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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Méditations poétiques, 1820

Le temple

Alphonse de Lamartine· strophes variées, alexandrins, 53 vers

Qu’il est doux, quand du soir‖ l’étoile solitaire,Précédant de la nuit‖ le char silencieux,S’élève lentement‖ dans la voûte des cieux,Et que l’ombre et le jour‖ se disputent la terre ;Qu’il est doux de porter‖ ses pas religieuxDans le fond du vallon,‖ vers ce temple rustiqueDont la mousse a couvert‖ le modeste portique,Mais où le ciel encor‖ parle à des cœurs pieux !Salut, bois consacré !‖ Salut, champ funéraire,Des tombeaux du village‖ humble dépositaire !Je bénis en passant‖ tes simples monuments.Malheur à qui des morts‖ profane la poussière !J’ai fléchi le genou‖ devant leur humble pierre,Et la nef a reçu‖ mes pas retentissants.Quelle nuit ! quel silence !‖ Au fond du sanctuaireÀ peine on aperçoit‖ la tremblante lumièreDe la lampe qui brûle‖ auprès des saints autels.Seule elle luit encor‖ quand l’univers sommeille,Emblème consolant‖ de la bonté qui veillePour recueillir ici‖ les soupirs des mortels.

Avançons. Aucun bruit‖ n’a frappé mon oreille ;Le parvis frémit seul‖ sous mes pas mesurés :Du sanctuaire enfin‖ j’ai franchi les degrés.Murs sacrés, saints autels !‖ je suis seul, et mon âmePeut verser devant vous‖ ses douleurs et sa flamme,Et confier au ciel‖ des accents ignorés,Que lui seul connaîtra,‖ que vous seuls entendrez.

Mais quoi ! de ces autels‖ je m’approche sans crainte !J’ose apporter, grand Dieu,‖ dans cette auguste enceinteUn cœur encor brûlant‖ de douleur et d’amour !Et je ne tremble pas‖ que ta majesté sainteNe venge le respect‖ qu’on doit à son séjour !Non, je ne rougis plus‖ du feu qui me consume :L’amour est innocent‖ quand la vertu l’allume.Aussi pur que l’objet‖ à qui je l’ai juré,Le mien brûle mon cœur,‖ mais c’est d’un feu sacré ;La constance l’honore‖ et le malheur l’épure.Je l’ai dit à la terre,‖ à toute la nature ;Devant tes saints autels‖ je l’ai dit sans effroi :J’oserais, Dieu puissant,‖ la nommer devant toi.Oui, malgré la terreur‖ que ton temple m’inspire,Ma bouche a murmuré‖ tout bas le nom d’Elvire ;Et ce nom répété‖ de tombeaux en tombeaux,Comme l’accent plaintif‖ d’une ombre qui soupire,De l’enceinte funèbre‖ a troublé le repos.

Adieu, froids monuments !‖ adieu, saintes demeures !Deux fois l’écho nocturne‖ a répété les heures,Depuis que devant vous‖ mes larmes ont coulé :Le ciel a vu ces pleurs,‖ et je sors consolé.Peut-être au même instant,‖ sur un autre rivage,Elvire veille aussi,‖ seule avec mon image,Et dans un temple obscur,‖ les yeux baignés de pleurs,Vient aux autels déserts‖ confier ses douleurs.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
3[abba] 13[aa] 1[abbab] 2[aabab]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a solitaire / terre féminine, classiqueb silencieux / cieux masculine, classiquec religieux / pieux masculine, classiqued rustique / portique féminine, classiquee funéraire / dépositaire féminine, classiquef monuments / retentissants masculine, classiqueg poussière / pierre féminine, classiqueh sanctuaire / lumière féminine, classiquei autels / mortels masculine, classiquej sommeille / veille / oreille féminine, classiqueb mesurés / degrés masculine, classiquec âme / flamme féminine, classiqued ignorés / entendrez masculine, classiquea crainte / enceinte / sainte féminine, classiqueb d’amour / séjour masculine, classiquec consume / l’allume féminine, classiqued juré / sacré masculine, classiquee l’épure / nature féminine, classiquef effroi / toi masculine, classiqueg m’inspire / d’Elvire / soupire féminine, classiqueh tombeaux / repos masculine, classiquea demeures / heures féminine, classiqueb coulé / consolé masculine, classiquec rivage / image féminine, classiqued pleurs / douleurs masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

53 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Lamartine, Paris, CHEZ L’AUTEUR, HUE DE LA VILLE-L’ÉVÊQUE, 43, 1860· numérisation wikisource.org· Sources