Méditations poétiques, 1820
VINGT-NEUVIÈME MÉDITATION. Hymne au soleil
1825
Vous avez pris pitié‖ de sa longue douleur ;Vous me rendez le jour,‖ Dieu que l’amour implore !Déjà mon front, couvert‖ d’une molle pâleur,Des teintes de la vie‖ à ses yeux se colore ;Déjà dans tout mon être‖ une douce chaleurCircule avec mon sang,‖ remonte dans mon cœur :Je renais pour aimer encore !Mais la nature aussi‖ se réveille en ce jour ;Au doux soleil de mai‖ nous la voyons renaître :Les oiseaux de Vénus,‖ autour de ma fenêtre,Du plus chéri des mois‖ proclament le retour !Guides mes premiers pas‖ dans nos vertes campagnes !Conduis-moi, chère Elvire,‖ et soutiens ton amant.Je veux voir le soleil‖ s’élever lentement,Précipiter son char‖ du haut de nos montagnes,Jusqu’à l’heure où dans l’onde‖ il ira s’engloutir,Et cédera les airs‖ au nocturne zéphyr.Viens ! Que crains-tu pour moi ?‖ le ciel est sans nuage :Ce plus beau de nos jours‖ passera sans orage ;Et c’est l’heure où déjà,‖ sur les gazons en fleurs,Dorment près des troupeaux‖ les paisibles pasteurs.
Dieu, que les airs sont doux !‖ que la lumière est pure !Tu règnes en vainqueur‖ sur toute la nature,Ô soleil ! et des cieux,‖ où ton char est porté,Tu lui verses la vie‖ et la fécondité.Le jour où, séparant‖ la nuit de la lumière,L’Éternel te lança‖ dans ta vaste carrière,L’univers tout entier‖ te reconnut pour roi ;Et l’homme, en t’adorant,‖ s’inclina devant toi.De ce jour, poursuivant‖ ta carrière enflammée,Tu décris sans repos‖ ta route accoutumée ;L’éclat de tes rayons‖ ne s’est point affaibli,Et sous la main des temps‖ ton front n’a point pâli !
Quand la voix du matin‖ vient réveiller l’aurore,L’Indien prosterné‖ te bénit et t’adore ;Et moi, quand le midi‖ de ses feux bienfaisantsRanime par degrés‖ mes membres languissants,Il me semble qu’un Dieu,‖ dans tes rayons de flamme,En échauffant mon sein‖ pénètre dans mon âme !Et je sens de ses fers‖ mon esprit détaché,Comme si du Très-Haut‖ le bras m’avait touché.Mais… ton sublime auteur‖ défend-il de le croire ?N’es-tu point, ô soleil ;‖ un rayon de sa gloire ?Quand tu vas mesurant‖ l’immensité des cieux,Ô soleil, n’es-tu point‖ un regard de ses yeux ?
Ah ! si j’ai quelquefois,‖ aux jours de l’infortune,Blasphémé du soleil‖ la lumière importune,Si j’ai maudit les dons‖ que j’ai reçus de toi,Dieu, qui lis dans nos cœurs,‖ ô Dieu, pardonne-moi !Je n’avais pas goûté‖ la volupté suprêmeDe revoir la nature‖ auprès de ce que j’aime,De sentir dans mon cœur,‖ aux rayons d’un beau jour,Redescendre à la fois‖ et la vie et l’amour.Insensé ! j’ignorais‖ tout le prix de la vie ;Mais ce jour me l’apprend,‖ et je te glorifie !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 1[ababccb] 2[abba] 20[aa]
- Mètre
- Alexandrins surtout (54 de 12, 1 de 8)· profil 6+6
- Mots à la rime
- a douleur / pâleur masculine, classiqueb implore / colore / encore féminine, classiquec chaleur / cœur masculine, classiqued jour / retour masculine, classiquee renaître / fenêtre féminine, classiquef campagnes / montagnes féminine, classiqueg amant / lentement masculine, classiqueh s’engloutir / zéphyr masculine, classiquei nuage / orage féminine, classiquej fleurs / pasteurs masculine, classiquea pure / nature féminine, classiqueb porté / fécondité masculine, classiquec lumière / carrière féminine, classiqued roi / toi masculine, classiquee enflammée / accoutumée féminine, classiquef affaibli / pâli masculine, classiquea l’aurore / t’adore féminine, classiqueb bienfaisants / languissants masculine, classiquec flamme / âme féminine, classiqued détaché / touché masculine, classiquee croire / gloire féminine, classiquef cieux / yeux masculine, classiquea l’infortune / importune féminine, classiqueb toi / pardonne-moi masculine, classiquec suprême / j’aime féminine, classiqued jour / l’amour masculine, classiquee vie / glorifie féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
55 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources