Poèmes civiques, 1873· Livre deuxième
XV. Aux hellènes
QUI SONT VENUS COMBATTRE POUR LA FRANCE
Allez, fils des Grecs, délivrez la
patrie, les enfants, les femmes, les
temples des dieux, les tombeaux
des ancêtres. Voilà la lutte suprême.(Eschyle, les Perses.)
Allez, fils de la Grèce,‖ et soyez en exempleA ces peuples ingrats‖ sauvés de notre sang ;D'un regard lâche et froid‖ l'Europe nous contemple,Et vous venez pour nous‖ mourir au premier rang.
Vous seuls vous souvenez‖ des œuvres de la France,Lorsque chacun l'oublie‖ ou l'insulte en son deuil ;Vous seuls vous prononcez‖ le mot : reconnaissance !A le dire bien haut‖ vous mettez votre orgueil.
Soyez bénis ! venez,‖ ô généreuse race.Vous de la liberté‖ les plus anciens soldats ;Vous seuls sous nos drapeaux‖ méritez une place,Enfants de Thémistocle‖ et de Léonidas.
Passez calmes et fiers,‖ et brillez dans nos villesComme un rayon de gloire‖ à travers nos malheurs,Et tombez avec nous,‖ héros des Thermopyles,Tels que vos grands aïeux‖ et couronnés de fleurs.
Peuple orné par le ciel‖ de ses dons les plus rares,Peuple chez qui la Muse‖ eut son premier autel,Enseignez-nous, ô Grecs,‖ à chasser les barbares ;Montrez-nous comme on meurt‖ pour renaître immortel,
Guerriers que mon enfance‖ admirait avec larmes.Salut, ô Nikitas,‖ Canaris, Botzaris !Je reconnais vos fils‖ et je baise vos armes…Athènes les devait‖ à sa fille Paris.
Venez de tous ces lieux‖ d'où nous vint la lumière.Où le jour s'est levé‖ pour tout le genre humain ;Et des Huns ténébreux‖ sauvez, peuple d'Homère,Le flambeau du progrès‖ remis à notre main.
Dussiez-vous y périr,‖ votre gloire est certaine ;Chacun de vos exploits‖ au loin sera conté.Lorsqu'on dira vos noms‖ dans Sparte et dans Athène,La France répondra :‖ « Morts pour la liberté ! »
Deux nations, deux sœurs‖ par les hautes pensées,Mères de la pitié,‖ mères des douces lois,Préparent à vos morts‖ des couronnes tresséesDu laurier de l'Attique‖ et du chêne gaulois.
Et vous, soyez témoins,‖ vous leurs divins ancêtres ;Du haut du Parthénon‖ regardez jusqu'à nous,Vous que l'esprit humain‖ aura toujours pour maîtres,Et saluez vos fils !‖… Ils sont dignes de vous.
Ils tiennent de vous seuls‖ ces généreuses flammes,Poètes souverains,‖ guerriers, sculpteurs, penseurs ;Vous avez fait leurs corps‖ aussi beaux que leurs âmesEt vous nous les donnez,‖ maîtres, pour défenseurs.
O Grecs ! mon humble voix‖ par les pleurs étoufféeVous dit trop mal nos cœurs,‖ nos vœux reconnaissant sAlouette gauloise,‖ aux cygnes de l'AlphéeJ'adresse de trop bas‖ mes saluts impuissants.
Mais là-haut, dans l'éther,‖ loin du globe éphémèreQue souillent ces tyrans‖ promis aux coups des dieux,Dans les champs éternels‖ peints par le grand Homère,Je vois se rencontrer‖ deux groupes radieux :
Ils sont là tous, Bayard,‖ Turenne, Ulysse, Achille,Platon et Phidias,‖ et Lamartine aussi !Et, devant eux, Corneille‖ a pris la main d'Eschyle,Le salue et l'embrasse‖ en lui disant : Merci !
Janvier 1871.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a exemple / contemple féminine, classiqueb sang / rang masculine, classiquea France / reconnaissance féminine, classiqueb deuil / orgueil masculine, classiquea race / place féminine, classiqueb soldats / Léonidas masculine, classiquea villes / Thermopyles féminine, classiqueb malheurs / fleurs masculine, classiquea rares / barbares féminine, classiqueb autel / immortel masculine, classiquea larmes / armes féminine, classiqueb Botzaris / Paris masculine, classiquea lumière / d'Homère féminine, classiqueb humain / main masculine, classiquea certaine / Athène féminine, classiqueb conté / liberté masculine, classiquea pensées / tressées féminine, classiqueb lois / gaulois masculine, classiquea ancêtres / maîtres féminine, classiqueb nous / vous masculine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb penseurs / défenseurs masculine, classiquea étouffée / l'Alphée féminine, classiqueb s / impuissants masculine, classiquea éphémère / Homère féminine, classiqueb dieux / radieux masculine, classiquea Achille / d'Eschyle féminine, classiqueb aussi / Merci masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1879· numérisation archive.org· Sources