Odes et poèmes, 1844· Livre deuxième
I. Le poème de l’arbre
I À un grand arbre
L’esprit calme des dieux‖ habite dans les plantes.Heureux est le grand arbre‖ aux feuillages épais ;Dans son corps large et sain‖ la sève coule en paix,Mais le sang se consume‖ en nos veines brûlantes.
À la croupe du mont‖ tu sièges comme un roi ;Sur ce trône abrité,‖ je t’aime et je t’envie ;Je voudrais échanger‖ ton être avec ma vie,Et me dresser tranquille‖ et sage comme toi.
Le vent n’effleure pas‖ le sol où tu m’accueilles ;L’orage y descendrait‖ sans pouvoir t’ébranler ;Sur tes plus hauts rameaux,‖ que seuls on voit trembler,Comme une eau lente, à peine‖ il fait gémir tes feuilles.
L’aube, un instant, les touche‖ avec son doigt vermeil ;Sur tes obscurs réseaux‖ semant sa lueur blanche,La lune aux pieds d’argent‖ descend de branche en brancheEt midi baigne en plein‖ ton front dans le soleil.
L’éternelle Cybèle‖ embrasse tes pieds fermes ;Les secrets de son sein,‖ tu les sens, tu les vois ;Au commun réservoir‖ en silence tu bois,Enlacé dans ces flancs‖ où dorment tous les germes.
Salut, toi qu’en naissant‖ l’homme aurait adoré !Notre âge, qui se rue‖ aux lutte convulsives,Te voyant immobile,‖ a douté que tu vives,Et ne reconnaît plus‖ en toi d’hôte sacré.
Ah ! moi je sens qu’une âme‖ est là sous ton écorce :Tu n’as pas nos transports‖ et nos désirs de feu,Mais tu rêves, profond‖ et serein comme un dieu,Ton immobilité‖ repose sur ta force.
Salut ! Un charme agit‖ et s’échange entre nous.Arbre, je suis peu fier‖ de l’humaine nature ;Un esprit revêtu‖ d’écorce et de verdureMe semble aussi puissant‖ que le nôtre et plus doux.
Verse à flots sur mon front‖ ton ombre qui m’apaise ;Puisse mon sang dormir‖ et mon corps s’affaisser ;Que j’existe un moment‖ sans vouloir ni penser :La volonté me trouble,‖ et la raison me pèse.
Je souffre du désir,‖ orage intérieur ;Mais tu ne connais, toi,‖ ni l’espoir, ni le doute,Et tu n’as su jamais‖ ce que le plaisir coûte ;Tu ne l’achètes pas‖ au prix de la douleur.
Quand un beau jour commence‖ et quand le mal fait trêve,Les promesses du ciel‖ ne valent pas l’oubli ;Dieu même ne peut rien‖ sur le temps accompli ;Nul songe n’est si doux‖ qu’un long sommeil sans rêve.
Le chêne a le repos,‖ l’homme a la liberté…Que ne puis-je en ce lieu‖ prendre avec toi racines !Obéir, sans penser,‖ à des forces divines,C’est être dieu soi-même,‖ et c’est ta volupté.
Verse, ah ! verse dans moi‖ tes fraîcheurs printanières,Les bruits mélodieux‖ des essaims et des nids,Et le frissonnement‖ des songes infinis ;Pour ta sérénité‖ je t’aime entre nos frères.
Si j’avais, comme toi,‖ tout un mont pour soutien,Si mes deux pieds trempaient‖ dans la source des choses,Si l’Aurore humectait‖ mes cheveux de ses roses,Si mon cœur recelait‖ toute la paix du tien ;
Si j’étais un grand chêne‖ avec ta sève pure,Pour tous, ainsi que toi,‖ bon, riche, hospitalier,J’abriterais l’abeille‖ et l’oiseau familierQui, sur ton front touffu,‖ répandent le murmure ;
Mes feuilles verseraient‖ l’oubli sacré du mal,Le sommeil, à mes pieds,‖ monterait de la mousse ;Et là viendraient tous ceux‖ que la cité repousseÉcouter ce silence‖ où parle l’idéal.
Nourri par la nature,‖ au destin résignée,Des esprits qu’elle aspire‖ et qui la font rêver,Sans trembler devant lui,‖ comme sans le braver,Du bûcheron divin‖ j’attendrais la cognée.
II La mort d’un chêne
I
Quand l’homme te frappa‖ de sa lâche cognée,Ô roi qu’hier le mont‖ portait avec orgueil,Mon âme, au premier coup,‖ retentit indignée,Et dans la forêt sainte‖ il se fit un grand deuil.
Un murmure éclata‖ sous ses ombres paisibles :J’entendis des sanglots‖ et des bruits menaçants ;Je vis errer des bois‖ les hôtes invisibles,Pour te défendre, hélas !‖ contre l’homme impuissants.
Tout un peuple effrayé‖ partit de ton feuillage,Et mille oiseaux chanteurs,‖ troublés dans leurs amours,Planèrent sur ton front,‖ comme un pâle nuage,Perçant de cris aigus‖ tes gémissements sourds.
Le flot triste hésita‖ dans l’urne des fontaines ;Le haut du mont trembla‖ sous les pins chancelants,Et l’aquilon roula‖ dans les gorges lointainesL’écho des grands soupirs‖ arrachés à tes flancs.
Ta chute laboura,‖ comme un coup de tonnerre,Un arpent tout entier‖ sur le sol paternel ;Et quand son sein meurtri‖ reçut ton corps, la terreEut un rugissement‖ terrible et solennel.
Car Cybèle t’aimait,‖ toi l’aîné de ses chênes,Comme un premier enfant‖ que sa mère a nourri ;Du plus pur de sa sève‖ elle abreuvait tes veines,Et son front se levait‖ pour te faire un abri.
Elle entoura tes pieds‖ d’un long tapis de mousse,Où toujours en avril‖ elle faisait germerPervenche et violette‖ à l’odeur fraîche et douce,Pour qu’on choisît ton ombre‖ et qu’on y vînt aimer.
Toi, sur elle épanchant‖ cette ombre et tes murmures,Oh ! tu lui payais bien‖ ton tribut filial !Et chaque automne à flots‖ versait tes feuilles mûres,Comme un manteau d’hiver,‖ sur le coteau natal.
La terre s’enivrait‖ de ta large harmonie ;Pour parler dans la brise,‖ elle a créé les bois ;Quand elle veut gémir‖ d’une plainte infinie,Des chênes et des pins‖ elle emprunte la voix.
Cybèle t’amenait‖ une immense famille ;Chaque branche portait‖ son nid ou son essaim :Abeille, oiseaux, reptile,‖ insecte qui fourmille,Tous avaient la pâture‖ et l’abri dans ton sein.
Ta chute a dispersé‖ tout ce peuple sonore ;Mille êtres avec toi‖ tombent anéantis ;A ta place, dans l’air,‖ seuls voltigent encoreQuelques pauvres oiseaux‖ qui cherchent leurs petits.
Tes rameaux ont broyé‖ des troncs déjà robustes ;Autour de toi la mort‖ a fauché largement.Tu gis sur un monceau‖ de chênes et d’arbustes.J’ai vu tes verts cheveux‖ pâlir en un moment.
Et ton éternité‖ pourtant me semblait sûre !La terre te gardait‖ des jours multipliés…La sève afflue encor‖ par l’horrible blessureQui dessécha le tronc‖ séparé de ses pieds.
Oh ! ne prodigue plus‖ la sève à ces racines,Ne verse pas ton sang‖ sur ce fils expiré,Mère ! garde-le tout‖ pour les plantes voisines :Le chêne ne boit plus‖ ce breuvage sacré.
Dis adieu, pauvre chêne,‖ au printemps qui t’enivre.Hier, il t’a paré‖ de feuillages nouveaux ;Tu ne sentiras plus‖ ce bonheur de revivre.Adieu les nids d’amour‖ qui peuplaient tes rameaux.
Adieu les noirs essaims‖ bourdonnant sur tes branches,Le frisson de la feuille‖ aux caresses du vent,Adieu les frais tapis‖ de mousse et de pervenchesOù le bruit des baisers‖ t’a réjoui souvent.
Ô chêne, je comprends‖ ta puissante agonie !Dans sa paix, dans sa force,‖ il est dur de mourir ;A voir crouler ta tête,‖ au printemps rajeunie,Je devine, ô géant !‖ ce que tu dois souffrir.
Ainsi jusqu’à ses pieds‖ l’homme t’a fait descendre ;Son fer a dépecé‖ les rameaux et le tronc ;Cet être harmonieux‖ sera fumée et cendre,Et la terre et le vent‖ se le partageront !
Mais n’est-il rien de toi‖ qui subsiste et qui dure ?Où s’en vont ces esprits‖ d’écorce recouverts ?Et n’est-il de vivant‖ que l’immense nature,Une au fond, mais s’ornant‖ de mille aspects divers ?
Quel qu’il soit, cependant,‖ ma voix bénit ton êtrePour le divin repos‖ qu’à tes pieds j’ai goûté.Dans un jeune univers,‖ si tu dois y renaître,Puisses-tu retrouver‖ la force et la beauté !
Car j’ai pour les forêts‖ des amours fraternelles ;Poète vêtu d’ombre,‖ et dans la paix rêvant,Je vis avec lenteur,‖ triste et calme ; et, comme elles,Je porte haut ma tête,‖ et chante au moindre vent.
Je crois le bien au fond‖ de tout ce que j’ignore ;J’espère malgré tout,‖ mais nul bonheur humain :Comme un chêne immobile,‖ en mon repos sonore,J’attends le jour de Dieu‖ qui nous luira demain.
En moi de la forêt‖ le calme s’insinue ;De ses arbres sacrés,‖ dans l’ombre enseveli,J’apprends la patience‖ aux hommes inconnue,Et mon cœur apaisé‖ vit d’espoir et d’oubli.
Mais l’homme fait la guerre‖ aux forêts pacifiques ;L’ombrage sur les monts‖ recule chaque jour ;Rien ne nous restera‖ des asiles mystiquesOù l’âme va cueillir‖ la pensée et l’amour.
Prends ton vol, ô mon cœur !‖ la terre n’a plus d’ombresEt les oiseaux du ciel,‖ les rêves infinis,Les blanches visions‖ qui cherchent les lieux sombres,Bientôt n’auront plus d’arbre‖ où déposer leurs nids.
La terre se dépouille‖ et perd ses sanctuaires ;On chasse des vallons‖ ses hôtes merveilleux.Les dieux aimaient des bois‖ les temples séculaires,La hache a fait tomber‖ les chênes et les dieux.
Plus d’autels, plus d’ombrage‖ et de paix abritée,Plus de rites sacrés‖ sous les grands dômes verts !Nous léguons à nos fils‖ la terre dévastée,Car nos pères nous ont‖ légué des cieux déserts.
II
Ainsi tu gémissais,‖ poète, ami des chênes,Toi qui gardes encor‖ le culte des vieux jours.Tu vois l’homme altéré‖ sans ombre et sans fontaines….Va ! l’antique Cybèle‖ enfantera toujours !
Lève-toi ! c’est assez‖ pleurer sur ce qui tombe ;La lyre doit savoir‖ prédire et consoler ;Quand l’esprit te conduit‖ sur le bord d’une tombe,De vie et d’avenir‖ c’est pour nous y parler.
Crains-tu de voir tarir‖ la sève universelle,Parce qu’un chêne est mort‖ et qu’il était géant ?Ô poète ! âme ardente,‖ en qui l’amour ruisselle,Organe de la vie,‖ as-tu peur du néant ?
Va ! l’œil qui nous réchauffe‖ a plus d’un jour à luire ;Le grand semeur a bien‖ des graines à semer.La nature n’est pas‖ lasse encor de produire :Car, ton cœur le sait bien,‖ Dieu n’est pas las d’aimer.
Tandis que tu gémis‖ sur cet arbre en ruines,Mille germes là-bas‖ déposés en secret.Sous le regard de Dieu‖ veillent dans ces collines,Tout prêts à s’élancer‖ en vivante forêt.
Nos fils pourront aimer‖ et rêver sous leurs dômes,Le poète adorer‖ la nature et chanter ;Dans l’ombreux labyrinthe‖ où tu vois des fantômes,Un idéal plus pur‖ viendra les visiter.
Croissez sur nos débris,‖ croissez, forêts nouvelles !Sur vos jeunes bourgeons‖ nous verserons nos pleurs ;D’avance je vous vois,‖ plus fortes et plus belles,Faire un plus doux ombrage‖ à des hôtes meilleurs.
Vous n’abriterez plus‖ de sanglants sacrifices ;L’âge emporte les dieux‖ ennemis de la paix.Aux chants, aux jeux sacrés,‖ vos séjours sont propices ;Votre mousse aux loisirs‖ offre des lits épais.
Ne penche plus ton front‖ sur les choses qui meurent ;Tourne au levant tes yeux,‖ ton cœur à l’avenir.Les arbres sont tombés,‖ mais les germes demeurent ;Tends sur ceux qui naîtront‖ tes bras pour les bénir.
Poète aux longs regards,‖ vois les races futures,Vois ces bois merveilleux‖ à l’horizon éclos ;Dans ton sein prophétique‖ écoute leurs murmures ;Écoute : au lieu d’un bruit‖ de fer et de sanglots,
Sur des coteaux baignés‖ par des clartés sereines,Où des peuples joyeux‖ semblent se reposer,Sous les chênes émus,‖ les hêtres et les frênes,On dirait qu’on entend‖ un immense baiser !
III Le bucheron
I
Le chêne aux flancs noueux‖ dans l’herbe est couché mort,Mais du vieux bûcheron‖ c’est le dernier effort ;Il pose sa cognée‖ et s’accoude au long manche ;Il se courbe, en soufflant,‖ le pied sur une branche ;Son morceau de pain noir‖ est gagné pour demain ;Et, s’essuyant le front‖ du revers de la main :
« Triste et rude métier‖ que de porter la hache !A ce labeur de mort‖ quel dieu m’a condamné ?Sur tes plus beaux enfants‖ j’ai frappé sans relâche,Et je t’aime pourtant,‖ forêt où je suis né !
« Ton ombre est mon pays ;‖ j’y vieillis ; je sais l’âgeDes grands chênes épars‖ sur les coteaux voisins.Jamais je ne dormis‖ dans les murs d’un village ;Je ne cueillis jamais‖ le blé ni les raisins.
« Ma mère me berça‖ dans la mousse et l’écorce ;J’ai, dans un nid pareil,‖ vu dormir mes enfants ;Et, comme moi jadis,‖ fiers de leur jeune force,Ils grimpaient, tout petits,‖ sur l’arbre que je fends.
« J’ai compté de beaux jours,‖ hélas ! et des jours sombresQue savent tous ces bois,‖ complices ou témoins ;J’ai connu d’autres maux‖ que la faim sous leurs ombres ;Dans un corps endurci‖ l’âme ne vit pas moins.
« Je la sens s’agiter‖ sous le joug qui m’enchaîne ;Et l’arbre, gémissant‖ de mes coups assidus,Parle au noir bûcheron‖ qui fend le cœur du chêneComme aux pales rêveurs‖ sur la mousse étendus.
« J’eus chez vous mon printemps,‖ mes songes, mes chimères,Arbres qui modérez‖ le soleil et le vent !J’ai versé sur vos pieds‖ des larmes bien amères,Mais pour moi votre miel‖ a coulé bien souvent.
« J’entends parfois de loin‖ monter la voix des villes,Elle m’arrive en bruits‖ douloureux et discords ;J’aime mieux écouter‖ ces feuillages mobilesD’où pleut un frais sommeil‖ sur l’âme et sur le corps.
« D’ailleurs, la voix qui siffle‖ en traversant l’érable,Le son calme et plaintif‖ qui s’exhale du pin,Ont un écho dans moi,‖ profond, vague, ineffableDont j’écoute en tous lieux‖ le murmure sans fin.
« Si j’ai vos bras noueux,‖ vos cheveux longs et rudes,J’ai mes chansons aussi,‖ mes bruits graves et doux,Et sur mon front ridé‖ le vent des solitudes,O chênes fraternels,‖ frémit comme sur vous !
« En ennemi, pourtant,‖ sur ces monts que j’outrage,La hache en main, frappant‖ tous mes hôtes chéris,Liés en vifs faisceaux‖ pour un sordide usage,Des rameaux et des troncs‖ j’entasse les débris.
« Aussi mon âme est triste‖ et j’ai le regard sombre ;Destructeur des forêts,‖ je me suis odieux ;J’ai déjà dépouillé‖ cent arpents de leur ombre ;J’ai fait place aux humains ;‖ pardonnez-moi, grands dieux !
« Mais c’est la pauvreté‖ qui par moi vous profane,Saints temples des forêts,‖ arbres que j’aime en vain !Pour mes fils affamés‖ dans ma pauvre cabane,Chaque arbre, hélas ! qui tombe‖ est un morceau de pain.
« La pauvreté ! c’est elle‖ avec qui ce fer lutte ;Elle fait taire en moi‖ ces choses que j’entends ;C’est elle qui renverse,‖ en pleurant sur sa chute,Pour les besoins d’un jour,‖ le chêne de cent ans.
« Heureux ! — si le bonheur‖ visite un riche même,Loin de cette ombre antique‖ où parle un dieu caché, —Heureux le laboureur,‖ heureux celui qui sèmeEt reçut des aïeux‖ son champ tout défriché !
« Il ne récolte pas‖ son pain du sacrilège ;Tranquille en son labeur,‖ ignorant mes combats,Il n’a jamais sapé‖ le toit qui le protège,Ces vieilles amitiés‖ qu’en frémissant j’abats.
« Adieu les troncs divins‖ qu’un peuple immense habite,Les abeilles et l’homme‖ et les oiseaux du ciel,Tours que le vent balance‖ et dont le flanc palpiteRuisselant de fraîcheur,‖ d’harmonie et de miel !
« Il en reste un… marqué‖ du sceau fatal du maître,Mon plus cher souvenir…‖ à frapper quelque jour.Mon vieil hôte, du bois‖ l’ornement et l’ancêtreÀ lui de s’écrouler…‖ Puis ce sera mon tour ! »
II
Frappe, ô vieux bûcheron,‖ et détruis sans murmures :Les anciennes forêts‖ pour la hache sont mûres.L’orage est, comme toi,‖ terrible et bienfaisant.Oui, votre office est rude‖ et ton fer est pesant :Car ces bois sont pour toi‖ consacrés par des tombes,Ces rameaux ont porté‖ le nid de tes colombes,Et ce chêne entouré‖ d’un culte filialPrêta sa mousse épaisse‖ à ton lit nuptial.Dans le vague sommeil‖ où son ombre te plonge,De tes jeunes saisons‖ le rêve se prolonge.Il est dur de saper‖ et de jeter au feuLes vieux piliers du temple‖ où l’on a connu Dieu.Mais des vallons obscurs‖ et peuplés de fantômesAux ailes d’or du jour‖ il faut ouvrir les dômes,Pour qu’un soleil fécond‖ fasse, en dardant sur eux,Fuir de l’humide sol‖ les esprits ténébreux,Et, préparant les champs‖ à des moissons prochaines,Livre à des bras humains‖ le royaume des chênes.Dieu le veut ! les cités‖ déplacent les forêts,Et le désert souvent‖ suit la cité de près.Comme l’arbre, à son jour,‖ quitte ou reprend sa feuille,Quoi que fasse en ses flancs‖ la ruche et qu’elle veuille,Ainsi, docile au vent‖ toujours prêt à souffler,Le monde en ses saisons‖ doit se renouveler.
Sur les coteaux ombreux‖ pour qu’un peuple y fourmille,Fais place avec la hache‖ à ta jeune famille ;Là, sous les cerisiers‖ encor rouges de fruit,Mille bruns moissonneurs‖ souperont à grand bruit ;De beaux enfants joufflus,‖ rentrant le soir aux granges,Passeront en chantant‖ sur le char des vendanges,Et les joyeux voisins‖ viendront se convierA rompre le pain blanc‖ au pied de l’olivier,Et tout ce peuple heureux‖ des vastes métairies,Uni pour le travail‖ en douces confréries,Célèbre en ses chansons‖ l’ancêtre courageuxQui de l’âge de fer‖ vit les jours orageux,Prépara le désert‖ à la culture humaine,Et, pour faire à ses fils‖ un plus libre domaine,Brava, tout en pleurant‖ l’ombre qu’il adorait,L’amour et la terreur‖ de l’antique forêt.
1840.
1842.
1846.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 17(abba) 55(abab) 1(aabbcc) 20((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 72 quatrains, 2 distiquess, 1 sizain
- Mots à la rime
- a plantes / brûlantes féminine, classiqueb épais / paix masculine, classiquea roi / toi masculine, classiqueb t’envie / vie féminine, classiquea m’accueilles / feuilles féminine, classiqueb t’ébranler / trembler masculine, classiquea vermeil / soleil masculine, classiqueb blanche / branche féminine, classiquea fermes / germes féminine, classiqueb vois / bois masculine, classiquea adoré / sacré masculine, classiqueb convulsives / vives féminine, classiquea écorce / force féminine, classiqueb feu / dieu masculine, classiquea nous / doux masculine, classiqueb nature / verdure féminine, classiquea m’apaise / pèse féminine, classiqueb s’affaisser / penser masculine, classiquea intérieur / douleur masculine, classiqueb doute / coûte féminine, classiquea trêve / rêve féminine, classiqueb l’oubli / accompli masculine, classiquea liberté / volupté masculine, classiqueb racines / divines féminine, classiquea printanières / frères féminine, classiqueb nids / infinis masculine, classiquea soutien / tien masculine, classiqueb choses / roses féminine, classiquea pure / murmure féminine, classiqueb hospitalier / familier masculine, classiquea mal / l’idéal masculine, classiqueb mousse / repousse féminine, classiquea résignée / cognée féminine, classiqueb rêver / braver masculine, classiquea cognée / indignée féminine, classiqueb orgueil / deuil masculine, classiquea paisibles / invisibles féminine, classiqueb menaçants / impuissants masculine, classiquea feuillage / nuage féminine, classiqueb amours / sourds masculine, classiquea fontaines / lointaines féminine, classiqueb chancelants / flancs masculine, classiquea tonnerre / terre féminine, classiqueb paternel / solennel masculine, classiquea chênes / veines féminine, classiqueb nourri / abri masculine, classiquea mousse / douce féminine, classiqueb germer / aimer masculine, classiquea murmures / mûres féminine, classiqueb filial / natal masculine, classiquea harmonie / infinie féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquea famille / fourmille féminine, classiqueb essaim / sein masculine, classiquea sonore / encore féminine, classiqueb anéantis / petits masculine, classiquea robustes / d’arbustes féminine, classiqueb largement / moment masculine, classiquea sûre / blessure féminine, classiqueb multipliés / pieds masculine, classiquea racines / voisines féminine, classiqueb expiré / sacré masculine, classiquea t’enivre / revivre féminine, classiqueb nouveaux / rameaux masculine, classiquea branches / pervenches féminine, classiqueb vent / souvent masculine, classiquea agonie / rajeunie féminine, classiqueb mourir / souffrir masculine, classiquea descendre / cendre féminine, classiqueb tronc / partageront masculine, classiquea dure / nature féminine, classiqueb recouverts / divers masculine, classiquea être / renaître féminine, classiqueb goûté / beauté masculine, classiquea fraternelles / elles féminine, classiqueb rêvant / vent masculine, classiquea j’ignore / sonore féminine, classiqueb humain / demain masculine, classiquea s’insinue / inconnue féminine, classiqueb enseveli / d’oubli masculine, classiquea pacifiques / mystiques féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquea d’ombres / sombres féminine, classiqueb infinis / nids masculine, classiquea sanctuaires / séculaires féminine, classiqueb merveilleux / dieux masculine, classiquea abritée / dévastée féminine, classiqueb verts / déserts masculine, classiquea chênes / fontaines féminine, classiqueb jours / toujours masculine, classiquea tombe féminine, classiqueb consoler / parler masculine, classiquea universelle / ruisselle féminine, classiqueb géant / néant masculine, classiquea luire / produire féminine, classiqueb semer / d’aimer masculine, classiquea ruines / collines féminine, classiqueb secret / forêt masculine, classiquea dômes / fantômes féminine, classiqueb chanter / visiter masculine, classiquea nouvelles / belles féminine, classiqueb pleurs / meilleurs masculine, classiquea sacrifices / propices féminine, classiqueb paix / épais masculine, classiquea meurent / demeurent féminine, classiqueb l’avenir / bénir masculine, classiquea futures / murmures féminine, classiqueb éclos / sanglots masculine, classiquea sereines / frênes féminine, classiqueb reposer / baiser masculine, classiquea mort / effort masculine, classiqueb manche / branche féminine, classiquec demain / main masculine, classiquea hache / relâche féminine, classiqueb condamné / né masculine, classiquea l’âge / village féminine, classiqueb voisins / raisins masculine, classiquea l’écorce / force féminine, classiqueb enfants / fends masculine, classiquea sombres / ombres féminine, classiqueb témoins / moins masculine, classiquea m’enchaîne / chêne féminine, classiqueb assidus / étendus masculine, classiquea chimères / amères féminine, classiquea villes / mobiles féminine, classiqueb discords / corps masculine, classiquea l’érable / ineffable féminine, classiqueb pin / fin masculine, classiquea rudes / solitudes féminine, classiqueb doux / vous masculine, classiquea j’outrage / usage féminine, classiqueb chéris / débris masculine, classiquea sombre / ombre féminine, classiqueb odieux / dieux masculine, classiquea profane / cabane féminine, classiqueb vain / pain masculine, classiquea lutte / chute féminine, classiqueb j’entends / ans masculine, classiquea même / sème féminine, classiqueb caché / défriché masculine, classiquea sacrilège / protège féminine, classiqueb combats / j’abats masculine, classiquea habite / palpite féminine, classiqueb ciel / miel masculine, classiquea maître / l’ancêtre féminine, classiqueb jour / tour masculine, classiqueb bienfaisant / pesant masculine, classiquec tombes / colombes féminine, classiqued filial / nuptial masculine, classiquee plonge / prolonge féminine, classiquef feu / Dieu masculine, classiqueg fantômes / dômes féminine, classiqueh eux / ténébreux masculine, classiquei prochaines / chênes féminine, classiquej forêts / près masculine, classiquek feuille / veuille féminine, classiquel souffler / renouveler masculine, classiquea fourmille / famille féminine, classiqueb fruit / bruit masculine, classiquec granges / vendanges féminine, classiqued convier / l’olivier masculine, classiquee métairies / confréries féminine, classiquef courageux / orageux masculine, classiqueg humaine / domaine féminine, classiqueh adorait / forêt masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
334 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources