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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Méditations poétiques, 1820

TROISIÈME MÉDITATION. À Elvire

Alphonse de Lamartine· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 54 vers

Oui, l’Anio murmure encoreLe doux nom de Cinthie‖ aux rochers de Tibur ;Vaucluse a retenu‖ le nom chéri de Laure ;Et Ferrare au siècle futurMurmurera toujours‖ celui d’Éléonore.Heureuse la beauté‖ que le poëte adore !Heureux le nom qu’il a chanté !Toi qu’en secret son culte honore,Tu peux, tu peux mourir !‖ dans la postéritéIl lègue à ce qu’il aime‖ une éternelle vie ;Et l’amante et l’amant,‖ sur l’aile du génie,Montent d’un vol égal‖ à l’immortalité.Ah ! si mon frêle esquif,‖ battu par la tempête,Grâce à des vents plus doux,‖ pouvait surgir au port ;Si des soleils plus beaux‖ se levaient sur ma tête ;Si les pleurs d’une amante,‖ attendrissant le sort,Écartaient de mon front‖ les ombres de la mort ;Peut-être… oui, pardonne,‖ ô maître de la lyre !Peut-être j’oserais‖ (et que n’ose un amant ?)Égaler mon audace‖ à l’amour qui m’inspire,Et, dans des chants rivaux‖ célébrant mon délire,De notre amour aussi‖ laisser un monument !Ainsi le voyageur‖ qui, dans son court passage,Se repose un moment‖ à l’abri du vallon,Sur l’arbre hospitalier‖ dont il goûta l’ombrage,Avant que de partir,‖ aime à graver son nom.

Vois-tu comme tout change‖ ou meurt dans la nature ?La terre perd ses fruits,‖ les forêts leur parure ;Le fleuve perd son onde‖ au vaste sein des mers ;Par un souffle des vents‖ la prairie est fanée ;Et le char de l’automne,‖ au penchant de l’année,Roule, déjà poussé‖ par la main des hivers !Comme un géant armé‖ d’un glaive inévitable,Atteignant au hasard‖ tous les êtres divers,Le Temps avec la Mort,‖ d’un vol infatigable,Renouvelle en fuyant‖ ce mobile univers !Dans l’éternel oubli‖ tombe ce qu’il moissonne :Tel un rapide été‖ voit tomber sa couronneDans la corbeille des glaneurs ;Tel un pampre jauni‖ voit la féconde automneLivrer ses fruits dorés‖ au char des vendangeurs.Vous tomberez ainsi,‖ courtes fleurs de la vie,Jeunesse, amour, plaisir,‖ fugitive beauté ;Beauté, présent d’un jour‖ que le ciel nous envie,Ainsi vous tomberez,‖ si la main du génieNe vous rend l’immortalité !

Vois d’un œil de pitié‖ la vulgaire jeunesse,Brillante de beauté,‖ s’enivrant de plaisir :Quand elle aura tari‖ sa coupe enchanteresse,Que restera-t-il d’elle ?‖ à peine un souvenir :Le tombeau qui l’attend‖ l’engloutit tout entière,Un silence éternel‖ succède à ses amours ;Mais les siècles auront‖ passé sur ta poussière,Elvire, et tu vivras toujours !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
5[abab] 1[aababccb] 1[ababb] 2[abaab] 1[aa] 1[abba] 1[aabab]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (47 de 12, 7 de 8)· profil 8, 6+6
Mots à la rime
a encore / Laure féminine, classiqueb Tibur / futur masculine, classiquec d’Éléonore / adore / honore féminine, classiqued chanté / postérité / l’immortalité masculine, classiquee vie / génie féminine, classiquef tempête / tête féminine, classiqueg port / sort / mort masculine, classiqueh lyre / m’inspire / délire féminine, classiquei amant / monument masculine, classiquej passage / l’ombrage féminine, classiquek vallon / nom masculine, classiquea nature / parure féminine, classiqueb mers / hivers masculine, classiquec fanée / l’année féminine, classiqued inévitable / infatigable féminine, classiquee divers / univers masculine, classiquef moissonne / couronne / automne féminine, classiqueg glaneurs / vendangeurs masculine, classiqueh vie / envie / génie féminine, classiquei beauté / l’immortalité masculine, classiquea jeunesse / enchanteresse féminine, classiqueb plaisir / souvenir masculine, classiquec entière / poussière féminine, classiqued amours / toujours masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources