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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La chute d’un ange, 1838

Récit

Alphonse de Lamartine· distiques, alexandrins, 502 vers

« Vieux Liban ! » s’écria‖ le céleste vieillardEn s’essuyant les yeux‖ que voilait un brouillard,Pendant que le vaisseau‖ courant à pleines voilesFaisait glisser nos mâts‖ d’étoiles en étoiles,Et qu’à l’ombre des caps‖ du Liban sur la merL’harmonieuse proue‖ enflait le flot amer.

« Sommets resplendissants‖ au-dessus des tempêtes,Qu’on vous cherchait jadis‖ bien plus haut qu’où vous êtes !Votre front, qui n’est plus‖ qu’un vieux crâne blanchi,Du poids de l’Océan‖ n’avait jamais fléchi,Et les flots du déluge,‖ en minant vos collines,N’avaient pas sur vos flancs‖ déchiré ces ravines.Vous ne laissiez pas voir,‖ comme un corps sans manteau,Ces rocs, grands ossements‖ prêts à percer la peau ;Mais vos muscles puissants,‖ vaste épine d’un monde,Revêtus à grands plis‖ de bois, de sol et d’onde,Dessinant sur le ciel‖ d’harmonieux contours,Même en s’y découpant‖ s’arrondissaient toujours.Si vous les aviez vus,‖ mon enfant, dans leur gloire,Tels que je les revois‖ de loin dans ma mémoire,Dans ces jours encor près‖ de la création,Votre œil fondrait d’amour‖ et d’admiration !Vous voyez sur ces bords‖ qu’évite notre poupeCes écueils mugissants‖ que la lame découpe,Ces grands blocs dentelés,‖ effroi du matelot,Où monte et redescend‖ l’assaut grondant du flot ;Vous voyez dans les flancs‖ des monts ces déchirures,Coups de hache au rocher‖ qui montre ses blessures,Et d’où par intervalle‖ un rare filet d’eauPleut comme la sueur‖ d’un flanc sous un fardeau,Puis ces granits sans ombre‖ et ces cimes chenuesDont les escarpements‖ semblent porter les nues ;Et qui font dire à l’homme‖ avec un cri d’effroi :« Ce globe fut-il fait‖ pour la pierre ou pour moi ? »

» Eh bien, cette âpreté‖ n’est que décrépitude.Tout était aussi grand,‖ mon fils, rien n’était rude ;Partout pleines, partout‖ comme grasses de chair,Ces cimes que noyait‖ l’océan bleu de l’airS’élargissaient, montaient,‖ ou seules ou jumelles,De la terre encor vierge,‖ ainsi que des mamellesQue fait renfler un sang‖ plein de séve et d’amour,Et dont la plénitude‖ arrondit le contour.Ces neiges, dont le poids‖ semble affaisser leurs hanches,N’opposaient pas alors‖ leurs mornes taches blanchesAu bleu sombre et profond‖ d’un firmament plus pur,Où le vert des rameaux‖ se fondait dans l’azur,Comme au bleu d’une mer‖ qui dort sous le rivageLe vert des bois se fond‖ en doublant son image.Jusqu’aux derniers plateaux‖ que l’homme ne voit plus,Les chênes aux bras tors,‖ les cèdres chevelus,S’élançaient hardiment‖ en vivante colonne,Pour porter à cent pieds‖ leur flèche ou leur couronne,Ils décoraient la terre‖ et ne la cachaient pas ;De larges pans du ciel‖ s’ouvraient entre leurs bras,Pour que les vents, le jour,‖ l’humidité céleste,De la création‖ visitassent le reste.La foudre quelquefois‖ semant leurs troncs noircisSur des croupes à pic‖ les avait éclaircis ;Les torrents en avaient‖ balayé leurs rivages,Et laissé pour les yeux‖ des vides sur leurs plages ;De sorte qu’entre l’onde‖ et ces grands troncs éparsLes pelouses laissaient‖ circuler les regards,Comme entre les piliers‖ d’un dôme qu’il éclaireLe soleil fait jouer‖ son rayon circulaire.De là brillaient les lacs‖ à travers les rameaux ;Les sept fleuves creusaient‖ sept vallons sous leurs eaux,Grandes veines d’argent‖ qui de leur haute artèreS’épanchaient à flots bleus‖ pour féconder la terre,Et que par mille nœuds‖ rassemblait comme un nidL’innombrable réseau‖ des sources du granit.

» Oh ! quelles fleurs croissaient‖ sur ce berceau des fleuves !Quels cèdres étendaient‖ leurs bras sur ces eaux neuves !Quels oiseaux se trempaient‖ l’aile dans ces bassins !Quel firmament la nuit‖ constellait dans leurs seins !Quels murmures secrets‖ et quelle âme profondeSortaient avec ces flots,‖ chantaient avec cette onde !Quand le soir, retirant‖ ses rayons repliés,Dorait de feux rasants‖ les troncs incendiés,Et semblait allumer‖ sur ces fumantes cimesUn bûcher colossal‖ pour d’immenses victimes ;Quand ces feux des sommets‖ réfléchis par la merDans ces vagues du soir‖ paraissaient écumer ;Que les brutes, sortant‖ de leurs antres sauvages,Venaient rôder, bondir,‖ hurler sur ces rivages :Que les milliers de cris‖ des nuages d’oiseaux,Que l’innombrable bruit‖ de tant de chutes d’eaux,Comme un orgue à cent voix‖ qu’une seule âme anime,Donnaient chacun un son‖ au cantique unanime ;Et qu’un souffle des airs‖ venant à s’exhaler,La surface des monts‖ semblait toute onduler,Comme un duvet ému‖ de cygne que l’on toucheFrémit de volupté‖ sous le vent de la bouche ;Que les cèdres plaintifs‖ tordaient leurs bras mouvants,Qu’un nuage de fleurs‖ soulevé par les ventsSortait de la montagne‖ avec des bruits étrangesEt des flots de parfums‖ pour enivrer les anges,L’extase suspendait‖ le cœur silencieux,Les étoiles d’amour‖ se penchaient dans les cieux,Et Celui qui connaît‖ la colline et la plaineÉcoutait l’hosanna‖ dont sa cime était pleine ! ! ! »

— Mais, disais-je en mon cœur,‖ ce vieillard inconnuParle comme quelqu’un‖ qui lui-même aurait vu. »Il lut dans mon esprit‖ ma pensée et mon trouble :« Oui, j’ai vu, non par moi,‖ non par ce regard trouble,Non par cet œil de chair,‖ mais par l’œil de ces saintsÀ qui Dieu, d’ici-bas,‖ laisse voir ses desseins,À qui des jours futurs‖ l’avenir dit le nombre,Et pour qui dans sa nuit‖ le passé n’a point d’ombre !— Je croyais qu’ici-bas‖ il n’en restait aucun.— Dans ces jours ténébreux,‖ mon fils, il en reste un,Un seul, digne héritier‖ de ces sacrés prophètesDont l’éclair du Très-Haut‖ illuminait les têtes ;Heureux qui peut l’entendre‖ en ces heures où DieuLe rend contemporain‖ et présent en tout lieu !Il assiste vivant‖ au sublime mystère,Aux actes successifs‖ du drame de la terre.Mais il faut pour goûter‖ du saint le divin fruit,Lui porter un cœur simple‖ et vide de tout bruit.— Oh ! dans quel coin du monde‖ habite-t-il, mon père ?Des montagnes aux mers,‖ voyageur sur la terre,Pour chercher un rayon‖ de pure vérité,J’ai laissé le pays‖ par mon père habité,Et la tombe où ma mère‖ attend là-bas mon âme ;J’ai pris par chaque main‖ cet enfant, cette femme,J’ai confié leur vie‖ aux flancs de ce vaisseau,Comme on emporte tout‖ dans le pan d’un manteau ;J’ai risqué mes trésors,‖ mes amours et ma vie.Que voulez-vous de plus‖ qu’un homme sacrifie ?— Eh bien, quand, au retour,‖ de ces flots en courrouxL’abîme engloutirait‖ et ces trésors et vous,Vous n’auriez pas payé‖ trop cher ce grand spectacle,Et sur la nuit des temps‖ un éclair de l’oracle.Mais sur quels bords lointains‖ vit cet homme de Dieu ?Et qui m’enseignera‖ le chemin et le lieu ?— Levez les yeux, mon fils ;‖ vous voyez sur nos têtesCe groupe du Liban,‖ tout voilé de tempêtes,Dont les vastes rameaux,‖ des feux du ciel fumants,Blanchissent au soleil‖ comme des ossements.Là les fentes du roc‖ laissent sortir de terreDe distance en distance‖ un sombre monastère.En les voyant d’ici,‖ l’œil même du nocherNe saurait distinguer‖ leurs murs noirs du rocher ;Semblables à des caps‖ qui brisent des nuages,Ils s’élèvent au ciel‖ d’étages en étages,Noyés par les vapeurs‖ dans les vagues de l’air ;On n’en voit quelques-uns‖ qu’aux lueurs de l’éclair.Nul n’en saurait trouver‖ la route que les aigles.Tout un peuple pourtant‖ suit là de saintes règles,Et, pour fuir l’esclavage‖ et l’ombre du turban,De trous comme une ruche‖ a percé le Liban.Là, suspendant son aire‖ aux pans des précipices,Il féconde du roc‖ les moindres interstices :Abeilles du Seigneur,‖ dont la cire et le mielSont d’obscures vertus‖ qui n’ont de prix qu’au ciel !— Quel est ce peuple saint ?‖ — Ce sont les Maronites,Tribu d’adorateurs,‖ peuple de cénobites,Qui, semblable aux Hébreux‖ dans leur captivité,A caché sur ces monts‖ l’arche de vérité.Dans les simples vertus‖ que l’Occident oublie,Là, depuis deux mille ans,‖ leur race multiplie.Ils n’ont pas recherché‖ cette perfectionQui s’affranchit des lois‖ de la création :Par les chastes liens‖ des enfants et des femmes,À l’amour du prochain‖ ils exercent leurs âmes ;De leurs fruits, comme l’arbre,‖ ils se font un honneur ;Un fils est à leurs yeux‖ un tribut au Seigneur,Un serviteur de plus‖ pour servir le grand Maître,Un œil, une raison‖ de plus pour le connaître,Une langue de plus‖ dans le chœur infiniPar qui, de siècle en siècle,‖ il doit être béni !Ils ne dérobent pas,‖ mendiants volontaires,Leur pain aux indigents‖ comme vos solitaires :Du travail de leurs doigts‖ pour tisser leurs habits,Ils font filer le ver‖ et paître les brebis ;Ils sèment le froment‖ aux bords des précipices,Ils attellent au joug‖ leurs robustes génisses ;Et souvent vous voyez‖ ces pieux laboureurs,À moitié d’un sillon‖ arrosé de sueurs,Aux accents de l’airain‖ sortant du monastèreArracher tout à coup‖ le soc fumant de terre,Et, mêlant sous le ciel‖ la prière au travail,Chanter l’hymne en laissant‖ respirer leur bétail.Sans jamais l’outrager,‖ épurant la nature,Leur vieux christianisme‖ est une goutte pureDe la source de foi,‖ du breuvage sans fielQue la main de Jésus‖ fit descendre du cielÀ l’heure où son cœur dit :‖ « Homme, je suis ton frère ;» Mon royaume est le tien,‖ et mon Père est ton père ! »

» Dans ce peuple d’élus‖ quelques-uns cependant,Soulevés d’ici-bas‖ d’un soupir plus ardent,Gravissant du Liban‖ les sommets les plus rudes,Sur la fin de leurs jours‖ hantent les solitudes,Où, livrés à l’esprit‖ des contemplations,Ils consument leur âme‖ en aspirations ;Nouveaux Pauls du désert‖ qu’une caverne abrite,Que le lion nourrit‖ et que l’aigle visite.Il en est un surtout‖ dont les anges, dit-on,Ne prononcent entre eux‖ qu’avec respect le nom,Dont les hommes d’en bas,‖ les plus vieux de leur race,Ne connaissent plus l’âge,‖ ont oublié la trace,Et qu’ils n’ont jamais vu,‖ dans leurs plus jeunes ans,Qu’avec son front pensif,‖ aux rares cheveux blancs,Sa tempe, ses yeux creux‖ et sa prunelle éteinte,Où depuis soixante ans‖ nulle clarté n’est peinte,Mais qui semble, brûlée‖ à des éclairs ardents,Quoique aveugle en dehors,‖ regarder en dedans.Ah ! celui-là, mon fils,‖ sait des choses étrangesSur l’enfance du temps,‖ sur l’homme et sur les anges.Soit qu’un récit divin‖ lui fût un jour conté,Soit qu’au-dessus des sens‖ son esprit soit monté,Soit que dans les rigueurs‖ dont il se sanctifieSon âme ait retrouvé‖ le don de prophétie,Et qu’au lieu de percer‖ la nuit de l’avenirElle sache évoquer‖ des temps le souvenir :Comme un esprit robuste,‖ à force de pensée,Rappelle du lointain‖ sa mémoire effacée,Il voit les jours d’Adam‖ comme ceux d’aujourd’hui.Mais c’est un dur travail‖ de monter jusqu’à lui.Il habite, au plus haut‖ de ces cimes visibles,Un antre tout fermé‖ de rocs inaccessibles,Où le pas des mortels‖ ne trouve aucun sentier.Le montagnard en vain‖ gravit un jour entier.On ne peut découvrir‖ la grotte sans prodige ;On dit qu’à moins qu’un ange‖ ou Dieu ne vous dirige,De peine et de sueurs‖ le corps anéanti,On se retrouve au point‖ d’où l’on était parti.Mais l’esprit du Très-Haut,‖ qui de si loin vous mène,Vous conduira, mon fils,‖ mieux qu’une trace humaine ;Laissez la blonde enfant‖ avec sa mère en bas,Et demain au Liban‖ j’accompagne vos pas. »

Nous laissâmes tomber‖ notre ancre dans la vaseOù l’antique Sidon,‖ près d’un cap qui s’évase,Rassemblait par milliers‖ sous ses quais de granitSes voiles comme autant‖ d’aiglons rentrés au nid.Le temps n’a rien laissé‖ de sa ruine immenseQu’un môle renversé‖ qui dort au fond d’une anse,Du sable dont la lune‖ éclairait la blancheur,Et l’écume lavant‖ la barque d’un pêcheur.Que ton éternité‖ nous frappe et nous accable,Dieu des temps ! quand on cherche‖ un peuple dans du sable,Et que d’un vaste empire‖ où l’on descend la nuit,La rame d’une barque,‖ hélas ! est tout le bruit !

Je laissai tous mes biens‖ dans ma maison flottante,Que ces flots assoupis‖ berçaient comme une tente,Et le vieillard et moi,‖ d’un essor tout pareil,Nos pas aux flancs des monts‖ devançant le soleil,Nous vîmes par degrés,‖ au lever de l’aurore,La mer derrière nous‖ fuir et les pics éclore,Et des sommets atteints,‖ d’autres sommets voilés,Fendre des firmaments‖ par leur neige étoilés.De là, le grand désert‖ sous sa vapeur de braiseBrillait comme un fer chaud‖ rougi par la fournaise ;Et la mer et le ciel‖ fondus à l’horizon,Trompant en s’unissant‖ les yeux et la raison,Semblaient un océan‖ circulaire et sans plages,Où nageaient le soleil,‖ les monts et les nuages.Nous passâmes au pied‖ d’un haut mamelon noirQue couronnaient les murs‖ d’un antique manoir,Tout semblable aux monceaux‖ de gothiques ruinesDont le Rhin féodal‖ revêtait ses collines.Des turbans noirs brillaient‖ au sommet d’une tour.« Quel est, dis-je au vieillard,‖ cette aire de vautour ?Quel crime, ou quelle ardeur‖ d’une âme solitaire,A pu faire habiter‖ ce palais du mystère ?— C’est là pourtant, mon fils,‖ c’est là, répondit-il,Qu’une femme d’Europe a bâti son exil,Et que, livrant ses nuits‖ aux sciences des Mages,Elle s’élève à Dieu‖ par l’échelle des sages :Dieu connaît si son art‖ est songe ou vérité,Mais tout homme bénit‖ son hospitalité. »Nous passâmes la nuit‖ dans ces hautes demeures :La grâce et la sagesse‖ en charmèrent les heures,Les étoiles du ciel‖ fêtèrent notre accueil,Et nos pieds en sortant‖ en bénirent le seuil.

De la crête des rocs‖ aux torrents des abîmes,Nous montâmes trois jours‖ et nous redescendîmes :Nous touchâmes du pied‖ les sauvages tribusDes enfants du désert,‖ des races vils rebuts ;Les Druses belliqueux‖ aux yeux noirs et superbes,Adorateurs du veau‖ qui rumine leurs herbes ;Les Arabes pasteurs,‖ dont les chameaux errantsViennent de trente jours‖ pour boire les torrents,Qui suivent les saisons‖ et dont les tentes blanches,Portatives cités,‖ brillaient entre les branches.Nous dormions en tout lieu,‖ sans soif et sans danger,Car partout l’Orient‖ a sacré l’étranger.Enfin, aux sons d’airain‖ de leurs cloches bénites,Nous connûmes de loin‖ les monts des Maronites ;Et gravissant leurs pics‖ où se brisent les vents,Nous laissâmes en bas‖ leurs plus sombres couventsLes neiges, qui fondaient‖ en pâle et jaune écume,Fumaient comme des feux‖ que le pasteur allume,Et, roulant dans l’abîme‖ en cent mille canaux,Remplissaient l’air muet‖ du tonnerre des eaux.Nous marchions en tremblant‖ où l’aigle à peine niche,Quand au détour soudain‖ d’une étroite corniche,Nous vîmes, étonnés‖ et tombant à genoux,Des cèdres du Liban la grande ombre sur nous ;Arbres plantés de Dieu,‖ sublime diadème,Dont le roi des éclairs‖ se couronne lui-même.Leur ombre nous couvrit‖ de cette sainte horreurD’un temple où du Très-Haut‖ habite la terreur.Nous comptâmes leurs troncs‖ qui survivent au monde,Comme, dans ces déserts‖ dont les sables sont l’onde,On mesure de l’œil,‖ en renversant le front,Des colonnes debout,‖ dont on touche le tronc.De leur immensité‖ le calcul seul écrase ;Nos pas se fatiguaient‖ à contourner leur base,Et de nos bras tendus‖ le vain enlacementN’embrassait pas un pli‖ d’écorce seulement.Debout, l’homme est à peine‖ à ces plantes divinesCe qu’est une fourmi‖ sur leurs vastes racines.De la croupe du mont‖ où les neiges fondaient,Jusqu’aux bords d’un plateau‖ leurs bras noirs débordaient ;Comme d’un coup de hache,‖ en cet endroit fendue,La pente tout à coup‖ jusqu’à perte de vuePlongeait en précipice,‖ où, se brisant au fond,Un fleuve tout entier‖ s’élançait d’un seul bond,Et de là, vers la mer‖ se creusant en vallée,Faisait serpenter l’onde‖ en un lit rassemblée.

Couchés sur le rebord,‖ pour qu’en plongeant en basLe vertige des eaux‖ ne nous emportât pas,Nos fronts seuls débordaient‖ la béante muraille.Mon guide m’y montra‖ du regard une entaille.À quelques pas de nous,‖ comme une fente au mur,S’ouvrait dans ses parois‖ un interstice obscur,Semblable par sa forme‖ aux portes colossalesQui s’élèvent du seuil‖ au toit des cathédrales ;Devant cette ouverture,‖ un grand banc de rocher,Promontoire du mont‖ plus lent à s’ébrécher,Étendait de niveau‖ quelques pieds de surface,Où la mousse et les pas‖ trouvaient un peu d’espace.À travers de grands blocs‖ de porphyre sanglant,Notre œil en démêlait‖ le sentier circulant.L’onde, dont le granit‖ le plus dur se découpe,En relevait les bords‖ comme ceux d’une coupe.Ce rebord défendait‖ le regard et les pasDe l’abîme ondoyant‖ qui mugissait en bas.Une branche d’un cèdre,‖ ainsi qu’un noir nuage,S’abaissant sur la place‖ avec tout son feuillage,Dont les perles d’écume‖ étincelaient au jour,Versait un peu de nuit‖ et de fraîcheur autour,Et laissait du matin‖ les rayons et les ombresLuttant dans les rameaux‖ jouer sur ces décombres.« Rendons grâce au Seigneur,‖ dit le vieillard tout bas ;Lui-même vers son saint‖ il a guidé nos pas :Nous sommes arrivés ;‖ ces gigantesques tigesDes arbres de l’Éden‖ sont les sacrés vestiges ;Du saint jardin ces lieux‖ ont conservé le nom ;Ces cèdres étaient vieux‖ aux jours de Salomon ;Leur instinct végétal‖ est une âme divineQui sent, juge, prévoit,‖ et raisonne, et combine ;Leurs gigantesques bras‖ sont des membres vivantsQu’ils savent replier‖ sous la neige ou les vents ;Le rocher les nourrit,‖ le feu les désaltère ;Leur séve intarissable‖ est le suc de la terre.Ils ont vu sans fléchir‖ sur leurs dômes géantsLe déluge rouler‖ les flots des Océans :C’est un de leurs rameaux‖ que l’oiseau bleu de l’archeRapporta de l’abîme‖ en signe au patriarche ;Ils verront le dernier‖ comme le premier jour !L’ermite sous leurs pieds‖ a choisi son séjour.Voilà depuis les temps‖ l’antre affreux qu’il habite,Où l’esprit du passé‖ nuit et jour le visite,Où, des rameaux sacrés‖ peuplés d’illusions,Descendent sur ses yeux‖ les saintes visions ;Son âme s’y confond‖ à l’âme de la terre.Jamais seul, et pourtant‖ constamment solitaire,Il converse sans cesse‖ avec d’étranges voix ;Il voit ce qui n’est plus,‖ ainsi que je vous vois.Son corps n’obéit plus‖ aux lois de la nature,Quelques fruits secs sont là‖ toute sa nourriture ;Et, si du monastère‖ à nos pieds habitéDe ses frères en Dieu‖ l’active charitéOubliait quelque jour‖ d’apporter les corbeillesDes dattes et du miel‖ aliment de ses veilles,Ce jour le trouverait‖ mort d’inanitionSans avoir suspendu‖ sa contemplation.Allons, suivez ma trace‖ au bord du précipice ;Mais de vos pieds muets‖ que le bruit s’assoupisse ;Demeurez à la porte,‖ et gardez-vous d’entrerSi je ne vous fais pas‖ signe d’y pénétrer ;Car un sens qui s’éteint‖ en rend plus clair un autre ;Son oreille entendrait‖ ou mon pied ou le vôtre ;Et, s’il est absorbé‖ dans les choses d’en haut,Craignons de réveiller‖ son esprit en sursaut :Nous chasserions la voix‖ qui parle dans son âme,Comme en la secouant‖ on éteint une flamme ! »

Je suivis pas à pas‖ mon guide : en un clin d’œilDe l’antre révéré‖ nous touchâmes le seuil.Un sourd bourdonnement,‖ écho d’un cœur qui prie,Ou d’une solitaire‖ et sainte rêverie,Vers la porte du roc‖ nous guidait en marchant,Comme un bruit d’eau caché‖ qui croît en s’approchant :On eût dit que la roche,‖ abri du solitaire,Avait pris une voix‖ et louait Dieu sous terre.Nous ne distinguions pas‖ les mots ; mais les élansDe la voix pour l’oreille‖ étaient assez parlants.On y sentait l’ardeur‖ et les bonds de l’extaseQui d’un sein débordant‖ jaillit et s’extravase,Et de l’âme en travail‖ le saint bouillonnement.Mon guide s’arrêta‖ sur la porte un moment,Entre les cieux piliers‖ tendit un peu la tête,Prit ma main, et du doigt‖ m’indiqua le prophète :C’était lui ; l’œil fermé‖ comme un homme assoupi,Sur le seuil de son antre‖ il était accroupi,Les deux pieds sous son corps,‖ dans la sainte attitudeDont ses membres pieux‖ avaient pris l’habitude.Ses mains sur ses genoux,‖ jointes par tous les doigts,Le buste sur lui-même‖ affaissé sous son poids,Ses os près de percer‖ sa chair d’anachorète,Dessinés sous sa peau‖ comme ceux d’un squelette,Mais où l’on retrouvait‖ la charpente d’un corpsDont un esprit puissant‖ avait mû les ressorts.Tout ce buste était nu ;‖ la lourde couvertureQue nouait une corde‖ autour de sa ceintureDéroulait seulement,‖ pour ombrager le tronc,Quelques plis effilés‖ sur sa natte de jonc.Ses longs bras attestaient‖ la hauteur de sa taille ;Son épaule adossée‖ à la rude muraille,Imitant par la peau‖ la teinte du rocher,Comme un bloc de sculpteur‖ semblait s’en détacher ;Et sur ce marbre blanc‖ les yeux voyaient à peine,Faible signe de vie,‖ onduler quelque veine.Son crâne, éblouissant‖ d’un blanc teint de vermeil,Ainsi qu’un dôme d’or‖ éclatait au soleil ;On eût dit que jamais‖ aucune chevelureN’en avait ombragé‖ la robuste moulure ;Seulement les fils blancs‖ de ses deux hauts sourcilsSe mêlaient sur les yeux‖ à la blancheur des cils.Ses yeux étaient fermés,‖ comme si la paupièreN’eût plus cherché qu’en Dieu‖ le ciel et la lumière ;Un jour intérieur‖ paraissait inonderSon visage immobile‖ et doux à regarder ;Creusés par la pensée‖ et non pas par des rides,Ses traits purs n’étaient plus‖ que des lignes aridesDont un mince épiderme‖ embrassait le contour ;Même à travers sa joue‖ on croyait voir le jour.De ce tissu fibreux‖ la transparente trameNe semblait plus un corps,‖ mais un vêtement d’âme ;Et, si l’on n’eût pas vu‖ ses lèvres murmurer,Et sa poitrine osseuse‖ en s’enflant respirer,On eût pu croire, aux traits‖ que le jeûne exténue,À l’immobilité‖ de ce front de statue,À l’égale couleur‖ des membres et du roc,Que l’homme et le rocher‖ n’étaient qu’un même bloc !Le soleil, qui rasait‖ les parois de l’abîme,De son front chauve et nu‖ teignait déjà la cime ;Bien qu’il ne pût le voir,‖ il paraissait jouirDu rayon où ses yeux‖ allaient s’épanouir,Comme par l’autre sens‖ dont la foi nous inondeOn sent Dieu, sans le voir,‖ dans la nuit de ce monde.La stupeur sur le sol‖ pétrifiait nos pas ;L’ombre sans mouvement‖ ne nous trahissait pas ;Nul souffle de nos sens‖ ne lui laissait connaîtreEntre le ciel et lui‖ la présence d’un être.Oh ! qui retrouverait‖ les paroles de feuQui consumaient sa langue‖ en jaillissant à Dieu ?Que le Dieu qui créa‖ ces natures étrangesDes lèvres de ses saints‖ aspire de louanges !Quand il eut exhalé‖ son matinal encens,Sans qu’un signe visible‖ eût averti ses sens,Il se tourna vers nous,‖ comme si la prièreD’un jour surnaturel‖ eût rempli sa paupière :« Approchez-vous de moi,‖ dit-il, jeune étranger,De loin, depuis longtemps,‖ je vous vois voyager.Vous venez, mon enfant,‖ d’une ombre bien épaisseChercher le jour à l’heure‖ où mon soleil s’abaisse ;Mais Celui dont la main‖ me rappelle au tombeauAvec une étincelle‖ allume un grand flambeau ;Du levant au couchant‖ l’inextinguible flammeDe l’âme qui s’éteint‖ se communique à l’âme.Ce flambeau du passé‖ que ne souffle aucun vent,Le mourant ici-bas‖ le transmet au vivant ;Toujours quelqu’un reçoit‖ le saint manteau d’Élie,Car Dieu ne permet pas‖ que sa langue s’oublie !C’est vous que dans la foule‖ il a pris par la main,Vous à qui son esprit‖ a montré le chemin,Vous que depuis le sein‖ d’une pieuse mèreDe la soif du Seigneur‖ sa grâce ardente altère ;C’est vous qu’il a choisi,‖ pour venir écouterLa voix de la montagne‖ et pour la répéter.Mais de ces grands récits‖ des merveilles antiquesHâtez-vous d’épuiser‖ les sources prophétiques ;.Car dans cette mémoire‖ où Dieu les fit roulerElles n’ont plus, hélas !‖ qu’un instant à couler :Celui qui vous amène‖ à mes dernières veillesVeut que ma vieille voix‖ meure dans vos oreilles.J’ai vu ma dernière heure‖ avec vous s’approcher,Je vais laisser bientôt‖ ma dépouille au rocher :Pressez l’heure fuyante‖ où Dieu me laisse vivre ;Lisez avant qu’un doigt‖ ait déchiré le livreDes secrets de la terre ;‖ il est partout écrit.Parlez : où voulez-vous‖ que j’ouvre mon esprit ?— Que le souffle divin,‖ dis je, l’ouvre lui-même :Qui suis-je pour parler‖ devant la voix suprême ?— Eh bien ! répondit-il,‖ mon fils, recueillons-nous ;Mettez entre vos doigts‖ le front sur vos genoux :Quand vous relèverez‖ de vos mains votre tête,La mort aura scellé‖ les lèvres du prophète. »

Et trois jours à ses pieds‖ nous restâmes assis.Ceci fut le second‖ de ses douze récits.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
251((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 distiquess, 1 distique
Mots à la rime
a vieillard / brouillard masculine, classiqueb voiles / étoiles féminine, classiquec mer / amer masculine, classiquea tempêtes / êtes féminine, classiqueb blanchi / fléchi masculine, classiquec collines / ravines féminine, classiqued manteau / peau masculine, classiquee monde / d’onde féminine, classiquef contours / toujours masculine, classiqueg gloire / mémoire féminine, classiqueh création / d’admiration masculine, classiquei poupe / découpe féminine, classiquej matelot / flot masculine, classiquek déchirures / blessures féminine, classiquel d’eau / fardeau masculine, classiquem chenues / nues féminine, classiquen d’effroi / moi masculine, classiquea décrépitude / rude féminine, classiqueb chair / l’air masculine, classiquec jumelles / mamelles féminine, classiqued d’amour / contour masculine, classiquee hanches / blanches féminine, classiquef pur / l’azur masculine, classiqueg rivage / image féminine, classiqueh plus / chevelus masculine, classiquei colonne / couronne féminine, classiquej pas / bras masculine, classiquek céleste / reste féminine, classiquel noircis / éclaircis masculine, classiquem rivages / plages féminine, classiquen épars / regards masculine, classiqueo éclaire / circulaire féminine, classiquep rameaux / eaux masculine, classiqueq artère / terre féminine, classiquer nid / granit masculine, classiquea fleuves / neuves féminine, classiqueb bassins / seins masculine, classiquec profonde / onde féminine, classiqued repliés / incendiés masculine, classiquee cimes / victimes féminine, classiquef mer / écumer masculine, classiqueg sauvages / rivages féminine, équivalenteh d’oiseaux / d’eaux masculine, classiquei anime / unanime féminine, classiquej s’exhaler / onduler masculine, classiquek touche / bouche féminine, classiquel mouvants / vents masculine, classiquem étranges / anges féminine, classiquen silencieux / cieux masculine, classiqueo plaine / pleine féminine, classiquea inconnu / vu masculine, classiqueb trouble féminine, classiquec saints / desseins masculine, classiqued nombre / d’ombre féminine, classiquee aucun / un masculine, classiquef prophètes / têtes féminine, classiqueg Dieu / lieu masculine, classiqueh mystère / terre féminine, classiquei fruit / bruit masculine, classiquej père / terre féminine, classiquek vérité / habité masculine, classiquel âme / femme féminine, classiquem vaisseau / manteau masculine, classiquen vie / sacrifie féminine, classiqueo courroux / vous masculine, classiquep spectacle / l’oracle féminine, classiquer têtes / tempêtes féminine, classiques fumants / ossements masculine, classiquet terre / monastère féminine, classiqueu nocher / rocher masculine, classiquev nuages / étages féminine, classiquew l’air / l’éclair masculine, classiquex aigles / règles féminine, classiquey turban / Liban masculine, classiquez précipices / interstices féminine, classiquea miel / ciel masculine, classiqueb Maronites / cénobites féminine, classiquec captivité / vérité masculine, classiqued oublie / multiplie féminine, classiquee perfection / création masculine, classiquef femmes / âmes féminine, classiqueg honneur / Seigneur masculine, classiqueh Maître / connaître féminine, classiquei infini / béni masculine, classiquej volontaires / solitaires féminine, classiquek habits / brebis masculine, classiquel précipices / génisses féminine, classiquem laboureurs / sueurs masculine, classiquen monastère / terre féminine, classiqueo travail / bétail masculine, classiquep nature / pure féminine, classiqueq fiel / ciel masculine, classiquer frère / père féminine, classiquea cependant / ardent masculine, classiqueb rudes / solitudes féminine, classiquec contemplations / aspirations masculine, classiqued abrite / visite féminine, classiquee dit-on / nom masculine, classiquef race / trace féminine, classiqueg ans / blancs masculine, classiqueh éteinte / peinte féminine, classiquei ardents / dedans masculine, classiquek conté / monté masculine, classiquel sanctifie / prophétie féminine, classiquem l’avenir / souvenir masculine, classiquen pensée / effacée féminine, classiqueo d’aujourd’hui / lui masculine, classiquep visibles / inaccessibles féminine, classiqueq sentier / entier masculine, classiquer prodige / dirige féminine, classiques anéanti / parti masculine, classiquet mène / humaine féminine, classiqueu bas / pas masculine, classiquea vase / s’évase féminine, classiqueb granit / nid masculine, classiquec immense / anse féminine, classiqued blancheur / pêcheur masculine, classiquee accable / sable féminine, classiquef nuit / bruit masculine, classiquea flottante / tente féminine, classiqueb pareil / soleil masculine, classiquec l’aurore / éclore féminine, classiqued voilés / étoilés masculine, classiquee braise / fournaise féminine, classiquef l’horizon / raison masculine, classiqueg plages / nuages féminine, classiqueh noir / manoir masculine, classiquei ruines / collines féminine, classiquej tour / vautour masculine, classiquek solitaire / mystère féminine, classiquel répondit-il / exil masculine, classiquem Mages / sages féminine, classiquen vérité / hospitalité masculine, classiqueo demeures / heures féminine, classiquep accueil / seuil masculine, classiquea abîmes / redescendîmes féminine, classiqueb tribus / rebuts masculine, classiquec superbes / herbes féminine, classiqued errants / torrents masculine, classiquee blanches / branches féminine, classiquef danger / l’étranger masculine, classiqueg bénites / Maronites féminine, classiqueh vents / couvents masculine, classiquei écume / allume féminine, classiquej canaux / eaux masculine, classiquek niche / corniche féminine, classiquel genoux / nous masculine, classiquem diadème / lui-même féminine, classiquen horreur / terreur masculine, classiqueo monde / l’onde féminine, classiquep front / tronc masculine, classiqueq écrase / base féminine, classiquer enlacement / seulement masculine, classiques divines / racines féminine, classiquet fondaient / débordaient masculine, classiqueu fendue / vue féminine, classiquev fond / bond masculine, classiquew vallée / rassemblée féminine, classiqueb muraille / entaille féminine, classiquec mur / obscur masculine, classiqued colossales / cathédrales féminine, classiquee rocher / s’ébrécher masculine, classiquef surface / d’espace féminine, classiqueg sanglant / circulant masculine, classiqueh découpe / coupe féminine, classiquei pas / bas masculine, classiquej nuage / feuillage féminine, classiquek jour / autour masculine, classiquel ombres / décombres féminine, classiquen tiges / vestiges féminine, classiqueo nom / Salomon masculine, classiquep divine / combine féminine, classiqueq vivants / vents masculine, classiquer désaltère / terre féminine, classiques géants / Océans masculine, classiquet l’arche / patriarche féminine, classiqueu jour / séjour masculine, classiquev habite / visite féminine, classiquew d’illusions / visions masculine, classiquex terre / solitaire féminine, classiquey voix / vois masculine, classiquez nature / nourriture féminine, classiquea habité / charité masculine, classiqueb corbeilles / veilles féminine, classiquec d’inanition / contemplation masculine, classiqued précipice / s’assoupisse féminine, classiquee d’entrer / pénétrer masculine, classiquef autre / vôtre féminine, classiqueg haut / sursaut masculine, classiqueh âme / flamme féminine, classiquea d’œil / seuil masculine, classiqueb prie / rêverie féminine, classiquec marchant / s’approchant masculine, classiqued solitaire / terre féminine, classiquee élans / parlants masculine, classiquef l’extase / s’extravase féminine, classiqueg bouillonnement / moment masculine, classiqueh tête / prophète féminine, classiquei assoupi / accroupi masculine, classiquej attitude / l’habitude féminine, classiquek doigts / poids masculine, classiquel d’anachorète / squelette féminine, classiquem corps / ressorts masculine, classiquen couverture / ceinture féminine, classiqueo tronc / jonc masculine, classiquep taille / muraille féminine, classiqueq rocher / détacher masculine, classiquer peine / veine féminine, classiques vermeil / soleil masculine, classiquet chevelure / moulure féminine, classiqueu sourcils / cils masculine, classiquev paupière / lumière féminine, classiquew inonder / regarder masculine, classiquex rides / arides féminine, classiquey contour / jour masculine, classiquez trame / d’âme féminine, classiquea murmurer / respirer masculine, classiqueb exténue / statue féminine, classiquec roc / bloc masculine, classiqued l’abîme / cime féminine, classiquee jouir / s’épanouir masculine, classiquef inonde / monde féminine, classiqueg pas masculine, classiqueh connaître / être féminine, classiquei feu / Dieu masculine, classiquej étranges / louanges féminine, classiquek encens / sens masculine, classiquel prière / paupière féminine, classiquem étranger / voyager masculine, classiquen épaisse / s’abaisse féminine, classiqueo tombeau / flambeau masculine, classiquep flamme / l’âme féminine, classiqueq vent / vivant masculine, classiquer d’Élie / s’oublie féminine, classiques main / chemin masculine, classiquet mère / altère féminine, classiqueu écouter / répéter masculine, classiquev antiques / prophétiques féminine, classiquew rouler / couler masculine, classiquex veilles / oreilles féminine, classiquey s’approcher / rocher masculine, classiquez vivre / livre féminine, classiquea écrit / esprit masculine, classiqueb lui-même / suprême féminine, classiquec recueillons-nous / genoux masculine, classiquea assis / récits masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

502 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, CHEZ L’AUTEUR, RUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1861· numérisation wikisource.org· Sources