Méditations poétiques, 1812‑1847
NEUVIÈME MÉDITATION. À une jeune fille
QUI AVAIT RACONTÉ UN RÊVE 1847
Un baiser sur mon front !‖ un baiser, même en rêve !Mais de mon front pensif‖ le frais baiser s’enfuit ;Mais de mes jours taris‖ l’été n’a plus de séve ;Mais l’Aurore jamais‖ n’embrassera la Nuit.
Elle rêvait sans doute‖ aussi que son haleineMe rendait les climats‖ de mes jeunes saisons,Que la neige fondait‖ sur une tête humaine,Et que la fleur de l’âme‖ avait deux floraisons.
Elle rêvait sans doute‖ aussi que sur ma joueMes cheveux par le vent‖ écartés de mes yeux,Pareils aux jais flottants‖ que sa tête secoue,Noyaient ses doigts distraits‖ dans leurs flocons soyeux.
Elle rêvait sans doute‖ aussi que l’innocenceGardait contre un désir‖ ses roses et ses lis ;Que j’étais Jocelyn‖ et qu’elle était Laurence ;Que la vallée en fleurs‖ nous cachait dans ses plis.
Elle rêvait sans doute‖ aussi que mon délireEn vers mélodieux‖ pleurait comme autrefois ;Que mon cœur, sous sa main,‖ devenait une lyreQui dans un seul soupir‖ accentuait deux voix.
Fatale vision !‖ Tout mon être frissonne ;On dirait que mon sang‖ veut remonter son cours.Enfant, ne dites plus‖ vos rêves à personne,Et ne rêvez jamais,‖ ou bien rêvez toujours !
Versification
- Forme
- 6 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 6(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 6 quatrains
- Mots à la rime
- a rêve / séve féminine, classiqueb s’enfuit / Nuit masculine, équivalentea haleine / humaine féminine, classiqueb saisons / floraisons masculine, classiquea joue / secoue féminine, classiqueb yeux / soyeux masculine, classiquea l’innocence / Laurence féminine, classiqueb lis / plis masculine, classiquea délire / lyre féminine, classiqueb autrefois / voix masculine, classiquea frissonne / personne féminine, classiqueb cours / toujours masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
24 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources