Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Odes et poèmes, 1844· Livre premier

III. Poème

Victor de Laprade· distiques, alexandrins, 774 vers

I

Du haut des blancs parvis‖ de Cérès Éleusine,Le peuple s’écoulait‖ jusqu’à la mer voisine.Des adieux se mêlaient‖ aux clameurs des nochers ;Les tentes se pliaient‖ au loin sur les rochers ;Trois vaisseaux couronnés‖ de fleurs, de bandelettes,Les jeux étant finis,‖ emportaient les athlètes.Par un chemin antique,‖ assis dans leurs grands chars,Gravement revenaient‖ les riches, les vieillards,Et les vierges d’Attique‖ aux corbeilles fleuriesMarchaient par la campagne‖ en longues théories.

Quand nul ne resta plus‖ du vulgaire joyeux,Dont les rites divins‖ ne frappent que les yeux,Des hommes désireux‖ d’enseignements austères,Et par de saints travaux‖ préparés aux mystères,Se levant tout à coup‖ au bord des bois sacrés,Du temple, avec lenteur,‖ franchirent les degrés.Ils marchaient deux à deux,‖ vêtus de laine blanche,Les pieds nus et le front‖ ceint d’une verte branche.Tous avaient dans l’eau pure,‖ à l’ombre des forêts,Plongé trois fois leur corps‖ en invoquant Cérès ;Tous avaient bu la veille‖ aux amphores prescrites,Et muni de flambeaux‖ leurs mains de néophytes.Ils étaient différents‖ d’âges et de pays,Mais un désir pareil‖ les avait réunis ;Et tels que des oiseaux‖ qui, des bouts d’une plaine,Viennent s’abreuver tous‖ à la même fontaine,Pour y remplir leurs cœurs‖ de sagesse altérés,Aux sources d’Éleusis‖ ils s’étaient rencontrés.

Comme un écho veillant‖ sous le fronton antique,Une voix leur jeta‖ la formule mystique.Alors s’ouvrit le temple‖ immense et ténébreux ;Son souffle glacial‖ fit dresser leurs cheveux,Et sur le seuil, vêtu‖ d’une pourpre flottante,Le rameau d’or en main,‖ parut l’hiérophante.

L’hiérophante

Pourquoi vos pas hardis‖ troublent-ils les saints lieux ?Hommes, dans leur repos‖ laissez dormir les dieux !Quel orgueil, ô mortels‖ que la glèbe réclame,Fait tomber de vos mains‖ la charrue et la rame ?Du joug des vils besoins‖ sous qui tout front blanchit,Du servage commun‖ quel droit vous affranchit ?Tandis que vous perdez‖ les jours en vœux superbes,Vos champs au lieu d’épis‖ ont de mauvaises herbes ;Nul n’amasse pour vous‖ les fruits ou les toisons ;Vous trouverez la faim‖ rôdant vers vos maisons.Cette terre en est-elle‖ à ses moissons suprêmes ?Manque-t-elle à vos socs,‖ et l’onde à vos trirèmes ?Avez-vous donc tari‖ tous les puits des déserts,Et jusqu’aux pics neigeux‖ labouré l’univers ?Vos soleils sont-ils morts,‖ fait-il froid dans vos âmes ?N’avez-vous nulle part‖ des enfants et des femmes ?Le monde offre à vos mains‖ mille biens superflus :Prenez l’or ou l’amour ;‖ que vous faut-il de plus ?

Le chœur

Les dieux nous ont fait naître‖ en d’heureuses contréesRiches d’astres, de fleurs,‖ de sources azurées.Là ne manquent jamais‖ ni la rosée au ciel,Ni le lait aux troupeaux,‖ ni dans les bois le miel.Sans cesse en ces beaux lieux‖ tiédis par les ZéphyreLes prés ont des parfums‖ et les yeux des sourires.C’est là qu’aux pieds du chêne‖ ou des platanes vertsNous avons de vieux toits‖ par la mousse couverts,Des puits sous les palmiers‖ plantés par nos ancêtres ;Le pampre et le laurier‖ embrassent nos fenêtres ;Dans nos sillons, si peu‖ que les creuse l’airain,Nous cueillons chaque été‖ dix épis pour un grain.Là, comme en nos jardins‖ et nos cieux pleins de flammes,C’est toujours le printemps‖ dans le cœur de nos femmes,Et les douces saisons‖ remplissent chaque jourNos corbeilles de fruits‖ et nos âmes d’amour.S’il est un homme heureux,‖ il vit sur ces rivages !Et nous, sans qu’une larme‖ ait baigné nos visages,Nous avons fui : ces biens‖ nous sont presque odieux ;Quelque chose de plus‖ nous est dû par les dieux.Quand le cœur aux désirs‖ éternels est en proie,L’amour est sans douceur,‖ et l’exil a sa joie.Nous cherchons ! les glaciers,‖ les sables et les mersSont pour nous sans terreurs :‖ tous les pains sont amers ;Nul hôte n’est béni‖ s’il n’est sage et prophète !Ce bien rude à trouver‖ dont nous sommes en quête,Ce n’est l’or, ni l’amour,‖ ni le sceptre : à JasonNous n’eussions de Colchos‖ disputé la toison ;Pour suivre jusqu’au bout‖ la voix qui nous entraîne,Nous aurions laissé fuir‖ le navire d’Hélène ;Et, les bras étendus‖ vers un plus saint trésor,Passé sans les cueillir‖ devant les pommes d’or.Le fruit mystérieux‖ dont l’espoir nous altèreNe mûrit pas peut-être‖ au soleil de la terre ;S’il naissait sous un flot,‖ sur un roc élevé,Partout où l’homme atteint,‖ oh ! nous l’aurions trouvé !Nous avons fouillé tout,‖ laissant partout nos traces,Aux sables d’Idumée,‖ aux bois sombres des Thraces ;Notre bouche a pressé‖ les fruits mûrs du lotos,Et bu la neige vierge‖ au sommet de l’Athos.Les peuples nous ont dit :‖ Frappez aux sanctuaires !Nous avons de cent dieux‖ levé les vieux suaires,Interrogé les voix‖ de cent autels divers ;Les caveaux de Memphis‖ pour nous se sont ouverts ;De Delphe et d’Érythrée,‖ au fond des noirs asiles,Nous avons sans effroi‖ vu chanter les sibylles ;Notre oreille attentive‖ a pu saisir le nomQue Phœbus fait redire‖ au magique Memnon ;À Thèbes, des vieux sphinx‖ interrogeant la face,Nous y lûmes des mots‖ que le simoun efface ;Les chênes de Dodone‖ ont parlé devant nous.Et dans Persépolis,‖ humblement à genoux,Nous avons vu briller,‖ sans percer nos nuages,Le foyer éternel‖ qu’alimentent les Mages !Notre esprit cherche encor‖ le bien qui l’a tenté.Est-il ici ? Tu sais‖ lequel !… La Vérité !

L’hiérophante

Tant que vos sens craindront‖ le toucher de la flamme,Hommes ! la vérité‖ n’est pas faite pour l’âme.Si les dieux n’en voilaient‖ les rayons trop ardents,Ce flambeau brûlerait‖ les yeux des imprudents ;Si la terre approchait‖ du dieu qui la féconde,Un éclair de son char‖ aurait dissous le monde.Nul, dans ce feu, ne prend‖ les charbons à son gré ;Ce qu’il faut à chaque âge‖ est là-haut mesuré.La lampe surgira ;‖ mais malheur au profaneQui brise avant le temps‖ son urne diaphane !N’entrez pas au saint lieu‖ pour en sonder les mursEt creuser sous l’autel.‖ Dans les trépieds obscursCraignez de réveiller‖ quelques clartés funèbres,Mortels ! et rendez grâce‖ aux dieux de vos ténèbres !

Le chœur

La vérité, c’est l’air‖ que respire l’esprit,L’aliment créateur‖ dont l’âme se nourrit ;C’est l’haleine des dieux,‖ c’est leur sang qui circule :Mais ce n’est point un feu‖ qui tue, un vent qui brûle.Ô prêtre ! à t’écouter,‖ c’est un fleuve d’enferOù l’homme ne saurait‖ tomber sans étouffer !Ô science ! ô science !‖ ô lac tiède et fluideQui baigne les jardins‖ de l’Olympe splendide,Mer immatérielle‖ aux flots mélodieux,Où plonge en s’abreuvant‖ l’heureux peuple des dieux !Sur leurs longs cheveux d’or‖ d’où ton onde ruisselleQuand l’âme voit de loin‖ jaillir une étincelle,Comme un cygne attiré‖ par le reflet des eaux,En rêve ayant déjà‖ son nid dans tes roseaux,Elle part ; et, volant‖ vers ces sources si belles,Donne pour y monter‖ tout l’essor à ses ailes :Car c’est là qu’elle trouve‖ un breuvage, un lit pur,Là qu’elle lave, enfin,‖ sa blancheur dans l’azur,Livre sa jeune plume‖ à la brise bénie,Et mêle au chant des flots‖ sa goutte d’harmonie !

L’hiérophante

Il est, sur un sommet‖ dans les airs suspendu,Parmi les fleurs d’un sol‖ à vos pas défendu,Il est une fontaine‖ où l’aigle seul vient boire,L’eau de science y coule‖ en un bassin d’ivoire ;Quand l’homme y veut gravir‖ appuyé sur l’orgueil,Le vertige, veillant‖ à la garde du seuil,Du suprême échelon‖ et du faite qu’il toucheLe fait rouler au fond‖ d’un souffle de sa bouche.

Le chœur

Sur le front de l’Atlas‖ nous avons mis nos pieds ;Leur vol n’y porte pas‖ les aigles effrayés.Sur les glaciers béants‖ qui nous tendaient leurs pièges,Nous avons sans ivresse‖ aspiré l’air des neiges ;Le fluide subtil‖ qui flotte en haut des montsN’a pu troubler nos yeux,‖ ni brûler nos poumons ;Et, debout, sans frémir‖ au bord du pic sublime,Nous avons soutenu‖ les regards de l’abîme.Va ! nous pourrons gravir‖ en creusant nos cheminsTout sommet dont la base‖ offre prise à nos mains !

L’hiérophante

Vous saurez, mais trop tard,‖ ô cœurs que rien n’effraie,De quel funeste prix‖ la science se paieEt comme on peut vieillir‖ en un jour révolu !Mais venez !… qu’il soit fait‖ ce que l’homme a voulu !

Le chœur

Esprit, réjouis-toi ;‖ ton attente est passée ;Voici la Vérité,‖ ta belle fiancée ;Avant l’heure d’hymen,‖ au seuil de sa maison,Chante, oiseau plein d’amour,‖ ta plus douce chanson !

II

Le prêtre, en gémissant,‖ livre la porte sainteÀ ces hardis mortels ;‖ eux traversent l’enceinteOù la foule s’arrête,‖ et, sans courber le front,Vont droit au sanctuaire‖ où les voix parleront.

C’était un antre immense,‖ aussi vieux que la terre,Où les Titans vaincus‖ cachaient leur culte austère,Un mont entier creusé‖ des pieds jusqu’aux sommets ;L’œil du jour et des dieux‖ n’y pénétra jamais.Sculptés dans son granit,‖ des monstres séculairesCouvraient de longs troupeaux‖ ses parois circulaires ;Sur un trépied de bronze,‖ un vase empli de feu,Comme un astre immobile,‖ en marquait le milieu.Seul flambeau de qui l’antre‖ empruntait un jour pale,La clarté se mourait‖ près de ses flancs d’opale,Et, sans monter jamais‖ jusqu’aux faîtes obscurs,Son reflet vaguement‖ allait blanchir les murs.

Le globe merveilleux‖ ne laissait point d’issuePar où l’on pût toucher‖ à la flamme aperçue ;Sur ses larges contours‖ un artiste pieuxGrava fidèlement‖ les images des dieux,Leurs combats, leurs amours,‖ les traits de leur sagesse,Ce qu’adoraient enfin‖ l’Orient et la Grèce.Le jour intérieur‖ ne luisait au dehorsQu’en rayons adoucis‖ sortant de leurs beaux corps,Et recevant d’eux seuls‖ sa forme et ses limites,S’échappait en clarté‖ sous le voile des mythes.

L’Olympe y semblait vivre‖ avec ses habitants ;L’homme y tenait sa place‖ après les vieux Titans.Tel que l’avait conçu‖ la foi du monde antique :C’était là du grand tout‖ un abrégé mystique.

Zeus s’y manifestait‖ en ses règnes divers ;Zeus, le père des dieux,‖ l’âme de l’univers,Roi toujours créateur‖ dans ses métamorphoses.Ici, sur l’Eurotas,‖ sortant des lauriers-roses,Cygne voluptueux‖ par Léda caressé,L’aile ouverte et le col‖ dans ses bras enlacé,De deux guerriers jumeaux‖ il rend Sparte féconde,Par ce même baiser‖ qui donne Hélène au monde.Autre part, pour aimer‖ et pour créer encor,Sur une fleur captive‖ il pleut en gouttes d’or.Ailleurs son bras soutient,‖ sans que leur poids l’entraîne,L’effort de tous les dieux‖ suspendus à sa chaîne.Là, sa foudre aux Titans‖ défend l’abord des cieux ;Là, taureau, sur sa croupe‖ il porte en des flots bleus,Vers un monde à peupler‖ dont elle sera mère,Europe aux pieds d’argent‖ que baise l’onde amère.Ainsi, dans ses projets‖ pour l’amour ou l’effroi,Tout élément concourt‖ à servir le dieu-roi.

Plus loin l’ardent Phœbus,‖ le prince au triple empire,Archer qui tient aussi‖ les rênes et la lyre,Devant qui meurt toute ombre‖ et pâlit tout flambeau,Apollon, le dieu seul,‖ sans rival, le dieu beau,Séchant sous ses traits d’or‖ un limoneux refuge,Perce l’impur Python,‖ noir enfant du déluge.Instruit par son oracle,‖ un couple abandonnéSème les cailloux vils‖ dont un grand peuple est né.Déjà, sous le regard‖ de l’éternel poète,L’univers réveillé‖ prend des habits de fête,Et les hommes groupés‖ autour du dieu vainqueurPour la première fois‖ savent chanter en chœur.La lyre enlève aux monts‖ et bâtit les muraillesDes villes qui germaient‖ dans leurs fortes entrailles ;Les sauvages tribus‖ accourant à sa voix,S’approchent en dansant‖ au bord des sombres bois.Tout fleurit sous tes pas !‖ Tu fais croître et transformes,Ô dieu de l’harmonie !‖ ô roi des belles formes !Ton bras, libre des plis‖ de ta chlamide d’or,Montre le vieux serpent‖ qui rampe et hurle encor ;Un orgueil triomphant‖ soulève ta poitrine,Ouvre à demi ta lèvre‖ et gonfle ta narine,Et sur ce monde neuf‖ planant en souverain,Tu jettes sur ton œuvre‖ un œil fier et serein !

Sans rompre encor le chant‖ de son hymne étouffée,L’Èbre roule la tête‖ et la lyre d’Orphée.Sur les bords du torrent‖ les arbres sont en pleurs ;Les monstres des forêts‖ hurlent dans leurs douleurs ;Et l’homme qui doit tout,‖ arts et lois, au poète,Passe auprès, les yeux secs,‖ sans qu’un tombeau s’apprête.

Là, c’est le froid Caucase ;‖ au granit de son front,Avec des liens d’acier‖ que d’autres dieux rompront,Zeus, par la main d’Hermès,‖ a rivé Prométhée.La foule au bas se chauffe‖ à la flamme inventée,Et l’ongle du vautour‖ fouillant ce noble seinPunit le vieux Titan‖ du glorieux larcin.

Chanteur au front pensif‖ que la grâce décore,Auprès d’Hercule assis,‖ le fils de Terpsichore,Linus, du rude athlète‖ ose asservir les doigtsAu doux jeu de la lyre,‖ et conduire sa voix.Mais la corde est rétive‖ aux mains du lourd élève ;Jamais en son gosier‖ un son pur ne s’achève ;Il fausse la cadence ;‖ et la cherchant en vain,Casse la fibre d’or‖ de l’instrument divin.Retiens, maître, retiens‖ toute parole amère !Le stupide géant‖ est prompt à la colère,Il se lève, il écume ;‖ ô douleur ! t’arrachantL’ivoire qui, dans l’air,‖ jette un soupir touchant,Frappe ta blonde tête‖ où s’éteint le sourire,Et brise, au même coup,‖ le chanteur et la lyre.Étanchez dans les fleurs‖ le sang à ses cheveux,Nymphes ! Pleurez sur lui,‖ sur ces hommes pieuxQui, voulant de leur âme‖ animer la matière,Tomberont, comme lui,‖ brisés par le vulgaire !Si tu crains le martyre,‖ étouffe tes chansons,Ô poète ! La mort‖ te paiera tes leçons.Les peuples lasseront‖ ta sagesse déçue :N’offre jamais la lyre‖ à qui tient la massue !Tous étaient là gravés :‖ dieux, demi-dieux, héros,La race des Titans,‖ et ses mille travaux.Comme l’astre qui point‖ sous l’or sculpté des nues,Un feu voilé perçait‖ sous ses formes connues.

C’était Pallas donnant‖ ses trésors et son nomAux champs où doit surgir‖ le divin Parthénon.La vierge au casque d’or,‖ forte, belle et pensive,Frappe le sol d’Afrique‖ et fait jaillir l’olive.

Le front ceint de pavots,‖ assise sur les blés,Cérès offre aux humains‖ ses seins de lait gonflés.Sous un gazon plus vert‖ Rhéa cache les tombes.Aphrodite, bercée‖ au vol de ses colombes,Au milieu des baisers,‖ indique au blond ÉrosUne place où le fer‖ défend mal les héros.

Bacchus, le thyrse en main‖ et la face rougie,Excite l’univers‖ à la mystique orgie.Il se roule en chantant‖ sur le crin des lions ;La sève autour de lui‖ bouillonne ; les sillonsVersent le grain à flots ;‖ les cratères s’allument ;Un baume acre et puissant‖ jaillit des fleurs qui fument.Près du dieu les volcans,‖ les torrents et les boisDonnent tout ce qu’ils ont‖ de feu, d’ombre et de voix ;Le Satyre hurlant‖ se tord sous les caresses ;Tous les êtres vivants‖ confondent leurs ivresses,Et notre terre enfin,‖ dont l’axe est secoué,Semble être une Ménade,‖ et crier : Évohé !

Dans l’ombre, au bord d’une eau‖ que le croissant argente,Écartant doucement‖ le cytise et l’acanthe,Comme un rêve divin‖ Phébé vient se poserPrès du pasteur chéri‖ qu’éveille son baiser.La déesse a d’abord,‖ du bois plein de mystère,Chassé Faunes, Sylvains.‖ Sa beauté solitaire,Vierge pour tous les dieux,‖ garde ses doux secretsAu seul Endymion,‖ fils rêveur des forêts.

Il n’est arbre enchanté,‖ fleur et source magique,Que n’eût pas reproduit‖ le ciseau liturgique.L’urne au corps diaphane‖ offre sur ses contoursDes eaux fuyant la main,‖ des troncs saignant toujours.Là pleure le rocher‖ et l’écorce palpite,Quand la hache a blessé‖ la nymphe qui l’habite.Là, par sa langueur folle‖ à la terre attaché,Sur son miroir Narcisse‖ est à jamais penché,Et végète absorbé‖ dans l’amour de lui-même.Là, pour orner le front‖ du jeune dieu qui l’aime,Un laurier abondant‖ cache à demi Daphné.Là, des doigts de Lotis‖ un fruit est déjà né,Et son corps virginal,‖ dont le pied prend racine,Semble une fleur s’ouvrant‖ sur sa tige divine.Quelque chose d’humain‖ transpire de partout,Et de l’oiseau qui vole‖ et de l’onde qui bout.Chaque arbuste est paré‖ d’une grâce ravie :À le voir végéter,‖ on comprend qu’il eut vie ;Que les êtres issus‖ d’un souffle universelFont entre eux de la forme‖ un échange éternel.

Enfin, du haut d’un mont,‖ sous les pins et les chênes,Pan, le riche berger,‖ surveille ses domaines.Les Nymphes près de lui‖ sont assises en rond ;Deux rameaux verdoyants‖ jaillissent de son front ;Sa main tient le syrinx‖ appliqué sur sa lèvre,Et le gazon en fleurs‖ couvre ses pieds de chèvre.Son visage reluit ;‖ mille étoiles en feuArgentent comme un ciel‖ sa poitrine : le dieuMêle ainsi dans son corps,‖ peint suivant le vieux rite,Ce qui vit ou végète‖ avec ce qui gravite.Autour, l’herbe est épaisse‖ et les bois sont touffus ;Les grands vallons sont pleins‖ de murmures confus.Là, taureaux et brebis,‖ loups, hydres, sphinx énormes,Hommes de divers sang,‖ monstres de toutes formes,Dans l’herbe, dans les blés,‖ dans les marais épars,Semblent depuis mille ans‖ paître sous ses regards.Au loin la mer blanchit‖ sous les pas de la houle.Au-dessus, dans l’éther,‖ comme un sable qui roule,Des milliers d’astres d’or‖ luisent sur chaque lieuDu cercle universel‖ dont Pan est le milieu.Lui, qui fait obéir‖ cet empire à sa flûte,Des éléments discords‖ apaise ainsi la lutte.Roi fort et pacifique,‖ harmonieux pasteur,Modérant la vitesse‖ et pressant la lenteur,Donnant le ton aux voix‖ de l’homme, aux bruits champêtres,Il conduit en chantant‖ le grand troupeau des êtres.

Les hommes admiraient‖ ces tableaux merveilleux ;Et, tandis qu’à genoux‖ ils priaient tous ces dieux,Grave et haute, une voix —‖ on eût dit l’antre même —Se mit à proférer‖ l’enseignement suprême.Ce qu’elle remua‖ d’ombres et de clarté,De terreurs ou d’espoir,‖ nul ne l’a raconté ;Mais tant qu’elle parla,‖ ces mortels pleins d’audacePâlirent en suant‖ une sueur de glace.Quelques fantômes vains‖ s’effaçaient de leurs yeux,Mais un jour effrayant‖ creusait son vide entre eux,Et devant sa lueur,‖ qui chassait des chimères,Ils voyaient s’éclipser‖ bien des figures chères !

Quand l’oracle se tut,‖ une invisible mainFrappa le vase ardent,‖ qui se rompit soudain,Et de dieux en débris‖ la terre fut couverte.S’élançant à grands jets‖ de sa prison ouverte,La flamme inonde l’antre.‖ Éblouis, aveuglés,Par ces vives splendeurs‖ sentant leurs yeux brûlés,Regrettant l’ombre antique,‖ et fuyant la lumière,Les hommes à grands pas‖ sortent du sanctuaire.

III

La grève d’Éleusis‖ entendit des sanglotsSe mêler, tout le soir,‖ au bruit calme des flots,Et des pas retentir,‖ et des voix désoléesSe plaindre en chœur dans l’ombre‖ ou gémir isolées.

Le chœur

Ah ! la terre est déserte‖ et le ciel dépeuplé !Quel est ce dieu secret‖ dont l’oracle a parlé ?Pourquoi s’enferme-t-il‖ en des lieux invisibles ?Les nôtres se montraient‖ sous des formes sensibles,Et les hommes ravis‖ adoraient sans effortsLes esprits immortels‖ vêtus de ces beaux corps !Mais toi, dieu solitaire‖ au delà des nuages,Qui saura pour l’autel‖ nous tailler tes images,De quelles fleurs te ceindre,‖ et de quels traits t’armer ;Et, si nul ne te voit,‖ qui donc pourra t’aimer ?Ô Grèce ! si ces dieux‖ n’étaient rien que tes rêves !Quel doigt sculpta si bien‖ les contours de tes grèves ?Est-ce pour y loger‖ une ombre et de vains nomsQue tes fils ont bâti‖ les sacrés Parthénons ?Adore un dieu plus fort,‖ si l’homme l’imagine,Que ceux qui t’ont donné‖ Platée et Salamine !Pour l’immortel souper‖ qu’attend Léonidas,Trouve un autre Élysée‖ ouvert à tes soldats !Quand on aura brisé‖ les images des temples,De quels dieux nos héros‖ suivront-ils les exemples ?Les autels vont crouler,‖ les vertus avec eux…Ah ! s’il est temps encor,‖ rendez-nous nos faux dieux !

Un statuaire

N’allez plus, ô nochers,‖ pour des œuvres sans gloire,Ravir à l’Orient‖ son or et son ivoire !Fuyons le Pentélique‖ où sculptaient nos aïeux,Et la blanche Paros,‖ cette mine de dieux.Jetons loin nos ciseaux,‖ outils sacrés naguères,Qui ne traceront plus‖ que des formes vulgaires,Nos marbres encensés‖ trônaient sur les autels :Ceux qui faisaient des dieux‖ feront-ils des mortels !

Grèce, où l’amour des dieux,‖ chaleur douce et bénie,Comme un fruit de ton sol‖ fait mûrir le génie,Grèce, Olympe terrestre‖ où respirent encorMille habitants du ciel‖ parés de jaspe et d’or,Qui pourra retrouver,‖ une fois abattues,Le moule harmonieux‖ d’où sortaient tes statues ?Nos fils à l’idéal‖ s’essayeront en vain ;Les hommes ont brisé‖ leur modèle divin.

Vous fuirez les regards‖ des ouvriers profanes,Ô Nymphes qui veniez‖ en des nuits diaphanes,Vous tenant par la main,‖ formant des pas en rond,Les cheveux dénoués‖ et des fleurs sur le front,Sans que rien lui voilât‖ vos beautés ingénues,Devant l’artiste saint‖ poser chastes et nues.

Sèche, ô pâle ouvrier,‖ autour des blocs pesants ;Recommence vingt fois‖ tes calculs épuisants ;Avec l’esprit d’en haut‖ que ta main rivalise ;Cherche avec quel ciseau‖ le beau se réalise ;Tâche de remplacer‖ l’amour à force d’art,Ou, las de méditer,‖ invoque le hasard.Que l’orgueil soit ton guide ;‖ insulte aux vieux mystères,Et ris des visions‖ que copiaient tes pères ;En un sombre atelier‖ mange ton pain amer.Ah ! tu ne verras plus‖ des vagues de la mer,Sur la rive sacrée‖ à tes pas interdite,Sortir, le front riant,‖ l’amoureuse Aphrodite ;Moins blanche qu’eux l’écume‖ errait sur ses beaux piésGardant ses doux attraits‖ de ses deux bras pliés,Belle comme jamais‖ ne l’eût offerte un rêve,Nous la vîmes ainsi‖ de nos yeux sur la grève ;Et nous avons tracé‖ dans un marbre enchantéVotre empreinte idéale,‖ ô Grâce ! ô Volupté !

Si le dieu, supplié‖ jusqu’en son sanctuaire,Ne veut pas révéler‖ sa face, ô statuaire,Si ton cœur ne tressaille‖ aux approches du beau,Si l’or d’un homme impur‖ a payé ton ciseau,Si pour donner son être‖ à la pierre choisie,Sans attendre l’esprit,‖ tu suis la fantaisie ;Jamais devant ton œuvre‖ exposée au saint lieu,Les peuples ne diront‖ tremblants : Voilà le dieu !

Si l’Olympe est un mot,‖ si, d’un signe de tête,Nul dieu n’en fait tomber‖ la vie et la tempête,Assis sur son grand aigle‖ et la foudre en ses mains,Et ne joue à son gré‖ des dieux et des humains ;Si jamais une vierge‖ aux allures hautainesDu beau sceptre de l’art‖ ne vint douer Athènes ;Si devant toi jamais‖ ils n’ont paru tous deux,Aux confins du réel‖ agrandis à tes yeux,Lui, flamboyant d’éclairs‖ que sa droite balance,Elle, portant l’égide‖ et le casque et la lance ;Pourquoi ne peut-on voir‖ ton Zeus et ta Pallas,Sans tomber à genoux,‖ ô divin Phidias ?

Vous que nul dieu n’ira‖ visiter dans vos veilles,Mortels pour qui l’Olympe‖ a perdu ses merveilles,Dans l’atmosphère humaine‖ en vain vous glanerezPour unir en faisceau‖ des rayons séparés ;Les éléments du beau,‖ réunis par contrainte,Manqueront sous vos doigts‖ de la céleste empreinte ;Peut-être atteindrez-vous‖ un fini glacial,Mais jamais la beauté,‖ mais jamais l’idéal !

Le chœur

Une voix chante, ô Mer !‖ et gronde sous tes lames,Une flamme en jaillit,‖ le soir, au choc des rames.Un caprice inconnu‖ règne au fond de tes eaux,Tu berces tour à tour‖ ou brises les vaisseaux ;Ton immense regard‖ s’assombrit ou s’éclaire,On dirait que tu sens‖ l’amour et la colère.La terre et toi luttez ;‖ tu bats son vieux rempart ;Vous avez toutes deux‖ votre existence à part.Sous tes grands bras d’athlète‖ ou tes beaux seins de femme,Corps mobile et sans borne,‖ oh ! n’as-tu pas une âme ?Mille esclaves, ô Mer !‖ peuplent tes flots sacrés,En toi la vie abonde‖ à ses mille degrés,Et comme chez un roi,‖ dans tes profonds domaines,Des trésors inouïs‖ bravent les mains humaines.Sur tes plaines d’azur‖ volent des coursiers blancsDont les crins écumeux‖ battent les larges flancs ;Leur foule en hennissant‖ t’adore et t’accompagne,Quand tu viens sur ton char‖ haut comme une montagne,Des troupeaux monstrueux‖ paissent dans tes forêts,Nul chasseur ne les suit‖ dans tes antres secrets ;Là tu dors dans ta force‖ après tes jours d’orages.L’homme cueille en tremblant‖ la nacre sur tes plages,Dérobe le corail‖ à tes murs de granit,Mais nul n’a vu les bords‖ où ton palais finit,L’esprit seul peut plonger‖ plus loin que ta surface ;Sur ton front éternel‖ nul sillon ne fait trace ;À ton empire il n’est‖ ni termes ni milieu ;Qu’es-tu, vieil Océan,‖ si tu n’es pas un dieu ?

Et toi que rien ne heurte‖ en ta route azurée,Toi dont les pas égaux‖ mesurent la durée,Feu voyageur, Soleil !‖ qui t’a donné l’essor ?Si tu n’as ni coursiers,‖ ni char, ni rênes d’or,Si tu n’es pas d’un dieu‖ l’étincelant quadrigeQuelle force t’entraîne,‖ et quel bras te dirige ?Chaque terre a sa part‖ de tes dons enflammés ;Mais il est des pays‖ qui sont tes bien-aimés.Ah ! si tu restes sourd‖ au culte qu’on t’adresse,D’où vient cette beauté‖ dont se pare la Grèce,Et pourquoi sur son front,‖ de tes baisers couvert,Germe avec tant de fleurs‖ un laurier toujours vert ?

Nourrice aux larges flancs,‖ aux tempes crénelées,Ton char à deux lions‖ roulait dans les vallées ;Tous les êtres vivants,‖ par toi multipliés,Venaient boire à ton sein‖ et jouer sur tes piés ;Mais, ô Terre ! ô Cybèle !‖ ô mère qu’on délaisse !L’homme aime mieux t’avoir‖ esclave que déesse,Et trouve, hélas ! plus doux‖ tes dons de chaque jourS’il les doit à sa force‖ et non à ton amour !Sèvre ce rude enfant‖ qui brise sa lisière,Et boit mêlé de sang‖ le lait qu’offre sa mère !Tarisse ta mamelle‖ et ton flanc dévasté,O Terre, c’en est fait‖ de ta divinité !

Un adolescent

Dans le champ paternel‖ que l’Ilissus arrose,Lorsque je vis Myrtho‖ cueillant le laurier-rose,L’amour ne chantait pas‖ encore dans son cœur ;Elle me désolait‖ avec son air moqueur ;Près d’elle sans rougir‖ m’attirait sur les gerbes.Quand elle avait couru‖ tout le soir dans les herbesEt trouvé quelque nid,‖ rien ne lui manquait plus ;Elle avait cependant‖ ses quinze ans révolus,Et, sans qu’une étincelle‖ allât jusqu’à son âme,L’enfant, elle jouait‖ sous mes regards de flamme !J’immolai deux chevreaux‖ dans le temple d’Éros,Et le dieu réveilla‖ ce marbre de Paros.Myrtho m’avait quitté‖ pour le Thébain Évandre ;Ni larmes ni présents‖ n’obtenaient un mot tendre ;Ses yeux, muets pour moi,‖ parlaient à l’étranger ;Quel caprice ou quel philtre‖ avait pu la changer ?Et moi, de son erreur‖ pour la guérir plus vite,J’apporte une colombe‖ à l’autel d’Aphrodite,Et le soir Myrtho vient‖ s’offrir à mes baisersEn tremblant à son tour‖ de les voir refusés.

Si l’arc d’Éros se brise,‖ et si tu meurs, déesse,Si tu ne prêtes plus‖ aux femmes de la GrèceTa magique ceinture‖ et lui son carquois d’or,Quel charme le printemps‖ nous garde-t-il encor ?Quel dieu fera chanter‖ les nids sous les charmillesEt mettra le désir‖ au cœur des jeunes filles,Et comment éclôront‖ sur un sol attristéLes deux célestes fleurs,‖ l’amour et la beauté ?

Meure l’Olympe entier‖ si nous sauvons les rosesLes vieillards pleureront‖ les dieux vieux et morosesMoi, j’avais froid au cœur‖ devant ces rois grondants ;Ah ! prenne qui voudra‖ leur foudre et leurs tridents !Mais, ô vertes Palès,‖ ô Muses, ô Charites,Prêtresses aux doux yeux‖ dont nous suivons les rites,Nymphes au chant liquide,‖ ô reines des forêtsQui des amants heureux‖ protégez les secrets,Cypris au sein de neige,‖ à l’haleine de flamme,Éros, ô bel archer‖ si doux à percer l’âme,Ô vous par qui l’on aime,‖ ô chœur mélodieux,Ne survivrez-vous pas‖ à cette mort des dieux ?

Le chœur

« Homme, si, las d’amour,‖ la soif du vrai t’altère,Bois à la même source‖ où s’abreuva ton père ;N’y creuse pas le sable‖ en cherchant d’où vient l’eauPour que le flot abonde‖ et jaillisse en ruisseau :L’onde se troublerait,‖ et sous ta main déçuePeut-être en la sondant‖ tu fermerais l’issue. »

Nos vieillards nous l’ont dit,‖ et nous avons ri d’eux !Et te voilà tarie,‖ ô source des aïeux !

Insensés qui fouillez‖ les racines des roses,Respirez le parfum‖ sans nul souci des causes !Quand vous aurez levé‖ tous les voiles sacrésDes flancs de la nature‖ avec art déchirés,Quand vos doigts toucheront‖ les germes de la vie,Que du ventre au tombeau‖ votre œil l’aura suivie,Que le monde en débris‖ vous aura laissé voirLes intimes ressorts‖ qui le faisaient mouvoir,Quand ton œuvre d’orgueil‖ enfin sera complète,Que nous restera-t-il,‖ ô science ? un squelette !

Nous avions une mère‖ et nous buvions son lait,Une mère au front pur‖ et dont l’œil nous parlait ;Par de molles chansons‖ pleines de rêverie,Elle nous endormait‖ sur sa robe fleurie ;Des corbeilles de fruits‖ étaient sur ses genoux,Nos frères les oiseaux‖ partageaient avec nous ;Elle avait le secret‖ d’être féconde et belleEt de rester la même‖ étant toujours nouvelle.Mais l’orgueil et l’ennui‖ nous prirent sur ses bras.— Ô Nature ! pardonne‖ à tes enfants ingrats. —Nous avons immolé,‖ sans crainte, sans mémoire,Au tourment de chercher‖ le doux repos de croire ;Le chant intérieur‖ en nous n’a plus chantéEt nous ne t’avons plus,‖ sainte naïveté !

Le poète

Un chœur au fond des bois‖ invite le poète ;Pan l’attire d’un signe,‖ et l’emporte à sa fête.Un chant alternatif‖ de rire et de sanglotsSort de tous les rameaux,‖ jaillit de tous les flots,Quand l’homme va toucher‖ l’arbuste ou la fontaine,Il voit fuir en dansant‖ quelque forme lointaine ;Des fleurs et des gazons‖ que foule un pied pensif,De la mousse où l’on dort‖ s’échappe un cri lascif ;Au bord de l’antre obscur‖ glisse une tête blonde ;Des yeux fascinateurs‖ nous attirent sous l’onde ;Le feuillage palpite,‖ et crie à nos côtés ;La montagne répond‖ aux mots qu’on a jetés ;Le sol fume et mugit,‖ l’eau pleure, les troncs saignent ;Partout ce sont des voix‖ qui chantent ou se plaignent ;Le monde est plein de dieux‖ cachés sous mille noms,C’est ce chœur qui nous parle,‖ et que nous comprenons !

Et vous deviez nous fuir,‖ peuple aux danses joyeuses,Dryades dont l’œil noir‖ brille au creux des yeuses,Nymphes aux seins rougis‖ des baisers des Sylvains,Adieu l’antre prophète‖ et les arbres devins !Adieu les songes d’or‖ qui peuplent les vieux aunes,Les meutes d’Artémis‖ et le sirynx des Faunes !Un deuil silencieux‖ va peser sur nos champs ;Car les dieux ne sont plus‖ qui conduisaient les chants !A qui conterons-nous‖ nos souffrances secrètesEt qui nous répondra‖ dans les saintes retraites !

Si la nature est vide,‖ et si les dieux sont morts ;S’il ne nous reste plus‖ ici-bas que leurs corps ;Si les mers, les forêts‖ n’ont rien qui sente et veuilleQuand la vague se gonfle‖ et quand tremble la feuille ;Si les flammes des soirs,‖ la pluie et les zéphirs,Ne sont pas des regards,‖ des pleurs et des soupirs ;Si l’homme, dans la source‖ où son âme est trempée,Peut plonger en tous sens‖ sans trouver la Napée ;Si tout enfin, les cieux,‖ les vents, les mers, les nuits,Au lieu d’avoir des voix,‖ n’ont plus rien que des bruits ;Qu’écoutons-nous encor ?‖ Sur nos lyres muettesPenchons-nous pour pleurer‖ et pour mourir, poètes !

Le chœur

Heureux le toit caché‖ dans l’ombre et vert de mousse,Où l’homme est à l’abri‖ de l’ardeur qui nous pousse,Adore sans orgueil‖ les Lares paternels,Son fleuve, sa forêt,‖ les astres éternels,Et la nuit qui le berce,‖ et l’aube qui l’éveille,Et les riches saisons‖ qui comblent sa corbeille,Et tous ces dieux amis,‖ ces esprits familiersErrant dans la nature‖ avec lui par milliers !Jamais l’homme n’est seul‖ dans ces douces vallées,D’hôtes chers et sacrés‖ son cœur les voit peuplées ;Tout lui parle, il comprend,‖ il répond en tout lieu :Chaque être qui l’entoure‖ est son frère ou son dieu !Dans le sentier paisible‖ où sa marche est bornée,Comme l’eau suit son cours,‖ il suit sa destinée ;Son joug facile ou dur‖ ne l’a pas révolté :Il meurt sans avoir craint‖ et sans avoir douté !

Mais si, las d’adorer,‖ il sonde la nature ;S’il chérit moins la paix‖ qu’il ne hait l’imposture ;Si, pour voir ses dieux nus‖ dans leurs antres secrets,Il trouble leur sommeil‖ de ses pas indiscrets ;Pour les faire parler,‖ s’il veut les mettre aux chaînes ;S’il creuse leurs ruisseaux,‖ et s’il fend leurs vieux chênes,Alors des eaux, de l’air,‖ des fleurs, de toutes parts,Comme des vols d’oiseaux‖ s’en vont les dieux épars ;Et, trompé comme nous‖ dans son attente avide,Il s’assied, l’œil en pleurs,‖ seul en face du vide.Dans ce morne royaume‖ il cherche avec effroiAprès les dieux tombés‖ quel est le dernier roi !

Une voix

La terre est conviée‖ à des fêtes prochaines :L’ombre antique s’efface,‖ et l’esprit rompt ses chaînes,Hommes, ne pleurons pas‖ sur nos dieux qui sont mortsSaluons leur sépulcre,‖ et partons sans remords !Aux vieux troncs consumés‖ par le temps et la foudreSuccède un bois plus vert‖ engraissé de leur poudre ;La forêt d’âge en âge‖ a des jets plus puissants,Et nous pourrons à l’ombre‖ y reposer mille ans.Jamais le ciel n’est vide,‖ et les races divinesEn fécondent le sol‖ sous leur saintes ruines :Leur grande âme s’épure‖ au fond de ces tombeaux :D’autres dieux vous naîtront‖ plus jeunes et plus beaux !

Quand le voile est tombé‖ jusqu’aux pieds de l’amante,Tandis qu’elle résiste‖ en sa pudeur charmante,L’amant regrette-t-il,‖ en voyant ses beautés,Les fleurs, la pourpre et l’or‖ de son sein écartés ?Homme, la blanche vierge‖ à tes mains interdite,Que tu dois pressentir‖ sous le voile du mythe,La douce Vérité‖ cédant à ton amour,Arrache de son corps‖ un voile chaque jour ;Chaque jour elle veut‖ qu’on voie ou qu’on devineQuelques grâces de plus‖ dans sa forme divine ;C’est ton amante encor‖ sous des habits nouveaux :Au lieu de la déesse‖ aimais-tu ces lambeaux ?

Laisse, artiste sacré,‖ crouler tes vieux modèles,Sans détacher ta main‖ de tes marbres fidèles ;Quand nul dieu ne s’impose‖ à ton libre ciseau,Écoute ta pensée‖ et cherche l’art nouveau.Si la blanche Aphrodite‖ a déserté les grèves,Contemple les beautés‖ qui peuplèrent tes rêves ;Vers l’Olympe désert‖ ne tourne plus les yeux,Regarde dans ton cœur,‖ c’est là que sont les dieux !Cueille les fleurs et l’or‖ pour vêtir ces idoles,De cent rayons épars‖ tresse leurs auréoles.Glane, ô puissante abeille,‖ en tout notre univers,La forme et la couleur,‖ trésors toujours ouverts.Mêle dans le creuset,‖ pour ton œuvre hardie,Le réel au possible ;‖ imagine, étudie.Vois les taureaux bondir ;‖ vois danser sur les présLes filles aux doux yeux ;‖ dans les couchants dorés,Vois saillir des grands monts‖ les arêtes chenues,Et la pourpre échancrer‖ le noir profil des nues.Vois l’aube nuancer‖ la mer de mille tons ;Le lotus découper‖ ses fleurs hors des boutons,Les nids s’entrelacer‖ sur le chêne difforme :Vois comme le grand tout‖ se sculpte et se transforme.Mêle, quand tu pétris,‖ l’argile entre tes mains.Des gouttes d’eau du ciel‖ à quelques pleurs humains.Prends un peu de ton âme,‖ un peu de la nature,Aux baisers du soleil‖ expose la figure ;Dès que luira son front‖ doré par leur reflet,Ébauché dans ton cœur,‖ le dieu sera complet !

Éros, le dieu vermeil‖ que la mort décolore,Expire sur les fleurs‖ qu’il vient de faire éclore.Pose, ô cœur de seize ans,‖ tes baisers sur son front,Mais sans larme : à leur dieu‖ les roses survivront.Va ! les tendres soucis,‖ les langueurs, les ivresses,La volupté des pleurs,‖ l’âcreté des caresses,Ces flèches de son arc,‖ ces feux de ses autels,Ces mille maux si doux,‖ enfant, sont immortels !L’homme peut voir crouler‖ ses temples d’âge en âge.Les débris de ses lois‖ s’amasser par étage,Ses soleils s’éclipser‖ et brûler tour à tour,Vivre sans rois, sans dieux,‖ mais jamais sans amour !

Garde ton âme ouverte‖ aux saintes voix du monde ;Poète, écoute encor‖ les vents, les bois et l’onde !La main qui de leurs nids‖ chasse les vieux démonsVa loucher le clavier‖ des vagues et des monts,Et l’hymne où mille cris‖ jetaient un sens étrangeTu l’entendras chanter,‖ pur de tout vil mélange.Chaque jour écartant‖ un vain sujet d’effroi,La nature s’approche‖ et tend les bras vers toi ;Vous pourrez vous aimer‖ et vous parler en face ;Plus d’œil caché dans l’ombre‖ et d’Argus qui vous glace.Sans passer à travers‖ les flûtes des Sylvains,Le vent de sa poitrine‖ aura des sons divins ;Sa voix, de jour en jour‖ moins mystique et plus tendre,T’expliquera les mots‖ que nul n’a su comprendre ;À son grand livre ouvert,‖ dans un antre inconnu,Comme en ton propre cœur‖ tu pourras lire à nu.Vous serez confondus‖ dans un hymen suprême ;Tu croiras dans ces bruits‖ t’ouïr chanter toi-même :Car cette âme qui coule‖ et mugit dans les boisS’agite dans ton sang,‖ soupire dans ta voix.Au lieu du vieux chaos‖ où luttaient les génies,Un monde va s’ouvrir‖ tout peuplé d’harmonies,Et tu seras le cri‖ de ce dieu souverainQui se parle à lui-même‖ avec l’organe humain !

Hommes ! l’ardent soleil‖ dont un âge s’éclaireEst pour l’âge qui suit‖ un feu crépusculaire ;Le flambeau de vos fils,‖ qui d’avance vous luit,Près du jour à venir‖ est encore une nuit !À chaque heure l’éther‖ brille de plus de flamme,Et pour s’en pénétrer‖ s’élargit l’œil de l’âme.Chaque jour ce grand lac‖ qui croit incessammentRéfléchit plus au loin‖ l’azur du firmament ;Chaque jour il enferme‖ une nouvelle étoile ;Le ciel, pour s’y mirer‖ jette son dernier voile,Jusqu’à l’embrassement‖ immense et triomphalOù doivent s’absorber‖ la terre et l’idéal.Alors, dans l’Océan,‖ dont elles sont les gouttes,Pour n’en sortir jamais‖ les âmes fondront toutes,Et chaque être vivra‖ dans un être commun,Et la lumière et l’œil,‖ enfin, ne seront qu’un !

À cette heure douteuse‖ où le jour lutte encore,Tournez donc vos regards‖ du côté de l’aurore ;En rappelant à vous‖ l’antique obscuritéN’entravez pas ce char‖ dans l’azur emporté.Tout autre astre pâlit‖ et s’efface d’avance,Sitôt que dans l’éther‖ l’ardent cocher s’élance ;À sa splendeur royale‖ accoutumez vos yeux,Et laissez sans regret‖ fuir le peuple des cieux !Marchez vers l’orient‖ en troupes fraternelles ;Pour un hôte nouveau‖ cueillez des fleurs nouvelles,Et sous un même toit‖ allez vous réunirPour recevoir en paix‖ celui qui doit venir.

1839.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
387((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
58 distiquess, 1 distique
Mots à la rime
a Éleusine / voisine féminine, classiqueb nochers / rochers masculine, classiquec bandelettes / athlètes féminine, classiqued chars / vieillards masculine, classiquee fleuries / théories féminine, classiquea joyeux / yeux masculine, classiqueb austères / mystères féminine, classiquec sacrés / degrés masculine, classiqued blanche / branche féminine, classiquee forêts / Cérès masculine, classiquef prescrites / néophytes féminine, classiqueg pays / réunis masculine, classiqueh plaine / fontaine féminine, classiquei altérés / rencontrés masculine, classiquea antique / mystique féminine, classiqueb ténébreux / cheveux masculine, classiquec flottante / l’hiérophante féminine, classiquea lieux / dieux masculine, classiqueb réclame / rame féminine, classiquec blanchit / affranchit masculine, classiqued superbes / herbes féminine, classiquee toisons / maisons masculine, classiquef suprêmes / trirèmes féminine, classiqueg déserts / l’univers masculine, classiqueh âmes / femmes féminine, classiquei superflus / plus masculine, classiquea contrées / azurées féminine, classiqueb ciel / miel masculine, classiquec Zéphyre / sourires féminine, non classiqued verts / couverts masculine, classiquee ancêtres / fenêtres féminine, classiquef l’airain / grain masculine, classiqueg flammes / femmes féminine, classiqueh jour / d’amour masculine, classiquei rivages / visages féminine, classiquej odieux / dieux masculine, classiquek proie / joie féminine, classiquel mers / amers masculine, classiquem prophète / quête féminine, classiquen Jason / toison masculine, classiqueo entraîne / d’Hélène féminine, classiquep trésor / d’or masculine, classiqueq altère / terre féminine, classiquer élevé / trouvé masculine, classiques traces / Thraces féminine, classiquet lotos / l’Athos masculine, classiqueu sanctuaires / suaires féminine, classiquev divers / ouverts masculine, classiquew asiles / sibylles féminine, classiquex nom / Memnon masculine, classiquey face / efface féminine, classiquez nous / genoux masculine, classiquea nuages / Mages féminine, classiqueb tenté / Vérité masculine, classiquea flamme / l’âme féminine, classiqueb ardents / imprudents masculine, classiquec féconde / monde féminine, classiqued gré / mesuré masculine, classiquee profane / diaphane féminine, classiquef murs / obscurs masculine, classiqueg funèbres / ténèbres féminine, classiquea l’esprit / nourrit masculine, classiqueb circule / brûle féminine, classiquec d’enfer / étouffer masculine, classiqued fluide / splendide féminine, équivalentee mélodieux / dieux masculine, classiquef ruisselle / étincelle féminine, classiqueg eaux / roseaux masculine, classiqueh belles / ailes féminine, classiquei pur / l’azur masculine, classiquej bénie / d’harmonie féminine, classiquea suspendu / défendu masculine, classiqueb boire / d’ivoire féminine, classiquec l’orgueil / seuil masculine, classiqued touche / bouche féminine, classiquea pieds / effrayés masculine, classiqueb pièges / neiges féminine, classiquec monts / poumons masculine, classiqued sublime / l’abîme féminine, classiquee chemins / mains masculine, classiquea n’effraie / paie féminine, classiqueb révolu / voulu masculine, classiquea passée / fiancée féminine, classiqueb maison / chanson masculine, classiquea sainte / l’enceinte féminine, classiqueb front / parleront masculine, classiquea terre / austère féminine, classiqueb sommets / jamais masculine, classiquec séculaires / circulaires féminine, classiqued feu / milieu masculine, classiquee pale / d’opale féminine, classiquef obscurs / murs masculine, classiquea d’issue / aperçue féminine, classiqueb pieux / dieux masculine, classiquec sagesse / Grèce féminine, classiqued dehors / corps masculine, classiquee limites / mythes féminine, classiquea habitants / Titans masculine, classiquea divers / l’univers masculine, classiqueb métamorphoses / lauriers-roses féminine, classiquec caressé / enlacé masculine, classiquee encor / d’or masculine, classiquef l’entraîne / chaîne féminine, classiqueg cieux / bleus masculine, classiqueh mère / amère féminine, classiquei l’effroi / dieu-roi masculine, classiquea empire / lyre féminine, classiqueb flambeau / beau masculine, classiquec refuge / déluge féminine, classiqued abandonné / né masculine, classiquee poète / fête féminine, classiquef vainqueur / chœur masculine, classiqueg murailles / entrailles féminine, classiqueh voix / bois masculine, classiquei transformes / formes féminine, classiquej d’or / encor masculine, classiquek poitrine / narine féminine, classiquel souverain / serein masculine, classiquea étouffée / d’Orphée féminine, classiqueb pleurs / douleurs masculine, classiquec poète / s’apprête féminine, classiquea front / rompront masculine, classiqueb Prométhée / inventée féminine, classiquec sein / larcin masculine, classiquea décore / Terpsichore féminine, classiqueb doigts / voix masculine, classiquec élève / s’achève féminine, classiqued vain / divin masculine, classiquee amère / colère féminine, classiquef t’arrachant / touchant masculine, classiqueg sourire / lyre féminine, classiqueh cheveux / pieux masculine, classiquei matière / vulgaire féminine, classiquej chansons / leçons masculine, classiquek déçue / massue féminine, classiquel héros / travaux masculine, classiquem nues / connues féminine, classiquea nom / Parthénon masculine, classiqueb pensive / l’olive féminine, classiquea blés / gonflés masculine, classiqueb tombes / colombes féminine, classiquec Éros / héros masculine, classiquea rougie / orgie féminine, classiqueb lions / sillons masculine, classiquec s’allument / fument féminine, classiqued bois / voix masculine, classiquee caresses / ivresses féminine, classiquef secoué / Évohé masculine, classiquea argente / l’acanthe féminine, classiqueb poser / baiser masculine, classiquec mystère / solitaire féminine, classiqued secrets / forêts masculine, classiquea magique / liturgique féminine, classiqueb contours / toujours masculine, classiquec palpite / l’habite féminine, classiqued attaché / penché masculine, classiquee lui-même / l’aime féminine, classiquef Daphné / né masculine, classiqueg racine / divine féminine, classiqueh partout / bout masculine, classiquei ravie / vie féminine, classiquej universel / éternel masculine, classiquea chênes / domaines féminine, classiqueb rond / front masculine, classiquec lèvre / chèvre féminine, classiqued feu / dieu masculine, classiquee rite / gravite féminine, classiquef touffus / confus masculine, classiqueg énormes / formes féminine, classiqueh épars / regards masculine, classiquei houle / roule féminine, classiquej lieu / milieu masculine, classiquek flûte / lutte féminine, classiquel pasteur / lenteur masculine, classiquem champêtres / êtres féminine, classiquea merveilleux / dieux masculine, classiqueb même / suprême féminine, classiquec clarté / raconté masculine, classiqued d’audace / glace féminine, classiquee yeux / eux masculine, classiquef chimères / chères féminine, classiquea main / soudain masculine, classiqueb couverte / ouverte féminine, classiquec aveuglés / brûlés masculine, classiqued lumière / sanctuaire féminine, classiquea sanglots / flots masculine, classiqueb désolées / isolées féminine, classiquea dépeuplé / parlé masculine, classiqueb invisibles / sensibles féminine, classiquec efforts / corps masculine, classiqued nuages / images féminine, classiquee t’armer / t’aimer masculine, classiquef rêves / grèves féminine, classiqueg noms / Parthénons masculine, classiqueh l’imagine / Salamine féminine, classiquei Léonidas / soldats masculine, classiquej temples / exemples féminine, classiquek eux / dieux masculine, classiquea gloire / ivoire féminine, classiqueb aïeux / dieux masculine, classiquec naguères / vulgaires féminine, classiqued autels / mortels masculine, classiquea bénie / génie féminine, classiquec abattues / statues féminine, classiquea profanes / diaphanes féminine, classiquec ingénues / nues féminine, classiquea pesants / épuisants masculine, classiqueb rivalise / réalise féminine, classiquec d’art / hasard masculine, classiqued mystères / pères féminine, classiquee amer / mer masculine, classiquef interdite / Aphrodite féminine, classiqueg piés / pliés masculine, classiqueh rêve / grève féminine, classiquei enchanté / Volupté masculine, classiquea sanctuaire / statuaire féminine, classiqueb beau / ciseau masculine, classiquec choisie / fantaisie féminine, classiqued lieu / dieu masculine, classiquea tête / tempête féminine, classiqueb mains / humains masculine, classiquec hautaines / Athènes féminine, classiqued deux / yeux masculine, classiquee balance / lance féminine, classiquef Pallas / Phidias masculine, classiquea veilles / merveilles féminine, classiqueb glanerez / séparés masculine, classiquec contrainte / empreinte féminine, classiqued glacial / l’idéal masculine, classiquea lames / rames féminine, classiqueb eaux / vaisseaux masculine, classiquec s’éclaire / colère féminine, classiqued rempart / part masculine, classiquee femme / âme féminine, classiqueg domaines / humaines féminine, classiqueh blancs / flancs masculine, classiquei t’accompagne / montagne féminine, classiquej forêts / secrets masculine, classiquek d’orages / plages féminine, classiquel granit / finit masculine, classiquem surface / trace féminine, classiquen milieu / dieu masculine, classiquea azurée / durée féminine, classiqueb l’essor / d’or masculine, classiquec quadrige / dirige féminine, classiqued enflammés / bien-aimés masculine, classiquee t’adresse / Grèce féminine, classiquef couvert / vert masculine, classiquea crénelées / vallées féminine, classiqueb multipliés / piés masculine, classiquec délaisse / déesse féminine, classiqued jour / amour masculine, classiquee lisière / mère féminine, classiquef dévasté / divinité masculine, classiquea arrose / laurier-rose féminine, classiqueb cœur / moqueur masculine, classiquec gerbes / herbes féminine, classiqued plus / révolus masculine, classiquee âme / flamme féminine, classiquef d’Éros / Paros masculine, classiqueg Évandre / tendre féminine, classiqueh l’étranger / changer masculine, classiquei vite / d’Aphrodite féminine, classiquej baisers / refusés masculine, classiquea déesse / Grèce féminine, classiquec charmilles / filles féminine, classiqued attristé / beauté masculine, classiquea roses / moroses féminine, classiqueb grondants / tridents masculine, classiquec Charites / rites féminine, classiquea t’altère / père féminine, classiqueb l’eau / ruisseau masculine, classiquec déçue / l’issue féminine, classiquea d’eux / aïeux masculine, classiquea roses / causes féminine, classiqueb sacrés / déchirés masculine, classiquec vie / suivie féminine, classiqued voir / mouvoir masculine, classiquee complète / squelette féminine, classiquea lait / parlait masculine, classiqueb rêverie / fleurie féminine, classiquec genoux / nous masculine, classiqued belle / nouvelle féminine, classiquee bras / ingrats masculine, classiquef mémoire / croire féminine, classiqueg chanté / naïveté masculine, classiquec fontaine / lointaine féminine, classiqued pensif / lascif masculine, classiquee blonde / l’onde féminine, classiquef côtés / jetés masculine, classiqueg saignent / plaignent féminine, classiqueh noms / comprenons masculine, classiquea joyeuses / yeuses féminine, classiqueb Sylvains / devins masculine, classiquec aunes / Faunes féminine, classiqued champs / chants masculine, classiquee secrètes / retraites féminine, classiquea morts / corps masculine, classiqueb veuille / feuille féminine, classiquec zéphirs / soupirs masculine, classiqued trempée / Napée féminine, classiquee nuits / bruits masculine, classiquef muettes / poètes féminine, classiquea mousse / pousse féminine, classiqueb paternels / éternels masculine, classiquec l’éveille / corbeille féminine, classiqued familiers / milliers masculine, classiquee vallées / peuplées féminine, classiqueg bornée / destinée féminine, classiqueh révolté / douté masculine, classiquea nature / l’imposture féminine, classiqueb secrets / indiscrets masculine, classiquec chaînes / chênes féminine, classiqued parts / épars masculine, classiquee avide / vide féminine, classiquef effroi / roi masculine, classiquea prochaines / chaînes féminine, classiqueb morts / remords masculine, classiquec foudre / poudre féminine, classiqued puissants / ans masculine, classiquee divines / ruines féminine, classiquef tombeaux / beaux masculine, classiquea l’amante / charmante féminine, classiqueb beautés / écartés masculine, classiquec interdite / mythe féminine, classiqued amour / jour masculine, classiquee devine / divine féminine, classiquef nouveaux / lambeaux masculine, classiquea modèles / fidèles féminine, classiqueb ciseau / nouveau masculine, classiquec grèves / rêves féminine, classiqued yeux / dieux masculine, classiquee idoles / auréoles féminine, classiquef univers / ouverts masculine, classiqueg hardie / étudie féminine, classiqueh prés / dorés masculine, classiquei chenues / nues féminine, classiquej tons / boutons masculine, classiquek difforme / transforme féminine, classiquem nature / figure féminine, classiquen reflet / complet masculine, classiquea décolore / éclore féminine, classiqueb front / survivront masculine, classiquec ivresses / caresses féminine, classiqued autels / immortels masculine, classiquee âge / étage féminine, classiquef tour / amour masculine, classiquea monde / l’onde féminine, classiqueb démons / monts masculine, classiquec étrange / mélange féminine, classiqued d’effroi / toi masculine, classiquee face / glace féminine, classiquef Sylvains / divins masculine, classiqueg tendre / comprendre féminine, classiqueh inconnu / nu masculine, classiquei suprême / toi-même féminine, classiquek génies / d’harmonies féminine, classiquel souverain / humain masculine, classiquea s’éclaire / crépusculaire féminine, classiqueb luit / nuit masculine, classiqued incessamment / firmament masculine, classiquee étoile / voile féminine, classiquef triomphal / l’idéal masculine, classiqueg gouttes / toutes féminine, classiqueh commun / qu’un masculine, classiquea encore / l’aurore féminine, classiqueb obscurité / emporté masculine, classiquec d’avance / s’élance féminine, classiqued yeux / cieux masculine, classiquee fraternelles / nouvelles féminine, classiquef réunir / venir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

774 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources