Le livre d’un père, 1877
XXIII. Menace
Savez-vous, messieurs les enfants,Savez-vous à quoi je m’expose,Quand je vous gâte en vers, en prose,Même un peu, quand je vous défends,Sans vous peindre toujours en rose ?
Tous les vieux oncles d’autrefois,Plus d’une maman fort gentille,Tous les pédants, — il en fourmille, —M’accusent de saper les loisDe l’État et de la famille.
On me dit : « Vous parlez trop d’eux ;Vous les vantez, les chantez même !L’orgueil viendra, défaut suprême.C’est un plaisir bien hasardeuxDe trop leur montrer qu’on les aime.
Jadis, par un moyen très sûr,On se faisait toujours comprendre,Le fouet… on ne veut plus l’entendre !Il faut que le père soit durPour que le fils ait le cœur tendre. »
Puis on énumère sans finDe longs exemples que j’abrège.Les Grecs, les Romains et que sais-je ?Le fouet à monsieur le dauphinEt mou affreux temps de collège.
J’ai souffert, c’est la vérité,Et du jeûne et de la féruleDans cette prison ridicule.J’en suis sorti pâle, éreinté,On y rendrait poussif Hercule.
Cet antre noir, ces pions méchantsSont mortels à toute âme honnête.On risque au moins d’en rester bête…C’est quand j’eus pris la clef des champsQue le bon Dieu me fit poète.
N’allez pas conclure, étourdis,Qu’on peut, sous le toit de son père,Désobéir et ne rien faire…Retenez bien ce que je dis,Je vais devenir très sévère :
Je vous ai gâtés, j’en ai peur ;Mais je n’en suis pas responsable,Et je dirai, si l’on m’accable :J’ai trop écouté ce trompeur,Mon ami Stahl ! le vrai coupable.
Son mauvais exemple a fait loi ;Mais il sait tout ce que j’en pense.Il a trop prêché l’indulgence ;Il m’a rendu bon malgré moi,Ce cher enjôleur de l’enfance.
Donc, travaillez et soyez doux,Sinon… Je prendrai du courage !Stahl même à vous punir s’engage,Stahl n’écrira plus rien pour vous…Qu’on se le dise, et qu’on soit sage !
1879.
Versification
- Forme
- 11 quintils (quintils)
- Rimes
- 11(abbab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 11 quintils
- Mots à la rime
- a enfants / défends masculine, classiqueb m’expose / prose / rose féminine, classiquea d’autrefois / lois masculine, classiqueb gentille / fourmille / famille féminine, classiquea d’eux / hasardeux masculine, classiqueb même / suprême / aime féminine, classiquea sûr / dur masculine, classiqueb comprendre / l’entendre / tendre féminine, classiquea fin / dauphin masculine, classiqueb j’abrège / sais-je / collège féminine, classiquea vérité / éreinté masculine, classiqueb férule / ridicule / Hercule féminine, classiquea méchants / champs masculine, classiqueb honnête / bête / poète féminine, classiquea étourdis / dis masculine, classiqueb père / faire / sévère féminine, classiquea peur / trompeur masculine, classiqueb responsable / m’accable / coupable féminine, classiquea loi / moi masculine, classiqueb pense / l’indulgence / l’enfance féminine, classiquea doux / vous masculine, classiqueb courage / s’engage / sage féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
55 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation archive.org· Sources