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un seul est le mot juste.

Poésies complètes, 1914· Impressions et souvenirs· En Bretagne

Feux d’écobue

Charles Le Goffic· 14 quatrains, alexandrins, 56 vers

À Maurice Denis.

Quand je mourrai, que ce‖ soit chez vous, ma BretagneQue ce soit à l’automne,‖ un soir comme ce soir,Où vos feux d’écobue‖ étoilent la campagneEt font d’elle un immense‖ et mystique encensoir !

Leur fumée un moment‖ hésite sur la plaine,Puis se ramasse, oscille‖ et, soudain s’allongeant,Des tristes Costankous‖ à la blanche Molène,Effile vers le ciel‖ ses quenouilles d’argent.

De quel nouveau Baal‖ sont-ils la redevance ?S’évadent-ils sans but‖ à l’horizon vermeilOu faut-il voir en eux‖ l’antique survivanceDu culte qu’autrefois‖ vous rendiez au soleil ?

Quand la Tradition,‖ du monde entier proscrite,Errante, n’avait plus‖ un abri sous les cieux,Vous aviez conservé‖ pieusement son rite :L’Occident, grâce à vous,‖ gardait encor des dieux.

Mieux que sur un Thabor‖ ou sur un Janicule,Ils rayonnaient du haut‖ de vos caps. Et voiciQue, sombrant à leur tour‖ au fond du crépuscule,Nos dieux, nos derniers dieux‖ vont nous quitter aussi !

Le geste machinal‖ qui vers eux vous inclinePour vaincre le destin‖ n’est plus assez ferventEt bientôt, par la lande‖ à jamais orpheline,Sur leurs nefs de granit‖ ils cingleront au vent…

Ah ! souffrez qu’oublieux‖ de ces tristes oraclesJe garde jusqu’au bout‖ la foi qui m’a bercé !Que ce miracle encor‖ s’ajoute à vos miracles,Ô Bretagne, mystique‖ épouse du Passé !

Je ne veux point vous voir,‖ comme on vous représente,Prête à vous détourner‖ de son dernier autel,Mais fidèle à son culte‖ et pâle et frémissantePressant sur votre cœur‖ son fantôme immortel.

Et qu’importe s’il n’est‖ qu’une vaine apparence ?Le songe de vos soirs‖ en serait-il moins beau,Ce songe où palpitait‖ une obscure souffrance,Faite de nostalgie‖ et d’effroi du tombeau ?…

Je me suis, comme vous,‖ laissé prendre à son leurre,Par dégoût du réel‖ tout au rêve épuisant,Et, captif du Passé,‖ je n’ai pas cru que l’heureValût d’être cueillie‖ aux branches du Présent.

Et les jours au pied vif,‖ changeants fils de l’année,Ont fui. L’été qui meurt‖ fait les soleils plus courts,Et celle dont les mains‖ filent ma destinéeAvant l’hiver peut-être‖ en suspendra le cours.

Je ne me plaindrai pas‖ des rigueurs de la Parque,Ni du néant des dieux‖ qu’avait créés ma foi,Si, quand le noir Passeur‖ me prendra dans sa barque,Un peu de vous, Bretagne,‖ y descend avec moi.

Le mal m’aura doué‖ peut-être dans ma chambreEt je ne pourrai plus‖ m’accouder devant vousAu balcon de bois clair‖ d’où j’aimais, en septembre,Voir monter dans le soir‖ vos feux pâles et doux.

C’est assez que mes yeux‖ vous devinent encore,Bretagne, et que je puisse,‖ à travers les volets,Éterniser en eux,‖ au moment de les clore,Un coin de lande jaune‖ et des rocs violets.

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a Bretagne / campagne féminine, classiqueb soir / encensoir masculine, classiquea plaine / Molène féminine, classiqueb s’allongeant / d’argent masculine, classiquea redevance / survivance féminine, classiqueb vermeil / soleil masculine, classiquea proscrite / rite féminine, classiqueb cieux / dieux masculine, classiquea Janicule / crépuscule féminine, classiqueb voici / aussi masculine, classiquea incline / orpheline féminine, classiqueb fervent / vent masculine, classiquea oracles / miracles féminine, classiqueb bercé / Passé masculine, classiquea représente / frémissante féminine, classiqueb autel / immortel masculine, classiquea apparence / souffrance féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classiquea leurre / l’heure féminine, classiqueb épuisant / Présent masculine, classiquea l’année / destinée féminine, classiqueb courts / cours masculine, classiquea Parque / barque féminine, classiqueb foi / moi masculine, classiquea chambre / septembre féminine, classiqueb vous / doux masculine, classiquea encore / clore féminine, classiqueb volets / violets masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources