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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Varia, 1844‑1879

XII. Sérénité

Victor de Laprade· 12 quatrains, alexandrins, 48 vers

Jamais beau ciel d'avril‖ plus riche de lumière,Par delà ses flots d'or‖ n'a montré tant d'azur ;Des horizons jamais‖ plus sereine atmosphèreN'a tracé le profil‖ si lointain et si pur.

Respirons à loisir‖ la brise calme et chaudeAvec la fine odeur‖ des feuillages légers ;La plaine est un tapis‖ de velours émeraudeEt les pommiers en fleurs‖ argentent nos vergers.

De la terre en travail‖ pas un cri ne s'élance.Las du bruit, à l'étroit‖ dans les noires cités,Je viens avec amour‖ aspirer ce silence,Et remplir mon regard‖ de ces immensités.

Je vais ! à chaque pas‖ d'un souci je m'allège ;Je monte, inconscient,‖ du côté du soleil.Au pied des sommets noirs‖ encor tachés de neigeLes pêchers ont rougi‖ sur le coteau vermeil.

J'exhale, en respirant,‖ ma dernière amertume !La douce humeur de l'air‖ pénètre mon cerveau !Dans le sol et dans moi‖ la chaleur se rallume,Un monde y recommence‖ avec le renouveau.

La nature et mon cœur‖ entrent tous deux en sève ;L'idée y va fleurir‖ comme ces blés épais.La germination‖ de la graine et du rêveS'accomplit fortement‖ à travers cette paix.

Je sens, au seul parfum‖ du sentier où je passe,L'ardent travail des bois,‖ des vignes, des buissons.Mille ferments de vie‖ ont parcouru l'espaceEt tout s'est fait sans bruit,‖ hormis quelques chanson

Et moi je m'associe‖ à ces vertus tranquilles !Je n'ai plus ni terreur,‖ ni doute impatient !J'ai dépouillé la haine‖ en m'éloignant des villes.Et je souris d'amour‖ au monde souriant.

Soulevé sans effort‖ vers ces hauteurs que j'aime,Loin du perplexe ennui‖ qui m'agitait là-bas.Je m'assieds dans l'azur‖ au-dessus de moi-mêmeEt j'assiste impassible‖ à mes propres combats.

De toutes parts, à flots,‖ l'infini me pénètre,Avec ces frais parfums,‖ ces limpides couleurs !Toutes ces puretés‖ s'infusent dans mon être,Je vis à l'unisson‖ des astres et des fleurs.

Je vais, libre comme eux‖ d'espérance et de crainte.Vers le but invisible‖ emporté par l'amour ;J'embrasse l'éternel‖ d'une si forte étreinte,Que je ne sens plus rien‖ de mes chaînes d'un jour

J'adhère à vous, splendeurs !‖ en vous je me repose.Clartés, beautés, vertus !‖ je vous attire en moi.Et quand tu le voudrais,‖ source de toute chose,Tu ne pourrais, grand Dieu,‖ me séparer de toi

Avril 1870.

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a lumière / atmosphère féminine, classiqueb d'azur / pur masculine, classiquea chaude / émeraude féminine, classiqueb légers / vergers masculine, classiquea s'élance / silence féminine, classiqueb cités / immensités masculine, classiquea m'allège / neige féminine, classiqueb soleil / vermeil masculine, classiquea amertume / rallume féminine, classiqueb cerveau / renouveau masculine, classiquea sève / rêve féminine, classiqueb épais / paix masculine, classiquea passe / l'espace féminine, classiqueb buissons / chanson masculine, non classiquea tranquilles / villes féminine, classiqueb impatient / souriant masculine, classiquea j'aime / moi-même féminine, classiqueb là-bas / combats masculine, classiquea pénètre / être féminine, classiqueb couleurs / fleurs masculine, classiquea crainte / étreinte féminine, classiqueb l'amour / jour masculine, classiquea repose / chose féminine, classiqueb moi / toi masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation archive.org· Sources