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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Méditations poétiques, 1823

VINGT-TROISIÈME MÉDITATION. Apparition

Alphonse de Lamartine· strophes variées, octosyllabes et alexandrins, 51 vers

Toi qui du jour mourant‖ consoles la nature,Parais, flambeau des nuits,‖ lève-toi dans les cieux ;Étends autour de moi,‖ sur la pâle verdure,Les douteuses clartés‖ d’un jour mystérieux !Tous les infortunés‖ chérissent ta lumière ;L’éclat brillant du jour‖ repousse leurs douleurs :Aux regards du soleil‖ ils ferment leur paupière,Et rouvrent devant toi‖ leurs yeux noyés de pleurs.

Viens guider mes pas vers la tombeOù ton rayon s’est abaissé.Où chaque soir mon genou tombeSur un saint nom presque effacé.Mais quoi ! la pierre le repousse !…J’entends… oui, des pas sur la mousse !Un léger souffle a murmuré ;Mon œil se trouble, je chancelle.Non, non, ce n’est plus toi, c’est elleDont le regard m’a pénétré.

Est-ce bien toi, toi qui t’inclinesSur celui qui fut ton amant ?Parle : que tes lèvres divinesPrononcent un mot seulement ;Ce mot que murmurait ta boucheQuand, planant sur ta sombre couche,La mort interrompit ta voix.Sa bouche commence… Ah ! j’achève :Oui, c’est toi ; ce n’est point un rêve :Anges du ciel, je la revois !…

Ainsi donc l’ardente prièrePerce le ciel et les enfers ;Ton âme a franchi la barrièreQui sépare deux univers.Béni soit le Dieu qui l’envoie !Sa grâce a permis que je voieCe que mes yeux cherchaient toujours.Que veux-tu ? faut-il que je meure ?Tiens, je te donne pour cette heureToutes les heures de mes jours.

Mais quoi ! sur ce rayon‖ déjà l’ombre s’envole :Pour un siècle de pleurs‖ une seule parole !Est-ce tout ?… c’est assez !‖ Astre que j’ai chanté,J’en bénirai toujours‖ ta pieuse clarté,Soit que dans nos climats,‖ empire des orages,Comme un vaisseau voguant‖ sur la mer des nuages,Tu perces rarement‖ la triste obscurité ;Soit que sous ce beau ciel,‖ propice à ta lumière,Dans un limpide azur‖ poursuivant ta carrière,Des couleurs du matin‖ tu dores les coteaux ;Ou que, te balançant‖ sur une mer tranquille,Et teignant de tes feux‖ sa surface immobile,Tes rayons argentés‖ se brisent dans les eaux !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
5[abab] 5[aa] 4[abba] 1[aabba]
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (30 de 8, 21 de 12)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a nature / verdure féminine, classiqueb cieux / mystérieux masculine, classiquec lumière / paupière féminine, classiqued douleurs / pleurs masculine, classiquea tombe féminine, classiqueb abaissé / effacé masculine, classiquec repousse / mousse féminine, classiqued murmuré / pénétré masculine, classiquee chancelle / elle féminine, classiquea t’inclines / divines féminine, classiqueb amant / seulement masculine, classiquec bouche / couche féminine, classiqued voix / revois masculine, classiquee j’achève / rêve féminine, classiquea prière / barrière féminine, classiqueb enfers / univers masculine, classiquec l’envoie / voie féminine, classiqued toujours / jours masculine, classiquee meure / heure féminine, classiquea s’envole / parole féminine, classiqueb chanté / clarté / obscurité masculine, classiquec orages / nuages féminine, classiqued lumière / carrière féminine, classiquee coteaux / eaux masculine, classiquef tranquille / immobile féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

51 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources