Recueillements poétiques, 1839
XXV. Utopie, a monsieur Bouchard *
« Enfant des mers, ne vois-tu rien là-bas ? »
Frère ! ce que je vois,‖ oserai-je le dire !Pour notre âge avancé,‖ raisonner c'est prédire ;Il ne faut pas gravir‖ un foudroyant sommet,Voir sécher ou fleurir‖ la, verge du prophète,Des cornes du bélier‖ diviniser sa tête,Ni passer sur la flamme‖ au vent de la tempêteLe pont d'acier de Mahomet.
Il faut plonger ses sens‖ dans le grand sens du monde ;Qu'avec l'esprit des temps‖ notre esprit s'y confonde !En palper chaque artère‖ et chaque battemens,Avec l'humanité‖ s'unir par chaque pore,Comme un fruit qu'en ses flancs‖ la mère porte encore,Qui, vivant de sa vie,‖ éprouve avant d'écloreSes plus obscurs tressaillemens !
Oh ! qu'il a tressailli,‖ ce sein de notre mère !Depuis que nous vivons,‖ nous, son germe éphémère,Nous, parcelle sans poids‖ de sa vaste unité,Quelle main créatrice‖ a touché ses entrailles ?De quel enfantement,‖ ô Dieu ! tu la travailles ?Et toi, race d'Adam,‖ de quels coups tu tressaillesAux efforts de l'humanité ?
Est-ce un stérile amour‖ de sa décrépitude ?Un monstrueux hymen‖ qu'accouple l'habitude ?Embryon avorté‖ du doute et du néant !Est-ce un germe fécond‖ de jeunesse éternelleQue, pour éclore à temps,‖ l'amour couvait en elle,Et qui doit en naissant‖ suspendre à sa mamelleL'homme Dieu d'un monde géant ?
Frère du même lait,‖ que veux-tu que je dise ?Que suis-je à ses destins‖ pour que je les prédise ?Moi qui sais sourdement‖ que son sein a gémi,Moi qui ne vois de jour‖ que celui qu'elle allume,Moi qu'un atome ombrage‖ et qu'un éclair consume,Et qui sens seulement‖ au frisson de ma plumeQue l'onde où je nage a frémi !
Écoute, cependant !‖ Il est dans la natureJe ne sais quelle voix‖ sourde, profonde, obscure,Et qui révèle à tous‖ ce que nul n'a conçu.Instinct mystérieux‖ d'une ame collective,Qui, pressent la lumière‖ avant que l'aube arrive,Lit au livre infini‖ sans que le doigt écrive,Et prophétise à son insu !
C'est l'aveugle penchant‖ des vagues oppresséesQui reviennent sans fin,‖ de leur lit élancées,Battre le roc miné‖ de leur flux écumant,C'est la force du poids‖ qui dans le corps gravite,La sourde impulsion‖ des astres dans l'orbite,Ou sur l'axe de fer‖ l'aiguille qui palpiteVers les pôles où dort l'aimant !
C'est l'éternel soupir‖ qu'on appelle chimère,Cette aspiration‖ qui prouve une atmosphère,Ce dégoût du connu,‖ celle soif du nouveau,Qui semblent condamner‖ la race qui se lèveA faire un marche-pied‖ de ce que l'autre achève,Jusqu'à ce qu'au niveau‖ des astres qu'elle rêveSon monde ait porté son niveau !
Il se trompe, dis-tu ?‖ Quoi donc ! se trompe-t-elleL'eau qui se précipite‖ où sa pente l'appelle ?Se trompe-t-il le sein‖ qui bat pour respirer ?L'air qui veut s'élever,‖ le poids qui veut descendre ?Le feu qui veut brûler‖ tant que tout n'est pas cendre ?Et l'esprit que Dieu fit‖ sans bornes pour comprendre,Et sans bornes pour espérer ?
Élargissez, mortels,‖ vos âmes rétrécies !O siècles ! vos besoins‖ ce sont vos prophéties !Voire cri de Dieu même‖ est l'infaillible voix !Quel mouvement sans but‖ agite la nature ?Le possible est un mot‖ qui grandit à mesure,Et le temps qui s'enfuit‖ vers la race futureA déjà fait ce que je vois…
La mer dont les flots sont les âges,Dont les bords sont l'éternité,Voit fourmiller sur ses rivagesUne innombrable humanité !Ce n'est plus la race grossièreMarchant les yeux vers la poussière,Disputant l'herbe aux moucherons,C'est une noble et sainte engeanceOù tout porte l'intelligenceAinsi qu'un diadème aux fronts.
Semblables aux troupeaux servilesSur leurs pailles d'infections,Ils ne vivent pas dans des villes,Ces étables des nations ;Sur les collines et les plaines,L'été, comme des ruches pleines,Les essaims en groupe pareil,Sans que l'un à l'autre l'envie,Chacun a son arpent de vieEt sa large place au soleil.
Les éléments de la nature,Par l'esprit enfin surmontés,Lui prodiguant la nourritureSous l'effort qui les a domptés,Les nobles sueurs de sa joueNe vont plus détremper la boueQue sa main doit ensemencer,La sainte loi du labeur change,Son esprit a vaincu la fangeEt son travail est de penser.
Il pense, et de l'intelligenceLes prodiges multipliésLui font de distance en distanceFouler l'impossible à ses piés.Nul ne sait combien de lumièrePeut contenir notre paupière,Ni ce que de Dieu lient la main,Ni combien de mondes d'idées,L'une de l'autre dévidées,Peut contenir l'esprit humain.
Elle a balayé tous les doutes,Celle qu'en feux le ciel écrit,Celle qui les éclaire toutes :L'homme adore et croit en esprit.Minarets, pagodes et dômesSont écroulés sur leurs fantômes,Et l'homme, de ces dieux vainqueur,Sous tous ces temples en poussière,N'a ramassé que la prièrePour la transvaser dans son cœur !
Un seul culte enchaîne le mondeQue vivifie un seul amour :Son dogme, où la lumière abonde,N'est qu'un évangile au grand jour ;Sa foi, sans ombre et sans emblème,Astre éternel que Dieu lui-mêmeFait grandir sur notre horizon,N'est que l'image immense et pureQue le miroir de la natureFait rayonner dans la raison.
C'est le verbe pur du Calvaire,Non tel qu'en terrestres accensL'écho lointain du sanctuaireEn laissa fuir le divin sens,Mais, tel qu'en ses veilles divinesLe front du couronné d'épinesS'illuminait d'un jour soudain ;Ciel incarné dans la parole,Dieu dont chaque homme est le symbole,Le songe du Christ au jardin !…
Cette loi, qui dit à tous :Frère,A brisé ces divisionsQui séparaient les fils du pèreEn royaumes et nations.Semblable au métal de CorintheQui, perdant la forme et l'empreinteDu sol ou du rocher natalQuand sa lave fui refroidie,Au creuset du grand incendieFut fondu dans un seul métal !
Votre tête est découronnée,Rois, césars, tyrans, dieux mortelsA qui la terre prosternéeDressait des trônes pour autels !Quand l'égalité fut bannieL'homme inventa la tyranniePour qu'un seul exprimât ses droits ;Mais au jour de Dieu qui se lèveLe sceptre tombe sur le glaive,Nul n'est esclave, et tous sont rois !…
La guerre, ce grand suicide,Ce meurtre impie à mille bras,Ne féconde plus d'homicideCes sillons de cadavres gras.Leur soif de morts est assouvie ;Sève de pourpre de la vie,L'homme a sacré le sang humain,Il sait que Dieu compte ses gouttesEt vengeur les retrouve toutesOu dans la veine… ou sur la main !
Et nul n'absout ou ne condamne,Mais chacun porte dans un cœurDont la conscience est l'organe,La loi, le juge et le vengeur.La loi de rature en rature,A si bien écrit la nature,Dont la révolte enfin s'est lu,Que semblable à la ProvidenceElle a trouvé la concordanceDes instincts et de la vertu.
Avec les erreurs et les vicesS'engendrant éternellement,Toutes les passions facticesSont mortes faute d'aliment.Pour élargir son héritageL'homme ne met plus en otageSes services contre de l'or ;Serviteur libre et volontaire,Une demande est son salaireEt le bienfait est son trésor.
L'égoïsme, étroite pensée,Qui hait tout pour n'adorer qu'un,Maudit son erreur insensée,Et jouit du bonheur commun ;Au lieu de resserrer son ame,L'homme immense en étend la trameAussi loin que l'humanité,Et sûr de grandir avec elleRépand sa vie universelleDans l'indivisible unité !
« Oh ! dis-tu, si ton ame‖ a vu toutes ces choses,« Si l'humanité marche‖ à ces apothéoses,« Comment languir si loin ?‖ comment croupir si bas ?« Comment rentrant au cœur‖ sa colère indignée,« Suivre dans ses sillons‖ la brute résignée« Et ne pas soulever‖ la hache et la cognée« Pour lui faire presser ses pas ?
« Honte à nous ! honte à toi,‖ faible et timide athlète !« Allume au ciel la torche !‖ » Ami, dit le poète,Nul ne peut retenir,‖ ni presser les instans ;Dieu qui, dans ses trésors,‖ les puise en abondance,Pour ses desseins cachés,‖ les presse ou les condense ;Les hâter c'est vouloir‖ hâter sa Providence :Les pas de Dieu sont ceux du temps !
Eh ! que sert de courir‖ dans la marche sans terme ?Le premier, le dernier,‖ qu'on l'ouvre ou qu'on la ferme,La mort nous trouve tous‖ et toujours en chemin !Le paresseux s'assied,‖ l'impatient devance,Le sage sur la roule‖ où le siècle s'avance,Marche avec la colonne‖ au but qu'il voit d'avance,Au pas réglé du genre humain !
Il est dans les accès‖ des fièvres politiquesDeux natures sans prix‖ de cœurs antipathiques ;Ceux-là dans le roulis,‖ niant le mouvement,Pour végétation‖ prenant la pourriture,A l'immobilité‖ condamnant la nature,Et mesurant haineux‖ à leur courte ceintureSon gigantesque accroissement !
Ceux-ci voyant plus loin‖ sur un pied qui se dresse,Buvant la vérité‖ jusqu'à l'ardente ivresse,Mêlant au jour divin‖ l'éclair des passions,Voudraient pouvoir ravir‖ l'étincelle à la foudreEt que le monde entier‖ fût un monceau de poudrePour faire d'un seul coup‖ tout éclater en poudre,Lois, autels, trônes, nations !
Nous, amis ! qui plus haut‖ fondons nos confiances,Marchons au but certain‖ sans ces impatiences ;La colère consume‖ et n'illumine pas ;La chaste vérité‖ n'engendre pas la haine ;Si quelque vil débris‖ barre la voie humaine,Écartons de la main‖ l'obstacle qui la gène,Sans fouler un pied sous nos pas !
Dieu saura bien sans nous‖ accomplir sa pensée,Son front dort-il jamais‖ sur l'œuvre commencée ?Homme ! quand il attend,‖ pourquoi t'agiles-tu ?Quel trait s'est émoussé‖ sur le but qu'il ajuste ?N'étendons pas le Temps‖ sur le lit de Procuste !La résignation‖ est la force du juste !La patience est sa vertu !
Ne devançons donc pas‖ le lever des idées,Ne nous irritons pas‖ des heures retardées,Ne nous enfermons pas‖ dans l'orgueil de nos lois !Du poids de son fardeau,‖ si l'humanité plie,Prêtons à son rocher‖ notre épaule meurtrie,Servons l'humanité,‖ le siècle, la patrie :Vivre en tout, c'est vivre cent fois !
C'est vivre en Dieu, c'est vivre‖ avec l'immense vieQu'avec l'être et les temps‖ sa vertu multiplie,Rayonnement lointain‖ de sa divinité !C'est tout porter en soi‖ comme l'ame suprême,Qui sent dans ce qui vit‖ et vil dans ce qu'elle aime,Et d'un seul point du temps‖ c'est se fondre soi-mêmeDans l'universelle unité ?
Ainsi quand le navire‖ aux épaisses muraillesQui porte un peuple entier,‖ bercé dans ses entrailles,Sillonne au point du jour‖ l'océan sans chemin,L'astronome chargé‖ d'orienter la voileMonte au sommet des mâts‖ où palpite la toile,Et promenant ses yeux‖ de la vague à l'étoile,Se dit : Nous serons là demain !
Puis quand il a tracé‖ sa route sur la duneEt de ses compagnons‖ présagé la fortune,Voyant dans sa pensée‖ un rivage surgir,Il descend sur le pont‖ où l'équipage roule,Met la main au cordage‖ et lutte avec la houle ;Il faut se séparer,‖ pour penser, de la foule,Et s'y confondre pour agir !
Saint-Point, 21 et 22 Août 1837.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 21(aabcccb) 13(ababccdeed)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (151 de 8, 126 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 21 septains, 13 dizains
- Mots à la rime
- a dire / prédire féminine, classiqueb sommet / Mahomet masculine, classiquec prophète / tête / tempête féminine, classiquea monde / confonde féminine, classiqueb battemens / tressaillemens masculine, classiquec pore / encore / d'éclore féminine, classiquea mère / éphémère féminine, classiqueb unité / l'humanité masculine, classiquec entrailles / travailles / tressailles féminine, classiquea décrépitude / l'habitude féminine, classiqueb néant / géant masculine, classiquec éternelle / elle / mamelle féminine, classiquea dise / prédise féminine, classiqueb gémi / frémi masculine, classiquec allume / consume / plume féminine, classiquea nature / obscure féminine, classiqueb conçu / insu masculine, classiquec collective / arrive / écrive féminine, classiquea oppressées / élancées féminine, classiqueb écumant / l'aimant masculine, classiquec gravite / l'orbite / palpite féminine, classiquea chimère / atmosphère féminine, classiqueb nouveau / niveau masculine, classiquec lève / achève / rêve féminine, classiquea trompe-t-elle / l'appelle féminine, classiqueb respirer / espérer masculine, classiquec descendre / cendre / comprendre féminine, classiquea rétrécies / prophéties féminine, classiqueb voix / vois masculine, classiquec nature / mesure / future féminine, classiquea âges / rivages féminine, classiqueb l'éternité / humanité masculine, classiquec grossière / poussière féminine, classiqued moucherons / fronts masculine, classiquee engeance / l'intelligence féminine, classiquea serviles / villes féminine, classiqueb d'infections / nations masculine, classiquec plaines / pleines féminine, classiqued pareil / soleil masculine, classiquee l'envie / vie féminine, classiquea nature / nourriture féminine, classiqueb surmontés / domptés masculine, classiquec joue / boue féminine, classiqued ensemencer / penser masculine, classiquee change / fange féminine, classiquea l'intelligence / distance féminine, classiqueb multipliés / piés masculine, classiquec lumière / paupière féminine, classiqued main / humain masculine, classiquee d'idées / dévidées féminine, classiquea doutes / toutes féminine, classiqueb écrit / esprit masculine, classiquec dômes / fantômes féminine, classiqued vainqueur / cœur masculine, classiquee poussière / prière féminine, classiquea monde / abonde féminine, classiqueb amour / jour masculine, classiquec emblème / lui-même féminine, classiqued horizon / raison masculine, classiquee pure / nature féminine, classiquea Calvaire / sanctuaire féminine, classiqueb accens / sens masculine, classiquec divines / d'épines féminine, classiqued soudain / jardin masculine, classiquee parole / symbole féminine, classiquea Frère / père féminine, classiqueb divisions / nations masculine, classiquec Corinthe / l'empreinte féminine, classiqued natal / métal masculine, classiquee refroidie / incendie féminine, classiquea découronnée / prosternée féminine, classiqueb mortels / autels masculine, classiquec bannie / tyrannie féminine, classiqued droits / rois masculine, classiquee lève / glaive féminine, classiquea suicide / d'homicide féminine, classiqueb bras / gras masculine, classiquec assouvie / vie féminine, classiqued humain / main masculine, classiquee gouttes / toutes féminine, classiquea condamne / l'organe féminine, classiqueb cœur / vengeur masculine, classiquec rature / nature féminine, classiqued lu / vertu masculine, classiquee Providence / concordance féminine, classiquea vices / factices féminine, classiqueb éternellement / d'aliment masculine, classiquec héritage / otage féminine, classiqued l'or / trésor masculine, classiquee volontaire / salaire féminine, classiquea pensée / insensée féminine, classiqueb qu'un / commun masculine, classiquec ame / trame féminine, classiqued l'humanité / unité masculine, classiquee elle / universelle féminine, classiquea choses / apothéoses féminine, classiqueb bas / pas masculine, classiquec indignée / résignée / cognée féminine, classiquea athlète / poète féminine, classiqueb instans / temps masculine, classiquec abondance / condense / Providence féminine, classiquea terme / ferme féminine, classiqueb chemin / humain masculine, classiquec devance / s'avance / d'avance féminine, classiquea politiques / antipathiques féminine, classiqueb mouvement / accroissement masculine, classiquec pourriture / nature / ceinture féminine, classiquea dresse / ivresse féminine, classiqueb passions / nations masculine, classiquec foudre / poudre féminine, classiquea confiances / impatiences féminine, classiqueb pas masculine, classiquec haine / humaine / gène féminine, classiquea pensée / commencée féminine, classiqueb t'agiles-tu / vertu masculine, classiquec ajuste / Procuste / juste féminine, classiquea idées / retardées féminine, classiqueb lois / fois masculine, classiquec plie / meurtrie féminine, classiqued patrie / vie / multiplie féminine, classiqueb divinité / unité masculine, classiquec suprême / aime / soi-même féminine, classiquea murailles / entrailles féminine, classiqueb chemin / demain masculine, classiquec voile / toile / l'étoile féminine, classiquea dune / fortune féminine, classiqueb surgir / agir masculine, classiquec roule / houle / foule féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
277 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Recueillements poétiques, PARIS, LIBRAIRIE DE CHARLES GOSSELIN, 1839· numérisation gallica.bnf.fr· Sources