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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le livre d’un père, 1877

VII. À un grave écolier

Victor de Laprade· 12 quintils, octosyllabes, 60 vers

Monsieur l’écolier sérieux,Vous m’aimez encor, je l’espère ?Levez un moment vos grands yeux :Fermons ce gros livre ennuyeux,Et souriez à votre père.

Il est beau d’être un raisonneur,De tout lire et de tout entendre,De remporter les prix d’honneur !…C’est, je crois, un plus grand bonheurD’être un enfant aimant et tendre.

Lorsqu’on a fait tout son devoir,Que la main est lasse d’écrire,Quand le père est rentré, le soir,Avec les sœurs il faut savoirJouer, causer… même un peu rire.

Vous verrez chez les vieux auteurs,Expliqués au long dans vos classes,Que la Muse à ses sectateursOrdonne, en quittant les hauteurs,D’aller sacrifier aux Grâces.

Autres temps, autres conseillers !Dans le savant siècle où nous sommes,On voit déjà les écoliers,Avec l’algèbre familiers,Aussi maussades que les hommes.

Chez moi qu’il n’en soit pas ainsi ;Contre les pédants je réclame.Je suis poète, Dieu merci !Et j’ai pour principal souci,Mes enfants, de vous faire une âme.

Avant de savoir l’allemand,La physique et le latin même,Aimez ! c’est le commencement :Aimez sans honte et vaillamment,Aimez tout ce qu’il faut qu’on aime.

Mais il est trop peu généreuxD’aimer tout bas et bouche close.A ceux que l’on veut rendre heureux,Des souhaits que l’on fait pour euxIl faut dire au moins quelque chose.

Les vrais bons cœurs sont transparents ;On y voit toute leur tendresse.Ah ! chers petits indifférents,Gâtez un peu vos vieux parents ;Leur bonheur est dans vos caresses !

C’est beaucoup d’avoir la bonté ;Montrez-la bien, qu’on en jouisse !Il faut que, dès avant l’été,En fleurs de grâce et de gaitéVotre bon cœur s’épanouisse.

Voyez ! dans le meilleur terrain,Parmi les blés hauts et superbes,C’est Dieu qui mêla, de sa main,Le bluet d’azur au bon grain,Le pavot rouge à l’or des gerbes.

Vous, ainsi, savants, mais joyeux,Charmez la maison paternelle.Quand on a le sourire aux yeux,À la lèvre un mot gracieux,La vertu même en est plus belle.

Mars 1875.

Versification

Forme
12 quintils (quintils)
Rimes
12(abaab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
12 quintils
Mots à la rime
a sérieux / yeux / ennuyeux masculine, classiqueb l’espère / père féminine, classiquea raisonneur / d’honneur / bonheur masculine, classiqueb entendre / tendre féminine, classiquea devoir / soir / savoir masculine, classiqueb d’écrire / rire féminine, classiquea auteurs / sectateurs / hauteurs masculine, classiqueb classes / Grâces féminine, classiquea conseillers / écoliers / familiers masculine, classiqueb sommes / hommes féminine, classiquea ainsi / merci / souci masculine, classiqueb réclame / âme féminine, classiquea l’allemand / commencement / vaillamment masculine, classiqueb même / aime féminine, classiquea généreux / heureux / eux masculine, classiqueb close / chose féminine, classiquea transparents / indifférents / parents masculine, classiqueb tendresse / caresses féminine, classiquea bonté / l’été / gaité masculine, classiqueb jouisse / s’épanouisse féminine, classiquea terrain / main / grain masculine, classiqueb superbes / gerbes féminine, classiquea joyeux / yeux / gracieux masculine, classiqueb paternelle / belle féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation archive.org· Sources