Psyché, 1841
Livre premier
ARGUMENT ÉDEN OU L’AGE D’OR. — BONHEUR PRIMITIF. CHUTE DE L’HOMME. I. Psyché s’éveille dans les jardins de l’Amour. — L’âme humaine est placée par Dieu au sein d’une merveilleuse nature appropriée à tous nos besoins. — L’être nouveau-né sent la parole éclore sur ses lèvres, et répond de lui-même aux harmonies du monde extérieur, qui le salue comme son frère et comme son roi. — Toute la création parle à Psyché d’un maître invisible et tout puissant, d’un époux à qui elle est destinée. — Les pressentiments de l’âme, la révélation intérieure lui avaient déjà promis cet époux divin. — Toutes les voix de la nature, messagères de Dieu, annoncent à la jeune fille la venue d’Éros. — Le soir, leurs noces mystiques sont célébrées dans un palais ténébreux. — Il est interdit à Psyché de chercher à voir son époux. II. Bonheur de Psyché dans cette union de l’innocence et de l’amour. — Félicité primitive de l’Éden fondée sur l’ignorance du bien et du mal. — Intimité de l’homme avec la nature et avec Dieu, dont il reçoit une révélation obscure encore et incomplète par la voix de tous les êtres. — Dialogue de Psyché avec les créatures toutes amies et pacifiques ; elle les interroge sur l’époux invisible. — L’attrait de l’inconnu, le besoin de l’infini, naturels au cœur de l’homme, commencent à agiter l’épouse d’Éros au milieu des douceurs de son union mystérieuse. III. En vain le nocturne amant revient consoler Psyché ; l’inquiétude de l’esprit et du cœur augmente. — Le désir de connaître l’idéal invisible, de posséder l’infini trouble les délices du chaste hymen. — En vain toute la nature invite l’âme à la soumission, à la confiance ; l’implacable besoin de savoir et de sentir, une curiosité mêlée de concupiscence et d’orgueil l’emportent dans le cœur de Psyché sur la tendresse et sur la crainte. — Elle transgresse l’ordre de son époux et les lois du destin ; la lampe fatale est allumée. — Psyché reconnaît, dans le Dieu qui la visite chaque nuit, l’Amour, le plus beau, le plus puissant des dieux. — Touché par une goutte d’huile brûlante, Éros se réveille et prononce l’arrêt qui bannit Psyché et termine l’âge d’or. — Ainsi s’est consommée la première faute à laquelle se rattache l’origine de tout mal ; Ève a mangé le fruit défendu ; la boîte de Pandore est ouverte ; la douleur est entrée dans le monde. — Mais en proclamant la déchéance, le dieu fait entrevoir un présage de réhabilitation. En annonçant à Psyché les épreuves de l’exil, Éros laisse tomber une larme, et, avec cette larme, la promesse de la rédemption.
I
Le matin rougissant,‖ dans sa fraîcheur première,Change les pleurs de l’aube‖ en gouttes de lumière,Et la forêt joyeuse,‖ au bruit des flots chanteurs,Exhale, à son réveil,‖ ses humides senteurs.La terre est vierge encor,‖ mais déjà dévoilée,Et sourit au soleil‖ sous la brume envolée.
Entre les fleurs, Psyché,‖ dormant au bord de l’eau,S’anime, ouvre les yeux‖ à ce monde nouveau ;Et, baigné des vapeurs‖ d’un sommeil qui s’achève,Son regard luit pourtant‖ comme après un doux rêve.La terre avec amour‖ porte la blonde enfant ;Des rameaux par la brise‖ agités doucement,Le murmure et l’odeur‖ s’épanchent sur sa couche ;Le jour pose, en naissant,‖ un rayon sur sa bouche.D’une main supportant‖ son corps demi-penché,Rejetant de son front‖ ses longs cheveux, PsychéÉcarte l’herbe haute‖ et les fleurs autour d’elle,Respire, et sent la vie,‖ et voit la terre belle ;Et, blanche, se dressant‖ dans sa robe aux longs plis,Hors du gazon touffu‖ monte comme un grand lis.Les arômes, les bruits‖ et les clartés naissantes,Les émanations‖ de partout jaillissantes,Ont envahi son âme,‖ ébranlée un moment ;Et devant la nature‖ elle hésite en l’aimant.Dans une langue, alors,‖ que la vierge surpriseSut comprendre et parler‖ sans qu’elle l’eût apprise,Les fleurs et les oiseaux‖ étant là seuls vivants,Un invisible chœur‖ chantait avec les vents :
Chœur invisible
« Viens, nous t’aimons déjà ;‖ viens, ô douce inconnue !La terre où tu manquais‖ tressaille à ta venue.Viens, habite avec nous‖ ce monde jeune et pur ;Nul être malfaisant‖ n’en trouble encor l’azur.Prends avec nous ta part‖ de ses faveurs fécondes,Goûte avec amitié‖ ses épis et ses ondes.Ses arbres innocents‖ n’ont pas de fruits amers,Et la douceur du miel‖ coule au fond de ses mers.Mêle au sien ton bonheur,‖ et ta grâce à ses grâces ;Ses germes de beauté‖ fleuriront sur tes traces.Sois belle, sans rougir,‖ dans ton jardin natal ;On n’y connaît pas plus‖ la pudeur que le mal.Viens ! De tes frais pensers‖ ne fais point de mystèresA ces plantes, tes sœurs ;‖ à ces oiseaux, tes frères. »
Psyché
« Que la lumière est douce !‖ et que l’air plein d’encensBaigne d’un flot sonore‖ et pénètre mes sens !Quel souffle harmonieux‖ me caresse et m’enivre !Et si la vie est telle,‖ oh ! qu’il est bon de vivre !Vivais-je avant cette heure ?‖ ai-je vu ce soleil ?N’est-ce pas ma naissance‖ et mon premier réveil ?J’ai bien, au fond du cœur,‖ j’ai de vagues images ;Je revois des vallons,‖ des fleuves, des rivages,Où, le front couronné,‖ j’allais, fille de roi,Guidant au bord des eaux‖ des vierges comme moi.Mais dans ce pâle monde‖ aux formes indécises,Ni chansons, ni parfums‖ ne flottaient sur les brises ;La terre était muette‖ et le ciel sans clarté ;Et je n’y sentais pas‖ la vie et la beauté.Ah ! j’ai dormi peut-être !‖ En un rêve encor sombre,De ce monde promis‖ j’aurai vu passer l’ombre.Chœur des vivants, salut !‖ Salut, ô monde vrai,En qui je me réveille‖ et dans qui je vivrai !Terre, fleuves, oiseaux,‖ divin peuple des êtres,Êtes-vous, dites-moi,‖ mes hôtes ou mes maîtres ?Bruits, souffles embaumés,‖ rayons, charme des yeux,Faut-il que je t’adore,‖ ô monde harmonieux ! »
Chœur invisible
« Nous entourons d’amour‖ la couche où tu reposes,Enfant, toi la plus belle‖ et la reine des choses.Vois ! partout, dans ces bois,‖ ces prés, sur ces hauteurs,Dans ces fleuves, il est‖ pour toi des serviteurs. »
Psyché
« La terre à mon réveil‖ portait, déjà parée,Les chênes, peuple antique,‖ et la moisson dorée ;Ces flots avaient coulé,‖ ces rochers étaient vieux,Et la plus jeune fleur‖ s’ouvrit avant mes yeux.Sans moi l’herbe a verdi,‖ l’onde a trouvé sa pente ;Un autre ordonna tout,‖ avant mon âme absente ;Un maître ici se cache,‖ et si ce n’est pas toi,Ô voix de ces beaux lieux !‖ quel est donc notre roi ?
Chœur invisible
« Réglant l’être et la vie‖ en un accord suprême,Le roi de cet empire‖ asservit les dieux même ;Par lui, le fier lion‖ rugit dans les forêts,Et les monstres des mers‖ bondissent sous ses traits.Nous, tour à tour chantant,‖ voix joyeuses ou gravesVenant de lui vers toi,‖ nous sommes ses esclaves. »
Psyché
« J’ai gardé du sommeil‖ un rêve, un rêve aimé,Éclos à la même heure‖ où mon cœur fut formé :Une voix qui semblait‖ descendre des collinesM’appelait, m’invitait‖ à des noces divines.Les vierges me paraient‖ pour un hymen certain.Vers l’époux inconnu,‖ roi d’un pays lointain,Entraînée, et cédant‖ à d’invisibles charmes,J’allais avec amour,‖ mais non sans quelques larmes.Le réveil, ces beaux lieux,‖ ce jour qui luit sur moi,De mes désirs craintifs‖ ont redoublé l’émoi. »
Chœur invisible
« Espère ! À son vrai but,‖ comme la source viveÀ l’éternelle mer,‖ toute espérance arrive.Chaque rêve et chaque ombre‖ ont leur réalité.Viens ! par le jeune époux‖ ce monde est habité ;C’est lui qui nous envoie,‖ abrégeant ton attente,Au seuil de son palais‖ saluer son amante. »Et la voix s’éteignit ;‖ mais le son prolongéFlottait encor dans l’air,‖ de musique chargé.Sur l’haleine de l’onde‖ et de l’herbe attiédie,Comme un soupir du sol‖ montait la mélodie. »
Psyché, livrant son âme‖ aux souffles merveilleux,Aux accords, aux rayons‖ émanés de ces lieux,S’avance au bord du fleuve,‖ et, dans sa marche lente,Écoute chaque oiseau,‖ répond à chaque plante.La tendre sympathie‖ illumine son œil ;Les cygnes et les lis‖ lui rendent son accueil ;Flots et feuilles, près d’elle,‖ ont un plus frais murmure,La terre abondamment‖ exhale une odeur pure.Tous les êtres domptés‖ semblent, pour sa douceur,L’adorer comme reine‖ et l’aimer comme sœur.L’enfant partage entre eux‖ les grâces du sourire,Et prend possession‖ du fraternel empire ;Sa main des grands lions‖ flatte les crins épais,— Car rien n’avait alors‖ troublé l’antique paix ;Tout ce qui vit formait‖ une seule famille. —Mille oiseaux par les bois‖ suivent la jeune fille ;La mousse s’épaissit‖ lorsqu’elle y veut s’asseoir.
Ainsi dans la vallée‖ elle erra jusqu’au soir,Admirant tout, les fleurs,‖ les cieux, et l’air sonore,Et rêvant de ce roi‖ qui se cachait encore.Or la nuit, déployant‖ ses ailes de vapeurs,Ramène vers Psyché‖ les invisibles chœurs ;C’est d’abord sur la brume‖ une rumeur qui vole,Et le son rapproché‖ devient une parole
Chœur invisible
« Voici l’heure d’hymen !‖ Nous précédons l’époux ;Il éteint les flambeaux‖ de son bonheur jaloux.Revêtant ses plaisirs‖ de calme et de mystère,Il attend pour aimer‖ l’heure où s’endort la terre.Les petits des oiseaux,‖ l’un sur l’autre serrés,Et l’abeille en sa ruche,‖ et la cigale aux prés,Et les nappes d’azur‖ que nuls souffles ne plissent,Et le vent dans sa grotte,‖ et les bois s’assoupissent.Sur les insectes d’or‖ les lis sont déjà clos,Et le dernier rayon‖ est rentré sous les flots,Sans que bruits ou lueurs‖ troublent sa paix suprême,La sainte volupté‖ peut jouir d’elle-même.Que l’ombre sur ton front‖ pleuve sans t’alarmer ;Viens, l’inconnu t’attend,‖ viens, c’est l’heure d’aimer ! »
Devant elle glissant‖ comme un zéphyr paisible,Le chœur, chaînant toujours‖ et toujours invisible,Sur sa trace écartait‖ doucement les rameaux ;Et Psyché, telle on voit‖ sur l’écume des eaux,Derrière un grand navire‖ une fleur qui surnage,Suivait à son insu‖ l’harmonieux sillage.Et le flot la porta‖ vers le palais heureux ;Par la vertu des chants,‖ il s’ouvrit devant eux.
Or, sous les toits déserts‖ les mêmes voix mystiquesLa conduisaient encore‖ à travers les portiques ;Elle y semblait voguer‖ sur des courants secrets ;Tel, sur le lac tombé,‖ le rameau des forêts,Par des eaux qu’on dirait‖ immobiles, sereines,Est poussé jusqu’au fond‖ des grottes souterraines.La vierge ainsi s’avance,‖ effleurant les tapis,Entre les murs jaspés‖ de marbre et de lapis,Où de mille flambeaux,‖ sous l’azur des arcades,L’or étincelle au front‖ des blanches colonnades.Et l’invisible guide‖ a déposé PsychéSur le lit nuptial‖ dans la pourpre caché.La voix expire alors,‖ le palais devient sombre :L’enfant s’étonne et tremble,‖ et pleure au sein de l’ombre ;Rien ne la distrait plus‖ du trouble intérieur.Son innocence ajoute‖ encore à sa frayeur.
Une autre voix bientôt‖ monta dans ce silence,Un chant si doux, si plein‖ de grâce et de puissance,Qu’auprès de sa musique,‖ ornement de la nuit,Les premières chansons‖ n’étaient rien qu’un vain bruit.C’est l’invisible roi‖ du vallon de délices,Il vient de l’âme en fleur‖ posséder les prémices ;C’est l’archer qui répand‖ ses flèches en tout lieu,C’est l’époux, c’est Êros,‖ c’est vous, ô jeune Dieu !
Ne crains pas, ô Psyché !‖ Dans cette nuit propice,Souffre en toi que l’espoir‖ avec l’amour se glisse.Voici, voici l’époux :‖ son visage est voilé,Mais son cœur à tes yeux‖ s’est déjà révélé,Et tu peux, à travers‖ l’ombre qui l’environne,Juger par ses trésors‖ celui qui te les donne.Vois cette heureuse terre !‖ Est-ce un dieu sans amourQui, pour don nuptial,‖ t’offrit ce doux séjour ?Toute chose est à toi‖ dans ce fécond royaume :Le chêne t’y doit l’ombre,‖ et la rose le baume ;Le vent, l’onde et l’oiseau,‖ tous bruits mélodieux,Sont nés pour ton oreille,‖ et le ciel pour tes yeux ;Pour tes lèvres le miel,‖ le lait, ce qui ruisselleA flot de chaque ruche‖ et de chaque mamelle ;La mousse pour tes pieds,‖ les gazons caressants,Tout est fait pour payer‖ un tribut à tes sens.Lorsque tu parleras,‖ partout dans les campagnesDes voix te répondront,‖ tes fidèles compagnes.Chez les êtres vivants‖ avec toi conviés,Tu pourras à ton gré‖ choisir des amitiés.Durant le jour, souvent,‖ la voix de l’époux mêmeTe fera souvenir‖ qu’il te suit et qu’il t’aime ;Et chaque soir ici‖ tu viendras reposerSur sa douce poitrine‖ et goûter son baiser.Mais si tu ne veux voir‖ s’effacer comme un songeCes beaux lieux et l’extase‖ où ce baiser te plonge,Ô Psyché ! n’ose pas,‖ d’un flambeau curieux,Interroger d’hymen‖ le lit mystérieux.Le destin plus puissant,‖ et, sans doute, plus sage,Ne veut pas de l’époux‖ te montrer le visage ;Mais livre-lui ton âme,‖ enfant, et tu verrasS’éveiller tout un monde‖ éclos entre ses bras.
Et les lèvres d’Éros‖ touchant son front pudiqueY déposent le sceau‖ de l’union mystique.Bientôt la vierge laisse,‖ en son trouble charmant,Sa ceinture tomber‖ sous les doigts de l’amant,Et, parmi les soupirs‖ et les baisers sans nombre,Les rites de l’hymen‖ s’accomplirent dans l’ombre.
Le palais nuptial‖ brillait, plein de soleil,Au matin, quand Psyché,‖ secouant le sommeil,Cherchait près d’elle Éros‖ et lui parlait encore ;Mais le nocturne époux‖ avait fui dès l’aurore.
II
Sur l’herbe encore humide‖ et les cailloux d’argent,Psyché pose au hasard‖ ses pieds, et va songeant,Et suit du souvenir‖ la pente involontaire.Les plaisirs de la nuit,‖ ces terreurs, ce mystère,Revivent à la fois‖ dans son cœur retracés ;Elle tremble et rougit‖ à ses propres pensers.La terre, ce matin,‖ semble à ses yeux nouvelle,Et, sur les flots penchée,‖ elle s’y voit plus belle ;Elle cherche avec crainte,‖ avec ravissement,Les vestiges sacrés‖ de l’invisible amant.Elle va regardant‖ sous les eaux diaphanes,Dans les creux de rochers‖ couverts par les lianes,Dans les touffes de fleurs,‖ et dans l’ombre des bois,En tout lieu d’où s’échappe‖ un parfum, une voix ;Et partout, du gazon,‖ de l’eau, de la feuillée,Une voix lui répond‖ par la sienne éveillée.
Psyché
« C’est bien la même terre,‖ et le même printempsY verse un jour pareil‖ aux mêmes habitants.Entre les mêmes fleurs,‖ le fleuve aux couleurs tendres.De son mobile azur‖ promène les méandres.Hier, un chant planait‖ déjà sur ces roseaux ;La pourpre et l’or paraient‖ les plumes des oiseaux ;Et cependant la nuit,‖ sans m’en dire la cause,Semble avoir à ce monde‖ ajouté quelque chose.J’ai vu ces gais bouvreuils,‖ cet aigle au regard fier ;Tout m’est nouveau pourtant,‖ tout m’est plus beau qu’hierPlus qu’hier la nature‖ et me charme et m’invite ;Et comme dans mon cœur‖ la sève y court plus vite ! »
Chœur invisible
« C’est que le roi nous a‖ visités cette nuit,L’époux mystérieux‖ vers ta couche conduit !C’est qu’il a, pour te voir,‖ traversé son empire,Et répandu sur nous‖ l’éclat de son sourire :Et chaque fois qu’il vient,‖ puissant avec bonté,Il sème à pleines mains‖ la vie et la beauté. »
Les oiseaux
« Il est des jours où l’air‖ supporte mieux nos ailes ;Un mouvement plus doux‖ berce les rameaux frêles ;Les grains au bord des champs‖ s’épanchent par milliers,Et les fruits sont plus mûrs‖ aux arbres familiers.Nos appels amoureux‖ de plus loin se répondent ;Près des nids à bâtir‖ mousse et duvets abondent.Les brebis ont laissé‖ plus de laine aux buissons ;Les chênes sont peuplés‖ de joyeuses chansons.Au roi qui fait pleuvoir‖ tant de biens sur ses traces,A l’amant de Psyché,‖ les oiseaux rendent grâces. »
Les plantes
« Il est aussi pour nous‖ des jours où tout fleuritAu souffle calme et chaud‖ d’un invisible esprit ;Une poussière d’or‖ jaunit les étamines,Des sucs plus nourrissants‖ abreuvent les racines,L’épi laiteux jaillit‖ et s’enfle sur le blé,Le nombre des bourgeons‖ sur la branche est doubléEt, dans le sein des fleurs‖ apportant des délices,Un doux vent l’un sur l’autre‖ incline nos calices.Ce qu’alors nous puisons‖ dans la terre ou le ciel,En nos veines devient‖ parfum, couleur et miel ;La lumière et la sève‖ à nos tiges affluent…Ô roi jeune et fécond,‖ les plantes te saluent ! »
Les sources
« Il est des jours sacrés,‖ des jours que nous aimons,Où la source descend‖ plus pure au pied des monts ;Où, sur le sable fin,‖ sans pluie et sans tourmente,L’onde semble dormir,‖ et pourtant suit sa pente.Alors, nul flot n’écume‖ et ne gronde en marchant ;Le peuple des forêts‖ s’égaie à notre chant ;Le vent ne jette rien‖ que fleur et vert feuillageSur l’argent des graviers,‖ sur l’or des coquillages ;Et mille êtres, mêlés‖ par un amour fécond,S’agitent sous les eaux‖ sans en troubler le fond.Et tu seras béni‖ des sources éternelles,Toi qui gardes le calme‖ et la fraîcheur en elles ;Toi qui, dans un seul lit,‖ sais faire parvenirToutes les gouttes d’eau‖ se cherchant pour s’unir ;Toi par qui nous sentons,‖ en notre onde ravie,Descendre la lumière‖ et palpiter la vie. »
Psyché
« Oh ! tout ce que j’entends‖ et tout ce que je vois,Oiseaux, sources, forêts,‖ mystérieuses voix,Oh ! dites-moi son nom,‖ parlez-moi de mon maître !Plus heureux que Psyché,‖ vous l’avez vu peut-être ?Comme il charme le cœur,‖ il doit charmer les yeux,Et sans doute il est bon,‖ puisqu’il vous rend heureux. »
Les oiseaux
« S’il croît comme un grand chêne‖ ou coule comme une onde,S’il descend comme l’air‖ et le jour sur le monde,S’il habite le sein‖ des grottes et des fleurs,S’il revêt comme nous‖ la plume aux cent couleurs,S’il a tes cheveux d’or,‖ ton front blanc et superbe,Sur deux pieds gracieux‖ s’il effleure ainsi l’herbe,Ce n’est pas des oiseaux‖ que tu peux le savoir ;Car nous l’avons aimé‖ sans chercher à le voir.Mais nous reconnaissons‖ à des signes fidèles,A l’air plus frémissant‖ qui fait battre nos ailes,A notre chant plus pur,‖ à nos baisers plus doux,Qu’un céleste pouvoir‖ s’est approché de nous. »
Les plantes
« Des habitants divers‖ qui vivent à son ombre,Des oiseaux et des fleurs‖ chaque arbre sait le nombre ;Il sait d’où vient le flot‖ qui passe auprès de lui,D’où le vent a soufflé,‖ d’où le soleil a lui.Pour un vieux chêne, il est‖ peu de choses cachées ;Nous avons vu beaucoup,‖ quoique au sol attachées.Mais les plantes des monts,‖ ni les plantes des eaux,Le cèdre ni le thym,‖ pas plus que les roseaux,N’ont de celui qui t’aime‖ aperçu le visage ;Chaque feuille pourtant‖ tressaille à son passage. »
Les sources
« Les sources de la terre‖ ont traversé les flancs,Et les antres d’Éole,‖ et les métaux brûlants,Et creusé leur passage‖ en des canaux de pierre,Bien avant de jaillir‖ et de voir la lumière.Jusqu’au vaste Océan,‖ avant de s’y plonger,Par des détours sans fin,‖ il leur faut voyager :Ruisseaux, fleuves et lacs,‖ fontaines, mers sans bornes,Elles ont réfléchi‖ bien des jours clairs ou mornes.Neige ou pluie, elles ont‖ visité les hauteurs,Et monté jusqu’au ciel‖ en subtiles vapeurs.Des germes créateurs‖ l’onde est le véhicule ;Par elle toute sève‖ et toute âme circule ;Elle voit les vivants‖ arriver par essaim,Pour se purifier‖ et boire dans son sein,Mais de l’époux sacré,‖ par qui l’onde palpite,Aux sources, comme à toi,‖ la vue est interdite ;Tout esprit n’en connaît‖ que ce qu’il en ressent :Nous ne t’en dirons rien,‖ sinon qu’il est puissant. »
Chœur invisible
« Nous l’avons contemplé‖ le dieu que tu réclames ;C’est nous qui lui portons‖ les prémices des âmes ;La vierge qu’il choisit‖ et qu’il doit visiterSe pare sous nos mains‖ et nous entend chanter.Du lin et des parfums‖ nous ornâmes la coucheOù le premier baiser‖ se posa sur ta bouche.Serviteurs de l’époux,‖ nous gardons ses secrets ;Nous ne lèverons pas‖ le voile de ses traits.Qui d’ailleurs oserait‖ le peindre en ton langage,Ne tracerait de lui‖ qu’une infidèle image.Tu ne comprendrais pas‖ son nom mystérieux…Et ce que nous voyons‖ n’est pas fait pour tes yeux. »
Psyché
« Sans ôter pleinement‖ le voile à sa nature,Dites-moi qu’il est beau,‖ que sa jeune figurePeut d’une ombre douteuse‖ écarter le secours ;Que son regard est tendre‖ ainsi que ses discours ;Et que la nuit est bonne,‖ et qu’au fond des ténèbresNe glisse autour de vous‖ nul spectre aux pieds funèbres ;Que ce monde est pour moi‖ peuplé d’êtres amis ;Que l’époux m’aime enfin,‖ comme il me l’a promis ;Qu’il ne me berça pas‖ d’une ivresse illusoire.J’ai besoin de bonheur :‖ je suis prête à vous croire ! »
Chœur invisible
« En ces lieux que l’époux‖ gouverne sans rival,Le soleil quelque part‖ t’a-t-il montré le mal ?La même âme régit‖ la nuit et la lumière.Tu viens d’interroger‖ les hôtes de la terre ;As-tu trouvé chez eux‖ doute, amertume, effroi ?Est-ce un peuple incertain‖ de l’amour de son roi ?
Psyché recueille ainsi‖ les chansons dispersées,Et respire avec l’air‖ de sereines pensées.La nature paisible‖ et dans sa fraîche fleur,Verse le calme en elle‖ et l’invite au bonheur ;Et l’enfant, de sa bouche‖ acceptant l’espérance,— Tant le premier amour‖ est plein de confiance, —Par des nœuds éternels‖ sentit son cœur lié,Et l’effroi d’un moment‖ fut bien vite oublié.
Chaque jour se passait‖ aux longues rêveries,Aux bains des lacs, aux fruits‖ des vergers, aux prairies,À la danse, au sommeil,‖ à ce divin concert,Qu’avec l’homme amoureux‖ font les voix du désert ;À réveiller l’écho‖ des grottes endormies,À redire aux oiseaux,‖ aux gazelles amiesEt ses songes d’amante,‖ et même, aveu plus doux,Les secrets de la couche‖ et les mots de l’époux.Chaque nuit ramenait,‖ dès les premières ombres,Glissant comme un vent frais‖ sous les portiques sombresL’époux mystérieux,‖ et jadis effrayant,Qu’on implore aujourd’hui‖ d’un cœur impatient :Mais après chaque nuit,‖ si remplie et si brève,Du lit aux cent baisers,‖ il fuyait comme un rêve.
III
Le plaisir tombe en toi‖ comme un fleuve à la mer,Sans te remplir, ô cœur !‖ il y devient amer.Les plus fortes amours‖ meurent dans l’habitude ;Rien chez l’homme ne dure,‖ hormis l’inquiétude,Le désir éternel‖ de l’idéal caché,Et l’antique vautour‖ à nos flancs attaché.
Quel bonheur plus d’un jour‖ est resté sans mélange ?Cependant, ô plaisir,‖ ce n’est pas toi qui change.Près de l’homme enivré,‖ le vin à flots pareilsCoule des mêmes ceps‖ entre tes doigts vermeils ;Du vase offert par toi‖ l’écume est aussi douceQu’on y trempe sa lèvre‖ ou bien qu’on le repousse.Quand l’odorat lassé‖ refuse leurs senteurs,C’est le même parfum‖ qui monte à nous des fleurs.Quand l’air trop répété‖ de la chanson qu’on aimeAmène au bout l’ennui,‖ la musique est la même :Le dégoût à l’extase‖ a trop tôt succédé,Et tout trésor est vil‖ dès qu’on l’a possédé !
Rien de l’heureux vallon‖ n’a troublé les délices ;La rosée aussi pure‖ y blanchit les calices,Et le miel abondant,‖ les fruits, l’ombrage frais,Les bruits mélodieux‖ s’épanchent des forêts.Par tous les habitants‖ de l’air, des mousses vertes,Les mêmes amitiés‖ à l’âme sont offertes.Pourquoi rester muette‖ à leur appel joyeux ?Psyché, mille regards‖ sollicitent tes yeux.Pourquoi marches-tu seule,‖ et de larmes baignée,Sans un mot pour ta mère,‖ avec eux dédaignée ?Vois : la terre sourit‖ d’un rire bienveillantComme tu souriais‖ toi-même en t’éveillant.Vallon qu’elle admirait,‖ nature toujours belle,Quel nuage entre vous‖ et Psyché s’amoncelle ?Charme des premiers jours,‖ qu’êtes-vous devenu ?Ah ! c’est qu’elle a senti‖ l’attrait de l’inconnu !Ce monde est à ses yeux‖ caché par l’invisible ;Elle a voulu connaître…‖ Aimer n’est plus possible !
Près d’elle chaque soir‖ Éros vient se poser ;Douce est toujours sa voix,‖ et plus doux son baiser !Mais Psyché, froidement,‖ l’a reçu sans le rendre,Sans réjouir l’amant‖ d’une parole tendre.Et ne songe, malgré‖ le châtiment prédit,Qu’à voir l’époux mystique‖ à ses yeux interdit.
Quelquefois, pour donner‖ le change à ses pensées,À travers la nature,‖ en fougues insensées,Elle répand son âme.‖ Au fond des horizons,Aussi loin que le jour‖ peut darder ses rayons,Elle aspire, elle vole,‖ et son esprit se poseSur les monts d’où descend‖ l’aurore aux pieds de rose,Ses yeux suivent les flots‖ dans les gouffres roulants ;Elle veut des glaciers‖ percer les vastes flancs,Et, plongeant jusqu’au fond,‖ voir quels hôtes recèlentLes cavernes d’azur‖ d’où les ondes ruissellent.Souvent, lasse d’errer‖ dans l’inconnu lointain,Elle s’assied, et pleure,‖ et maudit son destin ;Et l’amour la relève,‖ et le doute la brise :« Elle n’est pas aimée,‖ et l’époux la méprise ;Car deux cœurs peuvent-ils,‖ quand leurs amours sontvrais.Sur le lit nuptial‖ se cacher leurs secrets ? »
La passion, le doute,‖ et la soif de connaître,Et l’orgueil et l’effroi‖ troublent ainsi son être.
« S’il est beau, pourquoi fuir‖ la lumière du jour ?Il craint que la terreur‖ n’efface en moi l’amour.Quelque monstre hideux,‖ masqué par les ténèbres,M’apporte chaque nuit‖ ses caresses funèbres.Pourtant, comme ils sont doux‖ ces champs dont il est roi !Quels peuples gracieux‖ grandissent sous sa loi !Et lui seul resterait,‖ en qui la force abonde,Privé de la beauté‖ qu’il répand sur le monde !Non ! sa forme est divine‖ autant que son pouvoir ;Celui-là devient dieu‖ qui peut l’apercevoir ;Le connaître en plein jour,‖ c’est voir la beauté pure !Pourquoi donc me cacher‖ sa céleste figureS’il m’aime, et si son cœur,‖ heureux de mes désirs,De mon propre bonheur‖ sent doubler ses plaisirs ?
« L’admirer dans mes bras,‖ ô volupté sacrée !Être par tous les sens‖ à la fois enivrée ;Quand la flamme languit,‖ dans ses yeux l’attiser !Ce charme à mon amour‖ peux-tu le refuser ?C’est l’orgueil, le dédain‖ qui te voilent peut-être :Au lieu d’un jeune époux,‖ n’ai-je donc rien qu’un maîtreQui se fait du mystère‖ un vêtement royal,Et peut-être en Psyché‖ redoute son égal ?Car je suis belle aussi :‖ la forêt, la fontaine,Les oiseaux m’ont souvent‖ donné le nom de reine ;Quand j’approche du lac,‖ l’eau baise mes pieds nus ;Au bord pour m’adorer‖ les cygnes sont venus ;Le vent courbe les fleurs‖ quand je passe près d’elles,Et, douces, devant moi,‖ se couchent les gazelles. »
Mais, par toutes ses voix,‖ le monde adolescentLui disait de garder‖ son bonheur innocent.
Les oiseaux
« Sur la terre abondante,‖ où nul ennui n’existe,Pourquoi son plus bel hôte‖ est-il devenu triste ?Vois les oiseaux joyeux‖ planer dans les cieux purs.S’entr’aimer et goûter‖ aux arbres les fruits mûrs ;De leurs lointaines sœurs‖ apporter les nouvellesAux plantes, et semer‖ la graine des plus belles.Quand les blés sont dorés,‖ l’eau bleue et le ciel clair,Que l’aile en des parfums‖ se baigne au sein de l’air,Sous les fruits et les fleurs‖ que toutes branches ploient,Qu’est-il besoin de voir‖ plus que nos yeux ne voient ? »
Les plantes
« Bois la blanche rosée,‖ et, sans désir jaloux,Laisse-toi par le vent‖ bercer ainsi que nous ;Au zéphir caressant,‖ d’où que son baiser vienne,Les fleurs livrent leur âme…‖ Enfant, livre la tienne ! »
Les sources
« Trempe tes pieds de nacre‖ en nos sables d’or fin,Et laisse-nous toucher‖ l’ivoire de ton sein,Et monter à flot doux‖ vers ta lèvre vermeille,Et chanter en glissant‖ au bord de ton oreille.L’eau sur tes flancs polis‖ dort avec volupté.Reste ! Quel bras mortel,‖ errant sur ta beauté,Comme l’onde enlaçant‖ ta blancheur qu’elle azure,Flatterait tout ton corps‖ d’une étreinte plus pure ?
Reste ! Nous te dirons :‖ Sois paisible toujours,Nous sages qui coulons‖ depuis les anciens jours ;Car au fond de l’eau vive‖ une prudence habite.Nous savons que, portée‖ ou lentement ou vite,Quand de l’antre natal‖ elle a franchi le seuil,Chaque goutte, malgré‖ le rocher ou l’écueilRemontant, s’il le faut,‖ pluie, ou neige, ou rosée,Dans le grand Océan‖ est enfin déposée ! »
Mais l’antique serpent‖ chez tout homme caché,L’orgueil, l’adroit orgueil,‖ tient le cœur de Psyché,Avec son noir venin‖ y répand goutte à goutteLa fureur de connaître,‖ et le trouble et le doute,Et des sens révoltés‖ l’implacable désir,Et l’ennui curieux,‖ mortel à tout plaisir.
Elle fuit la nature,‖ et n’en sent plus les charmes ;Dans le palais désert‖ elle va tout en larmes,Ni les divins tableaux‖ sur le marbre gravés,Ni dans l’or et l’onyx‖ les breuvages trouvés,Ni l’acier des miroirs,‖ ni la lyre d’ivoire,Rien ne distrait l’enfant‖ de sa tristesse noire ;Et ses pas, tour à tour‖ lents ou précipités,Trahissent de son cœur‖ les rêves agités.
Sur les marbres secrets‖ d’une salle lointaine,Qu’en ses jours de bonheur,‖ elle approchait à peine,— D’où venait un tel don,‖ nouveau, mystérieux ? » —Une lampe, un poignard,‖ se trouvent sous ses yeux.Elle s’arrête, et croit‖ ouïr dans le silence :« Ta main peut conquérir‖ la force et la science. »De ces seuls mots jetés‖ tout son être a frémi,Ces murs ont-ils couvert‖ les pas d’un ennemi !Est-ce un instinct fatal‖ dont la voix parle en elle ?Un sombre esprit, chez nous‖ funeste sentinelle,Pousse-t-il l’âme au mal,‖ jaloux de son bonheur,Ou l’homme n’a-t-il d’autre‖ ennemi que son cœur ?…Mais Psyché, tout entière‖ au désir qui l’obsède,Laisse la voix monter,‖ et l’écoute, et lui cède :Et, dans un lieu caché,‖ pour s’en armer plus tard,Pose, hélas ! en tremblant,‖ la lampe et le poignard.
Le chant accoutumé,‖ suivi des odeurs pures ;Pénètre avec le soir‖ sous les voûtes obscures ;De l’époux qui descend‖ c’est l’amoureux signal ;Il ramène Psyché‖ vers le lit nuptial.
Chœur invisible
« Voici la nuit portant‖ sur ses ailes paisiblesLa rosée et l’amour‖ tous les deux invisibles,Mais que sentent bientôt‖ couler avec douceurLa fleur dans son calice‖ et l’homme dans son cœur ;Car leur souffle s’amasse‖ et se métamorphoseEn doux soupirs dans l’âme,‖ en perles sur la rose.
Laisse ton cœur chanter‖ sous l’invisible doigt ;Bois les pleurs de la nuit‖ comme une fleur les boit.Si l’harmonie est douce‖ et le flot pur, qu’importeQuel point du ciel les verse,‖ et quel vent les apporte ?Le cygne, ivre d’amour,‖ frémit sur le flot pur,Sans connaître le fond‖ de sa couche d’azur ;L’oiseau qui pour la rose‖ a des chansons divines,De la fleur adorée‖ a-t-il vu les racines ?Aime, ainsi, sans savoir,‖ aime au sein de la nuit ;Le jour a des éclats‖ que la volupté fuit.Sans que les yeux distraits‖ fassent trembler le vase,Le cœur, pendant la nuit‖ recueille mieux l’extase.Vois ; quand le dieu du jour,‖ au palais de la mer,Va chercher le repos,‖ et plonge pour aimer,Avant de s’approcher‖ de la couche odorante,Il éteint ses rayons‖ au seuil de son amante. »
Les voix ont répandu‖ le chant mélodieux,Sans guérir de Psyché‖ les désirs curieux ;Et l’orgueil et le doute,‖ et la soif de scienceS’agitent à la fois‖ dans son âme en démence.
Sur les coussins de pourpre,‖ à côté d’elle assis,Éros, par les baisers,‖ combattant ses soucis.Lui tient de doux propos‖ sur sa tristesse étrange,Et l’ardeur du plaisir‖ renaît dans cet échange.
Éros
« Tu pleures ; tu me fuis‖ et reviens tour à tour !Ce cœur bat, ô Psyché !‖ mais ce n’est pas d’amour.En des bonds inégaux‖ ton sein monte et s’abaisse ;Il semble s’agiter‖ sous un poids qui l’oppresse.Ma lèvre étouffe en vain‖ tes soupirs renaissants ;Une crainte, un désir,‖ se disputent tes sens.Que veux-tu ? N’as-tu pas‖ une royauté douce ?Tu vois dans les forêts‖ sur ton trône de mousse,Les vivants saluer‖ ta grâce et t’adorer.Les perles et les fleurs‖ s’offrent pour te parer ;À la terre qui t’aime,‖ et qui t’appartient toute,Aux charmes de mon lit‖ que faut-il que j’ajoute ? »
Psyché
« Oh ! vous ne m’aimez pas,‖ et la triste PsychéN’est pour vous qu’un jouet‖ par instant recherché.Pourquoi, me dérobant‖ votre aspect que j’implore,Venir avec la nuit,‖ partir avec l’aurore,Et ne laisser jamais‖ les rayons d’un beau jourIlluminer pour moi‖ ce lit de notre amour ?Le jour va caresser‖ les grillons dans la gerbe,Mille insectes unis‖ sous la mousse et sous l’herbe.Les oiseaux et les fleurs‖ s’aiment en plein soleil :Le soir sur chaque nid‖ pose un flambeau vermeilVous seul gardez, malgré‖ mes plaintes échappées,Nos furtives amours,‖ dans l’ombre enveloppées. »
Éros
« D’un dieu plus fort que moi,‖ c’est l’inflexible arrêt,Ne gâtons pas du moins‖ notre bonheur secret ;Meure sous les baisers‖ ta folle inquiétude !A ton front délicat‖ ma lèvre est-elle rude ?Comprends-tu plus d’amour‖ dans la voix d’un époux,Plus de jeunesse ardente‖ et des baisers plus doux ?Reste ainsi ! Quand tes yeux‖ auraient vu mon visage,Mon cœur ne pourrait pas‖ te donner davantage. »
Psyché
« Lorsqu’en serrant ta main,‖ j’entends ta voix de près,Que je sens de ton cœur‖ les battements secrets,Mon âme oublie encore,‖ ivre de ton empire,Cette ardeur de te voir,‖ puisqu’elle te respire.Mais quand seule je marche‖ à travers la clartéQui sur le moindre oiseau‖ verse tant de beauté ;Quand je rêve à ces nuits,‖ à nos baisers de flamme,Sans avoir une image‖ à parer dans mon âme ;Lorsque je vois la terre‖ et le ciel radieux :Alors tout désir cède‖ au désir de mes yeux. »
Éros
« Étouffe cette envie,‖ ô Psyché ! si tu m’aimes ;Espère et te résigne,‖ ou crains des maux extrêmes.Mais viens, ouvre tes bras ;‖ goûtons jusqu’au matin,Cette part de bonheur‖ que permet le destin. »Comme un chant de cigale‖ éteint sous une gerbe,À travers le baiser‖ expira leur doux verbe :Et sur le lit de pourpre,‖ aux pieds d’argent sculpté,Dans l’ombre commença‖ l’hymne de volupté,Soupirs, cris étouffés,‖ syllabes inouïes,Fleurs sonores d’amour,‖ dans l’ombre épanouies.La curieuse ardeur‖ des regards impuissants,Abandonnant l’esprit‖ a passé dans les sens,L’inconnu l’aiguillonne :‖ avide et provocante,Psyché donne à l’époux‖ des baisers de bacchante,Et cherche avec fureur,‖ trompant le vrai désir,Cet infini caché‖ qu’elle n’a pu saisir.
Ah ! la volupté même‖ a sa pudeur divine,Quand le corps règne ainsi,‖ c’est que l’ame décline ;Que le souffle idéal‖ est là-haut remonté !Tu meurs avec l’amour,‖ ô fleur de chasteté !Adieu la sainte ivresse,‖ où le réel s’oublie.Au calice des sens‖ on boit jusqu’à la lie,Et dans l’épais breuvage‖ où n’est plus l’eau du ciel,De la première goutte‖ on cherche en vain le miel ;Le cœur n’y goûte plus‖ la tendresse et l’extase,Et la lèvre en vain s’use‖ aux bords amers du vase.
Or le sommeil qui suit‖ le plaisir prodiguéVersait ses lourds pavots‖ sur l’amant fatigué.Mais Psyché veille, hélas !‖ Qui peut enchaîner l’âme,Pour assoupir le doute,‖ où cueillir un dictame ?Quel lit sait endormir‖ les désirs de l’orgueilEt l’ardeur de savoir ?‖… Pas même le cercueil !
Des bras de son époux,‖ dont l’étreinte amollieSous son adroite main‖ doucement se délie,Psyché glisse, et du lit‖ descend d’un pied furtif.Elle écoute ; son souffle‖ en son sein est captif,Et, sur l’épais tapis‖ muet contre la dalle,Elle sort à pas lents‖ et sans bruit de la salle.Elle brave l’effroi‖ des dédales obscurs,Et dans l’ombre, guidée‖ en s’appuyant aux mursJusqu’à l’endroit secret‖ où son arme est fermée,Elle y prend le poignard‖ et la lampe allumée.Longuement elle hésite‖ aux approches du lit ;Son cœur bat, son regard‖ se trouble ; elle pâlit.Elle va donc le voir‖ Elle craint, elle espère,N’ose encor sur l’époux‖ projeter sa lumière.Elle se penche enfin…‖ Et qui frappe ses yeux !L’Amour !… le dieu puissant,‖ et beau parmi les dieux !A peine elle aperçoit‖ sa face inattendue,Toute force lui manque ;‖ elle tremble, éperdue.L’œil mortel ne saurait‖ porter tant d’idéal.Sous le poids fléchissant,‖ vers le lit nuptial,Ses genoux ont frémi…‖ La lampe vacillanteA versé sur l’époux‖ une goutte brûlante.Le dieu, de son repos‖ brusquement réveillé,Profané par les yeux,‖ et par l’huile souillé,Se dresse avec courroux,‖ voit l’amante coupable,Et, cachant sa pitié,‖ de cet arrêt l’accable :
Eros
« Ah ! ce regard détruit‖ le bonheur de tous deux !Tu romps entre nos cœurs‖ les invisibles nœuds,Et ta lampe grossière‖ éteint la pure flammePar qui l’âme d’en haut‖ pénétrait dans ton âme.Mon front te restera‖ caché comme autrefois,Et tu perds mes baisers,‖ mes caresses, ma voix.Je ne descendrai plus‖ dans ta nuit solitaire ;Tu n’auras plus l’amour,‖ mais toujours le mystère.Le secret de mon nom,‖ dans mon sommeil surpris,Du divin idéal‖ ne t’aura rien appris.Ce vallon, ce palais‖ d’où t’exile ta faute,Avec toi, condamnés,‖ n’ont plus un dieu pour hôte.Marche dans la douleur ;‖ chez les pâles humains,Tes pieds nus traceront‖ de pénibles chemins ;La faim enchaînera,‖ dans les travaux serviles,La blancheur de tes mains‖ et tes ailes mobiles.Pour t’aider à porter‖ l’exil austère et lourd,Tu crieras vers l’époux ;‖ mais l’époux sera sourd.La nuit entre nous deux‖ épaissira ses ombres,Et tes rêves s’iront‖ heurter à des murs sombres,Sans trouver hors du doute‖ une issue à tes pas ;Car ton flambeau d’orgueil‖ brûle et n’éclaire pas. »L’immuable destin‖ a dicté ces menacesÀ ce cœur pacifique‖ où résident les grâces.Mais toujours une larme,‖ aux yeux du triste amant,À chaque mot cruel,‖ jaillit et le dément ;Et si Psyché tremblante‖ eût pu voir ce visage,Si de ses sens l’effroi‖ n’eût pas troublé l’usage,Des tourments à souffrir‖ et de l’arrêt porté,Devant tant de douleur,‖ son âme aurait douté.Mais trop faible à sentir‖ d’une bouche si chèreCes traits inattendus‖ lancés par la colère,Mourante, elle s’affaisse‖ et tombe aux pieds du dieu.Et lui ! Comme son cœur‖ saigne â quitter ce lieu !Qu’il voudrait y laisser‖ sa parole meilleure !…Le destin a parlé…‖ L’Amour fuit… mais il pleure !Et, douce, entre les pleurs‖ que sa pitié versa,Sur le sein de l’épouse‖ une larme glissa…Germe consolateur,‖ graine du ciel tombéeDans le sillon récent‖ par cette âme absorbée,Et qui devait porter,‖ en ce champ de douleur,Sous la ronce et l’épine‖ une immortelle fleur.C’est toi, belle espérance,‖ ô fleur que rien n’arrache !Ô le plus vrai témoin‖ de ce dieu qui se cache,Souvenir qu’à Psyché‖ l’époux lègue en partant,Moisson lente à mûrir,‖ mais que l’amour attend !
Épilogue
Nuit féconde, où l’esprit‖ grandit pour la lumière,Et qu’embaume en sa fleur‖ l’innocence première ;Mystère ! ô gardien‖ qui veille égalementSur l’âme du fidèle‖ et celle de l’amant ;De leurs saintes ardeurs‖ éternisant le zèle,Tu caches la pudeur‖ et la foi sous ton aile !Tout bonheur ici-bas‖ revêt ton voile obscur,Et toi seul maintiens pur‖ ce que Dieu créa pur.Tu donnes à l’autel‖ ses majestés sans nombre,Et le lit nuptial‖ s’embellit de ton ombre.Ah ! malheur au mortel‖ contre toi révolté,Qui, possédant le calme,‖ aspire à la clarté !Maudit soit ce flambeau‖ qui met l’amour en fuite !Pâle orgueil du savoir !‖ le mal vient à ta suite.Dans un cœur innocent‖ comme en un vallon frais,Sitôt qu’ont pénétré‖ tes rayons indiscrets,Adieu sur le beau lis‖ les perles matinales,Et la sérénité‖ des pudeurs virginales !
Quel songe n’a pas fait,‖ et que n’a pas tentéL’âme que tu séduis,‖ ô Curiosité !Pour tendre à l’impossible,‖ à l’inconnu qu’elle aime ;Lasse des biens réels,‖ elle a fui son Dieu même.A l’arbre offert par toi‖ cueillant le fruit fatal,Du souffle de ta bouche‖ Ève enfanta le mal.Par toi, des noirs fléaux‖ l’urne, captive encore,Épancha ses torrents‖ sous la main de Pandore.Tu prêtas à Psyché‖ sa lampe et son poignard,Comme pour forcer Dieu‖ de subir ton regard :Oubliant que l’amour‖ est la seule puissanceQui force l’idéal‖ à souffrir violence !Vois ton œuvre aujourd’hui,‖ vois ces jardins déserts,Vois la veuve immortelle,‖ errant sur l’univers.Sur les pas de Psyché‖ tu vas régner en maître,Ô toi qui perdis l’âme !‖ ô désir de connaître !Par les fureurs du corps‖ et celle de l’orgueilTu conduis le troupeau‖ des humains au cercueil :Les uns, pâles, penchés‖ vers toute chose obscure,Sourds aux voix de l’esprit,‖ dissèquent la nature ;D’autres plongent, sans frein,‖ au fond des voluptés,Cherchant leur infini‖ dans les sens exaltés :Tous blasphémant l’amour‖ et la beauté féconde,Ces hôtes merveilleux‖ qu’ils ont chassé du monde ;Prolongeant jusqu’au bout‖ votre éternel péché,Ève, ô sein trop fécond !‖ Pandore ! et toi Psyché !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 378((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a première / lumière féminine, classiqueb chanteurs / senteurs masculine, classiquec dévoilée / envolée féminine, classiquea l’eau / nouveau masculine, classiqueb s’achève / rêve féminine, classiquec enfant / doucement masculine, classiqued couche / bouche féminine, classiquee demi-penché / Psyché masculine, classiquef d’elle / belle féminine, classiqueg plis / lis masculine, classiqueh naissantes / jaillissantes féminine, classiquei moment / l’aimant masculine, classiquej surprise / apprise féminine, classiquek vivants / vents masculine, classiquea inconnue / venue féminine, classiqueb pur / l’azur masculine, classiquec fécondes / ondes féminine, classiqued amers / mers masculine, classiquee grâces / traces féminine, classiquef natal / mal masculine, classiqueg mystères / frères féminine, classiquea d’encens / sens masculine, classiqueb m’enivre / vivre féminine, classiquec soleil / réveil masculine, classiqued images / rivages féminine, classiquee roi / moi masculine, classiquef indécises / brises féminine, classiqueg clarté / beauté masculine, classiqueh sombre / l’ombre féminine, classiquei vrai / vivrai masculine, classiquej êtres / maîtres féminine, classiquek yeux / harmonieux masculine, classiquea reposes / choses féminine, classiqueb hauteurs / serviteurs masculine, classiquea parée / dorée féminine, classiqueb vieux / yeux masculine, classiquec pente / absente féminine, classiqued toi / roi masculine, classiquea suprême / même féminine, classiqueb forêts / traits masculine, classiquec graves / esclaves féminine, classiquea aimé / formé masculine, classiqueb collines / divines féminine, classiquec certain / lointain masculine, classiqued charmes / larmes féminine, classiquee moi / l’émoi masculine, classiquea vive / arrive féminine, classiqueb réalité / habité masculine, classiquec attente / amante féminine, classiqued prolongé / chargé masculine, classiquee attiédie / mélodie féminine, classiquea merveilleux / lieux masculine, classiqueb lente / plante féminine, classiquec œil / accueil masculine, classiqued murmure / pure féminine, classiquee douceur / sœur masculine, classiquef sourire / empire féminine, classiqueg épais / paix masculine, classiqueh famille / fille féminine, classiquei s’asseoir / soir masculine, classiqueb sonore / encore féminine, classiquec vapeurs / chœurs masculine, classiqued vole / parole féminine, classiquea l’époux / jaloux masculine, classiqueb mystère / terre féminine, classiquec serrés / prés masculine, classiqued plissent / s’assoupissent féminine, classiquee clos / flots masculine, classiquef suprême / d’elle-même féminine, classiqueg t’alarmer / d’aimer masculine, classiquea paisible / invisible féminine, classiqueb rameaux / eaux masculine, classiquec surnage / sillage féminine, classiqued heureux / eux masculine, classiquea mystiques / portiques féminine, classiqueb secrets / forêts masculine, classiquec sereines / souterraines féminine, classiqued tapis / lapis masculine, classiquee arcades / colonnades féminine, classiquef Psyché / caché masculine, classiqueh intérieur / frayeur masculine, classiquea silence / puissance féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquec délices / prémices féminine, classiqued lieu / Dieu masculine, classiquea propice / glisse féminine, classiqueb voilé / révélé masculine, classiquec l’environne / donne féminine, classiqued amour / séjour masculine, classiquee royaume / baume féminine, classiquef mélodieux / yeux masculine, classiqueg ruisselle / mamelle féminine, classiqueh caressants / sens masculine, classiquei campagnes / compagnes féminine, classiquej conviés / amitiés masculine, classiquek même / t’aime féminine, classiquel reposer / baiser masculine, classiquem songe / plonge féminine, classiquen curieux / mystérieux masculine, classiqueo sage / visage féminine, classiquep verras / bras masculine, classiquea pudique / mystique féminine, classiqueb charmant / l’amant masculine, classiquec nombre / l’ombre féminine, classiquea soleil / sommeil masculine, classiqueb encore / l’aurore féminine, classiquea d’argent / songeant masculine, classiqueb involontaire / mystère féminine, classiquec retracés / pensers masculine, classiqued nouvelle / belle féminine, classiquee ravissement / amant masculine, classiquef diaphanes / lianes féminine, classiqueg bois / voix masculine, classiqueh feuillée / éveillée féminine, classiquea printemps / habitants masculine, classiqueb tendres / méandres féminine, classiquec roseaux / oiseaux masculine, classiqued cause / chose féminine, classiquee fier / qu’hier masculine, classiquef m’invite / vite féminine, classiquea nuit / conduit masculine, classiqueb empire / sourire féminine, classiquec bonté / beauté masculine, classiquea ailes / frêles féminine, classiqueb milliers / familiers masculine, classiquec répondent / abondent féminine, classiqued buissons / chansons masculine, classiquee traces / grâces féminine, classiquea fleurit / esprit masculine, classiqueb étamines / racines féminine, classiquec blé / doublé masculine, classiqued délices / calices féminine, classiquee ciel / miel masculine, classiquef affluent / saluent féminine, classiquea aimons / monts masculine, classiqueb tourmente / pente féminine, classiquec marchant / chant masculine, classiqued feuillage / coquillages féminine, non classiquee fécond / fond masculine, classiquef éternelles / elles féminine, classiqueg parvenir / s’unir masculine, classiqueh ravie / vie féminine, classiquea vois / voix masculine, classiqueb maître / peut-être féminine, classiquec yeux / heureux masculine, classiquea onde / monde féminine, classiqueb fleurs / couleurs masculine, classiquec superbe / l’herbe féminine, classiqued savoir / voir masculine, classiquee fidèles / ailes féminine, classiquef doux / nous masculine, classiquea ombre / nombre féminine, classiqueb lui masculine, classiquec cachées / attachées féminine, classiqued eaux / roseaux masculine, classiquee visage / passage féminine, classiquea flancs / brûlants masculine, classiqueb pierre / lumière féminine, classiquec plonger / voyager masculine, classiqued bornes / mornes féminine, classiquee hauteurs / vapeurs masculine, classiquef véhicule / circule féminine, classiqueg essaim / sein masculine, classiqueh palpite / interdite féminine, classiquei ressent / puissant masculine, classiquea réclames / âmes féminine, classiqueb visiter / chanter masculine, classiqued secrets / traits masculine, classiquee langage / image féminine, classiquef mystérieux / yeux masculine, classiquea nature / figure féminine, classiqueb secours / discours masculine, classiquec ténèbres / funèbres féminine, classiqued amis / promis masculine, classiquee illusoire / croire féminine, classiquea rival / mal masculine, classiqueb lumière / terre féminine, classiquec effroi / roi masculine, classiquea dispersées / pensées féminine, classiqueb fleur / bonheur masculine, classiquec l’espérance / confiance féminine, classiqued lié / oublié masculine, classiquea rêveries / prairies féminine, classiqueb concert / désert masculine, classiquec endormies / amies féminine, classiqued doux / l’époux masculine, classiquee ombres / sombres féminine, classiquef effrayant / impatient masculine, classiqueg brève / rêve féminine, classiquea mer / amer masculine, classiqueb l’habitude / l’inquiétude féminine, classiquec caché / attaché masculine, classiquea mélange / change féminine, classiqueb pareils / vermeils masculine, classiquec douce / repousse féminine, classiqued senteurs / fleurs masculine, classiquee aime / même féminine, classiquef succédé / possédé masculine, classiqueb frais / forêts masculine, classiquec vertes / offertes féminine, classiqued joyeux / yeux masculine, classiquee baignée / dédaignée féminine, classiquef bienveillant / t’éveillant masculine, classiqueg belle / s’amoncelle féminine, classiqueh devenu / l’inconnu masculine, classiquei l’invisible / possible féminine, classiquea poser / baiser masculine, classiqueb rendre / tendre féminine, classiquec prédit / interdit masculine, classiquea pensées / insensées féminine, classiqueb horizons / rayons masculine, classiquec pose / rose féminine, classiqued roulants / flancs masculine, classiquee recèlent / ruissellent féminine, classiquef lointain / destin masculine, classiqueg brise / méprise féminine, classiqueh sontvrais / secrets masculine, classiquea connaître / être féminine, classiquea jour / l’amour masculine, classiquec roi / loi masculine, classiqued abonde / monde féminine, classiquee pouvoir / l’apercevoir masculine, classiquef pure / figure féminine, classiqueg désirs / plaisirs masculine, classiquea sacrée / enivrée féminine, classiqueb l’attiser / refuser masculine, classiquec peut-être / maître féminine, classiqued royal / égal masculine, classiquee fontaine / reine féminine, classiquef nus / venus masculine, classiqueg d’elles / gazelles féminine, classiquea adolescent / innocent masculine, classiquea n’existe / triste féminine, classiqueb purs / mûrs masculine, classiquec nouvelles / belles féminine, classiqued clair / l’air masculine, classiquee ploient / voient féminine, classiquea jaloux / nous masculine, classiqueb vienne / tienne féminine, classiquea fin / sein masculine, classiqueb vermeille / oreille féminine, classiquec volupté / beauté masculine, classiqued azure / pure féminine, classiquea toujours / jours masculine, classiqueb habite / vite féminine, classiquec seuil / l’écueil masculine, classiqued rosée / déposée féminine, classiquea caché / Psyché masculine, classiqueb goutte / doute féminine, classiquec désir / plaisir masculine, classiqueb gravés / trouvés masculine, classiquec d’ivoire / noire féminine, classiqued précipités / agités masculine, classiquea lointaine / peine féminine, classiquec silence / science féminine, classiqued frémi / ennemi masculine, classiquee elle / sentinelle féminine, classiquef bonheur / cœur masculine, classiqueg l’obsède / cède féminine, classiqueh tard / poignard masculine, classiquea pures / obscures féminine, classiqueb signal / nuptial masculine, classiquea paisibles / invisibles féminine, classiqueb douceur / cœur masculine, classiquec métamorphose / rose féminine, classiquea doigt / boit masculine, classiqueb qu’importe / apporte féminine, classiquec pur / d’azur masculine, classiqued divines / racines féminine, classiquee nuit / fuit masculine, classiquef vase / l’extase féminine, classiqueg mer / aimer masculine, classiqueh odorante / amante féminine, équivalentea mélodieux / curieux masculine, classiqueb science / démence féminine, classiquea assis / soucis masculine, classiqueb étrange / échange féminine, classiquea tour / d’amour masculine, classiqueb s’abaisse / l’oppresse féminine, classiquec renaissants / sens masculine, classiqued douce / mousse féminine, classiquee t’adorer / parer masculine, classiquef toute / j’ajoute féminine, classiquea Psyché / recherché masculine, classiqueb j’implore / l’aurore féminine, classiquec jour / amour masculine, classiqued gerbe / l’herbe féminine, classiquee soleil / vermeil masculine, classiquef échappées / enveloppées féminine, classiquea arrêt / secret masculine, classiqueb inquiétude / rude féminine, classiquec époux / doux masculine, classiqued visage / davantage féminine, classiquea près / secrets masculine, classiqueb empire / respire féminine, classiqued flamme / âme féminine, classiquee radieux / yeux masculine, classiquea m’aimes / extrêmes féminine, classiqueb matin / destin masculine, classiquec gerbe / verbe féminine, classiqued sculpté / volupté masculine, classiquee inouïes / épanouies féminine, classiquef impuissants / sens masculine, classiqueg provocante / bacchante féminine, classiqueh désir / saisir masculine, classiquea divine / décline féminine, classiqueb remonté / chasteté masculine, classiquec s’oublie / lie féminine, classiquee l’extase / vase féminine, classiquea prodigué / fatigué masculine, classiqueb l’âme / dictame féminine, classiquec l’orgueil / cercueil masculine, classiquea amollie / délie féminine, classiqueb furtif / captif masculine, classiquec dalle / salle féminine, classiqued obscurs / murs masculine, classiquee fermée / allumée féminine, classiquef lit / pâlit masculine, classiqueg espère / lumière féminine, classiqueh yeux / dieux masculine, classiquei inattendue / éperdue féminine, classiquej d’idéal / nuptial masculine, classiquek vacillante / brûlante féminine, classiquel réveillé / souillé masculine, classiquem coupable / l’accable féminine, classiquea deux / nœuds masculine, classiquec autrefois / voix masculine, classiqued solitaire / mystère féminine, classiquee surpris / appris masculine, classiquef faute / hôte féminine, classiqueg humains / chemins masculine, classiqueh serviles / mobiles féminine, classiquei lourd / sourd masculine, classiquek pas masculine, classiquel menaces / grâces féminine, classiquem amant / dément masculine, classiquen visage / l’usage féminine, classiqueo porté / douté masculine, classiquep chère / colère féminine, classiqueq dieu / lieu masculine, classiquer meilleure / pleure féminine, classiques versa / glissa masculine, classiquet tombée / absorbée féminine, classiqueu douleur / fleur masculine, classiquev n’arrache / cache féminine, classiquew partant / attend masculine, classiquea lumière / première féminine, classiqueb également / l’amant masculine, classiquec zèle / aile féminine, classiqued obscur / pur masculine, classiquee nombre / ombre féminine, classiquef révolté / clarté masculine, classiqueg fuite / suite féminine, classiqueh frais / indiscrets masculine, classiquei matinales / virginales féminine, classiquea tenté / Curiosité masculine, classiquec fatal / mal masculine, classiqued encore / Pandore féminine, classiquee poignard / regard masculine, classiquef puissance / violence féminine, classiqueg déserts / l’univers masculine, classiqueh maître / connaître féminine, classiquej obscure / nature féminine, classiquek voluptés / exaltés masculine, classiquel féconde / monde féminine, classiquem péché / Psyché masculine, classique
- Richesse
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756 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1878· numérisation wikisource.org· Sources