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Poésies complètes, 1914· Le bois dormant· Petits poèmes

Le cœur en dérive

Charles Le Goffic· 12 quatrains, décasyllabes, 48 vers

À François Gélard.

Salaün chantait‖ sous les deux dolents :— Las de son stérile‖ et morne veuvage,Mon cœur est parti‖ sur la mer sauvageAvec les pluviers‖ et les goélands.

« Prends garde ! » disaient‖ les pluviers agiles.Et les goélands‖ disaient à leur tour :« Prends garde ! La mer‖ est comme l’amour :N’y hasarde pas‖ tes ailes fragiles. »

Mais, insoucieux‖ du gouffre béant,Mon cœur est parti‖ vers l’Île du Rêve.Des filles rôdaient,‖ pieds nus, sur la grève,Fanant les prés roux‖ du glauque océan.

La jupe roulée‖ autour de leurs hanches,L’œil hardi, le pas‖ scandé d’un refrain,On voyait glisser‖ dans l’herbier marinL’éclair sinueux‖ de leurs formes blanches.

Et, sous leurs cheveux‖ lissés en bandeau,Ce pas cadencé‖ des blanches faneusesAvivait encor‖ leurs chairs lumineusesQui transparaissaient‖ dans les flaques d’eau.

Elles étaient trois,‖ diverses par l’âge :Guyonne au col souple,‖ Hervine aux cils d’or,Et celle qui semble‖ un lys du Trégor,Jossé, la plus jeune‖ et la plus volage.

Hervine, Guyonne‖ et Jossé, — mon cœurSavoura longtemps‖ leur grâce divine :Guyonne est si svelte‖ et si blonde Hervine !Mais ce fut le lys‖ qui resta vainqueur.

Ah ! qu’avez-vous fait,‖ troupe puérile,Du fol oisillon‖ qui venait vers vous ?Ce cœur ingénu,‖ ce cœur simple et doux.Qu’allait-il, hélas !‖ chercher dans votre île ?

Des dragueurs passaient‖ avec leurs chaluts.J’ai dit aux dragueurs :‖ « Le vent d’hiver gronde.Que rapportez-vous‖ de la mer profonde ?— Rien qu’un pauvre cœur‖ qui ne battra plus.

« Un pauvre cœur d’homme,‖ un cœur en dérive.Rencontré là-bas,‖ devers Ouessant :Les flots avaient l’air‖ de rouler du sang ;Des filles riaient,‖ pieds nus, sur la rive.

« Et ce sang coulait‖ du cœur transpercéEt, tout en coulant‖ de la plaie ouverte,Ses rouges lacis‖ traçaient sur l’eau verteLe nom de la blanche‖ et froide Jossé… »

Dans les landiers gris,‖ le long du rivage,Salaün chantait‖ sous les cieux dolents :— Avec les pluviers‖ et les goélands,Mon cœur est parti‖ sur la mer sauvage…

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abba)
Mètre
Décasyllabes· profil 5+5
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a dolents / goélands masculine, classiqueb veuvage / sauvage féminine, classiquea agiles / fragiles féminine, classiqueb tour / l’amour masculine, classiquea béant / océan masculine, non classiqueb Rêve / grève féminine, classiquea hanches / blanches féminine, classiqueb refrain / marin masculine, classiquea bandeau / d’eau masculine, classiqueb faneuses / lumineuses féminine, classiquea l’âge / volage féminine, classiqueb d’or / Trégor masculine, classiquea cœur / vainqueur masculine, classiqueb divine / Hervine féminine, classiquea puérile / île féminine, classiqueb vous / doux masculine, classiquea chaluts / plus masculine, classiqueb gronde / profonde féminine, classiquea dérive / rive féminine, classiqueb Ouessant / sang masculine, non classiquea transpercé / Jossé masculine, classiqueb ouverte / verte féminine, classiquea rivage / sauvage féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources