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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le livre d’un père, 1877

XXII. Diane

Victor de Laprade· 20 quatrains, octosyllabes, 80 vers

Va, mon enfant, tu fais très bienD’être sensible et bon quand même,Et de pleurer ce pauvre chien,Car il faut aimer qui nous aime.

Ils sont tout près d’être méchantsCeux qui riraient de cette larme.Ne cache pas ces pleurs touchants ;Ton chagrin m’émeut et me charme.

Aimons-les, ces bons animaux,Race courageuse et gentille,Qui souffre avec nous de nos mauxEt veille au foyer de famille.

Pour les braves cœurs de chez nousC’est un amour héréditaire.Écoute, ami, sur mes genoux,Cette histoire de ton grand-père :

Ils étaient quatre enfants joyeux,Très gâtés, disait le vulgaire :Car jadis, chez nos bons aïeux,Les plus tendres ne gâtaient guère.

Mais votre aïeule, en vérité,Commença le nouveau système ;Mon père était enfant gâté,Je le fus, vous l’êtes de même.

Je ne m’en plains pas, jusqu’ici ;Oh non, mes bien-aimés ! j’espèreQue vous serez tous, Dieu merci,Enfants gâtés… comme mon père.

Donc, au scandale des voisins,Dans sa douceur intelligente,Pour les gros péchés enfantinsMa grand’mère était indulgente.

Mais des crimes renouvelésIl fallait bien faire justice ;Et dans ces âges reculés,Tu sais quel était le supplice ?

Les pleurs étaient de nul secours.Mais, si grave que fût l’offense,Le cher coupable avait toujoursUn allié pour sa défense.

Diane était son joli nom ;Ce n’était pas une marquise,Une duchesse au pied mignon…C’était une levrette grise.

De très loin, dès le premier cri,Elle devinait tout, bien vite ;Et vers le compagnon chériLa voilà qui se précipite.

On veut l’écarter, vains efforts !Elle revient, dix fois chassée,Et de son gentil petit corpsCouvrant… la place menacée,

Elle est là, tremblant, gémissant ;Si bien que le juge équitable,De peur de frapper l’innocent,Renonce à punir le coupable.

C’est ainsi que du châtiment,L’amie intrépide et constante,Diane, a cent fois, gentiment,Sauvé grand-père, oncle et grand’tante.

Et c’est pourquoi, dans la maison,Nous sommes tous amis des bêtes ;Le chien et le petit garçonY vivent en amours parfaites.

Pleure donc le pauvre Pataud ;J’en fais presque autant pour mon compte.Il était laid, — mince défaut ;Il était bon, pleure sans honte.

Mais, pour te suivre au loin, parmiLes prés, les bois de la montagne,Il te faut un nouvel ami,Et je te cherche une compagne.

J’obtiendrai peut-être, ô douceur !Celle qu’à rêver je m’obstine,La fille, ou la nièce, ou la sœurDu cher Fido de Lamartine.

Elle aura de grands et doux yeux,La souplesse d’une liane,Le poil gris d’un velours soyeux,Et tu la nommeras… Diane.

Décembre 1875.

Versification

Forme
20 quatrains (quatrains)
Rimes
20(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
20 quatrains
Mots à la rime
a bien / chien masculine, classiqueb même / aime féminine, classiquea méchants / touchants masculine, classiqueb larme / charme féminine, classiquea animaux / maux masculine, classiqueb gentille / famille féminine, classiquea nous / genoux masculine, classiqueb héréditaire / grand-père féminine, classiquea joyeux / aïeux masculine, classiqueb vulgaire / guère féminine, classiquea vérité / gâté masculine, classiqueb système / même féminine, classiquea jusqu’ici / merci masculine, classiqueb j’espère / père féminine, classiquea voisins / enfantins masculine, classiqueb intelligente / indulgente féminine, classiquea renouvelés / reculés masculine, classiqueb justice / supplice féminine, classiquea secours / toujours masculine, classiqueb l’offense / défense féminine, classiquea nom / mignon masculine, classiqueb marquise / grise féminine, classiquea cri / chéri masculine, classiqueb vite / précipite féminine, classiquea efforts / corps masculine, classiqueb chassée / menacée féminine, classiquea gémissant / l’innocent masculine, classiqueb équitable / coupable féminine, classiquea châtiment / gentiment masculine, classiqueb constante / grand’tante féminine, classiquea maison / garçon masculine, classiqueb bêtes / parfaites féminine, classiquea Pataud / défaut masculine, classiqueb compte / honte féminine, classiquea parmi / ami masculine, classiqueb montagne / compagne féminine, classiquea douceur / sœur masculine, classiqueb m’obstine / Lamartine féminine, classiquea yeux / soyeux masculine, classiqueb liane / Diane féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation archive.org· Sources