Poésies complètes, 1914· Impressions et souvenirs· En Bretagne
Huelgoat
À Alfred Droin.
Cimier de Breiz-Izel,‖ vieux nom seigneurialOù palpite en‖ syllabes d’or et de cristalL’écho d’une lointaine‖ et mourante fanfare,Huelgoat !… Je vois un grand‖ cheval blanc qui s’effareSur la crête d’un mené chauve,‖ en plein azur,Et dont le cavalier‖ aux yeux de songe, Arthur,Brenin de Galle‖ et pentyern des Armoriques,Tout l’infini dans ses‖ prunelles chimériques.S’époumone à sonner‖ du cor par vaux et monts…Huelgoat ! Le sol tressaille‖ et gronde. Quels démonsDans la nuit de ses flancs‖ ont foré ces puits d’ombre ?Vers quel Styx innommé,‖ troupeau muet et sombre,Roulent, le pic au poing,‖ ces hommes demi-nus ?Sous vos cernes de plomb‖ je vous ai reconnus,Derniers-nés d’Obérour‖ le Pâle, et je vous aime :Poètes et mineurs,‖ notre sort est le même,Et nous aussi, l’étoile‖ au front, le pic en main,Nous tâtonnons‖ aux profondeurs du cœur humain…Huelgoat ! Sources, ruisseaux,‖ torrents, forêts sacrées,Rumeur des pins pareille‖ aux rumeurs des marées,Chanson des nids, babil‖ des eaux sous le hallier,Longs appels des chevreuils,‖ comment vous oublier ?…Huelgoat ! Huelgoat ! Sur la‖ bruyère desséchée,Lorsque le vent d’hiver‖ menait sa chevauchée,Tout l’horizon,‖ de Lopéret à Ruguellou,Se rebroussait comme une‖ immense peau de loup.Mais, l’été, quand le vend‖ du sud rasait la plaine,Si traînante et si douce‖ était sa cantilèneQu’on eût dit par moment‖ un vieil air de missel ;Les champs fumaient, tandis‖ que sur Roc’h-Trévézel,Lentement, d’un calice‖ invisible sortie,La lune se levait,‖ blanche comme une hostie…Huelgoat ! Le Camp romain,‖ le Chaos, les menhirs…J’entends bruire en moi‖ l’essaim des souvenirs ;J’évoque Saint-Herbot‖ au pied de sa cascade,Le cancel dont un ange‖ a ciselé l’arcade,La table aux crins, naïf‖ hommage des pastours,Le Rusquec et ses bois‖ et sa vasque et ses tours,Et le val d’Ellez, plein‖ d’odorantes bouffées,Où l’on marche ébloui‖ dans un conte de fées…Huelgoat ! Le soir descend‖ sur la forêt. Tout bruitS’est tu. Porche d’argent‖ du château de la Nuit,Les bouleaux du Skiriou‖ m’ouvrent leur blanche ogive ;L’Oiseau Bleu me fait signe‖ et veut que je le suive,Et je m’attends à voir‖ venir sur le cheminLa Belle au Bois dormant,‖ une rose à la main…
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 23((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a seigneurial / cristal masculine, classiqueb fanfare / s’effare féminine, classiquec azur / Arthur masculine, classiqued Armoriques / chimériques féminine, classiquee monts / démons masculine, classiquef d’ombre / sombre féminine, classiqueg demi-nus / reconnus masculine, classiqueh aime / même féminine, classiquei main / humain masculine, classiquej sacrées / marées féminine, classiquek hallier / oublier masculine, classiquel desséchée / chevauchée féminine, classiquem Ruguellou / loup masculine, non classiquen plaine / cantilène féminine, classiqueo missel / Roc’h-Trévézel masculine, classiquep sortie / hostie féminine, classiqueq menhirs / souvenirs masculine, classiquer cascade / l’arcade féminine, classiques pastours / tours masculine, classiquet bouffées / fées féminine, classiqueu bruit / Nuit masculine, classiquev ogive / suive féminine, classiquew chemin / main masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
46 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources