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un seul est le mot juste.

Poésies complètes, 1914· Impressions et souvenirs· En Bretagne

Les bigoudens

Charles Le Goffic· 15 quatrains, octosyllabes, 60 vers

À Eugène Le Mouël.

« On les croit d’origine asiatique.
Leur coiffure tripartite tient à la
fois de la mitre, du casque, du
serre-tête, et se termine par une
pointe de forme priapique. D’après
certains auteurs, les spirales des
disques brodés sur leurs plastrons
auraient une signification religieuse
et symboliseraient la création du monde. »(Les Ethnographes.)

À Plomeur, raides sous leur mitre,En plastrons d’or vert, jaune ou roux,Les Bigoudens, sur le placitre,Tournent au son des binious…

D’où viennent-elles, ainsi faites,Avec leur face sans méplatsEt les disques qu’aux jours de fêtesElles collent sur leurs seins plats ?

L’immobilité de leur masqueFait paraître encor plus lointains,Dans l’aigre et sonore bourrasque,Leurs yeux vaguement thibétains.

Peut-être qu’au temps où la GauleChâtiait l’orgueil d’Attila,Un débris de tribu mongoleVint à la nuit s’échouer là.

C’était un plateau solitaire,Un grand cap triste du Ponant,Perdu tout au bout de la terre,Sous un ciel bas et frissonnant.

Quand l’œil des fuyards, dans la brume,Put l’explorer le lendemainUn mur circulaire d’écumePartout leur barrait le chemin.

Partout la mer, la mer sans borne !Son sel corrodait l’eau des puits.Et, campés sur leur grand cap morne,Ils n’en ont pas bougé depuis.

Ils vivent dans cette ouate blêmeLes bras croisés sous leurs mentons,Chrétiens, au moins par le baptême,Et, par la langue, Bas-Bretons.

Mais l’âme ancestrale persisteEt c’est toujours comme autrefoisLe vieil Orient fatalisteQui stagne en leurs crânes étroits.

C’est lui qui charge leurs corps frustesD’or jaune ou vert ou cramoisiEt qui déroule sur leurs bustesUne Genèse en raccourci ;

Et lui qui, sur le front de nacreDes vierges encor dans l’avril,Plante l’obscène simulacreD’un minuscule nerf viril…

Ô filles des hordes camusesQui meurtrirent les champs latins,Bigoudens, en vos cornemusesHennissent des poneys lointains.

Vous plongez au profond des âges ;Dans votre Orient fabuleuxVous aviez déjà ces visagesRonds et ces crins aux reflets bleus ;

Sous des toits portés par des hampesEt taillés dans des peaux d’élans,Vos yeux retroussés vers les tempesS’ouvrirent voici deux mille ans ;

Et, près des flots lourds endormies,Vous avez l’air, dans vos draps d’or,D’une peuplade de momiesTerrée aux confins de l’Armor.

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
15(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a mitre / placitre féminine, classiqueb roux / binious masculine, classiquea faites / fêtes féminine, classiqueb méplats / plats masculine, classiquea masque / bourrasque féminine, classiqueb lointains / thibétains masculine, classiquea Gaule / mongole féminine, classiqueb d’Attila / là masculine, équivalentea solitaire / terre féminine, classiqueb Ponant / frissonnant masculine, classiquea brume / d’écume féminine, classiqueb lendemain / chemin masculine, classiquea borne / morne féminine, classiqueb puits / depuis masculine, classiquea blême / baptême féminine, classiqueb mentons / Bas-Bretons masculine, classiquea persiste / fataliste féminine, classiqueb autrefois / étroits masculine, classiquea frustes / bustes féminine, classiqueb cramoisi / raccourci masculine, classiquea nacre / simulacre féminine, classiqueb l’avril / viril masculine, classiquea camuses / cornemuses féminine, classiqueb latins / lointains masculine, classiquea âges / visages féminine, classiqueb fabuleux / bleus masculine, classiquea hampes / tempes féminine, classiqueb d’élans / ans masculine, classiquea endormies / momies féminine, classiqueb d’or / l’Armor masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Librairie Plon, 1922· numérisation wikisource.org· Sources