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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les symphonies, 1855· Livre premier

III. Les deux muses

Victor de Laprade· strophes variées, alexandrins, 370 vers

À MON AMI ULRIC GUTTINGUER

L’aveugle

L’aveugle a deviné‖ que la Muse, ô pasteurs,Conserve encore ici‖ deux jeunes serviteurs ;Démêlant de vos voix‖ l’harmonieuse trame.Déjà dans votre accent‖ j’ai lu toute votre âme.Vous êtes doux et fiers ;‖ et, puisque vous chantez,Enfants, vous honorez‖ les dieux et respectezLes vieillards qu’on méprise‖ en ces jours de délire ;Car toutes les vertus‖ sont filles de la lyre.Vous m’exaucerez donc :‖ je fus poëte aussi ;Peut-être on sait encor‖ mes chansons loin d’ici.Mais, trop vieux aujourd’hui,‖ des saintes mélodiesL’urne d’or reste close‖ à mes mains engourdies ;Et, par mes yeux éteints,‖ mais non taris de pleurs,La Muse ne fait plus‖ sa moisson de couleurs.

Ce matin, l’air plus tiède,‖ arrivant sous mon chaume,Me guida vers ces prés‖ où le zéphyr s’embaume ;L’aveugle y vient encore,‖ une dernière fois.Respirer le printemps‖ dans l’haleine des bois.Chantez pour moi, bergers,‖ ces be’aux lieux qui vous plaisentCe n’est pas le printemps‖ si les oiseaux se taisent.Pour l’aveugle, chantez !‖ pour lui qui ne peut voirLes cieux de rose ou d’or‖ fleurir matin et soir.Redonnez-moi l’aspect‖ de là nature absente ;Qu’aux clartés de vos vers‖ mon âme encor la sente.Ces bois si chers, ces prés‖ de soleil éclatants.Faites-les-moi revoir‖ par vos yeux de vingt ans.Dites-moi la nature‖ et la saison nouvelleEt le charme secret‖ qui vous attire en elle.Rendez-moi, tous les deux‖ à ce hêtre adossés,Ces combats si charmants,‖ hélas ! et délaissés,Où les bergers, rivaux‖ d’amour et de génie,D’une double chanson‖ mariaient l’harmonie.La Muse aime les chants‖ alternés ; les beaux versSonnent mieux balancés‖ sur deux modes divers.Ouvrez la lutte, enfants !‖ pour prix de la victoire.Je réserve au vainqueur‖ une lyre d’ivoire,Présent d’un dieu pasteur‖ qui vécut parmi nous.L’heureux vaincu prendra‖ cette coupe de houxCiselée avec art,‖ de vin vieux imprégnée ;En un pareil combat,‖ jadis, je l’ai gagnée.

Admète

Salut, printemps, salut !‖ c’est toi qui fais aimer.Salut aux champs, aux bois‖ que tu viens ranimer ;Où, sous chaque rameau,‖ la volupté palpite.Je cherche les forêts,‖ car l’amour les habite.L’odeur des prés m’attire‖ et les vives couleurs ;Car j’y trouve une enfant‖ plus douce que les fleurs.

Erwynn

Ô nature, salut !‖ c’est toi seul, ô ma mère !C’est toi que je visite‖ en ton palais charmant ;Je n’y viens pas, épris‖ d’une idole éphémère,Chercher d’un autre amour‖ l’asile et l’ornement.

Admète

Dans un sentier discret‖ de ce taillis d’yeuse,Rose comme une nymphe‖ et comme elle joyeuse,Moi, j’aperçus Myrto‖ pour la première fois ;J’aime depuis ce temps‖ la campagne et les bois.

Erwynn

Ton vrai charme, ô Nature !‖ est dans ta solitude ;Quand j’erre au sein des bois‖ sans guide et sans chemins,Je m’y sens préservé‖ de toute lassitude ;J’aime avant tout chez toi‖ l’absence des humains.J’y dépose la vie‖ et la charge commune ;Tout vain désir s’y calme‖ et cède à ton attrait ;Devant tes doux tableaux‖ toute image importune,Tout fantôme d’amour‖ s’efface et disparaît.

Admète

Aux pieds des frais buissons‖ l’oubli des soins morosesSe respire au soleil‖ avec l’odeur des roses ;Et la gaîté captive,‖ ainsi qu’un Jeune oiseau.Chante et nargue en fuyant‖ la cage de roseau.Dans ces flots de parfum‖ que l’air des prés balance,Mon âme tout entière‖ hors de mon sein s’élance.Et ne songeant à rien‖ qu’à jouir des beaux jours,Comme une abeille aux fleurs,‖ vole toute aux amours.

Erwynn

Oui, plus libre en ces bois,‖ mon âme y rompt les chaînesDont l’homme et les destins‖ avaient su me lier.Oui, l’oubli se respire‖ avec l’ombre des chênes,Sur les grèves des lacs…‖ j’y viens pour oublier.Tandis qu’au bruit des flots‖ et des forêts que j’aime,La voix des passions‖ s’adoucit et se perd.Mon âme en ces beaux lieux‖ se retrouve elle-même,Et grandit dans sa force‖ en touchant au désert.

Admète

Ah ! le désert est doux‖ pour être deux ensemble ;J’y chéris, ô Myrto,‖ tout ce qui te ressemble ;C’est toi qui m’embellis‖ la taille du palmier,Et l’œil de la gazelle‖ et le cou du ramier.La nature me plaît,‖ la nature est charmante !

Mais d’un charme emprunté‖ des grâces de l’amante.Aveugle avant d’aimer,‖ dans mes rudes penchants,Je ne me doutais pas‖ de la beauté des champs.

Erwynn

Quels yeux ont des regards‖ profonds comme ces ondesSur qui le noir sapin‖ s’incline échevelé ?Quel front si pur de vierge‖ a, sous ses tresses blondes,De ces sommets neigeux‖ l’éclat immaculé ?Quelle voix a l’accent‖ du flot baisant les rives ?Quel amoureux silence‖ est plus délicieuxEt verse un plus long rêve‖ aux âmes attentivesQue l’entretien muet‖ des bois silencieux ?

Admète

Au bord du lac, un jour,‖ sous l’aune et sous le frêne,Belle et sans voile, ainsi‖ qu’une jeune sirène,J’ai vu Myrto tordant‖ l’or de ses longs cheveux :Des perles en tombaient‖ et ridaient les flots bleus.La blancheur de son corps‖ par les rameaux couverteRend l’eau plus sombre autour‖ et la feuille plus verte,Et sur ses pieds de rose‖ arrive en surnageantParmi l’or d’un fin sable‖ une écume d’argent.De ses yeux, de son sein‖ et de ses tresses blondesUn reflet émané‖ flotte au-dessus des ondes ;Et des ombres du bain‖ sous le roc abritéCette molle lueur‖ remplit l’obscurité.Moi, je bénis tout bas‖ l’invitante Naïade,Et Pan qui me cacha‖ sous cette ombreuse arcade,Et les ardeurs de l’air‖ et la fraîcheur de l’eau.Les saules sur le bain‖ étendus en berceau,Tous les dieux de l’été,‖ ces conseillers propices,Des larcins de l’amour‖ joyeux d’être complices,Et par qui, sans combats,‖ des voiles trop discretsLa beauté se désarme‖ à l’abri des forêts.

Erwynn

Un jour, des passions‖ brisant la coupe amère,Las des bonheurs humains‖ avec ennui goûtés,Des promesses du cœur‖ étouffant la chimère,J’ai fui cet air épais‖ qu’on respire aux cités.

J’ai cherché le désert,‖ poussé vers la NaturePar cet attrait sans nom‖ des parfums, des couleurs,Par ce charme qui tient,‖ malgré toute culture,L’homme vers le soleil‖ tourné comme les fleurs.

J’avais des vains plaisirs‖ pris et laissé l’amorceAyant usé de tout‖ je croyais tout savoir ;Docile au sens borné‖ qui s’arrête à l’écorce,Ivre de vains désirs,‖ j’avais nié l’espoir.

Tout le néant du monde‖ et de sa folle pompeS’étalait dans son vide‖ à mon œil ébloui ;Sa sagesse qui ment‖ et sa vertu qui trompe,L’amour même, l’amour‖ s’était évanoui !

Eh bien, je n’avais vu‖ qu’un seul aspect des choses,Avant de les sonder‖ avec l’œil du rêveur ;Je n’allais pas plus loin‖ que le parfum des roses,Je n’avais jugé rien‖ des fruits que la saveur.Mais quand les bois sacrés‖ m’ouvrirent leurs arcades,Quand sous les noirs sapins‖ j’eus gravi les hauts lieux,Sur les glaciers, au bruit‖ des vents et des cascades,L’invisible apparut‖ et dessilla mes yeux.

Dès lors à ce soleil‖ sans nuage et sans tache,Mon âme voit des champs‖ plus touffus et plus verts ;Sous les flots et les fleurs‖ sentant ce qui se cache,Pour son hôte inconnu‖ j’aime cet univers.

Admète

En aimant ces beaux lieux,‖ moi, c’est Myrto que j’aime ;J’y cueille pas à pas‖ ses traces qu’elle y sème ;C’est dans les champs surtout‖ qu’absente je la vois ;J’entends ses pieds courir‖ sur la mousse des bois ;La menthe et le rosier‖ m’apportent son haleine ;Ces épis en flots d’or‖ ondulant sur la plaine.C’est l’or de ces cheveux ;‖ la neige a sa blancheur ;L’alouette a sa voix,‖ la colombe est sa sœur ;La source est un miroir‖ qui retient son image ;Le soupir de la vague‖ en mourant sur la plage,Ces feuillages émus‖ qui parlent mollement.C’est, parmi nos baisers,‖ son doux gémissement.

Erwynn

Le magique pouvoir‖ qui t’a soumis mon âmeN’est pas en d’autres yeux‖ ni dans une autre main ;Ta beauté ne tient pas‖ aux traces d’une femme,Ce que je cherche en toi‖ n’est pas l’aspect humain ;Tu ne dois rien à l’homme,‖ et ton charme, ô Nature !Vient d’ailleurs que des traits‖ entre vous deux pareilsUne âme s’est écrite‖ en ta large structure,Une âme a pris pour corps‖ tes fleurs et tes soleils.

Non, tu n’as pas à l’homme‖ emprunté cette grâce,C’est lui qui te dérobe‖ et doit suivre ta loi ;Il n’est beau qu’en portant‖ imprimé sur sa faceUn peu de l’infini‖ qui rayonne de toi.

Admète

L’homme n’est jamais seul‖ dans les lieux solitaires ;J’y sais mille témoins‖ des amoureux mystères.Chaque arbre et chaque flot‖ a son hôte divin.J’ai surpris dans les bois‖ la Nymphe et le Sylvain.Sous l’écorce j’ai vu‖ le Faune en embuscadeDe ses longs bras tortus‖ enlacer la Dryade.Les tritons argentés,‖ les nymphes aux yeux verts,Souriant aux pêcheurs,‖ s’ébattent sur les mers.J’ai vu mes gais chevreaux‖ et mes brebis paisiblesSouvent bondir au son‖ de pipeaux invisibles ;Puis un Satyre, au loin,‖ apparaissait dansant.J’ai vu, parfois glisser‖ sur l’herbe, au jour naissant,La Napée y semant‖ le safran et la rose.Pareils à nous, ces dieux‖ nous donnent toute chose ;Nous leur devons la flûte‖ avec l’art des chansons,Et surtout de l’amour‖ les fécondes leçons.

Erwynn

L’ineffable habitant‖ qu’enveloppe le mondeSous mille aspects divers‖ est le même en tous lieux ;Il chante avec la feuille‖ et voit à travers l’onde ;Partout présent, cet hôte‖ échappe à tous les yeux.

Mais, si profond qu’il soit‖ dans sa vaste demeure,Quoique baissés toujours‖ ses voiles sont légers ;À nos cœurs par les sens‖ il s’adresse à toute heure,Il communique à nous‖ par mille messagers.

Les bois, les vents, les flots‖ sont pleins d’esprits sonores ;De vivantes odeurs‖ voltigent sur les prés ;L’âme luit à travers‖ les yeux des météores.Je sens, je vois, j’entends‖ ces envoyés sacrés.

Un souffle, des forêts‖ agitant les grands dômes,Verse en moi des accords‖ le fécondant essaim.Dans l’or de ce rayon‖ des tourbillons d’atomes,Avec l’air respirés,‖ viennent vivre en mon sein.

Au penchant du coteau,‖ des mains aériennesÉffeuillent mon bouquet‖ et mêlent mes cheveux.Écrivent leur pensée‖ ou dessinent les miennesSur les horizons d’or‖ où je lis quand je veux.

À ces pouvoirs de l’air‖ sitôt que je me livre,Sans rien faire souvent‖ que respirer et voir,Je sens mes bras plus forts,‖ mon cœur prêt à revivre,Comme un arbre arrosé‖ des pleurs secrets du soir,

De quelques noms divers‖ que la langue les nomme ;Ces esprits d’une autre âme‖ émanent chaque jour ;Venus de l’invisible‖ et se montrant à l’homme,Tous me parlent ainsi‖ d’un mystère d’amour.

Tous semblent me pousser‖ sur une même route,D’où le vulgaire impur‖ s’est lui-même banni,Sur ces échelons d’or,‖ renversés par le doute.Qui vont du globe à Dieu,‖ du cœur à l’infini.

Admète

Par des liens plus doux‖ la campagne m’attache,J’aime en toi ce qu’on voit‖ et non ce qui se cache,Ô Nature ! et ces dons‖ prêts pour chaque désir,Que dispense ta main‖ et que je puis saisir.J’aime ce que la fleur‖ parfumée et vermeilleDit aux yeux, et le chant‖ des oiseaux à l’oreille.J’aime, pour tous les fruits‖ dont tu les as chargés.Ces coteaux généreux‖ et gaîment vendangés ;Ce bois, parce qu’il prête‖ une ombre harmonieuseAu sommeil, à l’amour,‖ à la danse joyeuse ;Ces eaux pour rafraîchir‖ ma coupe, et pour y voirRire avec moi Myrto,‖ qui les prend pour miroir.

Erwynn

La terre a d’autres fruits‖ que les fruits que tu cueilles.Plus doux que les raisins‖ dont tu bois la liqueur,Un breuvage, émané‖ des rayons et des feuilles,Sans passer par ma lèvre‖ enivre aussi mon cœur.

L’oiseau n’a pas de chants,‖ dans sa voix printanière,Divins comme les bruits‖ du silence écouté.Les clartés que je vois‖ en fermant la paupièreDe l’aube orientale‖ effacent la clarté.

Admète

Surtout j’aime, ô campagne !‖ en tes vertes retraites,L’asile et l’ornement‖ qu’à nos amours tu prêtes ;Tu répands à plaisir‖ tes parfums sur le litOù dorment les amours,‖ car l’amour t’embellit.Pour qui n’y porte pas‖ l’image d’une amanteLes champs mettraient en vain‖ leur parure charmante ;De mille fleurs, en vain,‖ le vallon est semé ;Nulle terre n’est belle‖ où l’on a pas aimé.Mais l’amour s’est sevré‖ de voluptés sans nombre,S’il n’a connu jamais‖ les bois, la mousse et l’ombre ;Si jamais au printemps,‖ sous ses fraîches splendeurs,Un vallon des plaisirs‖ n’abrita les ardeurs.Oui, qui n’a pas, à deux,‖ marché par les prairies.N’a jamais su du cœur‖ les douces rêveries.Oui, malgré les baisers,‖ les pleurs, les noms touchants,Nul ne sent bien l’amour‖ s’il ne le goûte aux champs.

Erwynn

Tu sers l’amour aux champs,‖ et les champs m’en délivrent.Si je chéris ces bois‖ et le désert lointain,C’est que les voluptés‖ dont les forêts m’enivrentM’ouvrent contre l’amour‖ un refuge certain.

Sois bénie, ô Nature !‖ et reste souveraine.Toi qui, pour des beautés‖ que rien ne peut flétrir,Me souffla cette ardeur‖ profonde, mais sereine,La seule dont le cœur‖ n’a jamais à souffrir »

Oui, j’ai subi l’amour,‖ j’ai vécu de ses flammes ;Oui, je sais qu’au désert‖ il a mille ornements ;Qu’il agrandit parfois‖ les ailes de nos âmes ;J’ai connu son délire‖ et ses ravissements.

Mais quel tumulte, hélas !‖ la passion déchaîne !N’es-tu donc rien, Amour,‖ qu’un orage éternel ?Amour, on te dirait‖ toujours mêlé de haine ;Tu t’aigris parmi nous‖ comme un levain mortel !

Oui, le fiel est au fond‖ de ta coupe épuisée,Même quand deux grands cœurs‖ se la versent entre eux ;Tu n’es que la douleur‖ un instant déguisée,Qui reprend tôt ou tard‖ ses droits sur les heureux.

Mais toi, culte paisible,‖ amour de la Nature,Tu n’as pas de soupçons,‖ pas de haine à souffler ;L’âme en te respirant‖ se console et s’épure ;Tes pleurs sur notre front‖ tombent sans le brûler.

D’un lien éternel‖ quoique tu nous enchaînes,Jamais l’injuste ennui‖ n’en alourdit le poids :Amour doux à porter‖ comme l’ombre des chênesDans ces chères prisons‖ que je demande aux bois !

Admète

La forêt n’a d’ombrage‖ et de grottes profondesQue pour donner asile‖ aux amours vagabondes.Pour qui tous ces parfums‖ et tous ces nids charmantsNature, s’ils ne sont‖ pour les heureux amants ?Qu’importeraient les fleurs‖ si d’une bien-aiméeNul n’en venait tresser‖ la couronne embaumée !Pourquoi la mousse épaisse‖ et la fraîcheur des eaux ?Pourquoi les voix de l’onde‖ et le chant des oiseaux,Si, de hêtres touffus‖ discrètement couverte,La couche au fond des bois‖ devait rester déserte ?Si le flot qui murmure‖ autour des verts tapisN’y berce mollement‖ des couples assoupis ;Et si l’oiseau d’amour‖ par son chant plus sonorePour des baisers nouveaux‖ ne les réveille encore,Tandis que l’air chargé‖ d’enivrantes odeursDe leur lèvre altérée‖ avive les ardeurs ?

Erwynn

Les ombres sur la mousse‖ en réseaux découpées,Les monts rayés de bois‖ plus jaunis ou plus verts,Les fleurs qu’un art secret‖ parmi l’herbe a groupées,Le nuage mobile‖ aux mille tons divers,

Les sinueux détours‖ des flots qui se poursuivent,Le vol des grands oiseaux,‖ les tourbillons du ventTracent au sein des airs‖ et sur la terre écrivent,Pour qui sait bien les lire,‖ un langage vivant.

Ce bruit vague des airs,‖ des oiseaux et de l’ondeÉveille mes pensées‖ en éveillant tes sens ;Ces parfums exhalant‖ le désir qui t’inondeVersent aussi dans moi‖ des désirs plus puissants.

Ces souffles, ces rayons,‖ ces chœurs de voix lointainesM’arrachent à ce monde,‖ importune prison ;Ils me font pressentir‖ des amours plus qu’humainesEn m’ouvrant l’invisible‖ et son large horizon.

Admète

Charme invitant des bois,‖ douce odeur, douce brise,Va près d’elle, ô printemps,‖ souffle et me favorise !Amenez-moi Myrto,‖ sentiers qu’elle connaît,Champs où comme les fleurs‖ l’amour germe et renaît ;Par votre charme il faut‖ qu’en mes bras elle vienne,Brûlante d’une ardeur‖ vive comme la mienne.Ô vents, semez près d’elle,‖ en allant y gémir,Ces parfums qu’on ne peut‖ respirer sans frémir !Qu’au plus secret du bois‖ elle coure éperdue,M’implorant et craignant‖ parfois d’être entendue,Et qu’au premier abord‖ sentant ma main brûler,Pâle, elle me sourie‖ et ne puisse parler !

Erwynn

Désert, Nature, asile‖ où l’être se transforme,Dans tes chastes séjours‖ reçois mon cœur lassé ;Éloigne de mon âme,‖ afin qu’elle s’endorme,Et les bruits de la vie‖ et l’écho du passé !

La plus sainte vertu‖ que possède ton onde,Ce que je vais chercher‖ dans ton sein, c’est l’oubli.Ce doux sommeil par qui‖ s’éveille un autre monde,Lorsqu’en ta longue paix‖ on reste enseveli.

Parlez donc, ô désert,‖ ô voix de l’invisible,Bois où tout autre amour‖ a pour moi son tombeau,Chantez de l’infini‖ le cantique paisible,Ô Nature ! et bercez‖ en moi l’homme nouveau.

L’aveugle

Sur un mode inconnu‖ ta chanson se déploie,Ô pasteur ! et pourtant‖ je t’écoute avec joie.Avant d’être fermés‖ au splendide univers,Mes yeux ne l’ont pas vu‖ tel que le font tes vers,Mais mon âme aperçoit‖ des régions plus bellesSurgir à la clarté‖ de ces hymnes nouvelles.Je vois qu’un dieu, manquant‖ au ciel ionien,Enrichit d’un accord‖ ton luth aérien.À mon cœur de vieillard‖ cette nature est douce ;Je connais cet ennui‖ qui vers elle te pousse.Il semble que ce luth,‖ au son triste et charmant,Je l’entendis en moi‖ murmurer vaguement.Sois salué, vainqueur !‖ c’est à toi que j’accorde,Puisque toi seul tu peux‖ l’enrichir d’une corde,Ma lyre d’Ionie,‖ antique et saint trésor,Qu’Athènes cisela‖ dans l’ivoire et dans l’or.Jeune homme, elle est aussi‖ d’origine céleste ;Moi, je meurs ! oh ! prends-la !‖ le don sacré lui resteD’imprimer aux accords‖ d’harmonieux contours ;De tes vagues chansons‖ plie à ses lois le cours ;Et qu’un doigt plus soigneux‖ sur ta toile agrandieBrode en vives couleurs‖ la chaste mélodie.Toi, prends la coupe, Admète,‖ et le don plus joyeuxQui verse une autre ivresse‖ et vient aussi des dieux ;Partage-lui tes fleurs‖ ainsi que tes caresses ;Son bois gardera mieux‖ les roses que tu tressesQue le front de Myrto‖ prête, hélas ! dès demain,À s’orner d’un bouquet‖ reçu d’une autre main.Dans cette coupe, alors,‖ près de quelque autre belleVa boire un vin plus vieux‖ à ton amour nouvelle.J’aime aussi ta chanson !‖ j’entendais autrefoisLes flutes des bergers‖ la dire autour des bois ;C’est d’un tel souvenir‖ que coule cette larme.Mais, d’un dieu je subis‖ sans doute ici le charme,Pour un autre est le prix,‖ puisque autres sont les temps.Je te l’aurais donné‖ si j’avais eu vingt ans !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
103[aa] 41[abab]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a pasteurs / serviteurs masculine, classiqueb trame / âme féminine, classiquec chantez / respectez masculine, classiqued délire / lyre féminine, classiquee aussi / d’ici masculine, classiquef mélodies / engourdies féminine, classiqueg pleurs / couleurs masculine, classiquea chaume / s’embaume féminine, classiqueb fois / bois masculine, classiquec plaisent / taisent féminine, classiqued voir / soir masculine, classiquee absente / sente féminine, classiquef éclatants / ans masculine, classiqueg nouvelle / elle féminine, classiqueh adossés / délaissés masculine, classiquei génie / l’harmonie féminine, classiquej vers / divers masculine, classiquek victoire / d’ivoire féminine, classiquel nous / houx masculine, classiquem imprégnée / gagnée féminine, classiquea aimer / ranimer masculine, classiqueb palpite / habite féminine, classiquec couleurs / fleurs masculine, classiquea mère / éphémère féminine, classiqueb charmant / l’ornement masculine, classiquea d’yeuse / joyeuse féminine, classiquea solitude / lassitude féminine, classiqueb chemins / humains masculine, classiquec commune / importune féminine, classiqued attrait / disparaît masculine, classiquea moroses / roses féminine, classiqueb oiseau / roseau masculine, classiquec balance / s’élance féminine, classiqued jours / amours masculine, classiquea chaînes / chênes féminine, classiqueb lier / oublier masculine, classiquec j’aime / elle-même féminine, classiqued perd / désert masculine, classiquea ensemble / ressemble féminine, classiqueb palmier / ramier masculine, classiquec charmante / l’amante féminine, classiqueb penchants / champs masculine, classiquea ondes / blondes féminine, classiqueb échevelé / immaculé masculine, classiquec rives / attentives féminine, classiqued délicieux / silencieux masculine, classiquea frêne / sirène féminine, classiqueb cheveux / bleus masculine, classiquec couverte / verte féminine, classiqued surnageant / d’argent masculine, classiquee blondes / ondes féminine, classiquef abrité / l’obscurité masculine, classiqueg Naïade / arcade féminine, classiqueh l’eau / berceau masculine, classiquei propices / complices féminine, classiquej discrets / forêts masculine, classiquea amère / chimère féminine, classiqueb goûtés / cités masculine, classiquea Nature / culture féminine, classiquea l’amorce / l’écorce féminine, classiqueb savoir / l’espoir masculine, classiquea pompe / trompe féminine, classiqueb ébloui / évanoui masculine, classiquea choses / roses féminine, classiqueb rêveur / saveur masculine, classiquec arcades / cascades féminine, classiqued lieux / yeux masculine, classiquea tache / cache féminine, classiqueb verts / univers masculine, classiquea j’aime / sème féminine, classiqueb vois / bois masculine, classiquec haleine / plaine féminine, classiqued blancheur / sœur masculine, classiquee image / plage féminine, classiquef mollement / gémissement masculine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb main / humain masculine, classiquec Nature / structure féminine, classiqued pareils / soleils masculine, classiquea grâce / face féminine, classiqueb loi / toi masculine, classiquea solitaires / mystères féminine, classiqueb divin / Sylvain masculine, classiquec embuscade / Dryade féminine, classiqued verts / mers masculine, classiquee paisibles / invisibles féminine, classiquef dansant / naissant masculine, classiqueg rose / chose féminine, classiqueh chansons / leçons masculine, classiquea monde / l’onde féminine, classiquea demeure / heure féminine, classiqueb légers / messagers masculine, classiquea sonores / météores féminine, classiqueb prés / sacrés masculine, classiquea dômes / d’atomes féminine, classiqueb essaim / sein masculine, classiquea aériennes / miennes féminine, classiqueb cheveux / veux masculine, classiquea livre / revivre féminine, classiquea nomme / l’homme féminine, classiqueb jour / d’amour masculine, classiquea route / doute féminine, classiqueb banni / l’infini masculine, classiquea m’attache / cache féminine, classiqueb désir / saisir masculine, classiquec vermeille / l’oreille féminine, classiqued chargés / vendangés masculine, classiquee harmonieuse / joyeuse féminine, classiquef voir / miroir masculine, classiquea cueilles / feuilles féminine, classiqueb liqueur / cœur masculine, classiquea printanière / paupière féminine, classiqueb écouté / clarté masculine, classiquea retraites / prêtes féminine, classiqueb lit / t’embellit masculine, classiquec amante / charmante féminine, classiqued semé / aimé masculine, classiquee nombre / l’ombre féminine, classiquef splendeurs / ardeurs masculine, classiqueg prairies / rêveries féminine, classiqueh touchants / champs masculine, classiquea délivrent / m’enivrent féminine, classiqueb lointain / certain masculine, classiquea souveraine / sereine féminine, classiqueb flétrir / souffrir masculine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb ornements / ravissements masculine, classiquea déchaîne / haine féminine, classiqueb éternel / mortel masculine, classiquea épuisée / déguisée féminine, classiqueb eux / heureux masculine, classiquea Nature / s’épure féminine, classiqueb souffler / brûler masculine, classiquea enchaînes / chênes féminine, classiqueb poids / bois masculine, classiquea profondes / vagabondes féminine, classiqueb charmants / amants masculine, classiquec bien-aimée / embaumée féminine, classiqued eaux / oiseaux masculine, classiquee couverte / déserte féminine, classiquef tapis / assoupis masculine, classiqueg sonore / encore féminine, classiqueh odeurs / ardeurs masculine, classiquea découpées / groupées féminine, classiqueb verts / divers masculine, classiquea poursuivent / écrivent féminine, classiqueb vent / vivant masculine, classiquea l’onde / t’inonde féminine, classiqueb sens / puissants masculine, classiquea lointaines / qu’humaines féminine, classiqueb prison / horizon masculine, classiquea brise / favorise féminine, classiqueb connaît / renaît masculine, classiquec vienne / mienne féminine, classiqued gémir / frémir masculine, classiquee éperdue / entendue féminine, classiquef brûler / parler masculine, classiquea transforme / s’endorme féminine, classiqueb lassé / passé masculine, classiquea onde / monde féminine, classiqueb l’oubli / enseveli masculine, classiquea l’invisible / paisible féminine, classiqueb tombeau / nouveau masculine, classiquea déploie / joie féminine, classiqueb univers / vers masculine, classiquec belles / nouvelles féminine, classiqued ionien / aérien masculine, classiquee douce / pousse féminine, classiquef charmant / vaguement masculine, classiqueg j’accorde / corde féminine, classiqueh trésor / l’or masculine, classiquei céleste / reste féminine, classiquej contours / cours masculine, classiquek agrandie / mélodie féminine, classiquel joyeux / dieux masculine, classiquem caresses / tresses féminine, classiquen demain / main masculine, classiqueo belle / nouvelle féminine, classiquep autrefois / bois masculine, classiqueq larme / charme féminine, classiquer temps / ans masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

370 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources