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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La chute d’un ange, 1838

Première vision

Alphonse de Lamartine· alexandrins et octosyllabes, 798 vers

Or c’était dans ces jours‖ où le souverain JugeÀ peine retenait‖ les vagues du déluge,Quand tout être voisin‖ de sa création,Excepté l’homme, était‖ dans sa perfection.La lune dans le ciel,‖ pâle sœur de la terre,Comme aux bornes des mers‖ la voile solitaire,S’élevait pleine et ronde‖ entre ces larges troncs,Et, des cèdres sacrés‖ touchant déjà les fronts,Semblait un grand fruit d’or‖ qu’à leur dernière tigeAvaient mûri le soir‖ ces arbres du prodige.De rameaux en rameaux‖ les limpides clartésRuisselaient, serpentaient‖ en flots répercutés,Comme un ruisseau d’argent,‖ qu’une chute divise,En nappes de cristal‖ pleut, scintille et se brise ;Puis, s’étendant à terre‖ en immenses toisons,Sur les pentes en fleurs‖ blanchissaient les gazons.On voyait aux lueurs‖ de la nocturne lampeDes files de troupeaux‖ gravissant une rampe,Troupeaux qu’une tribu‖ de pasteurs, pris du soir,Chassait dans le lointain‖ derrière un tertre noir.Hommes, femmes, enfants,‖ ils s’enfonçaient dans l’ombre.Cette famille humaine‖ était en petit nombre ;Sous ce ciel sans ardeur‖ et sans humidité,Seul un léger tissu‖ couvrait leur nudité ;Les femmes ombrageaient‖ de feuilles leur ceintureEt se voilaient le sein‖ avec leur chevelure ;Et les hommes nouaient‖ sur leurs flancs nus les peauxDes plus beaux léopards,‖ ennemis des troupeaux ;La taille, la grandeur,‖ la force de ces hommesPassait l’humanité‖ des âges où nous sommes,Autant que la hauteur‖ de ces arbres géantsSurpasse en vos forêts‖ vos chênes de cent ans.Leur voix qui s’éloignait‖ mourut dans la distance,Et tout fut sous le bois‖ solitude et silence.

Majesté des déserts,‖ de la nuit et des cieux,Qui pourrait vous chanter‖ et vous peindre à leurs yeux ?Si vous gardez encore‖ après votre ruinePour le regard de l’homme‖ une empreinte divine,Si la nuit rayonnante‖ et ses globes errantsLui montrent l’infini‖ sous ces cieux transparents,Qu’était-ce avant l’époque‖ où le dépôt de l’ondeJeta sur notre sol‖ son atmosphère immonde ?Qu’était-ce quand du jour‖ le grand globe couché,Le firmament de nous‖ par l’ombre rapproché,Laissait lire au regard‖ égaré dans ces routesCes voûtes de soleils‖ derrière d’autres voûtes,Et ce filet des cieux,‖ vaste éblouissementDont chaque maille était‖ un grand astre écumant ?Qu’était-ce quand du mal‖ le funèbre génieDu globe n’avait fait‖ qu’effleurer l’harmonie,Que ce monde terrestre‖ était encor celuiOù l’ordre et la beauté‖ dans la force avaient lui ?Que tout, sortant d’Éden,‖ s’y souvenait encoreDe l’immortalité‖ de sa première aurore,Et que dans l’univers‖ toute chose et tout lieu,Exultant de jeunesse,‖ ils sentaient pleins de Dieu ?Ah ! si de tout flétrir‖ tu ne t’étais hâtée,Ô mort ! on n’eût jamais‖ compris le nom d’athée !

Or en ces jours, mon fils,‖ tous les êtres vivants,Qu’ils nagent dans les eaux‖ ou volent sur les vents,Du soleil au ciron,‖ de la brute à la plante,Étaient tous animés‖ par une âme parlante.L’homme n’entendait plus‖ cet hymne à mille voixQui s’élève des eaux,‖ des herbes et des bois ;De ces langues sans mots,‖ depuis sa décadence,Lui seul avait perdu‖ la haute intelligence,Et l’insensé déjà‖ croyait, comme aujourd’hui,Que l’âme commençait‖ et finissait en lui ;Comme si du Très-Haut‖ la largesse infinieÉpargnait la pensée‖ en prodiguant la vie !Et comme si la vie‖ avait un autre emploi,Père, que de t’entendre‖ et de parler à toi !Mais bien qu’aux hommes sourds‖ ces voix de la natureNe parussent qu’un vague‖ et stupide murmure,Les anges répandus‖ dans l’éther de la nuitD’une impalpable oreille‖ en aspiraient le bruit ;Car du monde réel‖ à leur monde invisibleL’échelle continue‖ était plus accessible ;Aucun des échelons‖ de l’être ne manquait,Avec la terre encor‖ le ciel communiquait ;Des esprits et des corps‖ l’indécise frontièreN’élevait pas entre eux‖ d’aussi forte barrière.L’homme entendait l’esprit ;‖ l’être immatériel,Habitant l’infini‖ que l’homme appelle ciel,Uni par sympathie‖ à quelque créature,Pouvait changer parfois‖ de forme et de nature,Et, dans une autre sphère‖ introduit à son gré,Pour parler aux mortels‖ descendre d’un degré.Bien plus, de ces amours‖ des vierges et des angesIl naissait quelquefois‖ des natures étranges ;Hommes plus grands que l’homme‖ et dieux moins grands que Dieu,De la brute à l’archange‖ occupant le milieu ;Monstres que condamnait‖ leur nature adultèreÀ regretter le ciel‖ en agitant la terre.Du grand monde impalpable‖ à ce monde des corps,Nul ne sait, ô mon fils,‖ les merveilleux rapports ;Mais la terre à nos pieds‖ nous en rend témoignage :De ce qu’on ne voit pas‖ ce qu’on voit est l’image ;Un ciel réfléchit l’autre,‖ et si dans nos sillonsLa poussière de vie‖ écume en tourbillons,S’il n’est pas un atome‖ en la nature entière,Un globule de l’air,‖ un point de la matière,Qui ne révèle l’être‖ et la vie à nos yeux,L’infini d’ici-bas‖ nous dit celui des cieux ;L’éternité sans fond‖ n’a point de bord aride,Et ce qui remplit tout‖ ne connaît pas de vide !

De ces esprits divins‖ dont sont peuplés les cieux,Les anges étaient ceux‖ qui nous aimaient le mieux.Créés du même jour,‖ enfants du même père,Que l’homme en le nommant‖ peut appeler mon frère ;Mais frères plus heureux,‖ dont la sainte amitiéDe tous nos sentiments‖ n’a pris que la pitié ;Invisibles témoins‖ de nos terrestres drames,Leurs yeux ouverts sur nous‖ pleurent avec nos âmes ;De la vie à nos pas‖ éclairant les chemins,Ils nous tendent d’en haut‖ leurs secourables mains.C’est pour eux que sont faits‖ ces divins phénomènesDont l’homme n’entrevoit‖ que les lueurs lointaines ;Et pour eux la nature‖ est un saint instrumentDont l’immense harmonie‖ éclate à tout moment,Et dont la claire voix‖ et les mille merveillesDe sagesse et d’extase‖ enivrent leurs oreilles.À cette heure où du jour‖ le bruit va s’assoupir,Pour entendre du soir‖ l’insensible soupir,Quelques-uns d’eux, errant‖ dans ces demi-ténèbres,Étaient venus planer‖ sur les cimes funèbres.Des étoiles aux mers,‖ comme pleine de sens,La montagne n’était‖ qu’un orgue à mille accents.Il eût fallu Dieu même‖ et l’oreille infiniePour démêler les voix‖ de la vaste harmonie.Les anges, le silence‖ et la nuit écoutaientCe grand chœur végétal ;‖ et les cèdres chantaient :

Chœur des cèdres du Liban.

Saint, saint, saint le Seigneur‖ qu’adore la colline !Derrière ces soleils,‖ d’ici nous le voyons ;Quand le souffle embaumé‖ de la nuit nous incline,Comme d’humbles roseaux‖ sous sa main nous plions !Mais pourquoi plions-nous ?‖ C’est que nous le prions !C’est qu’un intime instinct‖ de la vertu divineFait frissonner nos troncs‖ du dôme à la racine,Comme un vent de courroux‖ qui rougit leur narine,Et qui ronfle dans leur poitrine,Fait ondoyer les crins‖ sur le cou des lions.

Glissez, glissez, brises errantes ;Changez en cordes murmurantesLa feuille et les membres des bois !Nous sommes l’instrument sonoreOù le nom que la lune adoreÀ tous moments meurt pour écloreSous nos frémissantes parois.Venez, des nuits tièdes haleines ;Tombez du ciel, montez des plaines ;Dans nos branches, du grand nom pleines,Passez, repassez mille fois !Si vous cherchez qui le proclame,Laissez là l’éclair et la flamme !Laissez là la mer et la lame !Et nous, n’avons-nous pas une âme,Dont chaque feuille est une voix ?

Tu le sais, ciel des nuits‖ à qui parlent nos cimes,Vous, rochers que nos pieds‖ sondent jusqu’aux abîmesPour y chercher la séve‖ et les sucs nourrissants ;Soleils dont nous buvons‖ les dards éblouissants ;Vous le savez, ô nuits‖ dont nos feuilles avidesPompent les frais baisers‖ et les perles humides :Dites si nous avons des sens !Des sens dont n’est douée‖ aucune créature,Qui s’emparent d’ici‖ de toute la nature,Qui respirent sans lèvre‖ et contemplent sans yeux,Qui sentent les saisons‖ avant qu’elles éclosent ;Des sens qui palpent l’air‖ et qui le décomposent,D’une immortelle vie‖ agents mystérieux !Et pour qui donc seraient‖ ces siècles d’existence ?Et pour qui donc seraient‖ l’âme et l’intelligence ?Est-ce donc pour l’arbuste nain ?Est-ce pour l’insecte et l’atome,Ou pour l’homme, léger fantôme,Qui sèche à mes pieds comme un chaume,Qui dit la terre son royaume,Et disparaît du jour‖ avant que de mon dômeMa feuille de ses pas‖ ait jonché le chemin ?Car les siècles, pour nous,‖ c’est hier et demain ! ! !

Oh ! gloire à toi, Père des choses !Dis quel doigt terrible tu posesSur le plus faible des ressorts,Pour que notre fragile pomme,Qu’écraserait le pied de l’homme,Renferme en soi nos vastes corps !

Pour que de ce cône fragile,Végétant dans un peu d’argile,S’élancent ces hardis piliersDont les gigantesques étagesPortent les ombres par nuages,Et les passereaux par milliers !

Et quel puissant levain de vieDans la séve, goutte de pluieQue boirait le bec d’un oiseau,Pour que ses ondes toujours pleines,Se multipliant dans nos veines,En désaltèrent le réseau !

Pour que cette source éternelleDans tous les ruisseaux renouvelleCe torrent que rien n’interrompt,Et de la crête à la racineVerdisse l’immense collineQui végète dans un seul tronc !

Dites quel jour des jours‖ nos racines sont nées,Rochers qui nous servez‖ de base et d’aliment !De nos dômes flottants‖ montagnes couronnées,Qui vivez innombrablement ;Soleils éteints du firmament,Étoiles de la nuit‖ par Dieu disséminées,Parlez, savez-vous le moment ?Si l’on ouvrait nos troncs‖ plus durs qu’un diamant,On trouverait des cents‖ et des milliers d’annéesÉcrites dans le cœur‖ de nos fibres veinées,Comme aux couches d’un élément !

Aigles qui passez sur nos têtes,Allez dire aux vents déchaînésQue nous défions leurs tempêtesAvec nos mâts enracinés.Qu’ils montent, ces tyrans de l’onde ;Que leur aile s’ameute et grondePour assaillir nos bras nerveux !.Allons ! leurs plus fougueux vertigesNe feront que bercer nos tigesEt que siffler dans nos cheveux !

Fils du rocher, nés de nous-même,Sa main divine nous planta ;Nous sommes le vert diadèmeQu’aux sommets d’Éden il jeta.Quand ondoîra l’eau du déluge,Nos flancs creux seront le refugeDe la race entière d’Adam,Et les enfants du patriarcheDans notre bois tailleront l’archeDu Dieu nomade d’Abraham !

C’est nous, quand les tribus captivesAuront vu les hauteurs d’Hermon,Qui couvrirons de nos solivesL’arche immense de Salomon ;Quand, plus tard, un Verbe fait hommeD’un nom plus saint adore et nommeSon Père du haut d’une croix,Autels de ce grand sacrifice,De l’instrument de son supplice,Nos rameaux fourniront le bois.

En mémoire de ces prodiges,Des hommes inclinant leurs frontsViendront adorer nos vestiges,Coller leurs lèvres à nos troncs.Les saints, les poëtes, les sages,Écouteront dans nos feuillagesDes bruits pareils aux grandes eaux,Et sous nos ombres prophétiquesFormeront leurs plus beaux cantiquesDes murmures de nos rameaux.

Glissez comme une main‖ sur la harpe qui vibreGlisse de corde en corde,‖ arrachant à la foisÀ chaque corde une âme,‖ à chaque âme une voix !Glissez, brises des nuits,‖ et que de chaque fibreUn saint tressaillement‖ jaillisse sous vos doigts !Que vos ailes frôlant‖ les cintres de nos voûtes,Que des larmes du ciel‖ les résonnantes gouttes,Que les gazouillements‖ du bulbul dans son nid,Que les élancements‖ de la mer dans son lit,L’eau qui filtre, l’herbe qui plie,La séve qui découle en pluie,La brute qui hurle et qui crie,Tous ces bruits de force et de vieQue le silence multiplie,Et ce bruissement‖ du monde végétalQui palpite à nos pieds‖ du brin d’herbe au métal,Que ces voix qu’un grand chœur rassembleDans cet air où notre ombre trembleS’élèvent pour chanter ensembleCelui qui les a faits,‖ Celui qui les entend,Celui dont le regard‖ à leurs besoins s’étend :Dieu, Dieu, Dieu, mer sans bords‖ qui contient tout en elle,Et que chaque soupir‖ de l’heure qu’il rappelleRemonte à lui, d’où tout descend ! ! !

Ainsi chantait le chœur‖ des arbres, et les angesAvec ravissement‖ répétaient ces louanges ;Et des monts et des mers,‖ et des feux et des vents,De chaque forme d’être‖ et d’atomes vivants,L’unanime concert‖ des terrestres merveillesPour monter au Seigneur‖ passait par leurs oreilles.Et ces milliers de voix‖ de tout ce qui voit Dieu,Le comprend, ou l’adore,‖ ou le sent en tout lieu,Roulaient dans le silence‖ en grandes harmonies,Sans mots articulés,‖ sans langues définies,Semblables à ce vague‖ et sourd gémissementQu’une étreinte d’amour‖ arrache au cœur aimant,Et qui dans un murmure‖ enferme et signifiePlus d’amour qu’en cent mots‖ l’homme n’en balbutie !

Quand l’hymne aux mille voix‖ se fut évaporé,Les esprits, pleins du nom‖ qu’il avait adoré,S’en allèrent, ravis,‖ porter de sphère en sphèreL’écho mélodieux‖ de ces chants de la terre.Un seul, qui contemplait‖ la scène de plus bas,Les regarda partir‖ et ne les suivit pas.Or, pourquoi restait-il‖ caché dans le nuage ?C’est qu’au pied d’un grand cèdre,‖ à l’abri du feuillage,Un objet pour lequel‖ il oubliait les cieuxEnchaînait sa pensée‖ et captivait ses yeux.Oh ! qui pouvait d’un ange‖ ainsi ravir la vue ?Une céleste enfant‖ de fleurs demi vêtue,Qui sous l’arbre, le soir,‖ surprise du sommeil,N’avait vu ni baisser‖ ni plonger le soleil,Et qui seule, au départ‖ des tribus des montagnes,N’avait pas entendu‖ l’appel de ses compagnes.Sa mère sur son front‖ n’avait encor comptéDepuis son lait tari‖ que le douzième été ;Mais dans ces jours de force‖ où les sèves moins lentesSe hâtaient de mûrir‖ les hommes et les plantes,Treize ans pour une vierge‖ étaient ce qu’en nos joursSeraient dix-huit printemps‖ pleins de grâce et d’amours.Non loin d’un tronc blanchi‖ de cèdre, où dans les herbesL’astre réverbéré‖ rejaillissait en gerbes,Un rayon de la lune‖ éclairait son beau corps ;D’un lac pur et dormant‖ ses pieds touchaient les bords,Et quelques lis des eaux,‖ pleins de parfums nocturnes,Recourbaient sur son corps‖ leurs joncs verts et leurs urnes ;Son bras droit, qu’elle avait‖ ouvert pour sommeiller,Arrondi sous son cou,‖ lui servait d’oreiller ;L’autre, suivant des flancs‖ l’onduleuse courbure,Replié de lui-même‖ autour de la ceinture,Plongeait sa blanche main‖ et ses doigts effilésDans des restes de fleurs‖ sous son doux poids foulés,Comme si dans un rêve‖ elle froissait encoreLes débris de ses jeux‖ sur leur tige inodore.Ses cheveux, qu’entr’ouvrait‖ le vent léger du soir,Ondoyaient sur ses bras‖ comme un grand voile noir,Laissant briller dehors‖ ou ses épaules blanches,Ou la rondeur du sein,‖ ou les contours des hanches,Et l’ovale arrondi‖ de ce front d’où les yeuxN’auraient pu s’arracher‖ pour regarder les cieux ;Entre ces noirs cheveux‖ rejetés en arrière,Ce front resplendissait‖ d’albâtre et de lumière,Jusqu’aux soyeux duvets‖ où s’arquaient les sourcils.Ces yeux étaient fermés‖ par l’ombre de longs cils,Mais le tissu veiné‖ de ces paupières closesSe teignait transparent‖ de pâles teintes roses.De l’arche des sourcils,‖ qu’à peine il débordait,Le profil de son nez‖ sans courbe descendait ;Comme un pli gracieux‖ de rose purpurine,Une ombre y dessinait‖ l’aile de sa narine,Qui, suivant de son sein‖ le pur souffle dormant,Palpitait, s’élevait‖ d’un léger renflement ;Et ses lèvres, qu’entr’ouvre‖ une suave haleine,Laissaient compter des dents‖ qui débordaient à peine,Pareilles dans sa bouche‖ aux gouttes de lait blancQue laisse la mamelle‖ aux lèvres de l’enfant !Les deux coins indécis‖ où cette bouche expireSe noyaient dans un vague‖ où naissait le sourire.De ce sommeil d’enfant‖ la rêveuse langueurLaissait sur le visage‖ épanouir le cœur ;Miroir voilé d’un rêve,‖ on y voyait écloreCette âme dont le front‖ s’éclaire et se colore.Ses membres délicats‖ au contour assoupli,Ondoyant sous la peau‖ sans marquer aucun pli,Pleins, mais de cette chair‖ frêle encor de l’enfance,Qui passe d’heure en heure‖ à son adolescence,Ressemblaient aux tuyaux‖ du froment ou du lin,Dont la séve arrondit‖ le contour déjà plein,Mais où l’été fécond‖ qui doit mûrir la gerbeN’a pas encor durci‖ les nœuds dorés de l’herbe.Les membres endormis‖ avaient l’air d’être morts.L’astre, sans l’émouvoir,‖ caressait ce beau corps,Et, si l’on n’eût pas vu‖ son haleine inégaleÉlever, abaisser‖ son sein par intervalle,Et les rêves passant‖ à travers son sommeilTeindre sa blanche joue‖ avec son sang vermeil,On eût cru voir briller‖ devant soi dans un rêve,Au jardin d’innocence,‖ une vision d’Ève ;Ou, la veille du jour‖ qui doit le voir aimé,Le songe de l’époux‖ dans ses bras animé !L’ange, pour la mieux voir‖ écartant le feuillage,De son céleste amour‖ l’embrassait en image,Comme sur un objet‖ que l’on craint d’approcherLe regard des humains‖ pose sans y toucher.« Daïdha, disait-il,‖ tendre faon des montagnes !Parfum caché des bois !‖ ta mère et tes compagnesTe cherchent en criant‖ dans les forêts. PourquoiAi-je oublié le ciel‖ pour veiller là sur toi ?C’est ainsi chaque jour :‖ tous les anges mes frèresPlongent au firmament‖ et parcourent les sphères ;Ils m’appellent en vain,‖ moi seul je reste en bas :Il n’est plus pour mes yeux‖ de ciel où tu n’es pas !Pourquoi la loi du Maître,‖ ô fille de la femme,À ton âme en naissant‖ voua-t-elle mon âme ?Pourquoi me tira-t-il‖ de mon heureux néantÀ l’heure où tu naquis‖ d’un baiser, belle enfant ?Il nous créa jumeaux ;‖ mais, par un jeu barbare,Si l’amour nous unit,‖ l’infini nous sépare !Oh ! sous mes yeux charmés‖ depuis que tu grandis,Mon destin immortel,‖ combien je le maudis !Combien de fois, tenté‖ par un attrait trop tendre,Ne pouvant t’élever,‖ je brûlai de descendre,D’abdiquer ce destin,‖ pour t’égaler à moi,Et de vivre ta vie‖ en mourant comme toi !Combien de fois ainsi‖ dans mon ciel solitaire,Lassé de mon bonheur‖ et regrettant la terre,Ce cri, ce cri d’amour‖ dans mon âme entendu,Sur mes lèvres de feu‖ resta-t-il suspendu !Fais-moi mourir aussi,‖ Dieu qui la fis mortelle !Être homme ! quel destin !‖… oui, mais être aimé d’elle !Mais aimer, être aimé,‖ d’un mutuel retour !Ah ! l’ange ne sait pas‖ ce que c’est que l’amour !Être unique et parfait‖ qui suffit à soi-même,Non, il ne connaît pas‖ la volupté suprêmeDe chercher dans un autre‖ un but autre que lui,Et de ne vivre entier‖ qu’en vivant en autrui !Il n’a pas comme l’homme‖ au milieu de ses peinesLa compensation‖ des détresses humaines,La sainte faculté‖ de créer en aimantUn être de lui-même‖ image et complément,Un être où de deux cœurs‖ que l’amour fond ensembleL’être se multiplie‖ en un qui leur ressemble !Oh ! de l’homme divin‖ mystérieuse loi,De ne trouver jamais‖ son tout que hors de soi,De ne pouvoir aimer‖ qu’en consumant un autre !Que ce destin sublime‖ est préférable au nôtre,A cet amour qui n’a‖ dans nous qu’un seul foyer,Et qui brûle à jamais‖ sans s’y multiplier !

Jéhovah, ce soupir‖ est-il donc un blasphème ?Et moi si malheureux,‖ si seul, est-ce que j’aime ?Et comment, ô mon Dieu,‖ ne l’aimerais-je pas ?N’ai-je pas eu toujours‖ les yeux fixés en bas ?Ne m’as-tu pas donné‖ pour unique spectacleCe miracle au-dessus‖ de tout autre miracle ?Cette âme virginale‖ à voir épanouir,Ses pas à surveiller,‖ son cœur à réjouir ?Ses instincts indécis,‖ ses premières penséesDans son âme ingénue‖ à peine nuancées,A tourner de mon souffle‖ en inclinant son cœurComme avec son haleine‖ on incline une fleur ?Ne vois-je pas son âme‖ à travers son visage,Comme je vois la lune‖ à travers ce feuillage ?Depuis l’heure où sa mère‖ à ses pieds l’étendit,À son sourire en pleurs‖ fière la suspendit,Et la pressant des bras‖ à sa blanche mamelleVit le jour de ses yeux‖ poindre dans sa prunelle,Est-il de cette bouche‖ un seul vagissement,De cette âme naissante‖ un premier mouvement,Un battement secret‖ de ce cœur qui s’ignore,Que mon regard n’ait vu‖ naître, germer, éclore,Avant que leur frisson‖ ait agité sa peau,Comme je vois ces feux‖ du ciel poindre sous l’eau ?N’ai-je pas tout suivi‖ du regard d’une mère ?D’abord l’impression‖ fugitive, éphémère,De la vie essayant‖ ses organes naissants,Vague et confuse voix‖ de ce concert des sens ;Puis ces étonnements‖ pleins d’intimes délices,Du sentiment qui naît‖ délicates prémices ;Puis ces élans du cœur‖ qui ne peut s’apaiserQue sur un cœur de mère,‖ et sous son chaud baiser ;Ces caresses d’instinct‖ qui de l’âme trop tendreSur tout ce qu’elle voit‖ cherchent à se répandre,Et qui sans cause encor‖ mouillent ses yeux de pleurs,Comme la goutte d’eau‖ pend aux feuilles des fleurs ;Plus tard, en grandissant‖ en esprit, à mesureQue l’âge fait au cœur‖ rayonner la nature,Ces extases de l’œil‖ et ces ravissementsDes merveilles de Dieu,‖ ces éblouissements,Cette soif d’aspirer‖ dans son sein Dieu lui-même,Cette adoration‖ sans savoir qui l’on aime,Ces chants intérieurs‖ qui s’élèvent des sens,Que l’abeille et l’enfant‖ bourdonnent sans accents,Mystérieux clavier‖ de cette âme infinieDont sans savoir le sens‖ on entend l’harmonie !Et maintenant enfin‖ pour mon œil enchantéÔ spectacle trop plein‖ d’amère volupté,Qui fait fondre mon cœur‖ et fascine ma vue !Voir cette belle enfant‖ à l’âme chaste et nuePalpiter au contact‖ d’un sentiment nouveau,Comme au bord de son nid‖ l’aile d’un jeune oiseau ;Se pénétrer d’un feu‖ qui cache encor sa flamme,Rougir de sa pensée‖ en sentant qu’elle est femme ;Exhaler, solitaire‖ et rêveuse, en soupirCet instinct que la nuit‖ ne peut même assoupir ;Au foyer d’un cœur pur‖ concentrer ses tendresses,De ses yeux, de sa main‖ retenir les caresses,Rêver sur quel objet‖ ce vague sentimentS’épandra, de l’amour‖ divin pressentiment !Chercher à lui donner‖ un nom, une figure,La recréer cent fois,‖ l’effacer à mesure,Ne la trouver qu’en songe,‖ et pleurer au réveilCet idéal amant‖ que dissipe un soleil !Ah ! c’est trop pour un homme‖ et pour un ange même !Voilà ce que je vois,‖ et je doute si j’aime !Si j’aime ! et sans amour‖ serais-je si jalouxDe ses frères rêvant‖ déjà le nom d’époux ?Dans l’oubli de ses sens‖ où le sommeil la plonge,Prendrais-je tant de soin‖ de lui former un songeEt d’y faire apparaître‖ avec des traits humainsUne image de moi‖ que j’orne de mes mains ?Un fantôme idéal‖ dont l’éclat la fascine,Un frère revêtu‖ de ma splendeur divine,Afin de dégoûter‖ par ce brûlant portraitSes yeux de tout mortel‖ que son cœur rêverait ?Aussi, grâce à ce corps‖ dont je prends l’apparence,Elle voit les mortels‖ avec indifférence,Et son cœur n’a d’amour‖ que pour ce front charmantQue mon instinct jaloux‖ lui présente en dormant.Oh ! que devant ses yeux‖ nul autre ne l’efface !Daïdha ! que ne puis-je‖ animer cette glaceOù sous des traits menteurs‖ chaque nuit tu me vois !Lui souffler mes transports,‖ lui donner une voixPour dire à ton oreille‖ étonnée et ravieDes mots assez ardents‖ pour consumer ta vie !Si Dieu me permettait‖ seulement, quand tu dors,Sur mes ailes d’amour‖ d’enlever ce beau corps,De te bercer au ciel‖ dans cet air diaphane,Sans posséder les sens‖ de ce limon profane,Pour voir à ton réveil‖ éclore dans tes yeuxUn rayon plus vivant‖ que ces lueurs des cieux,Pour toucher ces cheveux‖ dont le réseau te voile,Plus noirs sur ton cou blanc‖ que la nuit sans étoile ?Respirer sur ta lèvre‖ un souffle suspendu,Ou comme ce reflet‖ de l’astre descenduT’enveloppant de jour,‖ de tiédeur, de mystère,De mon regard aimant‖ te faire une atmosphère !Oh ! si pour te parler‖ je pouvais seulementTransfigurer mon être‖ et descendre un moment ! ! !Mais déchoir de sa race‖ est l’éternelle honte :Dieu souffre qu’on descende,‖ et jamais qu’on remonte !Des anges consumés‖ du même feu que moiOnt éprouvé, dit-on,‖ cette inflexible loi,Et, du ciel attirés‖ par les filles des hommes,N’ont jamais pu d’en bas‖ remonter où nous sommes !Dégradés pour toujours‖ d’un sort presque divin,Condamnés à mourir,‖ à renaître sans fin,Ces exilés d’en haut,‖ séparés de leurs frères,Sans avoir leur espoir‖ subissant leurs misères,Ne peuvent revenir‖ au rang qu’ils ont quittéQu’après avoir mille ans‖ sur ce globe habité,Et, dans un cercle long‖ d’épreuves successives,Lentement reconquis‖ leurs splendeurs primitives :Anges transfigurés,‖ il leur faut à leur tourD’homme devenir ange !‖… Oh ! pénible retour !Humiliant exil‖ dans cet enfer des larmes !Et pourtant ils l’ont fait‖ pour de bien moindres charmes ;Et pourtant, entraîné‖ comme d’un poids fatal,Moi-même j’ai maudit‖ cent fois mon ciel natal !Oh ! d’amour et d’orgueil‖ furieuse tempête,Ne t’apaiseras-tu‖ jamais ?… Charmante tête,Qui dors sans soupçonner‖ mon trouble et mes remords :Puisque je suis ton rêve,‖ oh ! dors, belle enfant, dors ! »

Et Daïdha dormait,‖ et de ce blanc visageLa lune repliait‖ son jour sous le feuillage,Et l’ange dont l’amour‖ perçait l’obscuritéVoyait la sombre nuit‖ luire de sa beauté.

On entendait pourtant‖ dans le sacré silenceL’écho se rapprocher‖ d’un pas sourd à distance,Et quelques mots tronqués,‖ jetés à demi-voix,Semblaient sortir au loin‖ des profondeurs des bois.Bientôt, répercutés‖ sur les larges troncs sombres,Des feux intermittents‖ sillonnèrent les ombres,Semblables aux reflets‖ des livides éclairsQui palpitent aux cieux‖ par la foudre entrouverts.Un homme tout à coup‖ se glissant sous leur voûte,Comme quelqu’un qui cherche‖ et dont l’oreille écoute,Le corps penché, la tête‖ et la jambe en avant,Parut ; il secouait‖ comme une torche au ventLe tronc d’un jeune pin‖ fendu jusqu’aux racines,Dont la flamme en jets bleus‖ dévorait les résines,Et dont l’éclat funèbre‖ et le foyer dormantSe rallumaient plus vifs‖ à chaque mouvement ;Aux éblouissements‖ de cette torche informe,Qui semblait peu peser‖ dans cette main énorme,De l’homme de la nuit‖ le corps livide et bleuSe dessinait à l’œil‖ sous la couleur du feu.Aux hommes d’à présent‖ son corps mâle et robusteÉtait ce qu’un grand cèdre‖ est au fragile arbuste ;Les muscles, dont les nœuds‖ faisaient gonfler sa peau,S’enlaçaient sur son corps‖ comme au cou du taureau,Et de ses larges pieds‖ les gigantesques plantesÉcrasaient sous son poids‖ les herbes et les plantes.On eût dit, aux contours‖ solides de sa chair,De durs membres de marbre‖ avec des os de fer.Ses membres étaient nus ;‖ sa poitrine velueD’un affreux ornement‖ épouvantait la vue :C’était, avec les poils,‖ la peau d’un léopardDont il avait fendu‖ le col avec son dard ;Gigantesque collier !‖ sa hideuse figureS’entourait par devant‖ de cette horrible hure :Elle pendait immense‖ avec ses yeux ardents,Et sa lèvre sanglante‖ et l’ivoire des dents ;Les griffes de ses pieds,‖ comme debout dressées,Aux deux côtés du cou‖ sur l’épaule placées,Flottaient près de la gueule‖ avec leurs ongles d’or,Où la fureur semblait‖ les contracter encor.Le reste de la peau,‖ tombant à l’aventure,Se rattachait aux flancs‖ avec une ceinture,Et les lambeaux tigrés‖ descendaient à mi-corps,En haillons dont les chiens‖ ont déchiré les bords.Ses cheveux, de son front‖ rejetés en arrière,Ondoyaient sur le dos‖ en sauvage crinière ;Sou cou les secouait‖ comme fait le lion.Son visage, éclairé‖ d’un sinistre rayon,Dans ses grands traits communs‖ aux aînés de la terre,Portait de la beauté‖ le mâle caractère ;Mais ce regard humain‖ par qui tout œil est beau,Ce rayon mal voilé‖ du céleste flambeau,Ne l’illuminait pas‖ des reflets de sa flamme :C’était une beauté‖ de chair et non pas d’âme,Qu’éclairait seulement‖ de vils instincts puissants,Ainsi qu’un jour d’en bas,‖ la lumière des sens.L’intelligence éteinte‖ y laissait voir sans luttesTriompher l’appétit‖ et la force des brutes.Des lèvres et de l’œil‖ le muscle contractéN’y trahissait que ruse‖ et que férocité.C’était une superbe‖ et vile créature,Ayant gardé sa forme‖ et perdu sa nature :Comme on en voit encor‖ sur la terre aujourd’hui,Hommes d’os et de sang‖ où jamais Dieu n’a lui !

Un arc retentissant‖ de corne épaisse et noireRésonnait sur son dos‖ contre un carquois d’ivoire ;Trois flèches y plongeaient‖ dans leurs tuyaux d’airain.Il tenait devant lui‖ sa torche d’une main,Et de l’autre il portait‖ une énorme massue.Des plis d’un lourd filet‖ la maille en fer tissuePendait de son épaule‖ et semblait en glisserComme un piége fermé‖ qu’un pêcheur va lancer.Il marchait hésitant‖ de clairière en clairière,Jetant un œil furtif‖ en avant, en arrière,Étouffant sur le sol‖ le bruit sourd de ses pas,S’arrêtant quelquefois‖ et se parlant tout bas :« Les hommes ! disait-il,‖ ô détestables races !Je ne me trompais pas ;‖ enfin voilà leurs traces :Mes compagnons et moi,‖ sans les trouver jamais,Depuis neuf longues nuits‖ nous fouillons ces sommets ;Jamais chasseur n’osa‖ monter jusqu’où nous sommes.Exécrable métier‖ que d’être chasseur d’hommes !Mieux vaut cent fois traquer‖ les lions des déserts,Le mammouth dans ses joncs,‖ ou l’aigle dans les airs !Mais aussi quel plaisir‖ quand on tient dans sa serre,Prises au même nid,‖ les filles et la mère !Mais aussi dans Balbek‖ on nous paye un enfantPlus cher que le lion,‖ le tigre et l’éléphant !Ces esclaves humains‖ ont plus d’intelligence ;Ils servent mieux l’amour,‖ le plaisir, la vengeance ;Et puis l’homme superbe‖ est plus glorifiéDe fouler, disent-ils,‖ son pareil sous son pié :Comparant sa grandeur‖ avec cet esclavage,Il jouit en secret‖ d’avilir son image. »

En se parlant ainsi,‖ le chasseur approchaitDu corps de Daïdha ;‖ le tronc qui la cachaitEn trois pas dépassé‖ lui laissa voir sa proie ;Son pied qu’il avançait‖ resta levé de joie ;Il comprit d’un regard‖ le prix de sa beauté.Flottant entre l’amour‖ et la cupidité,Il se pencha muet‖ sur sa fraîche figure,Écarta doucement‖ du doigt sa chevelure,Et du front dévoilé‖ parcourant les attraits,D’un sourire infernal‖ il contempla ses traits ;Puis, frappant ses deux mains‖ en signe de conquête,Vers sa suite invisible‖ il retourna la tête,Et l’on vit accourir,‖ au signal triomphant,Six chasseurs comme lui‖ près du corps de l’enfant.

Debout, l’environnant‖ de leur cercle sauvage,Ils avançaient le front‖ pour mieux voir son visage ;Et lui, la main à terre‖ et la tête en avant,Aux lueurs du flambeau‖ secoué par le vent,Leur indiquait d’un geste‖ et d’un coup d’œil férocesLes merveilles d’amour‖ de ces charmes précoces.« Chut ! ne l’éveillez pas !‖ Voyez, leur disait-il,Ces ondes où se noie‖ un délicat profil !Et ce cou plus moiré‖ que le long cou du cygne,Et de ce torse enfant‖ l’harmonieuse ligne,Comme sur la fontaine‖ un flot à peine enflé,Avant que du matin‖ le zéphyr ait soufflé !Et ces bras arrondis,‖ et ce cœur que soulèveLe fantastique amour‖ qui n’approche qu’en rêve ;Et ces deux beaux pieds blancs‖ aux orteils potelés,Pour voler et bondir‖ polis et modelés,Comme deux cailloux ronds‖ roulés par l’onde amère,Et qui tiendraient encor‖ dans la main de sa mère !Oh ! qu’encore un printemps,‖ oh ! qu’encore un étéFassent épanouir‖ ces bourgeons de beauté ;Que le rayon d’amour,‖ qui seul mûrit la femme,À travers ces cils noirs‖ en épanche la flamme ;Et les fils de Baal,‖ devant ce front divin,À chercher un défaut‖ s’épuiseront en vain !Pour se la disputer,‖ que de sang et de larmes !Quels trésors dans mes mains‖ couleront pour ses charmes !Cent esclaves, amis,‖ ne m’achèteraient pasCe doux philtre animé‖ qui dort là sous mes pas. »

À cet ardent espoir‖ de l’énorme salaire,Un murmure confus‖ d’envie et de colèreS’éleva dans les cœurs‖ des compagnons jaloux :« Autant qu’à toi, Memphid,‖ n’est-elle pas à nous ?Penses-tu que nos pieds‖ se sont usés trois lunesPour t’enrichir toi seul‖ de nos rares fortunes ?— Scélérats ! dit Memphid‖ le bras déjà levé,Partager avec vous‖ ce que seul j’ai trouvé ! »Son imprécation‖ expira sur sa bouche.La troupe s’entendit‖ d’un seul coup d’œil farouche :Avant que de leurs pieds‖ le superbe géantSe fût, pour les parer,‖ placé sur son séant,Six masses à la fois‖ sur sa tête lancéesBrisèrent d’un seul coup‖ son crâne et ses pensées.Le géant assommé,‖ tombant sans mouvement,De la rage à la mort‖ n’eut qu’un gémissement ;Les racines du sol‖ tremblèrent de sa chute.Aux éclairs de la torche,‖ aux clameurs de la lutte,Daïdha réveillée‖ ouvrit les yeux. L’horreurS’échappa de son âme‖ en un cri de terreur ;Comme un tronçon dormant‖ de serpent qu’un pied presseDu seul effort des nerfs‖ sur lui-même se dresse ;Au sol qui la portait‖ sans appuyer la main,Elle fut sur ses pieds‖ debout d’un bond soudain,Et, trompant des chasseurs‖ le cercle, qu’elle brise,Entre leurs doigts ouverts‖ glissa comme une brise.Mais un d’eux à l’instant‖ élancé sur ses pas,Dépliant le filet‖ qui flottait sur son bras,Pour l’atteindre en courant‖ le lance sur sa proie :En volant dans les airs‖ le filet se déploie,Et des mailles de fer‖ le nuage étouffantD’une prison mobile‖ enveloppe l’enfant.L’horrible bande alors‖ à quelques pas s’arrête ;Ils se rangent assis‖ autour de leur conquête,D’un œil cupide et dur‖ contemplant sans remordsDaïdha qui s’épuise‖ en stériles efforts.L’enfant, sous le réseau‖ dont le tissu ruisselle,Soulève en vain ses bras‖ pour le secouer d’elle ;Le lourd voile de fer‖ où se brisent ses doigtsSur son front écrasé‖ glisse de tout son poids ;Sur son cou renversé,‖ sur sa pliante épaule,Parmi ses longs cheveux‖ il se mêle et se colle :Tel qu’un tissu trempé‖ dans les flots écumants,De son corps qu’il torture‖ il suit les mouvements ;La sueur et le sang‖ tachent sa peau meurtrie ;Elle appelle sa mère,‖ elle pleure, elle crie,Frappe son front des mains ;‖ mais les mailles de ferArrêtent ses cris même‖ et semblent l’étouffer.Elle cherche à briser,‖ comme avec des tenailles,Avec ses dents de lait‖ les nœuds sanglants des mailles ;Mais les mailles en vain‖ dégouttent de son sang.Pour s’en débarrasser,‖ d’un effort plus puissantElle roidit son corps,‖ fléchit, se pelotonne ;Et, prenant un élan‖ dont le bond les étonne,Veut en la soulevant‖ dépouiller d’un seul coupLa chemise d’acier‖ qui lui courbe le cou :Mais plus elle bondit,‖ plus le filet se plisse ;Dans les plis du réseau‖ son pas hésite et glisse,Et sous le poids grossi‖ des nœuds multipliésTombant près des chasseurs,‖ elle roule à leurs pieds.À ce jeu dont l’horreur‖ eût fait pleurer les anges,À ce beau corps froissé‖ sous ses horribles langes,Un rire d’ironie‖ et de férocitéÉclate en longs échos‖ sous les bois répété.Au supplice ils joignaient‖ la raillerie amère :« Belle enfant, disait l’un,‖ appelle donc ta mère !Qu’elle vienne à ta voix‖ ainsi te voir jouer,Et, si ces nœuds de fleurs‖ rompent, les renouer ! »Un autre, en ricanant,‖ disait : « Pauvre petite !Comme ton front rougit !‖ comme ton cœur palpite !Desserre, si tu peux,‖ les bras de cet amant ;Brise ces nœuds de fer,‖ et respire un moment. »Et celui-là, montrant‖ du doigt ce beau visage,Qui roulait à ses pieds‖ tout en sang : « Quel dommage,Disait-il, de ternir‖ de poussière et de pleursCe beau front que bientôt‖ on sèmera de fleurs !Pourquoi tacher ainsi‖ ces épaules de soie,Et cette peau d’enfant‖ que le fer marque et broie,Et ce sein virginal,‖ et ces pieds délicatsDont les lèvres bientôt‖ voudront baiser les pas ?Épargne, belle enfant,‖ ces fureurs et ces larmes ;Sais-tu que chaque effort‖ nous coûte un de tes charmes,Que chaque froissement‖ de tes membres meurtrisAux yeux des acheteurs‖ nous vole de ton prix ? »Et parcourant de l’œil‖ les noires meurtrissuresEt les gouttes de sang‖ coulant de ses blessures,Touché par l’avarice‖ et non par la pitié,Plaignait ce bloc vivant‖ qu’il remuait du pié.

Daïdha cependant,‖ par la lutte lassée,Et dans l’étroit réseau‖ toujours plus enlacée,Usait en vain, pendant‖ ces sarcasmes affreux,Son dernier désespoir‖ en efforts douloureux.Ses membres, palpitants‖ sous le poids qui la froisse,Par de sourds soubresauts‖ trahissaient son angoisse ;Puis enfin de son corps‖ suivant l’épuisement,Le filet affaissé‖ resta sans mouvement.Telle aux bords frissonnants‖ du beau lac MéotideOn voit d’ardents pêcheurs‖ une troupe cupide,Dans le filet flottant‖ qu’ils lancent de l’esquif,Ramener sur la grève‖ un jeune oiseau captif.L’alcyon argenté,‖ couché sur le rivage,Aux mailles du lacet‖ déchire son plumage,Voit briller à travers‖ le réseau contractéSa mer d’affection,‖ son ciel de liberté ;De ses frères de nid‖ pour rejoindre les bandesS’efforce d’élargir‖ ses ailes toutes grandes,Bat des pieds et du col,‖ et du bec et des flancs,L’élastique prison‖ et ses nœuds ruisselants,Et, s’affaissant enfin‖ sous l’effort qui l’accable,Souille son col de sang‖ et sa plume de sable.

Versification

Mètre
Alexandrins et octosyllabes (698 de 12, 100 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a Juge / déluge féminine, classiqueb création / perfection masculine, classiquec terre / solitaire féminine, classiqued troncs / fronts masculine, classiquee tige / prodige féminine, classiquef clartés / répercutés masculine, classiqueg divise / brise féminine, classiqueh toisons / gazons masculine, classiquei lampe / rampe féminine, classiquej soir / noir masculine, classiquek l’ombre / nombre féminine, classiquel humidité / nudité masculine, classiquem ceinture / chevelure féminine, classiquen peaux / troupeaux masculine, classiqueo hommes / sommes féminine, classiquep géants / ans masculine, classiqueq distance / silence féminine, classiquea cieux / yeux masculine, classiqueb ruine / divine féminine, classiquec errants / transparents masculine, classiqued l’onde / immonde féminine, classiquee couché / rapproché masculine, classiquef routes / voûtes féminine, classiqueg éblouissement / écumant masculine, classiqueh génie / l’harmonie féminine, classiquei celui / lui masculine, classiquej encore / aurore féminine, classiquek lieu / Dieu masculine, classiquel hâtée / d’athée féminine, classiquea vivants / vents masculine, classiqueb plante / parlante féminine, classiquec voix / bois masculine, classiqued décadence / intelligence féminine, classiquee aujourd’hui / lui masculine, classiquef infinie / vie féminine, classiqueg emploi / toi masculine, classiqueh nature / murmure féminine, classiquei nuit / bruit masculine, classiquej invisible / accessible féminine, classiquek manquait / communiquait masculine, classiquel frontière / barrière féminine, classiquem immatériel / ciel masculine, classiquen créature / nature féminine, classiqueo gré / degré masculine, classiquep anges / étranges féminine, classiqueq Dieu / milieu masculine, classiquer adultère / terre féminine, classiques corps / rapports masculine, classiquet témoignage / l’image féminine, classiqueu sillons / tourbillons masculine, classiquev entière / matière féminine, classiquew yeux / cieux masculine, classiquex aride / vide féminine, classiquea cieux / mieux masculine, classiqueb père / frère féminine, classiquec amitié / pitié masculine, classiqued drames / âmes féminine, classiquee chemins / mains masculine, classiquef phénomènes / lointaines féminine, classiqueg instrument / moment masculine, classiqueh merveilles / oreilles féminine, classiquei s’assoupir / soupir masculine, classiquej demi-ténèbres / funèbres féminine, classiquek sens / accents masculine, classiquel infinie / harmonie féminine, classiquem écoutaient / chantaient masculine, classiquea colline / incline féminine, classiqueb voyons / plions masculine, classiquec prions / lions masculine, classiqued divine / racine féminine, classiquee narine / poitrine féminine, classiquea errantes / murmurantes féminine, classiqueb bois / parois masculine, classiquec sonore / adore / éclore féminine, classiqued haleines / plaines / pleines féminine, classiquee fois / voix masculine, classiquef proclame / flamme féminine, classiqueg lame / âme féminine, classiquea cimes / abîmes féminine, classiqueb nourrissants / éblouissants / sens masculine, classiquec avides / humides féminine, classiquee yeux / mystérieux masculine, classiquef éclosent / décomposent féminine, classiqueg d’existence / l’intelligence féminine, classiqueh nain / chemin / demain masculine, classiquei l’atome / fantôme féminine, classiquej chaume / royaume / dôme féminine, classiquea choses / poses féminine, classiqueb ressorts / corps masculine, classiquec pomme / l’homme féminine, classiquea fragile / d’argile féminine, classiqueb piliers / milliers masculine, classiquec étages / nuages féminine, classiquea vie / pluie féminine, classiqueb oiseau / réseau masculine, classiquec pleines / veines féminine, classiquea éternelle / renouvelle féminine, classiqueb n’interrompt / tronc masculine, classiquec racine / colline féminine, classiquea nées / couronnées féminine, classiqueb d’aliment / innombrablement masculine, classiquec firmament / moment masculine, classiqued disséminées / d’années / veinées féminine, non classiquee diamant / élément masculine, classiquea têtes / tempêtes féminine, classiqueb déchaînés / enracinés masculine, classiquec l’onde / gronde féminine, classiqued nerveux / cheveux masculine, classiquee vertiges / tiges féminine, classiquea nous-même / diadème féminine, classiqueb planta / jeta masculine, classiquec déluge / refuge féminine, classiqued d’Adam / d’Abraham masculine, classiquee patriarche / l’arche féminine, classiquea captives / solives féminine, classiqueb d’Hermon / Salomon masculine, classiquec homme / nomme féminine, classiqued croix / bois masculine, classiquee sacrifice / supplice féminine, classiquea prodiges / vestiges féminine, classiqueb fronts / troncs masculine, classiquec sages / feuillages féminine, classiqued eaux / rameaux masculine, classiquee prophétiques / cantiques féminine, classiquea vibre / fibre féminine, classiqueb fois / voix / doigts masculine, classiquec voûtes / gouttes féminine, classiqued nid / lit masculine, classiquee plie / pluie féminine, classiquef crie / vie / multiplie féminine, classiqueg végétal / métal masculine, classiqueh rassemble / tremble / ensemble féminine, classiquei entend / s’étend masculine, classiquej elle / rappelle féminine, classiquek descend / vents / vivants masculine, classiquea anges / louanges féminine, classiqued Dieu / lieu masculine, classiquee harmonies / définies féminine, classiquef gémissement / aimant masculine, classiqueg signifie / balbutie féminine, classiquea évaporé / adoré masculine, classiqueb sphère / terre féminine, classiquec bas / pas masculine, non classiqued nuage / feuillage féminine, classiquef vue / vêtue féminine, classiqueg sommeil / soleil masculine, classiqueh montagnes / compagnes féminine, classiquei compté / été masculine, classiquej lentes / plantes féminine, classiquek jours / d’amours masculine, classiquel herbes / gerbes féminine, classiquem corps / bords masculine, classiquen nocturnes / urnes féminine, classiqueo sommeiller / d’oreiller masculine, classiquep courbure / ceinture féminine, classiqueq effilés / foulés masculine, classiquer encore / inodore féminine, classiquet blanches / hanches féminine, classiquev arrière / lumière féminine, classiquew sourcils / cils masculine, classiquex closes / roses féminine, classiquey débordait / descendait masculine, classiquez purpurine / narine féminine, classiquea dormant / renflement masculine, classiqueb haleine / peine féminine, classiquec blanc / l’enfant masculine, classiqued expire / sourire féminine, classiquee langueur / cœur masculine, classiquef éclore / colore féminine, classiqueg assoupli / pli masculine, classiqueh l’enfance / adolescence féminine, classiquei lin / plein masculine, classiquej gerbe / l’herbe féminine, classiquek morts / corps masculine, classiquel inégale / intervalle féminine, classiquem sommeil / vermeil masculine, classiquen rêve / d’Ève féminine, classiqueo aimé / animé masculine, classiquep feuillage / image féminine, classiqueq d’approcher / toucher masculine, classiques Pourquoi / toi masculine, classiquet frères / sphères féminine, classiquev femme / âme féminine, classiquew néant / enfant masculine, classiquex barbare / sépare féminine, classiquey grandis / maudis masculine, classiquez tendre / descendre féminine, classiquea moi / toi masculine, classiqueb solitaire / terre féminine, classiquec entendu / suspendu masculine, classiqued mortelle / d’elle féminine, classiquee retour / l’amour masculine, classiquef soi-même / suprême féminine, classiqueg lui / autrui masculine, classiqueh peines / humaines féminine, classiquei aimant / complément masculine, classiquej ensemble / ressemble féminine, classiquek loi / soi masculine, classiquel autre / nôtre féminine, classiquem foyer / multiplier masculine, classiquea blasphème / j’aime féminine, classiqueb pas / bas masculine, classiquec spectacle / miracle féminine, classiqued épanouir / réjouir masculine, classiquee pensées / nuancées féminine, classiquef cœur / fleur masculine, classiqueg visage / feuillage féminine, classiqueh l’étendit / suspendit masculine, classiquei mamelle / prunelle féminine, classiquej vagissement / mouvement masculine, classiquek s’ignore / éclore féminine, classiquel peau / l’eau masculine, classiquem mère / éphémère féminine, classiquen naissants / sens masculine, classiqueo délices / prémices féminine, classiquep s’apaiser / baiser masculine, classiqueq tendre / répandre féminine, classiquer pleurs / fleurs masculine, classiques mesure / nature féminine, classiquet ravissements / éblouissements masculine, classiqueu lui-même / aime féminine, classiquew infinie / l’harmonie féminine, classiquex enchanté / volupté masculine, classiquey vue / nue féminine, classiquez nouveau / oiseau masculine, classiquea flamme / femme féminine, classiqueb soupir / assoupir masculine, classiquec tendresses / caresses féminine, classiqued sentiment / pressentiment masculine, classiquee figure / mesure féminine, classiquef réveil / soleil masculine, classiqueg même / j’aime féminine, classiqueh jaloux / d’époux masculine, classiquei plonge / songe féminine, classiquej humains / mains masculine, classiquek fascine / divine féminine, classiquel portrait / rêverait masculine, classiquem l’apparence / indifférence féminine, classiquen charmant / dormant masculine, classiqueo l’efface / glace féminine, classiquep vois / voix masculine, classiqueq ravie / vie féminine, classiquer dors / corps masculine, classiques diaphane / profane féminine, classiqueu voile / étoile féminine, classiquev suspendu / descendu masculine, classiquew mystère / atmosphère féminine, classiquex seulement / moment masculine, classiquey honte / remonte féminine, classiquez moi / loi masculine, classiqueb divin / fin masculine, classiquec frères / misères féminine, classiqued quitté / habité masculine, classiquee successives / primitives féminine, classiquef tour / retour masculine, classiqueg larmes / charmes féminine, classiqueh fatal / natal masculine, classiquei tempête / tête féminine, classiquej remords / dors masculine, classiqueb l’obscurité / beauté masculine, classiquea silence / distance féminine, classiqueb demi-voix / bois masculine, classiquec sombres / ombres féminine, classiqued éclairs / entrouverts masculine, classiquee voûte / écoute féminine, classiquef avant / vent masculine, classiqueg racines / résines féminine, classiqueh dormant / mouvement masculine, classiquei informe / énorme féminine, classiquej bleu / feu masculine, classiquek robuste / arbuste féminine, classiquel peau / taureau masculine, classiquem plantes féminine, classiquen chair / fer masculine, classiqueo velue / vue féminine, classiquep léopard / dard masculine, classiqueq figure / hure féminine, classiquer ardents / dents masculine, classiques dressées / placées féminine, classiquet d’or / encor masculine, classiqueu l’aventure / ceinture féminine, classiquev mi-corps / bords masculine, classiquew arrière / crinière féminine, classiquex lion / rayon masculine, classiquey terre / caractère féminine, classiquez beau / flambeau masculine, classiquea flamme / d’âme féminine, classiqueb puissants / sens masculine, classiquec luttes / brutes féminine, classiqued contracté / férocité masculine, classiquea noire / d’ivoire féminine, classiqueb d’airain / main masculine, classiquec massue / tissue féminine, classiqued glisser / lancer masculine, classiquee clairière / arrière féminine, classiqueg races / traces féminine, classiqueh jamais / sommets masculine, classiquei sommes / d’hommes féminine, classiquej déserts / airs masculine, classiquek serre / mère féminine, classiquel enfant / l’éléphant masculine, classiquem d’intelligence / vengeance féminine, classiquen glorifié / pié masculine, classiqueo esclavage / image féminine, classiquea approchait / cachait masculine, classiqueb proie / joie féminine, classiquec beauté / cupidité masculine, classiqued figure / chevelure féminine, classiquee attraits / traits masculine, classiquef conquête / tête féminine, classiqueg triomphant / l’enfant masculine, classiquea sauvage / visage féminine, classiquec féroces / précoces féminine, classiqued disait-il / profil masculine, classiquee cygne / ligne féminine, classiquef enflé / soufflé masculine, classiqueg soulève / rêve féminine, classiqueh potelés / modelés masculine, classiquei amère / mère féminine, classiquej été / beauté masculine, classiquek femme / flamme féminine, classiquel divin / vain masculine, classiquen pas masculine, classiquea salaire / colère féminine, classiqueb jaloux / nous masculine, classiquec lunes / fortunes féminine, classiqued levé / trouvé masculine, classiquee bouche / farouche féminine, classiquef géant / séant masculine, classiqueg lancées / pensées féminine, classiqueh mouvement / gémissement masculine, classiquei chute / lutte féminine, classiquej L’horreur / terreur masculine, classiquek presse / dresse féminine, classiquel main / soudain masculine, classiquem brise féminine, classiquen pas / bras masculine, classiqueo proie / déploie féminine, classiquep étouffant / l’enfant masculine, classiqueq s’arrête / conquête féminine, classiquer remords / efforts masculine, classiques ruisselle / d’elle féminine, classiquet doigts / poids masculine, classiqueu épaule / colle féminine, classiquev écumants / mouvements masculine, classiquew meurtrie / crie féminine, classiquex fer / l’étouffer masculine, classiquey tenailles / mailles féminine, classiquez sang / puissant masculine, classiquea pelotonne / étonne féminine, classiqueb coup / cou masculine, classiquec plisse / glisse féminine, classiqued multipliés / pieds masculine, classiquee anges / langes féminine, classiquef férocité / répété masculine, classiqueh jouer / renouer masculine, classiquei petite / palpite féminine, classiquej amant / moment masculine, équivalentek visage / dommage féminine, classiquem soie / broie féminine, classiquen délicats / pas masculine, non classiquep meurtris / prix masculine, classiqueq meurtrissures / blessures féminine, classiquer pitié / pié masculine, classiquea lassée / enlacée féminine, classiqueb affreux / douloureux masculine, classiquec froisse / angoisse féminine, classiqued l’épuisement / mouvement masculine, classiquee Méotide / cupide féminine, classiquef l’esquif / captif masculine, classiqueg rivage / plumage féminine, classiqueh contracté / liberté masculine, classiquei bandes / grandes féminine, classiquej flancs / ruisselants masculine, classiquek l’accable / sable féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

798 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, CHEZ L’AUTEUR, RUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1861· numérisation wikisource.org· Sources