Le livre des adieux, 1874‑1880
II. A la terre maternelle
J'aime la terre maternelle,Son aspect est tranquille et fort ;Plus on monte, et plus elle est belle.La douce paix habile en elle,On dirait la paix de la mort…Mais je connais l'âme qui dortDans tes flancs, terre maternelle.
Je l'ai réveillé bien des fois.Ton mâle esprit, sur les bruyères.Dans les blés, la vigne et les bois ;J'ai suscité ses grandes voix,Tantôt joyeuses, tantôt fières ;Dans tes fermes hospitalièresJe l'ai réveillé bien des fois.
Si j'aime tant cette nature,C'est pour avoir beaucoup aimé,Aimé sans courir d'aventure,Parmi tes fleurs et ta verdure,D'où je sors le cœur embaumé.C'est pour avoir beaucoup aiméQue j'aime tant cette nature.
Là j'ai connu tous les amours.Tous les beaux rêves qu'on caresseEt le bonheur de tous les jours.J'y trouvais des cœurs sans détours.Nulle âme orageuse et traîtresse.Sans remords et sans folle ivresse.Là j'ai connu tous les amours.
J'y goûtai les vrais biens de l'âmeEt les plus doux plaisirs des yeux.Des enfants, une honnête femme…Mon cœur n'y jeta feu ni flamme.J'y passai fier, calme et joyeux.J'ai là des fils et des aïeux ;J'y goûtai les vrais biens de l'âme.
J'ai là ce qui charme et soutient :Vieux champ, vieux manoir, vieil ombrage,Où l'homme sent qu'il s'appartient,Où l'honneur du nom se maintient.Où l'on a le cœur à l'ouvrage.Là je ferai tête à l'orage…J'ai là ce qui charme et soutient.
Si j'ai trouvé mieux que des rimes,Si j'ai fait parler dans mes versL'âme et le cœur, les voix intimes,Les devoirs humbles ou sublimesEt l'esprit du Dieu que je sers.C'est toi, cher petit univers.Qui m'as dicté mieux que des rimes.
J'ai connu les saines douleurs,Les travaux, les besoins sévèresDes hommes forts, des laboureurs ;Jamais en de lâches fureurs.En des caprices éphémères,Je n'ai pleuré pour des chimères…J'ai connu les saines douleurs,
O douce terre maternelle,Ton enfant est devenu vieuxEt, vers la patrie éternelle.Où tout amour se renouvelle,Je commence à lever les yeux.Reçois donc mes tendres adieux,O douce terre maternelle !
Septembre 1877.
Versification
- Forme
- 9 septains (septains)
- Rimes
- 9(abaabba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 septains
- Mots à la rime
- a maternelle / belle féminine, classiqueb fort / mort / dort masculine, classiquec elle / maternelle féminine, classiquea fois / bois masculine, classiqueb bruyères / fières / hospitalières féminine, classiquec voix / fois masculine, classiquea nature / d'aventure féminine, classiqueb aimé / embaumé masculine, classiquec verdure / nature féminine, classiquea amours / jours masculine, classiqueb caresse / traîtresse / ivresse féminine, classiquec détours / amours masculine, classiquea l'âme / femme féminine, classiqueb yeux / joyeux / aïeux masculine, classiquec flamme / l'âme féminine, classiquea soutient / s'appartient masculine, classiqueb ombrage / l'ouvrage / l'orage féminine, classiquec maintient / soutient masculine, classiquea rimes / intimes féminine, classiqueb vers / sers / univers masculine, classiquec sublimes / rimes féminine, classiquea douleurs / laboureurs masculine, classiqueb sévères / éphémères / chimères féminine, classiquec fureurs / douleurs masculine, classiquea maternelle / éternelle féminine, classiqueb vieux / yeux / adieux masculine, classiquec renouvelle / maternelle féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
63 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation archive.org· Sources