiseau qui me consoles ?Est-ce un brin de la mousse !‖ est-ce un cheveu des saules ?Ou sur son front flottant,‖ dis-moi, n’as-tu pas prisUn de ses cheveux d’or‖ pour coucher tes petits ?Oh ! laisse-moi tomber‖ ce fil que je t’envie,Un cheveu de sa tête !‖ un rayon de sa vie !Un débris de sa mort !‖ oiseau, laisse-le-moi !Je n’ai que ce cheveu !‖ les forêts sont à toi !… ».Mais, son geste et sa voix‖ effrayant l’hirondelle,L’oiseau vers le sommet‖ remonta d’un coup d’aile,Et de son désespoir‖ le cri fit envolerLe seul être de Dieu‖ qui vînt la consoler.De ce dernier commerce‖ elle perdit les charmes,Et son œil assoupi‖ se ferma dans les larmes.
En songe quelque temps‖ son âme sommeilla.Comme un coup dans le cœur‖ un cri la réveilla :C’était ce cri de soif,‖ insensible à l’oreille,Mais auquel dans la nuit‖ une mère s’éveille ;De ses pauvres petits‖ le doux vagissement,Qui venaient à sa mort‖ demander l’aliment :Deux filles de Zebdor,‖ les tenant par la hanche,Les tendaient par la fente‖ à sa mamelle blanche.Tandis que Daïdha,‖ dont le cœur ruisselait,En les lavant de pleurs‖ les abreuvait de lait :« Buvez, mes blancs agneaux !‖ bois, ma blanche colombe !Buvez l’eau de mon cœur‖ qui coule de la tombe.Pressez ainsi, pressez,‖ des lèvres, de la main,Cette source d’amour‖ que va tarir la faim !Que ne peut d’un seul trait‖ votre bouche assouvieÉpuiser tout mon sang‖ avec toute ma vie !Et que ne tombez-vous‖ des mamelles sevrés,Comme deux enfants morts,‖ par la grappe enivrés !…Oh ! que vous aurez soif‖ lorsque je serai morte !Oh ! ne souriez pas,‖ ou bien qu’on vous remporte !Je puis vous voir mourir !‖ oui, mais je ne puis voirLa mort sourire ainsi‖ dans vos yeux sans espoir !… »En leur parlant ainsi,‖ ses deux mains convulsivesPressaient contre son sein‖ ces deux têtes naïves,Semait de longs baisers‖ qu’entrecoupaient ses pleursLeurs lèvres de corail,‖ leurs yeux, leur joue en fleurs,Enlaçait à son cou‖ leurs bras pour les suspendre,Imprimait ses doigts blancs‖ sur leur peau rose et tendre,Se mirait dans leurs yeux‖ comme dans un miroir,Fermait les siens d’horreur,‖ les rouvrait pour les voir,Tandis que les enfants‖ que sa chaste mamelleAttirait tour à tour‖ et repoussait loin d’elle,Prenant ces faux transports‖ et ces pleurs pour des jeux,Riaient en se jouant‖ entre ses longs cheveux.Quand du breuvage amer‖ la source fut tarie,Ces filles, sans pitié‖ pour la voix qui les prie,Portèrent les jumeaux‖ dormants à la tribu,Comme l’on trouble l’eau‖ quand les agneaux ont bu !
Daïdha, du regard‖ poursuivant chaque femmeQui semblait emporter‖ une part de son âme,Du geste leur parla‖ tant qu’elle put les voir.Trois fois dans la journée‖ ils tétèrent ; le soir,Quand les femmes du chef‖ vinrent vers la fenêtre,Elles ne virent plus‖ Daïdha reparaître.Leur voix, pour l’avertir,‖ l’appela dans la tour ;Une mourante voix‖ en sortit à son tour ;Ses jambes, fléchissant‖ sous l’angoisse mortelle,Ne pouvaient plus du sol‖ se déplier sous elle.Aux cris de ses petits,‖ elle fit un effort ;Mais l’élan de son cœur‖ ne put lever la mort :Elle retomba faible‖ au pied noir des murailles.« Oh ! par les fruits vivants‖ ou morts de vos entrailles,Dit-elle en élevant‖ encore un peu la voix,Par l’eau que vous buvez,‖ par les pleurs que je bois,Passez-moi les agneaux‖ par l’étroite ouverture,Que je leur donne encore‖ un jour leur nourriture.Le lait de ma mamelle‖ à leurs cris monte et sort,Il coulera peut-être‖ encore après ma mort ;Oh ! ne m’enviez pas‖ cette joie éphémère :Laissez-les dans mes bras‖ expirer sur leur mère ;Au lieu des lionceaux,‖ ce sera le vautourQui viendra dépecer‖ leurs membres dans ma tour !… »Et les femmes, pensant‖ au jour où l’on enfante,Glissèrent en pleurant‖ les petits dans la fente ;Daïdha les reçut‖ en élevant la main,Et la nuit descendit‖ noire sur le chemin.
Versification
- Forme
- 14 distiquess (distiques)
- Rimes
- 284((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 14 distiquess
- Mots à la rime
- a épreuve / fleuve féminine, classiqueb tous / l’époux masculine, classiquec brave / esclave féminine, classiqued trésor / Zebdor masculine, classiquee race / place féminine, classiquef Daïdha / garda masculine, classiqueg jalouse / l’épouse féminine, classiqueh troupeaux / coteaux masculine, classiquei monde / l’onde féminine, classiquej oublié / lié masculine, classiquek limite / habite féminine, classiquel sol / parasol masculine, classiquem entrave / l’esclave féminine, classiquen pas masculine, classiqueo précipice / supplice féminine, classiquep oppresseur / sueur masculine, classiquea monde / féconde féminine, classiqueb deuil / cercueil masculine, classiquec voile / l’étoile féminine, classiqued pâleur / fleur masculine, classiquee femme / l’âme féminine, classiquef langueurs / cœurs masculine, classiqueg ravie / vie féminine, classiqueh d’été / enfanté masculine, classiquei prodige / tige féminine, classiquej amour / jour masculine, classiquek jumelle / mamelle féminine, classiquel fils / cueillis masculine, classiquem charmes / larmes féminine, classiquen cœur / douleur masculine, classiqueo mystère / l’adultère féminine, classiquep fois / poids masculine, classiqueq abreuve / fleuve féminine, classiquer bras / pas masculine, classiques sombres / ombres féminine, classiquet déposé / arrosé masculine, classiqueu presse / caresse féminine, classiquev coulait / lait masculine, classiquew gazelle / mamelle féminine, classiquex genoux / nous masculine, classiquey image / visage féminine, classiquez persécuteurs / meurs masculine, classiquea goutte / toute féminine, classiqueb toi / moi masculine, classiquec plaine / pleine féminine, classiqued fois / bois masculine, classiquee fermées / aimées féminine, classiquef l’amour / jour masculine, classiqueg alarmes / larmes féminine, classiqueh voix / bois masculine, classiquei mère / amère féminine, classiquej toucher / lécher masculine, classiquek mamelle / gazelle féminine, classiquel bas / bras masculine, classiquem lèvre / chèvre féminine, classiquen nouveau-nés / inclinés masculine, classiqueo mère / fougère féminine, classiquep sommeil / réveil masculine, classiquea séparée / altérée féminine, classiquec nature / nourriture féminine, classiqued tour / amour masculine, classiquee fanée / l’année féminine, classiquef montons / moutons masculine, classiqueg paître / maître féminine, classiqueh frappé / échappé masculine, classiquei suivirent / virent féminine, classiquej confiés / multipliés masculine, classiquek fontaines / centaines féminine, classiquel appui / lui masculine, classiquem connaître / maître féminine, classiquen l’instant / luttant masculine, classiqueo haleine / plaine féminine, classiqueq file / défile féminine, classiquer boit / doigt masculine, classiques bondissent / grandissent féminine, classiquet s’adoucit / s’éclaircit masculine, classiqueu l’arbre / marbre féminine, classiquev s’approfondit / bondit masculine, classiquew gazelle / l’appelle féminine, classiquex écoulé / troublé masculine, classiquea s’achève / soulève féminine, classiqueb marcher / s’approcher masculine, classiquec imprévue / vue féminine, classiqued cachés / arrachés masculine, classiquee couche / bouche féminine, classiquef berceau / l’arceau masculine, classiqueg redescendre / entendre féminine, classiqueh troupeau / l’eau masculine, classiquei coule / foule féminine, classiquej chercher / lécher masculine, classiquek rappelle / gazelle féminine, classiquel museau / roseau masculine, classiquem réveille / merveille féminine, classiquen cœur / intérieur masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiqueb humains / mains masculine, classiquec hésite / palpite féminine, classiqued affermi / endormi masculine, classiquee branche / hanche féminine, classiquef bois / voix masculine, classiquea nouvelle / aile féminine, classiqueb bord / sort masculine, classiquec presse / dresse féminine, classiqued ondulations / d’interrogations masculine, classiquee curieuses / yeuses féminine, classiquef l’eau / fardeau masculine, classiqueg mouille / s’agenouille féminine, classiqueh piés / pitiés masculine, classiquei tendent / suspendent féminine, classiquej nourrir / tarir masculine, classiquek mères / amères féminine, classiquel dit-il / fil masculine, classiquem heure / pleure féminine, classiquen sort / mort masculine, classiqueo peut-être / l’être féminine, classiqueq humaines / haines féminine, classiquer baiser / écraser masculine, classiques hommes / sommes féminine, classiquet rebut / salut masculine, classiqueu l’esclave / brave féminine, classiquev dieux / yeux masculine, classiquew engeance / vengeance féminine, classiquex conçu / insu masculine, classiquey entière / pierre féminine, classiquez eau / berceau masculine, classiquea foule / s’écoule féminine, classiqueb pitié / pié masculine, classiquec l’onde / immonde féminine, classiqued remplit / lit masculine, classiquee émues / nues féminine, classiquef doigt / endroit masculine, classiqueg pensée / élancée féminine, classiqueh soudain / main masculine, classiquei elle / mortelle féminine, classiquej entendu / défendu masculine, classiquek cachée / arrachée féminine, classiquel flot / aussitôt masculine, classiquea escortée / portée féminine, classiqueb bord / mort masculine, classiquec haleine / laine féminine, classiqued souriait / essuyait masculine, classiquee rassemblée / rappelée féminine, classiquef cri / attendri masculine, classiqueg tête / s’arrête féminine, classiqueh encor / Zebdor masculine, classiquei forcée / blessée féminine, classiquek vie / s’expie féminine, classiquel leur / cœur masculine, classiquem jalouse / épouse féminine, classiquen multiplié / pitié masculine, classiqueo geste / funeste féminine, classiquep s’écarter / arrêter masculine, classiqueq mamelle / elle féminine, classiquer flancs / ruisselants masculine, classiques trempe / rampe féminine, classiquet presser / repousser masculine, classiqueu disperse / renverse féminine, classiquev mains / inhumains masculine, classiquew traîne / prenne féminine, classiquex mourir / nourrir masculine, classiquey voie / joie féminine, classiquez yeux / odieux masculine, classiquea première / poussière féminine, classiqueb disaient / l’écrasaient masculine, classiquec devance / d’avance féminine, classiqued forma / Selma masculine, classiquee condamnée / profanée féminine, classiqueg père / colère féminine, classiqueh main / faim masculine, classiquea vivante / mouvante féminine, classiqueb tour / autour masculine, classiquec profonde / monde féminine, classiquee l’Oronte / prompte féminine, classiquef préservés / réservés masculine, classiquea sentence / s’élance féminine, classiqueb étendu / descendu masculine, classiquec vie / l’impie féminine, classiqued mouvement / écumant masculine, classiquee vallée / amoncelée féminine, classiquef corps / bords masculine, classiqueg tombe féminine, classiquea sang / redescend masculine, non classiqueb mère / serre féminine, classiquec s’excitant / l’instant masculine, classiqued rivière / pierre féminine, classiquee inhumain / main masculine, classiquea assise féminine, classiqueb retentir / l’engloutir masculine, classiquec s’abandonne / personne féminine, classiqued poids / doigts masculine, classiquee mousse / secousse féminine, classiquef cercueil / d’œil masculine, classiqueg torture / ceinture féminine, classiqueh mord / mort masculine, classiquei prières / pierres féminine, classiquej moment / monument masculine, classiquek race / grâce féminine, classiquel tour / jour masculine, classiquem lumière / première féminine, classiquen allaiter / téter masculine, classiqueo l’heure / meure féminine, classiquep mort / bord masculine, classiqueq toute / goutte féminine, classiques entrailles / murailles féminine, classiqueu mortelle / elle féminine, classiquev bruit / nuit masculine, classiquea sauvage / cage féminine, classiquec l’édifice / interstice féminine, classiqued rocher / s’accrocher masculine, classiquee prise / brise féminine, classiquef profond / fond masculine, classiqueg succombe / tombe féminine, classiqueh tour / d’amour masculine, classiquei âme / femme féminine, classiquej moi / toi masculine, classiquek vie / m’envie féminine, classiquel cercueil / orgueil masculine, classiquem creuse / heureuse féminine, classiquen réunir / venir masculine, classiquep langueur / cœur masculine, classiquer vain / faim masculine, classiques d’alarmes / larmes féminine, classiquet tour masculine, classiqueu l’espace / place féminine, classiquev appuyés / pliés masculine, classiquew éclore / l’aurore féminine, classiquex d’azur / mur masculine, classiquey aile / d’elle féminine, classiquez oiseau / tombeau masculine, classiquea terre / mère féminine, classiqueb bras / remonteras masculine, classiquec t’abreuves / fleuves féminine, classiqued bientôt / flot masculine, classiquee consoles / saules féminine, classiquef pris / petits masculine, équivalenteg t’envie / vie féminine, classiqueh laisse-le-moi / toi masculine, classiquei l’hirondelle / d’aile féminine, classiquej envoler / consoler masculine, classiquea sommeilla / réveilla masculine, classiqueb l’oreille / s’éveille féminine, classiquec vagissement / l’aliment masculine, classiqued hanche / blanche féminine, classiquee ruisselait / lait masculine, classiquef colombe / tombe féminine, classiqueh assouvie / vie féminine, classiquei sevrés / enivrés masculine, classiquej morte / remporte féminine, classiquek voir / espoir masculine, classiquel convulsives / naïves féminine, classiquem pleurs / fleurs masculine, classiquen suspendre / tendre féminine, classiqueo miroir / voir masculine, classiquep mamelle / d’elle féminine, classiqueq jeux / cheveux masculine, classiquer tarie / prie féminine, classiques tribu / bu masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb voir / soir masculine, classiquec fenêtre / reparaître féminine, classiquef effort / mort masculine, classiqueg murailles / entrailles féminine, classiquei ouverture / nourriture féminine, classiquek éphémère / mère féminine, classiquel vautour / tour masculine, classiquem enfante / fente féminine, classiquen main / chemin masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
568 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, CHEZ L’AUTEUR, RUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1861· numérisation wikisource.org· Sources