Les symphonies, 1855· Livre troisième
II. Le fruit de la douleur
Sur le versant pierreux‖ d’un plateau du midi,Respirant le soleil‖ d’un hiver attiédi,J’errais en longs détours ;‖ les collines désertesD’arbustes odorants‖ étaient au loin couvertes.Promeneur attentif‖ au plus humble arbrisseau,J’évitais en marchant‖ de blesser un rameau.J’avais déjà suivi‖ tous les sentiers des landesSans briser une tige,‖ une feuille aux lavandes ;Aussi de leurs bouquets‖ intacts et respectés,Nul parfum ne montait‖ dans l’air, à mes côtés.
À travers champs, bientôt,‖ dans ma course plus prompte,Je m’élance, et des fleurs‖ je ne tiens plus de compte ;Je marche au plus touffu‖ des arbustes meurtris,Et disperse à grands pas‖ leurs feuilles en débris.Alors jaillit, alors‖ le vent à longs flots rouleUn doux torrent d’odeurs‖ des plantes que je foule ;Et plus mon pied rapide,‖ au penchant du coteau,À coups précipités‖ frappe comme un fléau,Plus j’écrase, à pas lourds,‖ feuilles, rameaux et tige,Plus l’essaim des parfums‖ rapidement voltige,Et plus épais, dans l’air‖ que j’entraîne en courant,S’amasse et monte au loin‖ un nuage odorant.
Vous, mon Dieu ! parmi nous,‖ quand nos âmes sont mûres,Vous cheminez ainsi,‖ malgré nos vains murmures,Faisant votre moisson ;‖ et, lorsque vous voulezRespirer les parfums‖ dans nos cœurs recélés,La douleur vous précède ;‖ elle vient, sans colère,Ainsi que le coursier‖ foulant le blé sur l’aire,Et brise sous ses pieds,‖ comme moi ces rameaux,Nos fleurs et nos fruits mûrs,‖ et nos espoirs nouveaux.Vous dirigez. Seigneur,‖ tous les coups qu’elle porte ;Les plus durs sont toujours‖ pour l’âme la plus forte.C’est vous, dans la douleur,‖ qui nous êtes présent ;Vous ne nous visitez,‖ mon Dieu, qu’en nous brisant.Mais c’est alors aussi‖ qu’à travers ses blessures,La fleur exhale au loin‖ ses senteurs les plus pures ;Alors, mon Dieu, le cœur‖ brisé par le chagrinVous livre ses vertus‖ comme l’épi son grain,Et mille odeurs ont fui‖ de ses veines subtiles,Qui dormaient jusque-là‖ dans la plante inutile.Alors, enfin, versant‖ de l’argile ou de l’orLe flot immaculé‖ qui s’y gardait encor,L’homme à vos pieds répand,‖ comme fit Madeleine,Les plus divins parfums‖ dont son âme était pleine.
Versification
- Forme
- 3 distiquess (distiques)
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiquess
- Mots à la rime
- a midi / attiédi masculine, classiqueb désertes / couvertes féminine, classiquec arbrisseau / rameau masculine, classiqued landes / lavandes féminine, classiquee respectés / côtés masculine, classiquea prompte / compte féminine, classiqueb meurtris / débris masculine, classiquec roule / foule féminine, classiqued coteau / fléau masculine, classiquee tige / voltige féminine, classiquef courant / odorant masculine, classiquea mûres / murmures féminine, classiqueb voulez / recélés masculine, classiquec colère / l’aire féminine, classiqued rameaux / nouveaux masculine, classiquee porte / forte féminine, classiquef présent / brisant masculine, classiqueg blessures / pures féminine, classiqueh chagrin / grain masculine, classiquei subtiles / inutile féminine, non classiquej l’or / encor masculine, classiquek Madeleine / pleine féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources